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typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été
conservée et n'a pas été harmonisée.
Certaines transcriptions des illustrations comportant un fac-similé
ont été ajoutées.
«Redgnauntley» est effectivement l'orthographe de la personne
principale de «LA QUITTANCE DU DIABLE», il ne s'agit pas d'une
erreur du typographe.
DOCUMENTS INÉDITS
SUR
ALFRED DE MUSSET
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
_Bibliographie des OEuvres d'Alfred de Musset_ et des ouvrages,
vignettes et gravures qui s'y rapportent. Lettre de Ch. de Lovenjoul
et portrait d'Alfred de Musset d'après la statue de Granet. Paris,
Rouquette, 1883. 1 vol. in-8º.
_L'OEuvre de Champfleury_, dressé d'après ses propres notes et
complété par M. Clouard. Paris, L. Sapin, 1891. Brochure gr. in-8º.
_Notes sur les dessins de Victor Hugo_, accompagnées de lettres
inédites et d'un dessin. Paris, A. Colin et Cie, 1898. Brochure in-8º.
EN PRÉPARATION
_Histoire des OEuvres d'Alfred de Musset_, ornée de portraits et de
fac-similés en noir et en couleur.
_Suite de huit vignettes et portraits_ gravés à l'eau-forte par L.
Charbonnel d'après Célestin Nanteuil, Théophile Gautier, Nadar et
Granet pour illustrer la Bibliographie des OEuvres d'Alfred de Musset.
Paris, 1883.
Épreuves in-folio sur Japon, noir et sanguine; in-4º, sur Chine, en
noir; in-4º, sur vergé, en noir.
MAURICE CLOUARD
DOCUMENTS INÉDITS
SUR
ALFRED DE MUSSET
PARIS
LIBRAIRIE A. ROUQUETTE
69-73, Passage de Choiseul, 69-73
1900
TIRAGE
A TROIS CENT CINQUANTE EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS A LA PRESSE,
Savoir:
310 sur papier vergé, de 1 à 310.
40 sur papier de Hollande, de I à XL.
No 50
LES PORTRAITS
DE
ALFRED DE MUSSET
LES PORTRAITS
Il est une petite pièce de vers, écrite en 1854, qu'on chercherait en
vain dans les dix volumes de ses _OEuvres complètes_ et que nous
citons page 205 de ce livre, dans laquelle Alfred de Musset fait
lui-même la critique des portraits qui le représentent. Plusieurs sont
omis, des meilleurs. Cependant, elles ne sont pas aussi nombreuses
qu'on pourrait le croire, les reproductions des traits de l'auteur des
_Nuits_. Je ne parle ni des caricatures ni des charges, non plus que
de ses portraits quand il était enfant, figures qui n'ont d'autre
mérite que celui de la curiosité ou de la rareté. Tous les portraits
d'Alfred de Musset se rapportent à quatre types, dessinés, peints ou
sculptés du vivant du poète par David d'Angers, Eugène Lami, Charles
Landelle et Gavarni; lesquels, après 1857, ont servi de modèles à
ceux, peintres ou sculpteurs, qui ont voulu le représenter. Je ferai
remarquer que ce sont les portraits les plus ressemblants qui sont les
moins connus.
VAN BRÉE
1814.
Portrait à l'huile, dont l'original est au musée Carnavalet. La soeur
du poète, Mme Lardin de Musset, en possède une copie exacte, cadre et
toile.
Alfred de Musset a trois ans; c'est un bébé tout rose, avec de jolis
cheveux blonds qui tombent en boucles sur ses épaules. Dans la
clairière d'un bois, il est assis sur une grosse pierre, au bord d'un
ruisseau, les pieds dans l'eau, retenant avec ses mains, le long de sa
poitrine, sa petite chemise qui glisse et le laisse presque nu. A ses
côtés est une grande épée «pour se défendre contre les grenouilles»
qui le regardent curieusement.
Gravé à l'eau-forte par Lalauze, en 1891, et joint à l'édition du
conte d'Alfred de Musset _La Mouche_, publiée à la librairie Ferroud.
(1 vol. in-8º.)
DUFAUT
1815.
Portraits d'Alfred et de Paul de Musset, formant groupe; peinture à
l'huile représentant les deux frères à mi-corps; Alfred a une petite
robe rouge; ses cheveux blonds bouclés, tombent sur ses épaules. Il
appuie la tête contre la poitrine de son frère Paul, qui met la main
sur l'épaule d'Alfred, plus petit que lui.
L'original est, comme celui du portrait précédent, au Musée
Carnavalet. Mme Lardin de Musset en a également fait exécuter une
copie exacte: «Je ne crois pas, dit M. Jules Cousin, dans
_l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_ du 28 février 1898, qu'il
ait été publié de reproduction gravée de ce double portrait; nous la
réservons pour le grand album des pièces les plus curieuses du Musée.
Mais j'en ai fait prendre un beau cliché photographique, dont tout
intéressé obtiendrait sans difficulté l'autorisation de faire tirer à
ses frais une épreuve.» Je ne connais pas non plus de reproduction
gravée; mais, comme M. Cousin, je suis possesseur d'un cliché
photographique dont quelques épreuves ont été données _meis et
amicis_.
ROEHN
1828.
_Le beau Grec_, portrait-charge d'Alfred de Musset au fusain et crayon
de couleur avec lavis. La tête seule du patient, émergeant d'un
faux-col et coiffée d'un fez rouge qui est posé sur des cheveux en
broussaille, est représentée de profil à gauche.
En 1890, j'ai fait fac-similer cette caricature, par l'imprimerie
Lemercier, à Paris; il a été tiré trente épreuves in-4º sur Hollande,
puis la pierre a été effacée.
DEVÉRIA
Vers 1830.
Alfred de Musset en costume de page, portrait en pied lithographié,
exécuté probablement pour l'une des soirées travesties données par
Achille Devéria.
I. PLANCHE REFUSÉE, in-4º.--Il n'existe, à ma connaissance, qu'une
seule épreuve de cette planche, appartenant à M. Gabriel Devéria. Dans
la campagne, dont des rochers forment le fond, le jeune page, la main
gauche appuyée sur la hanche, soutient de la main droite le bouffant
de sa manche. Il a les yeux baissés et regarde de côté; un poignard
pend à sa ceinture.
Reproduit en phototypie dans le volume de Mme Arvède Barine sur Alfred
de Musset. (Hachette, 1893, in-12).
II. PLANCHE PUBLIÉE, grand in-4º.--Lithographie de Fonrouge. Même
costume que ci-dessus, mais sans le poignard. Le décor est changé:
dans une salle, la main droite appuyée sur le dossier d'une chaise, la
main gauche sur la hanche, le page tourne légèrement la tête à gauche,
bien que le regard soit dirigé de face. C'est le portrait le plus
ressemblant d'Alfred de Musset jeune. La lithographie originale n'a
pas, que je sache, été reproduite.
