LE MULTILINGUISME SUR LE WEB © 1999 by Marie Lebert is licensed under
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LE MULTILINGUISME SUR LE WEB
MARIE LEBERT
CEVEIL, Montréal, 1999 & NEF, University of Toronto, 2001
Datée de février 1999, cette étude s'articule autour de quatre grands thèmes: le
multilinguisme, les ressources linguistiques, la traduction et la recherche.
Elle est basée sur de nombreux entretiens. Elle est complétée par une sélection
de sites. Le titre de la version anglaise est: Multilingualism on the Web. Les
versions originales sont disponibles sur le NEF:
http://www.etudes-francaises.net/entretiens/multi.htm
TABLE
1. Introduction
2. Le multilinguisme
3. Ressources linguistiques
4. Traduction
5. Recherche
6. Sélection de sites
7. Index des sites et pages web
8. Index des personnes citées
1. INTRODUCTION
On déclare souvent qu'Internet abolit le temps, les distances et les frontières,
mais qu'en est-il des langues?
Dès ses débuts, la principale langue d'Internet a été l'anglais. Même si
l'anglais est toujours prédominant en 1998-99, d'autres langues sont maintenant
présentes, et leur progression est constante. Il reste à souhaiter que, tôt ou
tard, la répartition des langues sur Internet corresponde à la répartition des
langues dans le monde, et que des logiciels de traduction soient disponibles
gratuitement sur le Web pour traduire instantanément une page dont on ne
comprend pas la langue. Ceci dit, il reste beaucoup à faire pour que ce rêve
devienne réalité.
Cette étude s'articule autour de quatre grands thèmes: le multilinguisme, les
ressources linguistiques, la traduction et la recherche.
Dans le chapitre concernant le multilinguisme, on étudiera le développement des
langues non anglophones sur le Web, en prenant le français à titre d'exemple. On
évoquera aussi la diversité des langues dans l'Union européenne.
Dans le chapitre relatif aux ressources linguistiques, on donnera quelques
exemples des ressources disponibles sur le Web: sites répertoriant les
ressources linguistiques, répertoires de langues, dictionnaires et glossaires,
bases textuelles et terminologiques.
Dans le chapitre ayant trait à la traduction, on explorera les perspectives
apportées par la traduction automatique et la traduction assistée par
ordinateur.
Dans le dernier chapitre consacré à la recherche, on présentera plusieurs
projets de recherche dans les domaines suivants: traduction automatique,
linguistique computationnelle, ingénierie du langage, internationalisation et
localisation.
En août puis en décembre 1998, j'ai envoyé une enquête basée sur trois questions
à un certain nombre d'organisations et de sociétés dont j'avais découvert les
sites sur le Web. Les trois questions étaient les suivantes:
a) Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?
b) Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre vie
professionnelle ou dans l'activité de votre organisme ou société?
c) Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue, dans le cadre de
votre avenir professionnel ou en général?
Les réponses reçues sont inclues dans les pages qui suivent. Mes remerciements
les plus vifs vont à tous ceux qui ont contribué à cette étude.
En tant que traductrice-éditrice (travaillant essentiellement pour le Bureau
international du Travail (BIT), situé à Genève), je suis fascinée par les
langues, et je souhaitais donc en savoir plus sur le multilinguisme sur le Web.
Durant le deuxième semestre 1998, j'ai passé un certain nombre d'heures à
explorer le Web dans cette intention. Datée de février 1999, cette étude est le
résultat de ces recherches. Bien que très proche de la version anglaise, elle
n'est pas la traduction littérale de celle-ci. Cette étude ne cherche pas non
plus à être exhaustive. Elle vise seulement à diffuser mes propres recherches
dans les domaines qui m'intéressent particulièrement. Je m'intéresse également
aux relations entre l'imprimé et Internet, objet d'une autre étude.
2. LE MULTILINGUISME
[Dans ce chapitre:]
[2.1. Le Web: d'abord anglais, ensuite multilingue / 2.2. Le français face au
géant anglais / 2.3. Diversité des langues dans l'Union européenne]
2.1. Le Web: d'abord anglais, ensuite multilingue
A ses débuts, Internet était anglophone à pratiquement 100%, ce qui s'explique
par le fait qu'il a été créé aux Etats-Unis en tant que réseau mis en place dès
1969 par le Pentagone avant de se développer dans les organismes gouvernementaux
et les universités.
Après la création du World Wide Web en 1989-90 par Tim Berners-Lee au
Laboratoire européen pour la physique des particules (CERN) (Genève, Suisse) et
la diffusion en novembre 1993 du premier navigateur (Mosaic, ancêtre de
Netscape), lnternet s'est développé de manière foudroyante, d'abord aux
Etats-Unis grâce aux investissements considérables réalisés par le gouvernement,
puis au Canada et dans le reste du monde.
En 1997, Babel, une initative conjointe d'Alis Technologies et de l'Internet
Society, a mené la première étude d'ensemble sur la répartition réelle des
langues sur Internet. Les résultats sont publiés dans le Palmarès des langues de
la Toile, daté de juin 1997 et qui devrait être réactualisé prochainement. Les
pourcentages étaient de 82,3% pour l'anglais, 4% pour l'allemand, 1,6% pour le
japonais, 1,5% pour le français, 1,1% pour l'espagnol, 1,1% pour le suédois et
1% pour l'italien.
