A peine arrivé à la «bâtisse» du riche entrepreneur, André avait quitté
son paletot et revêtu une blouse de travail, roulée dans sa boîte
d'outils.
--Il s'agit, avait-il dit, de regagner le temps perdu.
Il comptait le regagner, en effet, mais il n'avait pas donné vingt coups
de maillet, lorsqu'un petit apprenti monta le prévenir qu'un monsieur le
demandait en bas.
--Et un homme un peu cossu, même, ajouta le gamin, tout ce qui se fait
de mieux dans le grand genre.
Fort contrarié d'être dérangé, André abandonna son ciseau et descendit,
mais toute sa mauvaise humeur se dissipa lorsque, sur le trottoir, il
aperçut M. de Breulh-Faverlay.
C'est avec l'empressement le plus sincère et le plus vif qu'André
s'avança vers M. de Breulh.
Sa reconnaissance était grande pour ce généreux gentilhomme, qui, après
s'être effacé devant lui avec tant d'abnégation, devenait l'auxiliaire
le plus utile et le plus dévoué de ses espérances.
--Ah!... voilà qui est bien, monsieur, s'écria-t-il, de sa voix la plus
joyeuse, merci de vous être souvenu de moi.
Et montrant ses mains, déjà toutes blanches de plâtre, il ajouta:
--Vous m'excuserez de ne pas vous les tendre, le métier, voyez-vous...
Les paroles expirèrent sur ses lèvres. Il remarquait enfin l'expression
soucieuse du visage de M. de Breulh, et son silence contraint.
--Qu'y a-t-il? demanda-t-il tout inquiet, Mlle de Mussidan
aurait-elle eu une rechute?
M. de Breulh hocha tristement la tête. Il n'y avait pas à se méprendre à
ce mouvement, il signifiait clairement:
--Plût à Dieu qu'il n'y eût que cela!...
[Illustration: Lisez, dit-il.]
Hormis cela, pourtant, André n'apercevait rien qui pût l'atteindre
gravement. Aussi n'interrogea-t-il pas, il attendit.
--Voici deux fois déjà que je viens vous chercher, mon cher ami, reprit
le gentilhomme; il est indispensable que nous causions. Il s'agit d'une
affaire bien importante et qui exige une prompte détermination.
Avez-vous quelques instants de liberté?
--Mais... je suis à vos ordres, répondit le jeune peintre, surpris et
troublé.
--En ce cas, remontons jusque chez moi. Je n'ai pas ma voiture, mais
c'est à peine si nous en avons pour un quart d'heure de chemin.
--Je vous suis, monsieur. Je vous demanderai seulement une minute, le
temps d'escalader quatre étages.
--Avez-vous donc des ordres à donner là-haut.
--Non, monsieur.
--Eh bien! alors?
--Je voudrais reprendre un vêtement plus présentable.