DAVID D'ANGERS
1831.
Médaillon rond de 0m17 de diamètre, représentant Alfred de Musset à
l'âge de 23 ans: col nu, cheveux longs ramenés en avant; la figure,
vue de trois quarts, ne porte ni barbe ni moustache, mais seulement de
légers favoris; les yeux sont tournés à droite; sur le côté droit du
médaillon, est gravé le nom du poète; à gauche, on lit: «David, 1831.»
L'original, en plâtre, appartient à Mme Lardin de Musset. Des
reproductions en bronze ont été et sont faites par la maison Thiébault
frères, à Paris. Alfred de Musset venait poser à l'atelier de David,
comme le témoigne cette lettre[1]:
«Paris, samedi soir. 1831.
«Monsieur,
«Je suis de service demain, pour presque toute la journée; c'est
ce qui me privera du plaisir de vous recevoir à mon atelier.
Lundi, le jury qui doit juger le concours pour la monnaie du Roy,
aura certainement terminé son opération vers midi; je me rendrai
de suite rue de Fleurus, et si vous pouvez disposer de quelques
instants, je vous y attendrai. Vous obligerez votre bien dévoué
serviteur.
«DAVID.»
[1] Publiée en 1893 dans la _Revue de l'Art français_, page 204.
Il s'agit de son service comme garde national.
Le poète et le sculpteur restèrent en relations amicales. M. Henry
Jouin, dans son livre _David d'Angers et ses relations littéraires_
(Plon, 1890. In-8º, p. 67), publie le billet suivant, écrit
probablement en 1832:
«Mon cher David, je suis allé chez Micheli pour avoir de vos
médailles. Il demande une autorisation de vous pour cela. Soyez
assez bon pour m'envoyer deux mots de votre main, pour Micheli et
pour votre _Petit Cardillac des Enfants Rouges_; vous obligerez
votre dévoué de coeur.»
«ALFD DE MUSSET.»
Que signifie ce _Petit Cardillac des Enfants Rouges_? Je n'ai pu
trouver le sens de ce surnom et l'expliquer mieux que M. H. Jouin. En
janvier 1828, David d'Angers fut victime d'une tentative d'assassinat,
à trois pas de l'Abbaye, derrière Saint-Germain-des-Prés. La rue des
Enfants-Rouges allait de la rue Porte-Foin à celle des Quatre-Fils;
c'est aujourd'hui la rue des Archives. Quel rapport peut-il y avoir
entre Cardillac, l'orfèvre assassin des _Contes_ d'Hoffmann, et
l'assassin de David? la rue de l'Abbaye, où s'est passé le drame de
1828, et cette rue du Quartier du Temple?
Le médaillon de David a été reproduit par la gravure:
1º En 1876, eau-forte in-32 par Waltner, pour l'édition des _OEuvres_
d'Alfred de Musset dans la collection dite Petite Bibliothèque
Charpentier. (Salon de 1876, no 4004).
2º En 1877, eau-forte in-18 par Martinez, pour l'édition des _OEuvres_
à la librairie Lemerre. (Salon de 1877, no 4165).
3º En 1889, eau-forte in-8º par F. Courboin, publiée dans l'_Artiste_
du 1er janvier 1890.
4º En 1896, gravure in-8º sur bois par Florian, publiée comme
frontispice de _Les Nuits_, par Alfred de Musset. (Paris, Pelletan,
1896. 1 vol. in-8º).
5º En 1898, pointe-sèche in-4º, gravée par Bracquemond d'après le
médaillon (la figure est renversée) et tirée à dix épreuves,
numérotées et signées par le graveur; après ce tirage restreint, le
cuivre a été verni et encadré.
Voir l'ouvrage intitulé: _David d'Angers, sa vie, son oeuvre, par H.
Jouin_. (Paris, Plon, 1877, 2 vol. in-4º) et un article de Théophile
Gautier dans le _Moniteur Universel_ du 4 mai 1868.
CARICATURES PAR LUI-MÊME
1833-1834.
Pendant les quelques mois que dura l'entente cordiale de George Sand
et d'Alfred de Musset, à Paris comme à Venise, le poète fit plusieurs
fois sa propre charge. Ces caricatures, dessinées à la mine de plomb,
existent sur deux albums: celui de George Sand, qui appartient
aujourd'hui à M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, et celui
d'Alfred de Musset, qui est entre les mains de sa soeur, Mme Lardin de
Musset.
1º Le poète chevelu, 1833 (Album de G. Sand). De face, à mi-jambe, les
deux mains dans ses poches; taille de guêpe serrée dans une redingote
boutonnée; tête piriforme, de chaque côté de laquelle se relèvent les
boucles enroulées d'une luxuriante chevelure. Il a été fait une
reproduction lithographique in-8º, tirée à 25 exemplaires qui ont été
joints au tirage à part de notre article intitulé: «Quelques oeuvres
inédites ou peu connues d'Alfred de Musset», publié dans la _Revue
d'Histoire littéraire de la France_ du 15 janvier 1898.
2º Alfred de Musset et George Sand, décembre 1833 (Album d'A. de
Musset). En buste, de face, coiffures et costumes plus ou moins
vénitiens. Non reproduit.
3º «Ballade», 1834. (Album de G. Sand). En pied, vu de dos, canne à la
main droite. Au fond, à droite, église et son clocher, que surmonte la
lune, «comme un point sur un i». Imite le dessin d'un enfant. Dessiné
sur papier jaune, non reproduit.
4º «Don Juan allant emprunter dix sous, pour payer son idéale et
enfoncer Byron». 1834. (Album de G. Sand). En buste, de profil à
droite, fumant un énorme cigare. Long nez et cheveux lissés, légers
favoris. Non reproduit.
THÉOPHILE GAUTIER
1835.
Portrait-charge en pied d'Alfred de Musset et d'Honoré de Balzac,
gravé sur bois par Géniole, d'après un dessin de Théophile Gautier,
publié dans le _Mercure de France_ du 15 juillet 1835.
Les deux écrivains sont l'un près de l'autre. A gauche, Alfred de
Musset, vu de dos, les jambes écartées, la taille serrée dans sa
redingote, et coiffé d'un chapeau haut de forme, lance en l'air la
fumée de sa cigarette. A droite, Balzac, vu de profil, au ventre
proéminent, tient de ses deux mains, derrière son dos, sa fameuse
canne et son chapeau.
Une réduction de ces deux portraits a été publiée dans _La Vie
Moderne_ des 26 juillet et 9 août 1879.
En 1883, la vignette du _Mercure de France_ a été fac-similée à
l'eau-forte par Louis Charbonnel. Il a été fait un tirage ordinaire
sur Hollande in-4º et un tirage de luxe à 26 épreuves en noir et 15
épreuves en sanguine sur Japon 1/2 colombier. (Imprimerie Lemercier.)