Le fait que l'anglais soit toujours représenté par un très fort pourcentage
s'explique par les trois facteurs suivants: 1) l'anglais est la principale
langue d'échange internationale, 2) les premières années ont vu la création d'un
grand nombre de sites web émanant des Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni,
3) la proportion de cybernautes est encore particulièrement forte en Amérique du
Nord par rapport au reste du monde, pour les raisons suivantes: a) jusque très
récemment, le matériel informatique et les logiciels étaient bien meilleur
marché qu'ailleurs, b) on ne paie qu'un forfait mensuel pour les communications
téléphoniques locales, ce qui rend l'utilisation d'Internet très économique par
rapport à l'Europe, où les communications locales sont tarifiées à la durée.
Dans La Francophonie en quête d'identité sur le Web, un article de Hugues Henry
publié par le cyberquotidien Multimédium, Jean-Pierre Cloutier, auteur des
Chroniques de Cybérie, expliquait:
"Au Québec, je passe environ 120 heures par mois en ligne. Mon accès Internet me
coûte 30 $ [canadiens], si j'ajoute mon forfait téléphonique d'environ 40 $
(avec les divers services facultatifs dont je dispose), le coût total de mon
branchement s'établit donc à 70 $ par mois. Je vous laisse deviner ce qu'il m'en
coûterait en France, en Belgique ou en Suisse, où les communications locales
sont facturées à la minute, pour le même nombre d'heures en ligne."
Il s'ensuit que de nombreux cybernautes européens passent beaucoup moins de
temps sur le Web qu'ils ne le souhaiteraient, ou choisissent de "surfer" la nuit
pour éviter les factures trop élevées. Fin 1998 et début 1999, des mouvements de
grève ont eu lieu dans plusieurs pays d'Europe pour faire pression sur les
sociétés prestataires de services téléphoniques afin qu'elles baissent leur prix
et qu'elles proposent des forfaits.
Dans un article daté du 21 juillet 1998 et publié dans ZDNN (ZD Network News),
Martha L. Stone précisait:
"Cette année, le nombre de nouveaux sites non anglophones va probablement
dépasser celui de nouveaux sites anglophones, et le monde cyber est en train de
véritablement devenir une toile à l'échelle mondiale. [...] Selon Global Reach,
les groupes de nouveaux sites web qui se développent le plus vite sont les
groupes non anglophones: on note une progression de 22,4% pour les sites
espagnols, 12,3% pour les sites japonais, 14% pour les sites allemands et 10%
pour les sites francophones. On estime à 55,7 millions le nombre de personnes
non anglophones ayant accès au Web. [...] Alors que 6% seulement de la
population mondiale est de langue maternelle anglaise (et 16% d'hispanophones),
80% des pages web sont en anglais."
En contrepartie, même si l'anglais est encore prédominant, il faut cependant
noter que de plus en plus de sociétés et d'organismes anglophones prennent
conscience du fait que tout le monde ne comprend pas l'anglais. Les sites
bilingues ou multilingues sont de plus en plus nombreux, ce pour des raisons
aussi bien commerciales que culturelles.
Sensible à ce problème, AltaVista, moteur de recherche utilisé par douze
millions d'internautes, mettait en place en décembre 1997 AltaVista Translation,
un service de traduction automatisée de l'anglais vers cinq autres langues
(allemand, espagnol, français, italien et portuguais), et vice versa. Alimenté
par des dictionnaires multilingues contenant plus de 2,5 millions de termes, ce
service, gratuit et instantané, a été créé par Systran, société
franco-américaine pionnière dans le domaine de la traduction automatique.
La traduction étant entièrement automatisée, elle est évidemment approximative.
Le texte à traduire doit être de trois pages maximum, et la page originale et la
traduction apparaissent en vis-à-vis sur l'écran. Cet outil a évidemment ses
limites, mais il a le mérite d'exister et il préfigure ceux de demain.
De par sa vocation internationale, Internet doit être multilingue. On dispose
enfin d'un instrument qui peut abolir les frontières au lieu d'en créer
d'autres. De plus en plus de sites offrent des présentations bilingues ou
trilingues, voire multilingues, pour toucher un public le plus large possible.
Le site du quotidien belge Le Soir, par exemple, offre une présentation du
journal en six langues: français, allemand, anglais, espagnol, italien et
néerlandais. Le Club des poètes, lui, présente son site en anglais, en espagnol
et en portugais.
Robert Ware est le créateur de OneLook Dictionaries, qui permet une recherche
rapide dans 2.058.544 mots appartenant à 425 dictionnaires couvrant plusieurs
domaines: affaires, informatique et Internet, médecine, religion, sciences et
techniques, sports, généralités et argot. Dans son courrier électronique du 2
septembre 1998, il écrivait:
"Un fait intéressant s'est produit dans le passé qui a été très instructif pour
moi.
En 1994, je travaillais pour un établissement scolaire et j'essayais d'installer
un logiciel sur un modèle d'ordinateur particulier. J'ai trouvé une personne qui
était en train de travailler sur le même problème, et nous avons commencé à
échanger des courriers électroniques. Soudain, cela m'a frappé... Le logiciel
avait été écrit à 40 km de là, mais c'était une personne située de l'autre côté
de la planète qui m'aidait. Les distances et les considérations géographiques
n'importaient plus!
Et bien, ceci est formidable, mais à quoi cela nous mène-t-il? Je ne puis
communiquer qu'en anglais mais, heureusement, mon correspondant pouvait utiliser
aussi bien l'anglais que l'allemand qui était sa langue maternelle. Internet a
supprimé une barrière, celle de la distance, mais il subsiste la barrière de la
langue, bien réelle.
