6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,

natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à

Paris, quai de la Mégisserie, nº 21;

7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37

ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,

domicilié à Paris, rue du Monceau;

8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de

Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, nº 5, section des

Sans-Culottes;

9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,

natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,

quai de l'Union, section de la Fraternité;

10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de

Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, nº 515, section du Muséum;

11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé

de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, nº 92;

12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de 37 ans,

natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à Paris, rue

Neuve-Eustache, section de Brutus;

13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,

natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,

domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;

14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y

domicilié, rue des Carmes, nº 27, section du Panthéon;

15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de

Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue

Jean-Robert, nº 15, section des Gravilliers;

16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53

ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, nº 23,

section de la Halle aux blés;

17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,

âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la

Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de

Bonne-Nouvelle;

18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,

natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de

Popincourt;

19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,

natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,

section de l'Indivisibilité;

20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,

natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue

d'Orléans, section de l'Homme-Armé;

21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,

natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,

domicilié à Paris, faubourg Denis, nº 25, section du Nord;

22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de

Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, nº 10, section de la

Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;

23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33

ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à

Paris, rue du Faubourg-Denis;

24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de

Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, nº 213;

25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53

ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;

26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif

de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, nº 45;

27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,

natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à

Paris, rue et section des Piques;

28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,

natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,

domicilié à Paris, rue du Four-Germain, nº 286;

29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43

ans, natif de Paris, y domicilié, rue Neuve-des-Capucines, nº

188, marié à Anne de By;

30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38

ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à

Paris, rue Germain-Muséum;

31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,

dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des

Vieux-Augustins, nº 32;

32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,

natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à

la maison commune;

35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,

natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,

rue des Trois-Pistolets, nº 14, section de l'Arsenal;

34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,

natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à

Paris, rue du Faubourg-Honoré, nº 19;

35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département

de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la

Grande-Truanderie, nº 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;

36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de

Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître

Notre-Dame, nº 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;

37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y

domicilié, rue Montorgueil;

38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des

Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;

39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue Martin, nº 252;

40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36

ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,

rue Popincourt, nº 17;

41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, nº 52;

marié à Françoise Liédé;

42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif

de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, nº 24;

43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,

natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue

Antoine, nº 229;

44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,

natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue

Claude, nº 371;

45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56

ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, nº 11;

46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, nº 4;

47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans, natif de

Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la ci-devant

abbaye Germain, nº 1114;

48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif

d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,

nº 37;

49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, nº 196;

50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,

natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à

Paris, rue Georges, nº 38;

51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39

ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue

du Temple, nº 78;

52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, nº 42;

53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y

domicilié, rue de la Fraternité;

54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de

Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg

Martin;

55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de

Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du

Coq-Honoré;

56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de

Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,

nº 34;

57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de

51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, nº

5;

58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de

Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;

59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31

ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, nº 38;

60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,

département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,

nº 23;

61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de

la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,

rue de la Harpe, nº 26;

62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de

Paris, y domicilié, rue de la Poterie;

63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48

ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, nº 38;

64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,

natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, nº 38;

65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,

âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,

domicilié à Paris, rue Quincampoix, nº 98;

66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de

la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands

Piliers de la Tonnellerie;

67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de 53 ans,

natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à Paris,

rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à Élisabeth-Charlotte

Dive;

68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,

rue Boucher;

69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de

Vandoeuvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de

Marché-aux-Poirées, nº 559;

70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de

Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue

Charlot, nº 5;

71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de

Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,

rue Antoine, nº 36;

Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution,

en date du 11 de ce mois.

_Signé_: NEIROT, commis greffier

(jusqu'à Jametel, le 35e sur la liste).

DUCRAY, commis greffier

(depuis Tanchou, le 36e, jusqu'à la fin).

* * * * *

On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices

de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils

s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,

le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;

Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par

leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la

garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les

condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien

Lumière, la terreur de leurs sections.

Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze

démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes

sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,

Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont

Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son _Vieux Cordelier_; le

second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10

août, le coeur d'un soldat suisse assassiné par lui.

Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1er août 1794),

l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.