Le livre de M. Adolphe Jullien, _Le Romantisme et l'Éditeur Eugène
Renduel_ (Paris, Charpentier et Fasquelle, 1897. 1 vol. in-12) donne
page 55 un nouveau fac-similé agrandi de cette vignette, et le _Mois
Littéraire_ de juin 1899, en publie page 697 une réduction.
En 1883, j'ai retrouvé un fragment du dessin original de Théophile
Gautier, dessin qui semble avoir été coupé en quatre morceaux. Sur
celui que je possède, il reste Alfred de Musset, vu depuis le milieu
environ de la basque de son habit; c'est un dessin à la sépia et au
lavis. Louis Charbonnel l'a fac-similé à l'eau-forte et il en a été
tiré par l'imprimerie Lemercier 41 épreuves en bistre sur Japon 1/2
colombier.
ROGER DE BEAUVOIR
Vers 1835.
Portrait-charge dessiné à la plume: Alfred de Musset en pied, vu de
dos, brandit d'une main sa canne et de l'autre sa cigarette. Reproduit
ci-contre.
CARICATURE PAR LUI-MÊME
Vers 1838.
Portrait-charge à mi-jambe, dessiné sur l'album de Mme Caroline
Jaubert. Le poète s'est représenté de profil à droite, tête énorme,
presque toute en nez; jabot de dentelle.
L'album où se trouvait ce dessin fut perdu à Paris, dans une voiture,
par une personne à laquelle Mme Jaubert l'avait confié. Mais il
existait de cette charge une épreuve photographique _unique_, tirée
par un ami de la Marraine, qui l'avait joint à l'exemplaire des
_OEuvres_ de son filleul; c'est l'original actuel, dont il m'a été
permis de prendre un cliché photographique.
Pour assurer la conservation de ce dessin, j'en ai fait faire un
fac-similé sur zinc, dont il n'a été tiré que quelques épreuves,
données à des amis.
[Illustration: Alfred de Musset, portrait-charge dessiné à la plume
par Roger de Beauvoir.]
EUGÈNE LAMI
1841.
Portrait en pied, dessiné au trait, en sanguine, et dont la tête seule
est ombrée. Signé: «E. L. 1841.» Le poète est représenté de profil à
gauche, la tête nue; de la main droite, il tient son chapeau appuyé
sur sa cuisse; le bras gauche est replié derrière le dos, et dans la
main gauche sont des gants. Il est vêtu d'un frac déboutonné, à collet
de velours; pantalon rayé, cravate montante, toute la barbe. La tête
seule est terminée.
Le dessin original appartient à la Comédie-Française, à laquelle M.
Alexandre Dumas fils en a fait don. H.: 0.180--L.: 0.065.
La pose, trop affectée, n'est pas celle d'Alfred de Musset, m'ont dit
plusieurs personnes qui ont connu le poète.
Ce dessin a été reproduit: 1º En fac-similé à l'eau-forte, par
Legenisel: A. En 1874, de la grandeur de l'original. (Salon de 1874,
no 3502).--B. En 1876, format in-32, pour être joint à un volume
des _OEuvres_ d'Alfred de Musset dans la Petite Bibliothèque
Charpentier.--C. En 1878, format in-12, tiré à très petit nombre et
non mis dans le commerce.
2º Gravé sur bois, in-8º, en noir, dans l'_Univers Illustré_ du 4 mars
1882.
3º Par des procédés divers, in-12 et in-32, dans la _Revue
Encyclopédique_ du 14 novembre 1896, le _Magasin littéraire_ du 1er
décembre 1896, les _Annales politiques et littéraires_ du 6 décembre
1896.
CARICATURE PAR LUI-MÊME
1842.
Tête de profil, au nez démesuré, dessinée à la mine de plomb par
Alfred de Musset, sur son album, à Lorey. Les cheveux longs tombent à
plat autour de la tête; front aplati, menton rentrant, moustache
tombante, col montant.
En 1876, il a été fait une reproduction à l'eau-forte, réduite de
moitié environ, par les soins de l'éditeur Charpentier; cette charge
devait être jointe à l'un des volumes des _OEuvres_ dans la Petite
Bibliothèque Charpentier; mais il fut décidé que l'édition ne
donnerait que des portraits _sérieux_, et le cuivre, après avoir été
tiré à 75 exemplaires sur papier vergé in-18, fut effacé. Aucun
exemplaire n'a été mis dans le commerce.
BIARD
(Sans date).
Quel est ce portrait et où se trouve-t-il? C'est ce qu'il m'a été
impossible de savoir. La fille du peintre, Mme la baronne Double, n'a
pu, malgré son bon vouloir, me fournir aucun renseignement.
Toutefois, Mme veuve Martelet, qui s'appelait Adèle Colin lorsqu'elle
était gouvernante d'Alfred de Musset, m'a fait voir une petite
photographie, format carte de visite, faite chez Pexme, 20,
Chaussée-d'Antin, à Paris, photographie toute jaunie et déjà un peu
effacée, que son maître lui avait donnée certain soir, vers 1844 ou
1845, en lui disant que c'était la reproduction d'un portrait qu'un
peintre venait de faire de lui. Alfred de Musset est représenté en
pied, de trois quarts à droite, la main gauche enfoncée dans la poche
de son pantalon, le bras droit appuyé sur le fût d'une colonne;
redingote dont le seul bouton du haut est boutonné, pantalon uni. Le
poète n'a pas le ruban de la Légion d'honneur, ce qui prouve que ce
portrait est antérieur au 30 avril 1845.--Serait-ce une photographie
du portrait de Biard? Alfred de Musset n'a pas prononcé le nom du
peintre en remettant la photographie à Mlle Colin, qui ne connaît pas
le portrait de Biard.
En 1877, la librairie Charpentier joignait à l'un des volumes de
l'édition in-32 des _OEuvres_ d'Alfred de Musset, un portrait gravé à
l'eau-forte par Monziès «d'après une photographie prise d'après
nature». Suivant les renseignements qui m'ont été fournis parla
famille de Musset, Alfred de Musset n'a jamais été directement
photographié. La tête du portrait de Monziès ressemble à celle de la
photographie de Pexme. Une reproduction en phototypie de la
photographie de Pexme, est publiée dans _Dix Ans chez Alfred de
Musset_, par Mme Martelet, née Adèle Colin. (Paris, Chamuel, 1899. 1
vol. in-12).
RIFFAUT
1845.
Portrait à mi-corps, dessiné et gravé à la manière noire par A.
Riffaut, publié dans l'_Artiste_ du 18 janvier 1846. C'est un
médaillon ovale, placé dans un encadrement rectangulaire, représentant
Alfred de Musset presque de face, jusqu'à la hauteur des genoux. La
tête, de trois quarts à droite, est découverte; cheveux longs, toute
la barbe; le bras gauche est replié et le pouce gauche enfoncé dans la
poche du gilet; le bras droit pend le long du corps, et de la main
droite le poète tient une canne. Pantalon uni, décoration.