Il semble qu'Internet propulse simultanément les gens dans deux directions
différentes. Internet, anglophone à l'origine, relie les gens dans le monde
entier. Par là même il favorise une langue commune pour communiquer. Mais il
crée aussi des contacts entre des personnes de langue différente et permet ainsi
le développement d'un intérêt plus grand pour le multilinguisme. Si une langue
commune est appréciable, elle ne remplace en aucun cas cette nécessité.
Internet favorise ainsi à la fois une langue commune et le multilinguisme, et
ceci est un facteur qui aide à trouver des solutions. L'intérêt croissant pour
les langues et le besoin qu'on en a stimulent de par le monde la création de
cours de langues et d'instruments d'aide linguistique, et Internet fournit la
possibilité de les rendre disponibles rapidement et à bon marché."
2.2. Le français face au géant anglais
Comme on l'a vu plus haut, le fort pourcentage de l'anglais - 100% à l'origine,
environ 80% maintenant - est à la baisse. Comme il s'étend progressivement à
tous les continents et à de nombreux pays non anglophones, Internet devient peu
à peu multilingue. Le français est pris ici comme "exemple de langue non
anglophone".
Les sites francophones ont enregistré une forte expansion depuis 1996. Au début
de 1998, les Québécois attendaient de pied ferme l'arrivée en masse de sites
français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10 février 1998 ,
lors d'un entretien avec le cyberquotidien Multimédium, Louise Beaudouin,
ministre de la Culture et des Communications du Québec, déclarait: "J'attendais
depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai
pas. A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) proposait plus de sites
web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribuait le retard de
la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du téléphone et du
Minitel, d'autre part les transactions commerciales possibles sur le Minitel
depuis plusieurs années, ce qui a ralenti l'expansion du commerce électronique
sur Internet.
"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi par
ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français ont tendance à
freiner la propagation de leur culture. Cela est très regrettable, lit-on le 7
novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais avec ses
dix millions d'exemplaires (cité dans un article de Pierre Perroud, créateur de
la cyberbibliothèque Athena). Ce cliché a-t-il jamais été vrai, si ce n'est
pendant la Guerre de cent ans?
Plus optimiste, Tim Berners-Lee, créateur du World Wide Web, déclarait cependant
en décembre 1997 à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève: "Pourquoi les
francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations sur le Web ? Est-ce
qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture française n'a rien à
offrir? C'est de la folie, l'offre est évidemment énorme." Ces remarques
sont-elles une critique, un encouragement, ou les deux ? On aurait pu les
comprendre il y a deux ou trois ans, mais il n'est pas sûr qu'elles soient
encore de mise aujourd'hui, il suffit de naviguer sur le Web francophone pour
s'en rendre compte.
Le français n'est pas seulement la langue de la France, du Québec et d'une
partie de la Belgique et de la Suisse. Il est la langue officielle de 49 états,
dont un certain nombre de pays africains, ce qui représente 500 millions de
personnes. Un exemple parmi d'autres de la coopération francophone est l'Agence
de la francophonie. Créée en 1970 pour regrouper 21 états francophones, elle en
comptait 47 en 1997. "Instrument de coopération multilatérale née d'un idéal,
celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix dans le concert des
nations, [elle] participe aujourd'hui à l'avènement d'un Secrétariat général de
la Francophonie."
S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la deuxième
langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré la pression
anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que
leur langue ait sa place en Europe et dans le monde, au même titre que les
autres grandes langues de communication que sont l'anglais, l'arabe, le chinois
et l'espagnol. Là aussi, l'optique est aussi bien la défense d'une langue que le
respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.
C'est l'Annuaire de l'UREC (UREC: Unité réseaux du CNRS - Centre national de la
recherche scientifique) qui, en France, a été le premier annuaire de sites web
en langue française. Travail de pionnier, il a permis aux cybernautes
francophones d'une part de se familiariser avec le Web sans se noyer dans la
masse d'informations mondiale, d'autre part de connaître les sites qui petit à
petit fleurissaient dans le monde francophone. Créé au début de 1994, il a
d'abord recensé les sites académiques, puis son contenu est devenu plus
généraliste.
Comme l'expliquait Claude Gross sur le site à l'automne 1997, la gestion de
l'annuaire est ensuite devenue très difficile du fait de l'accroissement
constant du nombre de sites web, et notamment de sites commerciaux. Par la
suite, d'autres annuaires ont vu le jour, dont certains débutés avec l'aide de
l'UREC. En juillet 1997, considérant que la mission qu'elle s'était donnée était
accomplie, l'UREC a donc arrêté la mise à jour de cet annuaire généraliste. Il
est maintenant remplacé par un annuaire spécialisé consacré à l'enseignement
supérieur et à la recherche.
Nombreux sont ceux qui travaillent à une meilleure représentation du français
sur le Web, en prônant un Web francophone intégré dans un Web international et
multilingue tenant compte de la diversité des langues en Europe et dans le
monde.
La Délégation générale à la langue française (DGLF) s'est donnée plusieurs
missions: veiller à la promotion et à l'emploi du français en France, favoriser
son utilisation comme langue de communication internationale, et développer le
plurilinguisme, garant de la diversité culturelle. La rubrique: "France langue"
propose trois listes de diffusion consacrées à la langue française: "France
langue", "France langue assistance" et "France langue technologies". Gérée et
modérée par la DGLF, France langue se veut "un lieu convivial d'échanges
d'informations et d'idées (manifestations, colloques, publications, etc.), ainsi
qu'un lieu de discussion sur les thèmes liés à la langue française, à la
diversité linguistique, à la dynamique des langues, à la politique
linguistique", et elle accueille toutes les questions d'ordre linguistique
(grammaire, orthographe, usage, etc.).
