--Jamais! s'écria-t-il, jamais! J'aimerais mieux vous savoir mort, que
le mari de Mlle de Mussidan.
--Et moi, monsieur, je souffrirais mille morts plutôt que de renoncer à
elle.
--Si je vous refusais mon consentement, cependant, si je vous
défendais...
André hocha tristement la tête.
--Vous n'avez rien à me refuser, monsieur le duc, prononça-t-il, rien à
me défendre. L'autorité paternelle, monsieur, s'achète par des années de
dévouement et de protection. Vous ne m'avez rien donné, je ne vous dois
rien. Oubliez-moi comme vous m'avez oublié jusqu'ici... passez votre
chemin, je poursuivrai le mien.
Le duc de Champdoce gardait le silence. Un affreux combat se livrait en
lui.
Il lui fallait, il ne le comprenait que trop, ou renoncer à ce fils
miraculeusement retrouvé, ou le voir le mari de Mlle de Mussidan...
Ces deux alternatives lui paraissaient également horribles.
--Jamais, murmura-t-il, la comtesse ne consentira à ce mariage. Elle me
hait autant que je la hais moi-même...
M. Lecoq, muet témoin de cette scène, jugea le moment venu
d'intervenir. Il s'avança au milieu de la salle et regardant avec
assurance tous les témoins de cette scène:
--Je me fais fort, prononça-t-il, d'obtenir le consentement de Mme de
Mussidan.
Le duc ne résista plus, il était vaincu. Il ouvrit les bras à André en
disant:
--Venez, mon fils, qu'il soit fait selon votre volonté.
Mais le jeune peintre ne tarda pas à se dégager de cette étreinte. Il
donnait enfin un libre cours à l'émotion qui l'étouffait.
--Ma mère!... s'écria-t-il, en serrant à le briser le bras du duc,
conduisez-moi près de ma mère....
* * * * *
Et ce soir-là, en embrassant ce fils tant pleuré, Marie de Puymandour,
duchesse de Champdoce, comprit que le bonheur n'est pas un vain mot.
Le duc avait deviné juste. En apprenant qu'André était le fils de
Norbert, Mme de Mussidan déclara qu'elle s'opposait formellement à
son mariage avec Sabine.
Mais M. Lecoq ne promet jamais en vain. Dans les papiers de B. Mascarot
il avait retrouvé la correspondance soustraite à la comtesse. Il la lui
a reportée, et en échange elle a donné son consentement.
Le célèbre policier assure que ce n'est pas là du chantage.
* * * * *
André et Sabine habitent maintenant le château de Mussidan,
magnifiquement réparé. Peut-être s'y fixeront-ils, tant leur sont chers
ces beaux bois de Bivron, témoins de leurs premières amours.
Au-dessus du balcon de son château, André montre volontiers à ses
visiteurs cette guirlande de volubilis entreprise pour justifier sa
présence à Mussidan, et restée inachevée. Il la terminera, dit-il, au
premier jour, ce qui est douteux, car il est devenu bien paresseux.
Ce qui est sûr, c'est qu'avant la fin de l'année, il y aura un baptême à
Mussidan.