La pose est raide et ni la ligure ni le regard n'ont d'expression.
MADEMOISELLE MARIE MOULIN
1848.
Miniature peinte par Mlle Marie Moulin, cousine d'Alfred de Musset et
figurant au Salon de 1848 (no 3411. Trois miniatures: Alfred de
Musset, Paul de Musset et Mme M***.) C'est un portrait de face, à
mi-corps, barbe légèrement taillée, frac déboutonné, gilet à fleurs
très ouvert, tête découverte, cravate montante. L'original appartient
à Mme Lardin de Musset.
Reproductions: 1º Photographie 18x24 exécutée par la maison Bingham,
50, rue de La Rochefoucauld, à Paris, pour la famille de Musset, et
non mise dans le commerce.
2º Gravure à l'eau-forte par Burney, faite en 1887 pour l'édition des
_Nouvelles_ d'Alfred de Musset publiées en 1 vol. in-8º à la librairie
Conquet. (Imp. Chardon.)
EUGÈNE GIRAUD
(Sans date).
Portrait-charge, dessiné et peint à l'aquarelle, représentant Alfred
de Musset en pied, avec une très grosse tête sur un tout petit corps.
L'original faisait partie de la collection de M. de Nieuwerkerke, et
on a pu le voir quai Malaquais, à l'Exposition des Maîtres Français de
la Caricature, qui fut faite à l'École des Beaux-Arts au mois d'avril
1888 (no 440 du catalogue). Actuellement, cette collection est en
Italie: M. de Nieuwerkerke est mort, ses héritiers habitent près de
Lucques, en Toscane, et il est à craindre que toute cette réunion des
charges de nos meilleurs écrivains, ne soit perdue pour la France.
Ce portrait d'Alfred de Musset n'a pas été reproduit. L'_Illustration_
du 5 mai 1888 donne ceux d'A. Houssaye et d'A. Dumas.
TRICHON ET C. F.
1853.
Portraits d'Alfred de Musset et de Berryer, «les deux derniers
Académiciens», gravés sur bois par Trichon, d'après C. F. (Faxardo?)
et publiés à mi-page dans le _Musée des Familles_ de novembre 1853,
tome XXI, page 61.
Alfred de Musset, de trois quarts, est à gauche; Berryer est de face,
à droite. Le poète est représenté jusqu'au dessous de la ceinture, le
bras droit tombant, le gauche légèrement replié; il est vêtu d'une
redingote ouverte, cravate montante, cheveux longs, toute la barbe. La
note suivante accompagne les portraits:
«L'image de M. de Musset, nommé en même temps que M. Berryer et
reçu l'année dernière, on se souvient avec quel succès, était
digne d'accompagner sur la même page celle du grand orateur auprès
duquel il va s'asseoir. Ces deux derniers Académiciens seront
certainement deux des premiers sur les bancs des Quarante.»
PROSPER MÉRIMÉE
Vers 1853.
Tête de profil, dessinée à la plume par P. Mérimée, pendant une séance
de l'Académie Française et donnant un Alfred de Musset plus vieilli
que nature... ou endormi.
L'original de ce portrait appartient à M. le Vicomte de Spoelberch de
Lovenjoul, qui, en 1891, a bien voulu m'autoriser à le l'aire
fac-similer sur pierre et tirer à quelques épreuves sur vergé in-4º
(Imprimerie Lemercier), dont aucune n'a été mise dans le commerce.
LANDELLE
1854.
Portrait dessiné au pastel, en 1854, par Charles Landelle et exposé au
Salon de 1855 (no 5480).
Alfred de Musset est de profil, en buste, tête nue, les yeux tournés à
droite; il porte toute sa barbe, les cheveux rejetés en arrière sur
le col; cravate montante, faisant plusieurs tours. Il est vêtu d'une
redingote boutonnée, ornée du ruban de la Légion d'honneur.
C'est le portrait le plus connu et le plus répandu. Mme Lardin de
Musset, à laquelle je m'étais adressé pour savoir quel était le
véritable original, m'écrivit le 17 octobre 1882: «L'original du
portrait de Landelle est le beau pastel qui est chez Madame Lardin de
Musset. L'aquarelle de la Comédie-Française en est la copie faite par
Pollet[2]. Le portrait à l'huile du Musée de Versailles est une copie
du pastel, faite par Landelle lui-même, mais moins bonne que le
pastel.» Alfred de Musset avait cependant posé pour cette
reproduction:
_Monsieur Alfred de Musset_,
Rue du Monthabor, 6.
«Mardi 10 octobre 1854.
«Mon cher monsieur de Musset,
«Je viens réclamer de votre obligeance une séance pour terminer le
portrait _peint_ que je dois donner au Théâtre-Français.
«Si vous voulez bien me fixer _d'avance_ le jour dont vous pourrez
disposer la semaine prochaine, je m'arrangerai pour n'avoir pas
modèle.
«Veuillez de nouveau croire à mes témoignages de sympathie et
d'affection.
«C. LANDELLE.»
«Vous seriez bien gentil de venir déjeuner dimanche matin à 11 h.
à l'atelier et de m'amener Arago, si vous le trouvez sur votre
chemin.
«Réponse S. V. P.»
[2] Exposée au Salon de 1859, no 2491.
Nombreuses en sont les reproductions, mais toutes ne sont pas
heureuses ni ressemblantes, par suite d'un défaut au nez, défaut causé
par une ombre sur le pastel, qui est généralement traduite par une
bosse dans les reproductions.
1º Photographie remontée sur bristol in-4º, exécutée par la maison
Bertsch et Arnaud, en 1854, d'après le pastel original.
2º Photographie format carte de visite, tirée, en 1854, par la maison
Bingham, sur le pastel original, pour la famille de Musset, et non
mise dans le commerce.
3º Gravure in-32 sur acier par Gervais, (Imprimerie Chardon), faite
d'après le portrait de Landelle, figure renversée, publiée dans la
_Biographie d'A. de Musset par E. de Mirecourt_. (Paris, Roret, 1854,
1 vol. in-32).
4º Gravure in-4º sur bois par A. Greppi, publiée dans le _Triboulet et
Diogène_ du 13 mai 1857. Très mauvaise exécution; on y remarque ce
changement que le bas du buste est drapé dans un manteau.
5º Gravure in-4 sur acier par Pollet; médaillon ovale de H.: 0.150,
L.: 0.105, publié dans l'_Artiste_ du 3 janvier 1858, exposé au Salon
de 1859 (no 3638). (Imprimerie Drouart). Bonne reproduction, à
laquelle M. Taxile Delord consacre une étude dans le _Magasin de
Librairie_ du 10 mai 1859.