La DGLF a également mené plusieurs actions pour assurer la place du français sur
les nouveaux réseaux, notamment l'édition de guides techniques sur l'utilisation
dans les logiciels des caractères typographiques et des accents propres à la
langue française, ce en liaison avec l'AFNOR (Association française de
normalisation), ou la francisation de ceux qui sont commercialisés en France.
Le site de la Maison de la Francité, association belge sans but lucratif
subventionnée depuis 1976 par la Commission communautaire française, souhaite
présenter la réalité socio-linguistique de Bruxelles, seconde capitale
internationale de langue française après Paris, tout en agissant pour la défense
et la promotion de la langue française à Bruxelles et au sein de la Communauté
française Wallonie-Bruxelles.
Au Québec, l'Office de la langue française (OLF),organisme gouvernemental chargé
d'assurer la promotion du français, veille à l'implantation et au maintien du
français dans les milieux de travail et des affaires et dans l'administration.
Il définit et conduit la politique québécoise en matière de linguistique et de
terminologie.
Les instances politiques ont également contribué à favoriser l'accès des
autoroutes de l'information aux francophones. En application de la Résolution
sur la société de l'information adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement
à Cotonou (Bénin) en décembre 1995, la Conférence des ministres francophones
chargés des inforoutes s'est déroulée à Montréal (Québec) du 19 au 21 mai 1997.
Datée du 21 mai 1997, la Déclaration de Montréal proposait de "développer une
aire francophone d'éducation, de formation et de recherche; soutenir la création
et la circulation de contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la
valorisation des patrimoines; encourager la promotion de l'aire francophone de
développement économique; mettre en place une vigie francophone (veille active);
sensibiliser prioritairement la jeunesse ainsi que les utilisateurs, les
producteurs et les décideurs; assurer la présence et la concertation des
francophones dans les instances spécialisées."
La propagation d'une langue passe aussi par l'étude dynamique de celle-ci.
Internet ouvre des horizons sans précédent sur l'utilisation de bases de données
linguistiques et les possibilités de recherche textuelle, témoin le site de
l'Institut national de la langue française (INaLF), qui présente ses recherches
sur la langue française, notamment le discours littéraire des 14e au 20e siècles
(contenu, sémantique, thématique), la langue courante (langue écrite, langue
parlée, argot), le discours scientifique et technique et ses ressources
terminologiques.
Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy, expliquait dans son
courrier électronique du 8 juin 1998:
"Les premières pages sur l'INaLF ont été mises sur l'Internet au milieu de
l'année 96, à la demande de Robert Martin, directeur de l'INaLF. Je peux en
parler, car j'ai participé à la mise sous Internet de ces pages, avec des outils
qui ne sont pas comparables à ceux que l'on utilise aujourd'hui. J'ai en effet
travaillé avec des outils sous UNIX, qui n'étaient pas très faciles
d'utilisation. Nous avions peu d'expérience de la chose, à l'époque, et les
pages étaient très verbeuses. Mais la direction a senti la nécessité urgente de
nous faire connaître par l'Internet, que beaucoup d'autres entreprises
utilisaient déjà pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet "Unité de
recherche et de service" et nous avons donc à trouver des clients pour nos
produits informatisés, le plus connu d'entre eux [étant] la base textuelle
FRANTEXT. Il me semble que la base FRANTEXT était déja sur Internet [depuis
début 1995], ainsi qu'une maquette du tome 14 du TLF [Trésor de la langue
française]. Il était donc nécessaire de faire connaître l'ensemble de l'INaLF
par ce moyen. Cela correspondait à une demande générale."
Organisme à but non lucratif, le Centre d'expertise et de veille Inforoutes et
Langues (CEVEIL) existe depuis 1995. Sa création découle du désir du
gouvernement du Québec de mieux cerner la problématique de l'utilisation et du
traitement des langues sur les inforoutes - dans une optique plus spécifiquement
francophone - par le biais d'activités de veille stratégique et la création d'un
réseau d'échanges et d'expertise.
Le CEVEIL s'est donné les objectifs suivants : sensibiliser les entreprises
québécoises aux bénéfices associés à une gestion électronique et stratégique de
leurs savoirs; transférer aux entreprises québécoises les pratiques utiles pour
assurer cette gestion électronique et stratégique; mettre en évidence le
plurilinguisme et l'importance des normes et standards, dans un contexte
d'enjeux technologiques et stratégiques reliés à la gestion des savoirs;
valoriser l'expertise québécoise et susciter des collaborations entre les
différents acteurs, au Québec ou ailleurs.
Guy Bertrand, directeur scientifique du CEVEIL, et Cynthia Delisle, consultante,
ont répondu à mes questions dans leur courrier électronique du 23 août 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
CEVEIL: "Le multilinguisme sur Internet est la conséquence logique et naturelle
de la diversité des populations humaines. Dans la mesure où le Web a d'abord été
développé et utilisé aux Etats-Unis, il n'est guère étonnant que ce médium ait
commencé par être essentiellement anglophone (et le demeure actuellement).
Toutefois, cette situation commence à se modifier et le mouvement ira en
s'amplifiant, à la fois parce que la plupart des nouveaux usagers du Réseau
n'auront pas l'anglais comme langue maternelle et parce que les communautés déjà
présentes sur le Web accepteront de moins en moins la "dictature" de la langue
anglaise et voudront exploiter Internet dans leur propre langue, au moins
partiellement.
