pour la traduction automatique) donne la définition suivante:
"La traduction automatique (TA) est l'utilisation de l'ordinateur pour la
traduction de textes d'une langue naturelle à une autre. Elle fut un des
premiers domaines de recherche en informatique. Il s'est avéré que cet objectif
était difficile à atteindre. Cependant il existe aujourd'hui un certain nombre
de systèmes produisant un résultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualité
suffisante pour être utile dans certaines applications spécifiques, en général
dans le domaine de la documentation technique. De plus, les logiciels de
traduction, qui sont essentiellement destinés à aider le traducteur humain à
produire des traductions, jouissent d'une popularité croissante auprès
d'organisations de traduction professionnelles."
Voici l'historique donné sur le site de Globalink, société spécialisée dans les
logiciels et services de traduction :
"Dès leurs débuts, la traduction automatique et le traitement de la langue
naturelle ont progressé de pair avec l'évolution de l'informatique quantitative.
Le développement des premiers ordinateurs programmables pendant la Seconde
guerre mondiale a été mené et accéléré par les premiers efforts cryptographiques
pour tenter de fissurer les codes secrets allemands et autres codes de guerre.
Suite à la guerre, la traduction et l'analyse du texte en langue naturelle
procura une base de travail au secteur émergent de la théorie de l'information.
Pendant les années 50, la recherche sur la traduction automatique prit forme
dans le sens de traduction littérale, ou traduction mot à mot, sans utiliser de
règles linguistiques.
Le projet russe débuté à l'Université de Georgetown au début des années 50
représentait la première tentative systématique pour créer un système de
traduction automatique utilisable.Tout au long des années 50 et au début des
années 60, un certain nombre de recherches universitaires et recherches
financées par les gouvernements furent menées aux Etats-Unis et en Europe. Au
même moment, les progrès rapides dans le domaine de la linguistique théorique
culminaient en 1965 avec la publication de Aspects of the Theory and Syntax
(Aspects de la théorie et de la syntaxe) de Noam Chomsky, et transformaient
radicalement la structure permettant de discuter et comprendre la phonologie, la
morphologie, la syntaxe et la sémantique du langage humain.
En 1966, le rapport ALPAC du gouvernement des Etats-Unis faisait une estimation
prématurément négative de la valeur et des perspectives des systèmes
d'application pratique de la traduction automatique, mettant ainsi fin au
financement et à l'expérimentation dans ce domaine pour la décennie suivante. Ce
fut seulement à la fin des années 70, avec le développement de la technologie de
l'informatique et des langues, que des tentatives sérieuses furent à nouveau
entreprises. Cette période d'intérêt renouvelé vit aussi le développement du
modèle de transfert de la traduction automatique et l'émergence des premiers
systèmes commerciaux de traduction automatique.
Des entreprises commerciales comme SYSTRAN et METAL commençaient à prouver que
la traduction automatique était viable et utile. Parallèlement à la mise sur le
marché de produits et services de traduction automatique, ces systèmes liés à un
processeur central mettaient aussi en lumière de nombreux problèmes. Des coûts
élevés de développement, une lexicographie émanant d'un travail intensif et son
implémentation linguistique, le lent développement de nouvelles combinaisons de
langues, l'inaccessibilité pour l'utilisateur moyen et l'incapacité d'accéder
aisément à de nouveaux stades de développement sont les caractéristiques de ces
systèmes de la seconde génération."
Un certain nombre de sociétés sont spécialisées dans le développement de la
traduction automatique, par exemple Lernout & Hauspie, Globalink, Logos ou
SYSTRAN.
Basé à Ypres (Belgique) et Burlington (Massachussets, USA), Lernout & Hauspie
(L&H), leader international dans ce domaine, développe une technologie avancée
du langage dans diverses applications et produits commerciaux. La société offre
quatre technologies de base: la reconnaissance automatique de la langue, la
compression numérique de la parole, le passage du texte à la parole et le
passage du texte au texte. Les produits émanant des trois premières technologies
sont vendus aux grandes sociétés des industries suivantes: télécommunications,
informatique, multimédias, électronique grand public et électronique
automotrice. Les services de traduction (passage du texte au texte) sont à
destination des sociétés de technologie de l'information, des marchés verticaux
et des marchés d'automatisation.