6º Gravure in-8º sur acier par Daguin, avec encadrement rectangulaire,
faite en 1865 et exposée au Salon de 1866 (no 3119). H.: 0.178. L.:
0.112.
7º Gravure in-4º sur acier par Léopold Flameng: médaillon ovale,
entouré d'un cartouche rectangulaire et de branches de laurier.
Publiée primitivement à la librairie Charpentier, dans l'édition in-4º
des _OEuvres_ d'Alfred de Musset, dite de souscription; puis jointe à
toutes les éditions in-4º et in-8º des _OEuvres_, comportant les
figures de Bida.--Il existe des épreuves d'artiste, avant la lettre,
ne donnant que le médaillon, sans aucun encadrement.--Exposée au Salon
de 1867 (no 2610).
8º Gravure in-8º sur acier par Adrien Nargeot, publiée dans la _Revue
du XIXe siècle_ du 1er mai 1866. Médaillon ovale, porté par un socle,
avec encadrement rectangulaire, sur fond haché. H.: 0.128. L.: 0.088.
9º Photographie in-32, faite par Colin en 1867, pour l'édition des
_OEuvres_ d'Alfred de Musset en 10 vol. in-32, ornée de la
reproduction photographique des dessins de Bida.
10º Gravure sur acier, exécutée en 1867 par Goutière: médaillon ovale,
fermé par un cordon de perles, dans un encadrement rectangulaire
quadrillé, avec ornements. H.: 0.088. L.: 0.065. Sans nom d'imprimeur
ni d'éditeur. Tirage in-folio sur Chine monté avant lettre, in-4º sur
blanc avant lettre, et in-8º sur vélin avec lettre (Salon de 1867, no
2621).
C'EST, D'APRÈS LA DÉCLARATION MÊME DE Mme LARDIN DE MUSSET, LE
PORTRAIT LE PLUS RESSEMBLANT DE SON FRÈRE ALFRED. L'artiste a su
reconnaître que, sur le pastel original, la tache qui se voit au nez
est une ombre portée de l'arcade sourcillière et non pas l'effet d'une
protubérance. Tout le travail de gravure est d'une très grande
finesse.
11º Gravure in-32 sur acier par Goutière, avec fac-similé de la
signature d'Alfred de Musset. Publié en tête du tome I des _Poésies_
d'Alfred de Musset. (Charpentier, 1867,2 vol. in-32).
Une contrefaçon de ce portrait a été publiée à Bruxelles, avec
fac-similé de la signature au bas du médaillon; on y a joint le
fac-similé de la première strophe autographe de la _Ballade à la
Lune_. Épreuves en noir et en sanguine, très mauvaise exécution.
12º Gravure à l'eau-forte par Mongin, faite en 1876 pour l'édition des
_OEuvres_ d'Alfred de Musset à la librairie Lemerre. (10 vol. in-18).
13º Gravure à l'eau-forte par Le Rat, d'après le portrait de Landelle,
avec des modifications dans le costume, publiée en 1876 dans l'édition
des _OEuvres_ à la librairie Lemerre.
14º Gravure in-32 à l'eau-forte par Flameng, publiée en 1876 dans les
_OEuvres_, collection de la Petite Bibliothèque Charpentier.
15º Gravure à l'eau-forte par Hanriot, figure renversée. Tirage sur
Hollande in-4º et in-8º, sans nom d'imprimeur ni d'éditeur.
16º Gravure à l'eau-forte et pointe-sèche par Lessore, figure
renversée. Éditée en 1878, à la librairie Rouquette. Imp. de Vve
Cadart. Épreuves sur Hollande in-4º et in-8º.
17º En 1879, M. Mazerolle, dans son plafond de la salle de la
Comédie-Française, a représenté Alfred de Musset dans un de ses
groupes; la tête est faite d'après le portrait de Landelle; le poète,
drapé dans son manteau, est placé aux côtés d'Alexandre Dumas.
L'_Illustration_ du 2 août 1879 donne une gravure de ce plafond.
En 1882, M. Raphaël Breynat a gravé sur bois une reproduction de ce
plafond pour le livre _Paris_ (Librairie Rothschild). (Salon de 1882,
no 5211).
18º _Programme de la représentation extraordinaire, donnée au Palais
du Trocadéro, le dimanche 9 mai 1880._ (Imp. Motteroz, 4 pages in-4º).
Parmi les ornements lithographies du titre, se trouve une reproduction
du médaillon de Landelle.
19º Gravure in-32 sur bois, sans signature et d'une très mauvaise
exécution, publiée dans _Alfred de Musset et Edgar Quinet enfants, par
V. Tinayre_. (Paris, Keva, 1881, 1 vol. in-32).
20º Gravure in-8º sur acier, sans encadrement, par Adrien Nargeot,
publiée dans _Souvenirs poétiques de l'École Romantique, par Ed.
Fournier_. (Paris, Laplace, 1880, 1 vol. in-8).
21º Gravure in-8 sur bois par Thiriat, publiée dans la _Lecture
Rétrospective_ du 5 juillet 1890.
22º Gravure sur cuivre, à la pointe-sèche, par Adrien Nargeot,
exécutée en octobre 1891 et destinée primitivement à orner l'édition
du conte _La Mouche_, par Alfred de Musset, publiée à la librairie
Ferroud. M. Lalauze ayant gravé toutes les vignettes du volume, fit
une nouvelle planche du portrait qui fut donnée dans le livre à la
place de celle de M. Nargeot.--Finement gravé.
23º Gravure à l'eau-forte par Lalauze, publiée dans _La Mouche_, par
Alfred de Musset. (Paris, Ferroud, 1891, 1 vol. in-8º. Imp. Wittmann).
24º Dans le médaillon rond, renfermant le double portrait de George
Sand et d'Alfred de Musset, gravé à l'eau-forte par Abot, qui orne le
titre de l'édition de _La Confession d'un enfant du siècle_, publiée
en 1891 chez Quantin, 1 vol. in-8º; le buste du poète est la
reproduction à peu près exacte du portrait de Landelle, ce qui est un
anachronisme, _la Confession_ étant de 1835 et le portrait, de 1854.
25º Je possède une épreuve in-4º sur Japon, sans date et sans nom
d'imprimeur ni d'éditeur, d'un portrait d'Alfred de Musset, gravé à la
pointe-sèche par Loys Delteil. Musset est représenté à mi-corps,
presque de face, le bras droit replié et la main passée dans
l'ouverture de sa redingote; le bras gauche pend le long du corps. La
tête est inspirée par le portrait de Landelle.
26º Le _Programme de la soirée du 7 Octobre 1896_, donnée à la
Comédie-Française en l'honneur de LL. MM. le Czar et la Czarine
(Stern, graveur, 1 f. in-4º), présente parmi son ornementation une
reproduction du médaillon de Landelle.