On peut prévoir que l'on arrivera sans doute, d'ici quelques années, à une
situation semblable à ce qui prévaut dans le monde de l'édition en ce qui a
trait à la répartition des différentes langues. Ceci signifie néanmoins que seul
un nombre relativement restreint de langues seront représentées (comparativement
aux quelques milliers d'idiomes qui existent). Dans cette optique, nous croyons
que le Web devrait chercher, entre autres, à favoriser un renforcement des
cultures et des langues minoritaires, en particulier pour les communautés
dispersées.
Enfin, l'arrivée de langues autres que l'anglais sur Internet, si elle constitue
un juste rééquilibre et un enrichissement indéniable, exaspère évidemment le
besoin d'outils de traitement linguistique aptes à gérer efficacement cette
situation, d'où la nécessité de poursuivre les travaux de recherche et les
activités de veille dans des secteurs comme la traduction automatique, la
normalisation, le repérage de l'information, la condensation automatique
(résumés), etc."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet pour votre organisme?"
CEVEIL: "Mentionnons, tout d'abord, que l'existence du Web constitue en soi une
des raisons d'être du CEVEIL, puisque nous concentrons nos activités
principalement autour de la thématique de l'utilisation et du traitement des
langues sur Internet.
Par ailleurs, le Web est notre principal terrain de cueillette d'information sur
les thématiques qui nous préoccupent. Nous procédons notamment à une
fréquentation assidue des sites abordant nos thématiques de travail - plus
particulièrement des sites diffusant des nouvelles quotidiennes et/ou
hebdomadaires. A ce niveau, on peut affirmer sans hésitation que nous exploitons
davantage Internet que les diverses ressources écrites disponibles pour réaliser
nos activités.
Dans un ordre d'idées un peu différent, nous utilisons abondamment le courriel
pour entretenir des relations avec les intervenants du milieu et ainsi obtenir
des informations et mener à bien divers projets. Le CEVEIL est un
"structure-réseau" qui survivrait difficilement sans Internet pour relier toutes
les personnes impliquées.
Enfin, il convient de signaler que le Web constitue également notre plus
important outil pour la diffusion de nos produits aux clientèles-cibles: envoi
de bulletins électroniques de nouvelles à nos abonnés, création d'un périodique
électronique, diffusion d'information et de documents via notre site web, etc."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
CEVEIL: "Internet est là pour demeurer; l'apparition de langues autres que
l'anglais sur ce médium constitue également un phénomène irréversible. Il sera
donc nécessaire de tenir compte de ces nouvelles réalités aux points de vue
économique, social, politique, culturel, etc. Des secteurs comme la publicité,
la formation professionnelle, le travail en groupes et en réseaux, la gestion
des connaissances devront évoluer en conséquence. Cela nous ramène, tel que nous
l'avons mentionné plus haut, à la nécessité de développer des technologies et
des outils vraiment performants qui faciliteront les échanges dans un Village
global terriblement plurilingue..."
2.3. Diversité des langues dans l'Union européenne
Henri Slettenhaar, professeur à la Webster University (Genève, Suisse), est un
Européen trilingue. Il est hollandais, il enseigne l'informatique en anglais et
il parle couramment le français puisqu'il vit en France. Dans son courrier
électronique du 21 décembre 1998, il expliquait:
"Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les communautés locales
présentes sur le Web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour
diffuser des informations. Si elles veulent également présenter ces informations
à la communauté mondiale, celles-ci doient aussi être disponibles en anglais. Je
pense qu'il existe un réel besoin de sites bilingues.
[...] Je suis enchanté qu'il existe maintenant tant de documents disponibles
dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire l'original avec
difficulté plutôt qu'une traduction médiocre."
Selon Global Reach, 15% seulement des Européens (qui représentent 500 millions
d'habitants) sont de langue maternelle anglaise, et 28% seulement parlent
anglais. Le site mentionne aussi une étude récente démontrant que 32% seulement
des cybernautes européens consultent le Web anglophone.
Créateur de Euro-Marketing Associates (qui englobe Global Reach), Bill Dunlap,
qui défend le commerce électronique européen auprès de ses compatriotes
américains, écrivait dans son courrier électronique du 12 décembre 1998, que
contrairement à l'Amérique du Nord, "ici en Europe (j'écris de France), les pays
sont petits, si bien que, depuis des siècles, une perspective internationale est
nécessaire."
De nombreux organismes traitent de multilinguisme, par exemple l'Association
européenne pour les ressources linguistiques (ELRA), le European Network in
Language and Speech (ELSNET) et le programme Multilingual Information Society
(MLIS) de la Communauté européenne.
Etablie à Luxembourg en Février 1995, l'Association européenne pour les
ressources linguistiques (ELRA) est une association à but non lucratif qui a
pour but de fournir une organisation centralisée pour la validation, la gestion
et la distribution des ressources et outils en parole, texte et terminologie, et
de promouvoir leur utilisation au sein de la communauté européenne de recherche
et développement en télématique.
Le European Network in Language and Speech (ELSNET) (Réseau européen pour le
langage et la parole) regroupe plus d'une centaine d'institutions universitaires
et industrielles. L'objectif technologique commun aux participants de ELSNET est
de construire des systèmes multilingues pour la parole et le langage naturel,
avec couverture illimitée de la langue parlée et écrite.
Dans son courrier électronique du 23 septembre 1998, Steven Krauwer,
coordinateur d'ELSNET, expliquait:
"En tant que citoyen européen je pense que le multilinguisme sur le Web est
absolument essentiel. A mon avis, ce n'est pas une situation saine à long terme
que seuls ceux qui ont une bonne maîtrise de l'anglais puissent pleinement
exploiter les bénéfices du Web.