Le Machine Translation Group (Groupe de traduction automatique) de Lernout &
Hauspie comprend des entreprises qui développent, produisent et vendent des
systèmes de traduction automatique hautement sophistiqués: L&H Language
Technology, AppTek, AILogic, NeocorTech et Globalink. Chaque entreprise est un
leader international dans sa propre partie.
Fondé en 1990, Globalink est une société américaine spécialisée dans les
logiciels et services de traduction. Elle offre des solutions sur mesure à
partir d'une gamme de logiciels, options en ligne et services de traduction
professionnelle. La société diffuse ses logiciels de traduction en allemand,
anglais, espagnol, français, italien et portugais, et propose des solutions aux
problèmes de traduction à tous niveaux: particuliers, petites sociétés,
multinationales et gouvernements, que ce soit pour un produit individuel donnant
une traduction préliminaire rapide ou un système complet permettant de gérer des
traductions de documents professionnels.
Le site web donne les informations suivantes:
"Avec les logiciels d'application de Globalink, l'ordinateur utilise trois
ensembles de données : le texte à traiter, le programme de traduction et un
dictionnaire de mots et d'expressions dans la langue-source, ainsi que des
informations sur les concepts évoqués par le dictionnaire et les règles
applicables à la phrase: règles de syntaxe et de grammaire, y compris des
algorithmes gouvernant la conjugaison des verbes, l'adaptation de la syntaxe,
les accords de genre et de nombre et la mise en ordre des mots.
Une fois que l'utilisateur a sélectionné le texte et lancé le processus de
traduction, le programme commence à comparer les mots du texte à traiter avec
ceux qui sont stockés dans le dictionnaire. Une fois l'adéquation trouvée,
l'application prépare une notice complète qui inclut des informations sur les
significations possibles du mot et, d'après le contexte, ses relations avec les
autres mots dans la même phrase. Le temps requis pour la traduction dépend de la
longueur du texte. Un document de trois pages et 750 mots demande un traitement
de trois minutes environ pour une première traduction."
Randy Hobler est directeur de marketing pour les produits et services Internet
de Globalink. Dans son courrier électronique du 3 septembre 1998, il écrivait:
"En 1998, 85 % du contenu du Web est en anglais, et ce chiffre est à la baisse.
Il y a non seulement plus de sites web et d'internautes non anglophones, mais
aussi une localisation plus grande de sites de sociétés et d'organismes, et un
usage accru de la traduction automatique pour traduire des sites web à partir ou
vers d'autres langues.
Comme Internet n'a pas de frontières nationales, les internautes s'organisent
selon d'autres critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous
avez des communautés virtuelles, par exemple ce que j'appelle les 'nations des
langues', tous ces internautes où qu'ils soient qu'on peut regrouper selon leur
langue maternelle. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement
les internautes d'Espagne et d'Amérique latine, mais aussi tous les
hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au
Maroc.
Concernant la transparence de la langue, nous arrivons rapidement au point où
une traduction très fidèle du texte et de la parole sera si commune qu'elle
pourra faire partie des plate-formes ou même des puces. A ce point, quand le
développement d'Internet aura atteint sa vitesse de croisière, que la fidélité
de la traduction atteindra plus de 98% et que les différentes combinaisons de
langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la transparence
de la langue (toute communication d'une langue à une autre) sera une vision trop
restrictive pour ceux qui vendent cette technologie. Le développement suivant
sera la 'transparence transculturelle et transnationale' dans laquelle les
autres aspects de la communication humaine, du commerce et des transactions
au-delà du seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens,
les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des sociétés. La
lettre O réalisée avec le pouce et l'index signifie 'OK' aux Etats-Unis alors
qu'en Argentine c'est un geste obscène.
Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence multilingue
multimédias, il sera nécessaire de corriger visuellement les gestes. Le Media
Lab du MIT [MIT: Massachussets Institute of Technology], Microsoft et bien
d'autres travaillent à la reconnaissance informatique des expressions faciales,
l'identification des caractéristiques biométriques par le biais du visage, etc.
Il ne servira à rien à un homme d'affaires américain de faire une excellente
présentation à un Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le Web,
avec son discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même
temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront intercepter
ces types de messages et les corriger visuellement.
