III

Elan de la défense nationale.--La panique.--Détente.--La patrie n'est

plus en danger.--Arrivée de Dumouriez à Paris.--Sa présence au club des

Jacobins.--Habilité de Danton.--Une soirée chez Talma.--Rabat-Joie.

Paris sortait d'un affreux cauchemar: il avait dormi dans le sang, avec

le spectre de l'Invasion sur la poitrine.

On se souvient de la prise de Verdun; les Parisiens, croyant déjà voir

le roi de Prusse à leurs portes, avaient formé un camp qui s'étendait

depuis Clichy jusqu'à Montmartre. Tout le monde y travaillait. De

jolies citoyennes maniaient bravement la pioche, la bêche ou la

brouette. Maîtres de Verdun, les Prussiens marchaient déjà dans les

plaines de la Champagne, s'avançaient sur Sainte-Menehould par la

trouée de Grandpré. La consternation était au comble.

L'élan révolutionnaire déborda comme un torrent. Hommes, munitions,

chevaux, fourrages, tout fut mis en réquisition. Les ustensiles de

ménage, pelles, pincettes, chenets, furent transformés en armes de

guerre. Dans un moment de frénésie, on alla jusqu'à déterrer les _morts

de qualité_, afin de convertir en balles le plomb de leur cercueil.

L'Assemblée nationale s'éleva contre ces profanations; mais les cloches

des églises furent fondues pour faire des canons. La nécessité de

pourvoir au salut de la patrie augmentant de jour en jour, quelques

municipalités avaient requis l'argenterie, les vases sacrés, l'or des

sacristies. D'un autre côté, les dons patriotiques affluèrent. Des

ouvrières, de pauvres femmes en deuil venaient déposer entre les mains

des magistrats, le denier de la veuve. Et ce n'est pas seulement à

Paris, c'est d'un bout à l'autre de la France qu'éclataient ces actes

de dévouement.

Dans une lettre adressée à la Convention, le citoyen Bonnaire racontait

les sacrifices des habitants de sa province: «Les citoyens de ce

département (le Cher) ont aussi voulu déposer leurs offrandes sur

l'autel de la patrie. Le conseil de notre arrondissement a maintenant à

sa disposition 218 paires de souliers, 17 capotes, 6 habits, 2 vestes,

2 culottes, 7 chemises, 2 épaulettes en or et une somme de 4 060 livres

pour distribuer des secours aux femmes et aux enfants des volontaires

partis pour les armées. La municipalité de Bourges est dépositaire de

114 habits, 40 vestes, 30 culottes, 4l paires de bas, 32 paires de

souliers, 16 chemises, d'une somme de 4 360 livres 2 sous 8 deniers,

destinés aux pauvres de cette ville, et d'une autre somme de 13 429

livres pour les femmes des citoyens qui sont allés combattre les

brigands.» [Note: Cette lettre fut communiquée à l'auteur par Félix

Bonnaire, directeur de la _Revue de Paris_.]

Après le 10 août, nous l'avons dit, le pouvoir exécutif provisoire

avait envoyé des commissaires dans les départements. Voici les

instructions qui leur furent données: «Ils s'attacheront surtout à ne

servir la plus belle des causes que par des moyens constamment dignes

d'elle; ils mettront, en conséquence, le plus grand soin à s'annoncer

par des manières simples et graves, par une conduite pure, régulière,

irréprochable.» Ces instructions furent suivies, et à la voix de ces

commissaires toute la France tressaillit d'enthousiasme.

Quand on apprit de meilleures nouvelles de l'étranger, quand on sut que

la bataille de Valmy était gagnée sur les Prussiens, les alarmes se

dissipèrent. Un mois après, Montesquieu s'emparait de Chambéry, Anselme

prenait Nice. Lille était encore assiégée; mais la ville était défendue

par plus de neuf mille hommes qui bravaient les bombes allemandes. Le 3

octobre, une lettre de Custine annonçait que Spire avait été arrachée

aux Autrichiens.

France de la Révolution, tu étais digne de vaincre! Sans toi, que fût

devenue l'Europe? Tu combattais sans doute pour ta propre conservation,

mais aussi pour le salut du monde. Tu versais à la fois ton sang et tes

idées. Dans tes flancs sacrés, tu portais l'humanité tout entière!

Disons-le une fois pour toutes, c'est surtout au régime des Assemblées

nationales que la France dut ses premiers succès. Le retentissement de

la tribune courait jusque sur les champs de bataille. Cette parole, ce

coup de marteau frappant chaque jour sur le fer rouge du patriotisme,

en dispersait les étincelles dans tout le pays. Jamais la dictature

d'un homme n'aurait produit une telle effervescence. Grâce à ses

représentants, la République était partout, tenait tête à tout et

montrait aux armées sa face sévère.