En tant que chercheur (spécialisé dans la traduction automatique), je vois le
multilinguisme comme un défi majeur: pouvoir garantir que l'information sur le
Web soit accessible à tous, indépendamment des différences de langue.
Internet est l'instrument que j'utilise le plus pour communiquer avec les
autres, et c'est ma source principale d'information. [...] Je compte passer le
reste de ma vie professionnelle à utiliser la technologie de l'information pour
supprimer ou réduire les barrières des langues."
Lancé en novembre 1996, le programme Multilingual Information Society (MLIS)
(Société d'information multilingue) de la Commission européenne soutient la
réalisation d'une infrastructure favorisant des ressources linguistiques
européennes, mobilise et accroît le développement des industries du langage, et
favorise l'utilisation d'outils linguistiques dans le secteur public européen.
Les entreprises, les organismes du secteur public, les industries du langage et
les citoyens peuvent bénéficier de ce programme.
"Afin de promouvoir 'concrètement' une Europe multilingue, dans un contexte
d'évolution rapide et permanent des nouvelles technologies de communication, et
d'attirer largement l'intérêt sur ce programme, ce site est accessible dans les
11 langues officielles de l'Union européenne [allemand, anglais, danois,
espagnol, finlandais, français, grec, hollandais, italien, portugais et
suédois]. Nous renvoyons à des références et à des liens encore plus larges...
Nous essayons de fournir autant d'information que possible dans ces onze
langues, et nous vous demandons de rester compréhensif pour le retard existant
parfois entre la publication d'un document officiel dans sa langue initiale et
sa traduction dans les autres langues de l'UE."
Le multilinguisme est l'affaire de tous, témoin cet Appel du Comité européen
pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE) qui, diffusé dans
les onze langues officielles de l'Union européenne, défend "une Europe
humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle". Il propose aux
réviseurs du Traité de l'Union européenne douze amendements prenant en compte le
respect des cultures et des langues:
"La diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle à la
circulation des hommes, des idées et des marchandises ou services, comme veulent
le faire croire certains, alliés objectifs, conscients ou non, de la culture et
de la langue dominantes. C'est l'uniformisation et l'hégémonie qui sont un
obstacle au libre épanouissement des individus, des sociétés et de l'économie de
l'immatériel, source principale des emplois de demain. Le respect des langues, à
l'inverse, est la dernière chance pour l'Europe de se rapprocher des citoyens,
objectif toujours affiché, presque jamais mis en pratique. L'Union doit donc
renoncer à privilégier la langue d'un seul groupe."
Dans Language Futures Europe, Paul Treanor propose des liens sur la politique
linguistique, le multilinguisme, les structures linguistiques globales, et la
domination de l'anglais. Le site débute par un commentaire sur les structures
linguistiques. Il offre des textes et des essais, des sections consacrées à la
politique européenne, aux politiques nationales et aux sites de recherche, et
des documents sur le "mouvement monolingue" émergeant aux Etats-Unis.
Dans son courrier électronique du 18 août 1998, Paul Treanor exposait ses
réflexions sur les questions posées:
"Vous parlez du Web au singulier. Comme vous l'avez sans doute lu, je pense que
"Le Web" est un concept politique, non technologique. Une civilisation est
possible avec des ordinateurs très sophistiqués mais pas d'interconnexion.
L'idée qu'il devrait exister "Un Web" est dérivée de la tradition libérale du
marché unique ouvert, de préférence mondial.
J'ai déjà suggéré qu'Internet devrait être tout simplement découpé, et que
l'Europe devrait couper ses liens avec les Etats-Unis, et construire un autre
Net spécifique et incompatible avec le premier. Dès qu'on envisage la
possibilité de Nets multiples, les thèmes correspondant aux différents chapitres
de votre étude sont souvent hors de propos. Rappelez-vous qu'il y a quinze ans
tout le monde pensait qu'il n'y aurait qu'un émetteur de télévision à l'échelle
mondiale, CNN. Or il existe maintenant des chaînes de télévision nationales
françaises, allemandes ou espagnoles. La réponse à votre question est donc que
l'entité "Un Web" sera de toute manière divisée, probablement en quatre parties:
a) un Net interne aux Etats-Unis et au Canada, avec nombre des caractéristiques
actuelles;
b) des Nets nationaux séparés, avec des liens limités avec l'extérieur;
c) un nouveau Net général pour relier entre eux les Nets de la catégorie 2;
d) et peut-être un Net spécifique à l'Union européenne.
Comme vous voyez, cette structure est parallèle à celle qui existe en
géopolitique. Toute l'infrastructure des télécommunications a suivi des modèles
similaires.
Je pense qu'il n'est pas possible d'approcher le Web de la manière neutre et
apolitique envisagée dans votre étude. La politique actuelle de l'Union
européenne prétend être neutre, mais elle supporte en fait le développement de
l'anglais comme langue de contact pour communiquer."
3. RESSOURCES LINGUISTIQUES
[Dans ce chapitre:]
[3.1. Sites indexant des ressources linguistiques / 3.2. Répertoires
linguistiques / 3.3. Dictionnaires et glossaires / 3.4. Bases de données
textuelles / 3.5. Bases de données terminologiques]
3.1. Sites indexant des ressources linguistiques
Préparé par le programme Télématique pour les bibliothèques de la Commission
européenne, Multilingual Tools and Services (Outils et services multilingues)
propose une série de dictionnaires, instruments d'aide multilingues, projets,
moteurs de recherche par langue, banques de données terminologiques, thésaurus
et systèmes de traduction.