27º Enfin, dans le commerce, on trouve des reproductions
photographiques de ce portrait, trop noires en général, format
carte-album et carte de visite, éditées par la maison Charles Jacotin.
Il existe encore d'autres reproductions du pastel de Landelle, dans
des revues et des journaux illustrés, un entre autres, in-8º, gravée
sur bois par Collette, dont il m'a été impossible de retrouver la
provenance; j'en ai rencontré jusque sur des titres de morceaux de
musique. Tous ces portraits pèchent en général par leur exécution et
ne sont, pour le plus grand nombre, que des _clichages_ n'offrant
aucun intérêt artistique.
GAVARNI
1854.
Portrait en pied, in-4º, lithographie par Gavarni, et publié dans la
série des _Contemporains illustres_. (Imp. Lemercier).
Musset est presque de face, les yeux tournés à droite, cheveux longs,
toute la barbe. De la main droite, il tient une canne, le bout en
avant; le bras gauche, appuyé sur la hanche, est recouvert par un
vaste manteau qui, enveloppant les épaules et le buste, descend
jusqu'aux genoux. Paysage au fond.--H: 0.345; L: 0.222. Trait
rectangulaire, cintré dans la marge supérieure; sous le portrait,
fac-similé de la signature.
Le reproche qu'on peut adresser à ce portrait, est de représenter un
Alfred de Musset plus vieilli qu'il n'était en réalité.
1º Reproduction partielle du buste seul, figure renversée, sans le
manteau, gravée sur bois et publiée dans le _Monde illustré_ du 9 mai
1857 et dans l'_Almanach des célébrités contemporaines_. (1 vol.
in-8º, p. 26).
2º Fac-similé de la lithographie originale gravé sur bois par Pistho,
publiée dans l'_Illustration_ du 16 mai 1857.
3º Gravure sur bois in-12, non signée, représentant Alfred de Musset à
mi-corps, publiée comme frontispice de l'_Almanach de la littérature,
du théâtre et des beaux-arts_ pour 1858, par J. Janin. (Paris,
Pagnerre. 1 vol. in-12 carré).
4º Lithographie in-4º, semblable à l'original et probablement tirée
sur la même pierre, publiée dans le _Panthéon des Illustrations
françaises au XIXe siècle, par Victor Frond_. (Paris, Abel Pilon,
1865-1873. 17 vol. in-folio.)
5º Gravure à l'eau-forte par Boilvin, ne donnant que le haut du buste,
exécutée en 1876, pour l'édition des _OEuvres_ à la librairie Lemerre.
6º Réduction in-32, gravée à l'eau-forte par A. Leroy, en 1876, pour
l'édition des _OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque Charpentier.
7º Reproduction du buste seul, gravé sur bois, dans _El Libéral_
(Madrid) du 11 novembre 1898 pour accompagner une Notice sur A. de
Musset, par Tello Tellez.
Voir: _Gavarni, l'homme et l'oeuvre, par E. et J. de Goncourt_.
(Paris, Plon, 1873. 1 vol. in-8º, pages 153 et 401.)--_L'OEuvre de
Gavarni, par Armelhaut et Bocher_ (Paris, Librairie des Bibliophiles,
1873. 1 vol. in-8º, p. 13).
NADAR
1857.
Portrait-charge in-32, gravé sur bois par Diolot, d'après un dessin de
Nadar, publié dans la 1re livraison des _Binettes Contemporaines, par
Joseph Citrouillard_, (Commerson). (Paris, Havard, 1857. 2 vol.
in-32).
Musset, orné d'une énorme tête sur un tout petit corps, et vu de
profil, se promène, en costume d'académicien, devant les lions de
l'Institut. Une main dans sa poche, tenant de l'autre son chapeau
derrière son dos, il roule de gros yeux et semble désespéré d'avoir un
nez aussi phénoménal que celui dont on l'a doté.
La tête de ce portrait se trouve lithographiée sous le no 13 du
_Panthéon Nadar_. (Prime du Figaro. 1 feuille in-plano grand aigle).
En 1883, M. Louis Charbonnel a gravé en fac-similé à l'eau-forte le
bois de Nadar; les quelques épreuves tirées à l'imprimerie Lemercier
n'ont pas été mises dans le commerce.
BARRE
_Le tombeau d'Alfred de Musset._
1859.
Buste en marbre blanc, sculpté par Auguste Barre et placé sur le
tombeau d'Alfred de Musset, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.
Des reproductions de ce buste, également en marbre, se trouvent chez
Mme Lardin de Musset et à l'Académie Française.
On trouve dans le commerce des photographies 18×24 du Tombeau et par
conséquent du buste. En outre, buste et tombeau ont été gravés:
1º Sur bois, dans l'_Illustration_ du 4 mai 1861.
2º A l'eau-forte, par Abot, en 1877, format in-32, pour l'édition des
_OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque Charpentier.
Auguste Barre était un ami d'Alfred de Musset, qui s'était plusieurs
fois essayé chez lui en l'art du statuaire. Certain jour que le poète
devait l'aller voir, un événement inattendu l'en ayant empêché, il lui
envoya ce billet:
«Mon cher ami,
«Je vous écris de chez Mlle Rachel, qui me garde à dîner. Ainsi,
ne m'attendez donc pas ce soir. A bientôt.
«A vous,
«ALFd Mt.»
«J'ai ébauché une belle petite chatte. J'ai employé d'abord un
couperet de cuisine, puis mes mains, puis vos petits bâtons. J'ai
tout lieu de croire que ce sera admirable, mais dans ce moment-ci,
mon idéal a encore un torticolis et une fluxion. Venez donc voir
ça.»
C'est sans doute à cause de cette intimité que Paul de Musset
s'adressa à M. Barre pour le buste qui devait orner le tombeau de son
frère. Ce tombeau, qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise, à
Paris, est construit sur les plans donnés par l'architecte Anatole
Jal, dans la grande avenue qui mène à la chapelle centrale; il est
élevé sur un emplacement concédé par l'État, aux frais de la famille
de Musset et de l'éditeur Charpentier:
«_A Monsieur le Préfet de la Seine._
«Paris, 8 juin 1857.
«Monsieur le Préfet,
«Alfred de Musset, dont la mort prématurée cause en ce moment une
émotion si profonde, est né à Paris. Comme la plupart des grands
poètes, il ne laisse point de fortune. Dans une élégie touchante,
que tout le monde connaît, il a exprimé le voeu suivant:
Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière;
J'aime son feuillage éploré,
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai.
«Afin de pouvoir répondre au désir formulé dans ces vers, je
prends la liberté de m'adresser à vous, Monsieur le Préfet, pour
obtenir la concession gratuite au Cimetière de l'Est, d'un terrain
de cinq ou six mètres carrés, espace rigoureusement nécessaire à
l'érection d'un tombeau modeste, orné d'un buste en marbre, offert
par le statuaire Barre, et accompagné d'un saule pleureur.