Voyant l'ennemi repoussé, les Prussiens décimés dans les plaines de la

Champagne par le fer et par la maladie, Custine tenant Spire et pouvant

se réunir au général Biron pour porter la guerre dans tout l'empire

d'Autriche, Danton proposa de déclarer que la _patrie n'était plus en

danger_. L'Assemblée résista: ce fut une faute. De telles formules,

autorisant toute sorte d'actes arbitraires, ne devraient point survivre

aux circonstances exceptionnelles qui les ont créées. Le moyen, en

outre, pour les législateurs, d'inspirer de la confiance à la nation,

c'est d'en avoir eux-mêmes, c'est de ne pas craindre.

Dumouriez vint à Paris pour jouir de son triomphe et sonder les partis

qui agitaient alors la République. Il fut partout fêté, acclamé,

cajolé. Qui ne connaît l'enthousiasme des Français pour un général

vainqueur? C'était le lion, l'événement du jour. A la ville, au

théâtre, on ne parlait que de lui, on ne voyait que lui. Le 11

octobre, accompagné de Santerre, il se rend au club de Jacobins, où il

embrasse Robespierre. Tout le monde applaudit. Dumouriez demande la

parole:

«Citoyens, frères et amis, dit-il en terminant son discours, d'ici à la

fin du mois, j'espère mener soixante mille hommes pour attaquer les

rois et sauver les peuples de la tyrannie.»

Alors Danton:

«Lorsque Lafayette, lorsque ce vil eunuque de la Révolution prit la

fuite, vous servîtes déjà bien la République en ne désespérant pas de

son salut; vous ralliâtes nos frères: vous avez depuis conservé avec

habileté cette station qui a ruiné l'ennemi, et vous avez bien mérité

de votre patrie. Une plus belle carrière encore vous est ouverte: que

la pique du peuple brise le sceptre des rois, et que les couronnes

tombent devant ce bonnet rouge dont la société vous a honoré. Revenez

ensuite vivre parmi nous, et votre nom figurera dans les plus belles

pages de notre histoire.»

Plus tard on a beaucoup reproché à Danton d'avoir recherché, flatté,

adulé Dumouriez? Était-ce bien le général qu'il courtisait? Non,

c'était la victoire. Il fallait avant tout que la Révolution s'appuyât

sur le succès de nos armes, et, plus que tout autre, Danton avait

poursuivi ce rêve glorieux; plus que tout autre, il avait contribué à

remuer dans les coeurs le sentiment national, à pousser vers nos

frontières les héroïques défenseurs de la patrie. Comptait-il aussi sur

l'influence du général pour conclure une alliance avec la Gironde? Il y

a tout lieu de le croire.

Il faut d'ailleurs se dire que les projets de Dumouriez étaient alors

couverts d'un voile impénétrable. Qui l'eût soupçonné de trahison? Ses

discours semblaient inspirés par le génie du patriotisme. Tous les

partis s'y méprirent; les citoyens les plus purs rendirent hommage à ce

vainqueur.

Un seul homme ne partageait point l'engouement général; mais cet homme

était Marat, c'est-à-dire la défiance.

D'où naissaient dès lors ses soupçons?

Dumouriez étant venu à Paris pour recevoir les honneurs du triomphe,

c'était à qui s'abriterait derrière l'épée du général. Il traînait à sa

suite tout un état-major. Durant quelques jours, on ne vit dans les

rues que des uniformes et des épaulettes. La ville passa sur-le-champ

des frayeurs et de la tristesse à l'enivrement. Toutes les têtes

tournèrent avec tous les coeurs du côté du général victorieux. Les

Girondins profitèrent de la circonstance pour régner sur l'opinion et

pour introduire le militarisme dans la République. La présence de ces

officiers bravaches et fanfarons offusquait au contraire l'austérité

des apôtres de la démocratie. Ces prétendus sauveurs venaient à Paris

animés d'un beau feu contre les _agitateurs_ et provoquaient jusque

dans les rues et les promenades publiques les citoyens connus par leurs

opinions exaltées. Marat fut personnellement victime de leurs boutades

et de quelques voies de fait. Le crime de ce petit homme ombrageux

était de ne point avoir fait écho à l'enthousiasme universel pour le

héros du jour. Deux bataillons de volontaires parisiens, le Mauconseil

et le Républicain, avaient, disait-on, cédé aux cruelles défiances de

leur époque, en massacrant quatre malheureux déserteurs prussiens qui

venaient se rendre et servir sous nos drapeaux, mais qu'ils prirent

pour des espions ou pour des émigrés français. Dumouriez avait ordonné

que ces deux bataillons fussent transférés dans une forteresse,

dépouillés de leurs armes et de leurs uniformes. Marat ne vit dans la

conduite de Dumouriez qu'un symptôme de haine secrète contre Paris. Il

trembla sur le sort de ces soldats qui vivaient dans l'attente d'une

punition inconnue. «Je veux avoir le coeur net de cette affaire,

dit-il, et tant que j'aurai la tête sur les épaules, on n'égorgera pas

le peuple impunément.» Il demanda donc aux Jacobins qu'on lui adjoignît

deux commissaires, afin de se rendre chez Dumouriez, et de s'informer

auprès du général des causes qui avaient fait traiter si sévèrement les

deux bataillons accusés.