Les cultures diffèrent de milliers de façons, et la plupart d'entre elles
peuvent être modifiées par voie informatique lorsqu'on passe de l'une à l'autre.
Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail, l'éthique, le
change monétaire, les différences de taille dans les vêtements, les différences
entre le système métrique et le système de mesures anglophone, etc., etc. Les
sociétés dynamiques répertorieront et programmeront ces différences, et elles
vendront des produits et services afin d'aider les habitants de la planète à
mieux communiquer entre eux. Une fois que ceux-ci seront largement répandus, ils
contribueront réellement à une meilleure compréhension à l'échelle
internationale."
Basée aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, Logos est une société
internationale spécialisée dans la traduction automatique depuis 25 ans. Elle
procure différents outils de traduction, des systèmes de traduction automatique
et des services de soutien.
SYSTRAN (acronyme de System Translation) est également une société spécialisée
dans les logiciels de traduction automatique. Son siège est situé à
Soisy-sous-Montmorency (France). C'est sa succursale, située à La Jolla
(Californie), qui assure les ventes, le marketing et le développement des
logiciels. Une des réalisations de la société est AltaVista Translation, un
service de traduction automatique de pages web de l'anglais vers les langues
suivantes : allemand, français, espagnol, italien et portugais, et vice versa.
Ce service a été mis en place en décembre 1997 à la demande d'AltaVista, moteur
de recherche utilisé par douze millions d'internautes, suite au problème des
langues devenu sensible sur Internet.
Basée à Montréal (Québec), Alis Technologies développe et commercialise des
solutions et services de traitement linguistique au moyen de logiciels,
périphériques et solutions de traduction qui transforment des systèmes
informatiques unilingues en outils multilingues.
Une autre réalisation intéressante est SPANAM/ENGSPAN, un système de traduction
automatique développé par les linguistes computationnels, les traducteurs et le
programmeur systèmes de l'Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) (Bureau
régional de l'Organisation mondiale de la santé pour les Amériques, situé à
Washington, D.C., USA). Depuis 1980, le service de traduction utilise SPANAM (de
l'espagnol vers l'anglais) et ENGSPAN (de l'anglais vers l'espagnol), ce qui lui
a permis de traiter plus de 25 millions de mots dans les deux langues de travail
de la PAHO. Le personnel et les traducteurs extérieurs post-éditent ensuite
l'information brute avec un gain de productivité de 30 à 50%. Le système est
installé sur le réseau local du siège de l'organisation et dans un certain
nombre de bureaux régionaux pour pouvoir être utilisé par le personnel des
services techniques et administratifs. Il est également diffusé auprès
d'organismes publics et d'organismes à but non lucratif aux Etats-Unis, en
Amérique latine et en Espagne.
Des associations contribuent au développement de la traduction automatique.
L'Association for Computational Linguistics (ACL) (Association pour la
linguistique computationnelle) est le principal organisme international à la
fois scientifique et professionnel rassemblant ceux qui travaillent sur les
problèmes de la langue naturelle et de la computation. Publiée par la MIT Press,
la revue trimestrielle de l'ACL, Computational Linguistics (ISSN 0891-2017) est
un forum de premier plan dans le domaine de la linguistique computationnelle et
du traitement de la langue naturelle. Cette revue est complétée par la lettre
d'information The Finite String. La branche européenne de l'ACL est l'European
Chapter of the Association of Computational Linguistics (EACL).
L'International Association for Machine Translation (IAMT) (Association
internationale pour la traduction automatique) regroupe trois associations
couvrant les Amériques, l'Europe et l'Asie/Pacifique: l'Association for Machine
Translation in the Americas (AMTA), la European Association for Machine
Translation (EAMT) et l'Asia-Pacific Association for Machine Translation (AAMT).
L'Association for Machine Translation in the Americas (AMTA) (Association pour
la traduction automatique dans les Amériques) est à la disposition de tous ceux
s'intéressent à la traduction automatique en Amérique latine, au Canada et aux
Etats-Unis. Ses membres comprennent des demandeurs de traductions, des
développeurs de systèmes commerciaux, des chercheurs, des sponsors et des
personnes impliquées dans la science de la traduction automatique et sa
diffusion.
Basée à Genève (Suisse), l'European Association for Machine Translation (EAMT)
(Association européenne pour la traduction automatique) est également une
organisation à la disposition de ceux qui s'intéressent à la traduction
automatique et aux outils de traduction, y compris les utilisateurs de ces
techniques, les développeurs et les chercheurs.