«Le poète si justement regretté n'est pas seulement une des
gloires de la France; il est aussi un enfant de Paris, et j'ose
espérer que sa ville natale voudra bien accorder à l'un des
esprits les plus aimables et les plus aimés qu'elle ait produit,
une dernière demeure digne de lui.
«Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute
considération.
«PAUL DE MUSSET.»
«Je recommande à la bienveillance de Monsieur le Préfet de la
Seine la demande de M. Paul de Musset; que le voeu exprimé d'une
manière si poétique et si touchante, par son frère, soit rempli.
La Ville de Paris doit un tombeau à un poète né dans ses murs et
dont la mémoire ne finira jamais.
«P. MÉRIMÉE.»
«Je me joins bien cordialement à mon confrère M. Mérimée.
«EMPIS.»
«Le saule que demande ce jeune et charmant poète, aura des
pèlerins; à présent, ceux qui l'ont aimé, et toujours, ceux qui
sauront aimer et lire la poésie impérissable.--Puisse la Ville de
Paris planter et renouveler perpétuellement cet arbre mélancolique
sur sa tombe.
«ALFRED DE VIGNY.»
«Je me joins à mes confrères dans le voeu qu'ils expriment en
faveur d'un des rares poètes dont le nom survivra.
«SAINTE-BEUVE,
de l'Académie Française.»
Mais M. le baron Haussmann, préfet de la Seine, n'était pas partisan
de ce projet et trouva mille prétextes pour en ajourner l'examen. Paul
de Musset, dans le but d'obtenir la concession nécessaire au tombeau,
fit agir d'autres influences:
«_A Monsieur Alfred Arago._
«Mon cher Alfred,
«On me fait observer que M. Delmas ayant promis à Jal que la
pétition déjà lancée serait classée parmi celles que l'Empereur
doit lire et non parmi celles dont on lui rend compte, il serait
convenable, avant de tenter une autre démarche, d'attendre le
résultat de celle-là. Il n'y a pas de raison pour que ce résultat
ne soit pas favorable. Je ne demande qu'un appui dans
l'accomplissement d'un devoir pieux, et je me sens très fort sur
ce terrain. Le Conseil Municipal a été pressenti: tous les membres
à qui on en a parlé, ont été d'avis que le rapport fût présenté.
M. Husson a fait ce rapport et l'a porté à la signature: M. le
Préfet a refusé de le signer. Il n'y a pas d'autre obstacle.
«Pendant ce temps-là, Charpentier me proposait d'ouvrir une
souscription pour l'achat du terrain, disant que les frais en
seraient couverts en quelques jours. Je ne l'ai pas voulu, pour
l'honneur de la Ville de Paris, car il ne faut pas se dissimuler
que tout cela est de l'histoire, et qu'on lira le récit de ces
détails dans cinq cents ans.
«Dites toujours au Prince Impérial[3] combien je suis touché de
l'intérêt qu'il prend à cette affaire et des paroles chaleureuses
qu'il vous a fait entendre. Malgré la démarche dont je dois, par
convenance, attendre le résultat, un mot de lui au Préfet ne peut
pas nuire.
«A bientôt, mon cher Alfred, et tout à vous.
«PAUL DE MUSSET.
«Vendredi, 27 novembre 1857.»
[3] A cette époque, le Prince Impérial était encore Joseph
Napoléon, nommé par décret du 18 décembre 1852, confirmé le 23
par un sénatus-consulte.
La parcelle de terrain fut enfin obtenue... par achat et le tombeau
aussitôt érigé.
L'exhumation eut lieu le 23 mars 1858.
«_A Monsieur le Sénateur, Préfet de la Seine._
«Paris, le 12 mai 1858.
«Monsieur le Préfet,
«J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien autoriser le
remboursement de la somme qui doit me revenir sur le prix d'un
terrain de deux mètres au cimetière de l'Est, acquis
conditionnellement le 3 mai 1857, pour la sépulture de
Louis-Charles-Alfred de Musset, mon frère, décédé le 2 du même
mois; ce terrain étant devenu libre par suite de l'exhumation
faite le 23 mars 1858 et de la réinhumation dans un terrain de
trois mètres 38 c., acquis le 29 décembre 1857, sous le numéro
936. Ci-joint le certificat de M. le Conservateur du cimetière de
l'Est.
«Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute
considération.
«PAUL DE MUSSET.
«Rue des Pyramides, 8.»
M. Paget, dans l'_Illustration_ du 4 mai 1861, décrit ainsi le
tombeau:
«Le monument dont nous donnons ici la figure, a 2m de large sur
2m20 de haut. La partie supérieure, forme médaillon placé dans le
fronton, porte la tête de Minerve, symbole de l'Institut.
Au-dessous du piédouche qui supporte le buste en marbre d'Alfred
de Musset, tel qu'il était peu de temps avant sa mort, on a
sculpté la lyre, la plume, avec une palme et une branche de
laurier, attributs du poète illustre. Dans un cartel placé sous
ces attributs, sont gravés six vers, extraits d'une élégie
touchante que tout le monde connaît; elle est intitulée _Lucie_:
Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière;
J'aime son feuillage éploré,
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai.
«...Enfin, sur les deux cippes parallèles, sont gravés: d'un côté,
quatre titres d'oeuvres en vers: _Namouna_, _Rolla_, _Mardoche_,
_Les Nuits_; de l'autre, trois titres d'ouvrages en prose: _Un
Caprice_, _Lorenzaccio_, _Frédéric et Bernerette_.»
Un saule pleureur est placé près du tombeau qu'il recouvre de ses
branches; mais le pauvre arbre a bien peu de terre et il faut le
remplacer souvent, ce à quoi veilla d'abord le frère et veille
aujourd'hui la soeur du poète. Fréquemment, des mains amies vont y
déposer des fleurs et tous les ans, le 2 mai, une manifestation a
lieu, organisée par des jeunes gens enthousiastes et des admirateurs
de l'auteur des _Nuits_.
Le 9 mai 1880, une représentation extraordinaire fut donnée au Palais
du Trocadéro, organisée par MM. Grippa de Winter, Buchelbry, Raymond
Bonnial, le comité des fêtes du Quartier-Latin, l'école de M. Talbot
et les délégations des Facultés de Bruxelles, Lille, Liège, etc...,
sous la présidence d'honneur de M. Paul de Musset. Une quête fut
faite par Mmes Sarah Bernhardt, Leslino, Hess, Schriwanech, etc...,
dont le produit devait être affecté à l'embellissement de la tombe
d'Alfred de Musset, quête contre laquelle protesta Paul de Musset par
cette lettre adressée au _Figaro_:
«_A Monsieur le Rédacteur du_ Figaro.
«Le 10 mai 1880.