Cette nuit-là, il y avait fête rue Chantereine, dans la petite maison

de Talma. Un enfant de Thalie (style du temps) recevait chez lui un

enfant de Mars. Une porte cochère, dont le marteau, soulevé à chaque

instant par des mains fraîchement gantées, retombait avec un bruit

sourd, conduisait, par une étroite allée d'arbres, dans une cour

sablée, où la maison, jolie bonbonnière du dernier siècle,

s'épanouissait en souriant dans un nuage de parfums et de clarté. Les

vitres, éclairées aux bougies, laissaient passer de temps en temps sur

les rideaux de mousseline blanche les ombres joyeuses de femmes en

grande toilette, les seins et les épaules nus, les cheveux relevés de

fleurs, le cou humide d'une rosée de perles ou marqué de grains de

corail; des gardes nationaux en tenue de bal, culotte de casimir blanc,

bas de soie, souliers à semelles fines, allaient et venaient dans les

allées; un bruit de musique, d'éclats de rire, de voix folles et

coquettes, descendait jusque dans la cour, et des flots de lumière

ruisselaient sur les marches de pierres de la maison que frôlaient, en

montant, de longues jupes de soie.

Cette petite maison resplendissante, au milieu de la ville éteinte et

morne, avait caché, comme par pudeur, au fond d'une allée, sous des

ombrés d'arbres, sa joie et ses lumières qui insultaient à la disette

publique. On se cachait alors pour se réjouir, comme en d'autres temps

pour verser des larmes. La disposition intérieure de la maison, que je

visitai en 1837 et qui était alors habitée par un directeur du _Temps_,

présente une forme sphérique assez singulière, qui ne manque point de

caractère ni d'élégance; elle aurait plu à Mme de Pompadour, et semble

une petite habitation secrète, choisie pour les plaisirs d'un comédien

ou d'un roi. Bonaparte y demeura à son retour d'Égypte.

Le salon était éclairé intérieurement de lustres qui laissaient tomber

du plafond leurs larmes de cristal. On voyait assis sur des fauteuils

Kersaint, Lebrun, Roland, Lasource, Chénier et d'autres, engagés dans

le parti de la Gironde; des femmes d'esprit, des jeunes filles du

monde, des fées de l'Opéra, achevaient de parer la fête. On distinguait

dans leurs groupes mademoiselle Contat, madame Vestris, la Dugazon.

L'ameublement était d'un goût parfait; le salon tendu de damas bleu et

blanc, avec des rideaux de fenêtres en mousseline relevée de draperies

en soie, égayait les yeux par l'harmonie des tons; de grands vases de

porcelaine d'où sortaient des tiges de fleurs naturelles (grand luxe

d'alors) répandaient leur haleine embaumée dans tout l'appartement; ce

n'était que mousseline, que soie, que rubans, que dorures, que lumières

répétées sur les consoles et les cheminées, dans des glaces

éblouissantes. Talma, en habit de comédien, faisait les honneurs de

chez lui.

Le général Dumouriez, arrivé depuis quelques jours à Paris, était le

héros de la fête. Il sortait du théâtre des Variétés, où sa présence

avait excité des applaudissements. Il n'était bruit dans la ville que

de ses exploits militaires. Chacun, dans le salon de Talma,

s'empressait cette nuit-là à toucher la main du général vainqueur.

Jamais roi ne recueillit tant d'honneurs ni de flatteries de la part de

ses courtisans qu'en reçut de ses concitoyens le chef des armées de la

République. Des femmes charmantes, les bras demi-nus, les yeux

assassins, les cheveux dressés à la dernière mode, sans poudre ni

constructions aériennes (la Révolution avait passé son niveau sur les

têtes les plus coquettes), agitaient autour de lui leurs mouchoirs

parfumés, ou prenaient sur leurs fauteuils des poses agaçantes pour

attirer son attention. On eût dit, sur des proportions plus

bourgeoises, le maréchal de Villars courtisé par les dames de

Versailles. Dumouriez était un militaire de belle humeur et de fière

mine, qui répondait galamment à toutes ces avances. Rien de plus

aimable qu'un homme heureux. Toute cette société, ivre de gloire, de

lumière, de grand feu, de bruit, de parfums de fleurs, se livrait sans

remords à l'oubli des sombres événements qui menaçaient alors la

France. On entend tout à coup un grand tumulte dans l'antichambre;

alors la grosse voix de Santerre, cette voix qui remuait les faubourgs,

annonce, en s'élevant au milieu de cette société toute réjouie de doux

propos, de tendres oeillades, de toilettes folles:

--Marat!