Créée en 1991, la Japan Association for Machine Translation, devenue ensuite
l'Asia-Pacific Association for Machine Translation (AAMT) (Association de l'Asie
et du Pacifique pour la traduction automatique), comprend des chercheurs, des
fabricants et des utilisateurs de systèmes de traduction automatique.
L'association participe au développement des technologies de traduction
automatique, ainsi qu'à leur amélioration, leur enseignement et leur diffusion.
Dans Web embraces language translation (La traduction des langues sur le Web),
un article de ZDNN (ZD Network News) paru le 21 juillet 1998, Martha L. Stone
expliquait:
"Parmi les nouveaux produits d'un secteur de traduction représentant 10
milliards de dollars [60 milliards de FF], on trouve les traducteurs instantanés
de sites web, de groupes de discussion, de courrier électronique et d'intranets
d'entreprise.
Les principales sociétés de traduction se mobilisent pour saisir les
opportunités du marché. Voici quelques exemples.
SYSTRAN s'est associé avec AltaVista pour produire
babelfish.altavista.digital.com, avec 500 à 600 mille visiteurs quotidiens et
environ un million de traductions par jour, traductions qui vont des recettes à
des pages web complètes.
15.000 sites environ ont un lien vers babelfish, qui peut traduire [de
l'anglais] vers le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol et le portugais,
et vice versa. Le japonais est prévu pour bientôt.
"Cette popularité est simple. Avec Internet, on peut maintenant utiliser
l'information provenant des Etats-Unis. Tout ceci contribue à une demande en
hausse", déclare de chez lui à Paris Dimitros Sabatakakis, directeur général de
SYSTRAN.
Alis a mis au point le système de traduction du Los Angeles Times qui doit
bientôt être lancé sur le site et qui proposera des traductions [de l'anglais]
vers l'espagnol et le français, et plus tard le japonais. D'un clic de souris,
une page web complète peut être traduite dans la langue désirée.
Globalink propose des logiciels, des systèmes de traduction de pages web, un
service de messagerie électronique gratuit et des logiciels permettant de
traduire le texte des groupes de discussion.
Cependant, alors que ces systèmes de traduction automatique deviennent
populaires dans le monde entier, les directeurs des sociétés qui les développent
admettent qu'ils ne peuvent répondre à toutes les situations.
Les porte-parole de Globalink, Alis et SYSTRAN utilisent des expressions comme
"pas parfait" et "approximatif" quand ils décrivent la qualité des traductions,
et précisent bien que les phrases soumises à la traduction doivent être simples,
grammaticalement correctes et sans tournures idiomatiques.
"Les progrès réalisés en traduction automatique répondent à la loi de Moore: la
qualité double tous les dix-huit mois, déclare Vin Crosbie, un analyste de
l'industrie du Web basé à Greenwich, dans le Connecticut [USA]. "Ce n'est pas
parfait, mais certains de mes correspondants ne se rendent même pas compte que
j'utilise un logiciel de traduction."
Ces traductions font souffrir la syntaxe et l'utilisation des mots à bon
escient, parce que les bases de données-dictionnaires ne peuvent déchiffrer la
différence entre les homonymes [...].
"La traduction humaine coûterait entre 50 et 60 dollars [300 à 360 FF] par page
web, ou environ 20 cents [1,15 FF] par mot", explique Sabatakis, directeur de
SYSTRAN.
Alors que cette dernière solution peut convenir pour les pages 'statiques'
d'information sur l'entreprise, la traduction automatique, elle, est gratuite
sur le Web, et le logiciel coûte souvent moins de 100 dollars [600 FF], selon le
nombre de langues disponibles pour traduction et les caractéristiques propres au
logiciel."
4.3. Traduction assistée par ordinateur
Contrairemant à la traduction automatique (TA) qui, sans intervention humaine,
analyse le texte dans la langue-source et génère automatiquement le texte
correspondant dans la langue-cible, la traduction assistée par ordinateur (TAO)
exige une certaine interaction entre l'homme et la machine.
Le Bureau des services linguistiques de l'Organisation mondiale de la santé
(OMS) (Genève, Suisse) travaille dans les six langues officielles de
l'organisation: anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe.