Créée par Tyler Chambers en mai 1994, The Human-Languages Page (La page des
langues humaines) est un catalogue détaillé de 1.800 ressources linguistiques
dans plus de 100 langues différentes. Les différentes sections sont: langues et
littérature, écoles et institutions, ressources linguistiques, produits et
services, organismes, emplois et stages, dictionnaires et cours de langues.
Tyler Chambers mène aussi un autre projet relatif aux langues, l'Internet
Dictionary Project (Projet de dictionnaire Internet). Sur le site web, il
explique:
"Le but de l'Internet Dictionary Project est de créer des dictionnaires de
traduction grâce à l'aide des internautes. Ce site permet aux individus du monde
entier de consulter et de participer à la traduction de termes anglais dans
d'autres langues. Les listes de termes anglais et leurs correspondants dans
d'autres langues sont ensuite mis à la disposition de tous sur ce site, sans
restriction d'aucune sorte. [...]
The Internet Dictionary Project a débuté en 1995 pour combler une lacuune et
procurer à la communauté d'Internet et à tous ceux qui s'intéressent à
l'informatique des dictionnaires de traduction gratuits. Non seulement il est
très utile d'avoir immédiatement accès à des dictionnaires via le World Wide
Web, mais ceci permet aussi le développement de logiciels pouvant tirer parti de
tels dictionnaires, que ce soit des programmes de traduction ou des
vérificateurs d'orthographe ou encore des guides d'apprentissage des langues. En
facilitant la création de ces dictionnaires en ligne par des milliers de
volontaires, et en les mettant gratuitement à la disposition de tous, l'Internet
Dictionary Project espère imprimer sa marque sur Internet et susciter d'autres
projets qui seront plus bénéfiques que des revenus purement financiers."
Tyler Chambers a répondu à mes questions dans son courrier électronique du 14
septembre 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur le Web?"
TC: "Le multilinguisme sur le Web était inévitable bien avant que ce médium ne
se développe vraiment. Mon premier vrai contact avec Internet date de 1994, un
peu après ses débuts mais bien avant son expansion. 1994 a été aussi l'année où
j'ai débuté mon premier projet web multilingue, et il existait déjà un nombre
significatif de ressources linguistiques en ligne. Ceci était antérieur à la
création de Netscape. Mosaic était le seul navigateur sur le Web, et les pages
web étaient essentiellement des documents textuels reliés par des hyperliens.
Suite à l'expérience acquise maintenant par les navigateurs et les cybernautes,
je ne pense pas qu'il existe une langue vivante qui ne soit pas représentée sur
le Web, que ce soit la langue des Indiens d'Amérique ou les dialectes
moyen-orientaux. De même une pléthore de langues mortes peut maintenant trouver
une audience nouvelle avec des érudits et autres spécialistes en ligne. A ma
connaissance, très peu de jeux de caractères ne sont pas disponibles en ligne:
les navigateurs ont maintenant la possibilité de visualiser les caractères
romains, asiatiques, cyrilliques, grecs, turcs, etc. Accent Software a un
produit appelé "Internet avec accents" qui prétend être capable de visualiser
plus de 30 codages différents. S'il existe encore des obstacles à la diffusion
d'une langue spécifique sur le Web, ceci ne devrait pas durer."
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre vie
professionnelle?"
TC: "Ma vie professionnelle est en ce moment complètement distincte de mon
activité sur Internet. Je suis un programmeur/technicien informatique, je trouve
cela stimulant et cela me permet de payer les factures. Mon activité en ligne a
été de rendre l'information linguistique accessible à davantage de gens par le
biais de deux de mes projets sur le Web. Bien que je ne sois pas multilingue, ni
même bilingue moi-même, je suis conscient du fait que très peu de domaines ont
une importance comparable à celle des langues et du multilinguisme. Internet m'a
permis de toucher des millions de personnes et de les aider à trouver ce
qu'elles cherchaient, chose que je suis heureux de faire. Je suis devenu aussi
une sorte de célébrité, ou au moins quelqu'un de familier dans certains cercles.
Je viens de découvrir qu'un de mes projets est brièvement mentionné dans les
éditions asiatique et internationale de Time Magazine. Dans l'ensemble, je pense
que le Web a été important pour la sensibilisation aux langues et pour les
questions culturelles. Dans quel autre endroit peut-on chercher au hasard
pendant vingt minutes et trouver des informations susceptibles de vous
intéresser dans trois langues différentes sinon plus? Les médias de
communication rendent le monde plus petit en rapprochant les gens; je pense que
le Web est le premier médium - bien plus que le courrier, le télégraphe, le
téléphone, la radio ou la télévision - à réellement permettre à l'usager moyen
de franchir les frontières nationales et culturelles. Israël n'est plus à des
milliers de kilomètres, mais seulement à quelques clics de souris. Notre monde
est maintenant suffisamment petit pour tenir sur un écran d'ordinateur."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
TC: "Comme je l'ai dit plus haut, je pense que l'avenir d'Internet réside dans
davantage de multilinguisme et d'exploration et de compréhension
multiculturelles que nous n'en avons jamais vu. Cependant Internet sera
seulement le médium au travers duquel l'information circule. Comme le papier qui
sert de support au livre, Internet lui-même augmente très peu le contenu de
l'information. Par contre il augmente énormément la valeur de celle-ci dans la
capacité qu'il a à communiquer cette information. Dire qu'Internet aiguillonne
le multilinguisme est à mon sens une opinion fausse. C'est la communication qui
aiguillonne le multilinguisme et l'échange multiculturel, Internet est seulement
le mode de communication le plus récent rendu accessible aux gens plus ou moins
ordinaires. Internet a un long chemin à parcourir avant d'être omniprésent dans
le monde entier, mais il est vraissemblable que lui-même ou un médium de la même
lignée y arrive. Les langues deviendront encore plus importantes qu'elles ne le
sont quand tout le monde pourra communiquer à l'échelle de la planète (à travers
le Web, les discussions, les jeux, le courrier électronique, ou toute
application appartenant encore au domaine de l'avenir), mais je ne sais pas si
ceci mènera à un renforcement des attaches linguistiques ou à une fusion des
langues jusqu'à ce qu'il n'en subsite plus que quelques-unes ou même une seule.
