Quand il partait pour remplir au Congo la mission au cours de laquelle
il devait trouver la mort, M. de Brazza entrevoyait-il qu'il aurait à
recueillir là-bas et à rapporter de graves documents? Toujours est-il
qu'il avait demandé au fabricant de malles bien connu, M. Louis Witton,
une «malle secrétaire», spécialement aménagée pour garder contre toute
atteinte, toute indiscrétion, les pièces qui lui seraient confiées.
L'ingéniosité du constructeur avait réalisé un meuble très pratique à la
fois, et absolument inviolable.
[Illustration: La malle aux documents secrets de la mission de Brazza.]
Extérieurement, ce meuble ne semblait qu'une malle ordinaire, solidement
construite pourtant, en bois bien sec recouvert de cuivre peint en vert
foncé et consolidé par de solides bandes de renforcement en même métal,
avec d'inusables poignées de corde permettant de la suspendre à quelque
perche, à un bambou, pour le portage à l'épaule. Mais cette malle,
placée sur une table supportée par quatre pieds en fer qui se repliaient
à volonté, constituait, une fois en place, un véritable secrétaire, avec
des casiers pour les dossiers, des tiroirs, un compartiment pour la
papeterie, tandis que l'avant, s'abattant, formait pupitre pour écrire.
Enfin, un mécanisme compliqué, dissimulé à la partie inférieure de la
caisse, n'en permettait l'ouverture qu'aux seules personnes qui en
savaient le secret: M. de Brazza et l'un de ses secrétaires. Et c'est
dans cette malle qu'ont été rapportés tous ces dossiers qu'on a
entre-bâillés trop tôt et que va examiner en détail, maintenant, la
commission d'enquête nommée par le ministre des Colonies pour faire la
lumière sur tous ces incidents du Congo dont on a tant parlé depuis
quelques jours.