[Illustration: Boissy D'Anglas]

A ce nom, tous les visages se rembrunissent. Un petit homme à mine

cynique, négligemment vêtu, en houppelande sale, culotte de peau,

bottes crottées, un mouchoir blanc noué sur la tête, apparaît au seuil

du salon. Il a forcé l'entrée, malgré la résistance des valets amassés

dans l'antichambre. La laideur, la petite taille et le visage terreux

de cet homme ressortent singulièrement encadrés dans la bordure

éblouissante d'une fête. Il est suivi de deux membres du club des

Jacobins, Bentabole et Monteau, deux longs et maigres sans-culottes,

deux têtes de l'Apocalypse.

A cette vue, un morne silence, mêlé de surprise, saisit tous les

assistants. Marat, en cet état débraillé, représente le pauvre peuple,

brusquement survenu, avec les livrées de la misère, au milieu des

réjouissances des riches. C'était 93 fait homme, entrant, sans être

invité ni attendu, dans un petit souper de la Régence.

Dumouriez demeure interdit; Marat va droit à lui, et mesurant d'un

regard intrépide le général vainqueur:

--Monsieur, lui dit-il, c'est à vous que j'ai affaire.

Dumouriez tourne lestement les talons avec un geste d'insolence

militaire; mais, le saisissant par la manche, Marat l'entraîne dans un

coin du salon.

--Nous sommes envoyés, dit-il, par le club des Jacobins.

--Nous avons besoin de vous parler en particulier, ajoutent Bentabole

et Monteau.

Ils entrent tous les quatre dans une chambre voisine. On entend à

intervalles, quoique la porte soit close, la voix des interlocuteurs.

MARAT.--La manière dont vous les avez traités est révoltante.

Il s'agissait, comme on pense bien, des deux régiments, le Mauconseil

et le Républicain.

--Monsieur Marat!...

--Vous en imposez à l'Assemblée pour lui arracher des décrets

sanguinaires.

--Vous êtes trop vif, monsieur Marat; je ne puis m'expliquer avec vous.

--Je viens ici au nom de l'humanité.

--Vous approuvez donc l'indiscipline des soldats?

--Non, mais je hais la _trahison_ des chefs.

Dumouriez ne pouvait tolérer un pareil langage.

--Brisons là, dit-il.

La porte de la chambre où s'entrenait le général avec Marat, Bentabole,

et Monteau s'ouvre brusquement. L'Ami du peuple rentre dans le salon,

suivi de ses deux commissaires. En traversant la foule, son regard se

promène avec une audace et un mépris visibles sur les femmes demi-nues

qui ornent cette fête, sur les Girondins suspects, sur les officiers à

épaulettes d'or, et s'arrêtant devant Santerre avec un air de reproche:

--Toi ici? dit-il.

Il semble à quelques assistants voir les lumières pâlir. Marat, cette

tache noire et sordide, en se posant sur une soirée radieuse, en a

terni toute la joie. Les femmes, si rieuses et si brillantes il n'y a

qu'un instant, sont tout à coup devenues obscures; l'ombre de cet

homme, en marchant, laisse sur les toilettes, sur les seins découverts,

sur la gracieuse figure de ces nymphes, une tristesse morne.--C'est la

Terreur qui passe.

Plusieurs soldats de Dumouriez l'attendaient dans l'antichambre, le

sabre nu sur l'épaule; Marat traverse cet appareil belliqueux et

ridicule avec un sourire de dédain.

--Votre maître, ajoute-t-il, redoute plus le bout de ma plume que je ne

crains la pointe de vos sabres.

Dumouriez était mal à l'aise; l'audace de ce petit homme qui était

arrivé, à la clarté d'une fête, devant tout le monde, pour lui arracher

le masque du visage, cette voix sévère du peuple qui était venue le

saisir au milieu de tant de voix charmantes et flatteuses, et lui dire

en face: «Tu es un traître!» ce remords visible, cette conscience faite

homme qui s'était glissée en haillons sous les rayons et les fleurs de

la victoire, le confondaient. Il passa la main sur son front quand

l'Ami du peuple se fut tout à fait retiré. En vain, de son côté, Mlle

Contat reconduisait-elle à distance les trois commissaires, une

cassolette à la main, toute fumante d'encens et d'odeurs, comme si elle

eût voulu purifier les traces de Marat; cette gracieuse espiéglerie,

qu'elle prolongea jusqu'à la porte de la rue, ne rappela sur les lèvres

de l'assemblée qu'un sourire froid et contraint. Marat avait d'un

souffle éteint toute cette fête.

Histoire des Montagnards · 第 46 / 146 题