«Monsieur le Rédacteur,
«L'état de ma santé ne m'a pas permis d'assister hier, 9 mai, à la
représentation extraordinaire qui a eu lieu dans la salle du
Trocadéro, en l'honneur d'Alfred de Musset. Mais je viens
d'apprendre qu'une quête, organisée par des dames, a été faite,
malgré ma défense, dont le produit est destiné à l'embellissement
de la tombe d'Alfred de Musset.
«Je proteste contre cette étrange prétention d'_embellir_ la tombe
de mon frère. Cette tombe est connue de toute la terre par la
photographie; elle n'a besoin d'aucun embellissement, et je ne
permettrai à personne d'y porter les mains.
«Si le saule pleureur a été gelé, le jardinier du cimetière le
remplacera; il est payé pour cela. Que ces dames portent des
couronnes et des fleurs tant qu'elles voudront, elles ne seront
pas les seules. Mais l'entretien du tombeau n'appartient qu'à la
famille du poète.
«Je vous serai très obligé, monsieur le Rédacteur, si vous voulez
bien prêter à ma protestation le secours de votre grande
publicité.
«Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus
distinguée.
«PAUL DE MUSSET.»
A l'occasion de cette fête, on moula le buste d'A. de Musset, dû au
ciseau de Barre, et ce buste fut couronné au cours de la
représentation; moule et buste sont depuis lors chez Mme Lardin de
Musset. Un programme, orné d'une vignette lithographiée par H. Dillon,
fut imprimé.
Le _Petit Journal_ du 2 novembre 1891 donne une petite vignette du
tombeau, qu'accompagne un article descriptif.
A propos de la manifestation du 3 mai 1892, M. Paul Ferrier composa
une pièce de vers «Sur la tombe d'Alfred de Musset»:
Portez des fleurs au cimetière,
Les fleurs du printemps que j'aimai
Les lilas à la grappe altière
Et les pâles roses de mai;
Venez avec une prière
Sur la tombe où je dormirai.
...........................
que publièrent le _Gaulois_ du 8 mai 1892 et la _Semaine Politique et
Littéraire_ du 6 novembre de la même année.
MEZZARA
1865.
Buste en marbre, sculpté par Mezzara en 1865 et dont la physionomie
semble inspirée principalement par le portrait de Landelle. Alfred de
Musset est représenté de trois quarts à gauche, le col découvert, la
cravate retombant au milieu de la poitrine, les épaules drapées dans
un manteau. Sur le socle, on lit: «Alfred de Musset, né à Paris le 11
décembre 1810, mort le 2 mai 1857.»
«_A Monsieur Alfred Arago._
«20 avril 1865.
«Mon cher Alfred,
«Le buste de Mezzara est terminé. Je le trouve vraiement très
ressemblant. On a dit à l'auteur qu'on lui enverrait l'Inspecteur
des Beaux-Arts. Tâchez donc que ce soit vous, car un autre n'ayant
pas connu mon frère ne pourrait point juger de la ressemblance,
qui est une chose très importante.
«Je voudrais bien que ce buste fût mis dans le foyer de la
Comédie-Française. Il y serait bien à sa place. M. Mezzara m'a
l'air d'un homme très modeste, sans protections, comme beaucoup de
gens de talent. Il ne semble pas que ce soit une raison de
l'abandonner. Tâchez de faire quelque chose pour lui.
«Tout à vous,
«PAUL DE MUSSET.»
«_A Monsieur Alfred Arago._
«10 février 1868.
«Mon cher Alfred,
«J'ai revu pour la dernière fois le buste de mon frère dans
l'atelier de M. Mezzara et je l'ai trouvé parfait. Ma soeur et
moi, nous avons presqu'été scandalisés de ne plus trouver une
seule observation à faire à l'auteur sur la ressemblance. M.
Mezzara a réellement beaucoup de talent. Il pense avec raison que
le foyer de la Comédie Française sera pour lui la meilleure des
expositions. Je suis aussi pressé que lui de voir ce beau buste
dans les rangs des Corneille et des Molière. Faites écrire à
l'artiste de vous l'envoyer. Édouard Thierry l'attend.
«Je vous serre la main bien cordialement et suis tout à vous.
«PAUL DE MUSSET.»
Le buste est placé dans la galerie du Foyer public au théâtre de la
Comédie-Française: «Musset, le poète aimé qui revit dans l'oeuvre de
Mezzara, dit M. René Delorme, reçoit chaque jour de pieuses visites.
Souvent, des groupes s'arrêtent pour le contempler; aucune physionomie
ne reste indifférente alors: les unes s'assombrissent, les autres
s'éclairent, double hommage de regret et d'admiration[4].»
[4] _Le Musée de la Comédie-Française._ Paris, Ollendorff, 1878.
1 vol. in-8, p. 46.
Quatre reproductions: 1º Gravure à l'eau-forte in-32 par A. Lamotte,
faite en 1876 pour l'édition des _OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque
Charpentier.
2º Gravure à l'eau-forte par Monziès, en 1877, pour l'édition in-18
des _OEuvres_ à la librairie Lemerre.
3º Peinture sur émail faite en 1881 par Mme Rosine Mezzara.
4º Glyptographie in-4º, publiée en tête du tome I de l'édition
populaire illustrée des _OEuvres_ à la librairie Charpentier, 1889. (5
vol. in-4º).
EUGÈNE LAMI
1879.
Dans le portrait d'Alfred de Musset peint en 1879 par M. Eugène Lami,
le poète est représenté à mi-corps, de trois quarts, la figure à
droite. Il est appuyé sur la tablette d'une cheminée et de la main
gauche tient un livre à demi fermé.
Gravé à l'eau-forte par Waltner, pour l'édition in-32 des _OEuvres_
dans la Petite Bibliothèque Charpentier.
PIERRE GRANET
1882.
Statue en pied, exécutée en 1882 par Pierre Granet, et figurant au
Salon de la même année. Alfred de Musset est représenté de face; de la
main gauche, il tient son chapeau appuyé sur la cuisse; son bras droit
est replié, et, dans la main droite, il tient un stick et des gants;
un long manteau, tombant de l'épaule droite, lui couvre une partie du
dos.
Cette statue a été inspirée pour la pose et l'attitude par les
portraits en pied d'Eugène Lami et de Gavarni; pour la figure,
beaucoup par celui de Mlle Marie Moulin et un peu par celui de
Landelle. Elle était primitivement destinée au concours ouvert par la
Ville de Paris pour l'ornementation des façades de l'Hôtel de Ville;
mais, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, M.
Granet n'ayant pu prendre part à ce concours, il présenta son oeuvre à
Mme Lardin de Musset qui l'accepta et, à son tour, proposa à la
Société des Gens de lettres de dresser cette statue sur l'une des
places publiques de Paris; mais, comme on le verra plus loin, ce
projet échoua. Aujourd'hui, cette statue est au Louvre.