Une chose qui m'apparaît certaine est qu'Internet sera toujours la marque de
notre diversité, y compris la diversité des langues, même si cette diversité
diminue. Et c'est une des choses que j'aime au sujet d'Internet, c'est un
exemple à l'échelle mondiale du dicton: 'Cela n'a pas vraiment disparu tant que
quelqu'un s'en souvient.' Et les gens se souviennent."
Depuis ses débuts en 1989, le CTI (Computer in Teaching Initiative) Centre for
Modern Languages (Centre pour l'utilisation des ordinateurs dans l'enseignement
des langues modernes) est inclus dans l'Institut des langues de l'Université
d'Hull (Royaume-Uni) et vise à promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans
l'apprentissage et l'enseignement des langues. Le Centre procure des
informations sur la manière dont l'apprentissage des langues assisté par
ordinateur peut être effectivement intégré à des cours existants en offrant un
soutien aux professeurs qui utilisent, ou souhaitent utiliser, l'informatique
dans l'enseignement qu'ils dispensent.
June Thompson, responsable du Centre, a répondu à mes questions dans son
courrier électronique du 14 décembre 1998.
ML: "Comment voyez-vous le multilinguisme sur Internet?"
JT: "Avec Internet, on a la possibilité d'accroître l'utilisation des langues
étrangères, et notre organisation ne soutient absolument pas la suprématie de
l'anglais en tant que langue d'Internet. Une intéressante conférence sur ce
sujet a été donnée par Madanmohan Rao à la Conférence WorldCALL de Melbourne en
juillet 1998. [Voir la présention de l'ouvrage à paraître suite à la
conférence.]
ML: "Quel a été le bénéfice de l'utilisation d'Internet dans votre activité?"
JT: "L'utilisation d'Internet a apporté une nouvelle dimension à notre tâche qui
consiste à soutenir les professeurs de langue dans l'utilisation de la
technologie correspondante."
ML: "Comment voyez-vous l'évolution vers un Internet multilingue?"
JT: "Je pense que dans un avenir proche l'utilisation de supports linguistiques
sur Internet va continuer à se développer en même temps que d'autres activités
liées à la technologie (par exemple l'utilisation de CD-ROM - certains
établissements n'ont pas suffisamment de matériel informatique en réseau). A
l'avenir il me semble que l'utilisation d'Internet jouera un rôle plus grand,
mais seulement si ces activités sont à caractère pédagogique. Notre organisme
travaille étroitement avec le WELL project [Web Enhanced Language Learning -
Apprentissage des langues grâce au Web], qui se consacre à ces problèmes."
Hébergé par le CTI Centre for Modern Languages et l'Université d'Hull
(Royaume-Uni), EUROCALL (European Association for Computer Assisted Language
Learning) (Association européenne pour l'apprentissage des langues assisté par
ordinateur) regroupe des professionnels de l'enseignement des langues exerçant
en Europe et dans le monde entier. Ses objectifs sont de favoriser l'utilisation
des langues étrangères en Europe, ainsi qu'une vision européenne de
l'utilisation de la technologie pour l'apprentissage des langues et
l'élaboration et la diffusion d'un matériel de qualité.
EUROCALL soutient aussi deux groupes: CAPITAL (Computer Assisted Pronunciation
Investigation Teaching and Learning) (Investigation, enseignement et
apprentissage de la prononciation assistés par ordinateur), qui est un groupe de
chercheurs et de praticiens souhaitant utiliser l'informatique dans le domaine
de la prononciation pris dans le sens le plus large du terme, et WELL (Web
Enhanced Language Learning) (Apprentissage des langues grâce au Web), qui
procurera l'accès à des ressources web de qualité dans douze langues
différentes. Sélectionnées et décrites par des experts, ces ressources seront
complétées par des informations et des exemples sur la manière de les utiliser
pour l'enseignement et l'apprentissage d'une langue.
Internet Resources for Language Teachers and Learners (Ressources Internet pour
l'enseignement et l'apprentissage des langues) propose plusieurs catégories de
liens: ressources linguistiques générales (centres et départements,
dictionnaires et grammaires, listes de discussion, apprentissage des langues à
distance, caractères, compte-rendus, linguistique, listes et index, divers,
journaux et périodiques, organismes, ressources, sites linguistiques
multilingues, moteurs de recherche et index, sites linguistiques commerciaux
(audiovisuels, écoles de langue, ressources et répertoires, logiciels).
Géré par l'Institut des sciences phonétiques d'Amsterdam (Pays-Bas), Speech on
the Web (Parole sur le Web) est un répertoire de liens organisés en différentes
sections: congrès, réunions et ateliers, liens et listes, phonétique et parole,
traitement de la langue naturelle, sciences cognitives et intelligence
artificielle, linguistique computationnelle, dictionnaires, lettres
d'information électroniques, revues et publications.