* * * * *

Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi du

10 mars 1793, an deuxième de la République française (_sic_), séant à

Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert:

1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,

perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant

à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, nº 335;

2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal

révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des

Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 355;

3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de

Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17

août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,

rue Montorgueil, nº 59;

4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de

31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, nº 10, faubourg

Antoine;

5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général

de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, nº

68;

6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,

né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,

nº 51;

7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,

département de Paris, bijoutier, commandant en second de la

section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;

8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant

avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à

Paris, rue Montmartre, 84;

9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y

demeurant, rue de Bourgogne, nº 1465, ex-membre du conseil

général de la Commune;

10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,

demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre

du conseil général de la Commune;

11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la

Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;

12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y

demeurant, rue Bertin-Poirée, nº 16, peintre de portraits et

membre de la Commune;

Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.

Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.

* * * * *

Par jugement du 1er fructidor (18 août 1794), appert:

1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,

département du Lot, homme de loi, y demeurant;

2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif

de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,

même département;

Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.

Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.

* * * * *

Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:

1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,

département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon

des Phocéens, demeurant à Marseille;

2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,

département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide

de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,

nº 15;

Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève et

de la _Révolution_ (_sic_). Procès-verbal d'exécution dressé par

Auvray.

Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.

* * * * *

Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:

Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa

naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de

la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la

Fraternité;

Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à

l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en

date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la

place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en

présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé

procès-verbal.

* * * * *

Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II

(1er septembre 1794), appert:

Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant

rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du

comité civil et capitaine de la garde nationale;

Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par

Leclerc.

Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.

* * * * *

Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de

ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,

et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés

dans l'enclos du Christ.

Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua

insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs

dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les

cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts

privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.

LETTRES

DE

MADAME ÉLISABETH.

Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain

nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la

princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit

et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment la

correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé, par

une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi le

texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je

vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de

mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures

pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,

au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant

et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on

assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette

belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles

aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de

Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle

était la plus dévouée et la plus courageuse des soeurs.

Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de

Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux

nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la

princesse, met dans une vive lumière l'élévation de l'esprit, la

droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de coeur de la soeur de

Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la sécurité, du

bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres

convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès d'elle. Elle

les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France exposées et

menacées.

Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux

autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux

naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont

un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un

accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «_son

démon_», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les

situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime

par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur

honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien

autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y

contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on

voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections

commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont

complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.

le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de

contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de

Madame Élisabeth.

Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie

religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute

spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment

comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle

mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que

cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.

En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie, madame de

Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font

quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas

les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une

vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin

que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère

pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,

profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand

l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la

population italienne mêle au catholicisme.

Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres

plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de Lubersac,

aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec Mesdames de

France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792, périt dans les

massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à l'étranger un noir

chagrin;--étaient-ce les malheurs qu'il laissait derrière lui,

étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui

plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame Élisabeth,

dont l'âme était plus fortement trempée, le soutenait par des conseils

qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rôles

s'étaient peu à peu intervertis sans que les deux correspondants s'en

aperçussent. La princesse soutenait le prêtre et l'aidait à porter sa

croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle sublime qu'elle remplit

plus tard auprès des compagnons de son funèbre itinéraire de la

Conciergerie à l'échafaud.

Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à

une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne

frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le

10 août 1792, journée néfaste après laquelle la famille royale

prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les événements

se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame Élisabeth, et

l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La

convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume, le 15

juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre,

avec le lamentable retour à Paris de la famille royale prisonnière, la

constitution civile du clergé, le fatal voyage à Varennes, la journée

du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent tour à tour jeter un

sinistre reflet dans les lettres de Madame Élisabeth à ses amies, à

l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables

lettres est adressée à ce prince, pour lequel elle avait la plus vive

tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que

les soeurs sérieuses ont pour celui de leurs frères dont l'impétueuse

ardeur a besoin d'être dirigée et retenue. Chose remarquable, Madame

Élisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque

toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse

devant une révolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession,

ni une minute, contribue à tout perdre. Elle le répète souvent dans

ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti

royaliste et dans la famille royale, voilà ce que recommande Madame

Élisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la

manière la plus forte et la plus raisonnable sur la nécessité de ne

pas contrarier à Coblentz la politique de Louis XVI.

A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale

journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là

quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir

la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de

l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que

pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et angélique mission que

la Providence lui a donnée. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus

fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne

regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.

* * * * *

I.

A MADAME DE BOMBELLES.

La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, Volume 2 · 第 32 / 51 段