Samedi, alors que ce numéro aura déjà paru, la Société des Gens de
lettres, en une série de solennités, célébrera le soixante-quinzième
anniversaire de sa fondation. Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne,
autour du président de la République, de ses deux prédécesseurs, des
présidents des Chambres et du président de la Société des Gens de
lettres, M. Georges Lecomte, seront réunis, en une séance solennelle,
les représentants de tous les corps constitués de l'État, le corps
diplomatique, l'Institut de France, toutes les compagnies et sociétés
littéraires. Et de grandes voix, au cours de cette cérémonie, diront
l'histoire de ce groupement exceptionnel qui, fondé en 1838 par Louis
Desnoyer, Alexandre Dumas, Nisard, François Arago, Victor Hugo, Honoré
de Balzac et Lamennais, sous la présidence de Villemain, fête
aujourd'hui dans le plein épanouissement de sa puissante vitalité ses
noces de diamant.
[Illustration: Un homme de lettres de 99 ans, M. Fertiault.]
Et l'on verra, parmi les gens de lettres réunis à la Sorbonne, un très
vieil et très digne écrivain qui sera, l'an prochain, centenaire. M.
François Fertiault, le doyen de la Société, poète, romancier, linguiste,
bibliophile, est né à Verdun en 1814. Il a rimé ses premiers sonnets de
collège sous Charles X. Il était déjà un homme d'expérience lors de la
Révolution de 1848, et ses cheveux commençaient de blanchir en 1870. Il
a écrit des romans, dont les titres jolis évoquent la littérature d'une
autre époque: _le Berger du Béage, le Garçon à Sylvain_. On lui doit
aussi des contes, des rimes bourguignonnes, des satires sur le
dix-neuvième siècle et un certain nombre de traductions et d'ouvrages de
bibliophilie. Et l'on dit que M. François Fertiault se propose de nous
faire la surprise d'un livre à l'occasion de son centenaire, d'un livre
qui ne sera peut-être pas encore son dernier livre.