Des expériences de traduction automatique ont été tentées à plusieurs reprises,
mais les traductions obtenues demandaient un travail de révision trop important,
si bien que, au stade actuel de son développement et compte tenu du type de
documents à traduire, cette technologie n'a pas été jugée suffisamment rentable.
L'Unité de Traduction assistée par ordinateur et de Terminologie (CTT) explore
donc les possibilités techniques qu'offrent les systèmes les plus récents de
traduction assistée par ordinateur, reposant sur la notion de "mémoire de
traduction". Comme il est expliqué sur le site web,
"ces systèmes permettent au traducteur d'avoir immédiatement accès au patrimoine
du 'déjà traduit' dans lequel il peut puiser, quitte à rejeter ou modifier les
solutions retenues par ses prédécesseurs, son choix définitif venant ensuite
enrichir la mémoire. Ainsi, en archivant la production quotidienne, le
traducteur aurait vite à sa disposition une 'mémoire' colossale de solutions
toutes faites à un nombre important de problèmes de traduction."
Le CTT a entrepris l'évaluation de plusieurs applications dans les domaines
suivants: archivage électronique et recherche en texte intégral, alignement de
textes bilingues et multilingues, traduction assistée par ordinateur, gestion de
mémoires de traduction et de bases de données terminologiques, et reconnaissance
vocale.
Contrairement aux prévisions optimistes d'il y a cinquante ans annonçant
l'apparition imminente de la machine à traduire universelle, les systèmes de
traduction automatique ne produisent toujours pas de traductions de bonne
qualité. Pourquoi? Pierre Isabelle et Patrick Andries, du Laboratoire de
recherche appliquée en linguistique informatique (RALI) (Montréal, Québec)
expliquent ce échec dans La traduction automatique, 50 ans après, un article
publié dans les Dossiers du cyberquotidien Multimédium:
"L'objectif ultime de construire une machine capable de rivaliser avec le
traducteur humain n'a cessé de fuir par devant les lentes avancées de la
recherche. Les approches traditionnelles à base de règles ont conduit à des
systèmes qui tendent à s'effondrer sous leur propre poids bien avant de s'élever
au-dessus des nuages de l'ambiguïté sémantique. Les aproches récentes à base de
gros ensembles de textes, appelés corpus - qu'elles soient fondées sur les
méthodes statistiques ou les méthodes analogiques - promettent bien de réduire
la quantité de travail manuel requise pour construire un système de TA
[traduction automatique], mais il est moins sûr qu'elles promettent des
améliorations substantielles de la qualité des traductions machine."
Reprenant les idées de Yehochua Bar-Hillel exprimées dans The State of Machine
Translation (L'état de la traduction automatique), article publié en 1951,
Pierre Isabelle et Patrick Andries définissent trois stratégies d'application de
la traduction automatique:
a) une aide pour "balayer" la production écrite et fournir des traductions
approximatives,
b) des situations de "sous-langues naturelles simples", comme l'implantation
réussie en 1977 du système METEO qui traduit les prévisions météorologiques du
ministère de l'Environnement canadien,
c) pour de très bonnes traductions de textes complexes, le couplage de l'humain
et de la machine avant, pendant et après le processus de traduction automatique,
couplage qui n'est pas forcément économique comparé à la traduction
traditionnelle.
Les auteurs penchent plus pour "un poste de travail pour le traducteur humain"
que pour un "traducteur robot":
"Les recherches récentes sur les méthodes probabilistes ont en effet permis de
démontrer qu'il était possible de modéliser d'une manière extrêmement efficace
certains aspects simples du rapport traductionnel entre deux textes. Par
exemple, on a mis au point des méthodes qui permettent de calculer le bon
"appariement" entre les phrases d'un texte et de sa traduction, c'est-à-dire
d'identifier à quelle(s) phrase(s) du texte d'origine correspond chaque phrase
de la traduction. Appliquées à grande échelle, ces techniques permettent de
constituer, à partir des archives d'un service de traduction, un mémoire de
traduction qui permettra souvent de recycler des fragments de traduction
antérieures. Des systèmes de ce genre ont déjà commencé à apparaître sur le
marché (Translation Manager II de IBM, Translator's Workbench de Trados,
TransSearch du RALI, etc.).