LE GRAND PRIX

Ceux qui, dans quelques années, voudront, avec le recul nécessaire pour

juger les grands événements, même sportifs, caractériser en deux traits

le Grand Prix de 1913, évoqueront aussitôt la victoire de _Brûleur_,

grand favori, et l'accueil chaleureux, enthousiaste, exceptionnel, fait

au président de la République, M. Poincaré. Ainsi, par ces deux signes,

se distinguera, dans les annales hippiques, l'épreuve qui s'est disputée

dimanche dernier à Longchamp.

[Illustration: La tribune présidentielle.]

Suivant l'usage, le chef de l'État, qu' accompagnait Mme Poincaré,

arriva, peu avant la course, dans sa daumont, qui, précédée du piqueur

André, en redingote gros bleu à parements d'or, et attelée avec la plus

fringante élégance, fit sensation au pesage. Le président de la Société

d'Encouragement a coutume de venir saluer le président de la République

au pied du pavillon officiel: si cette réception fut, durant les

précédents septennats, empreinte d'une très déférente courtoisie, les

acclamations qu'elle provoqua, cette année, lui donnèrent un éclat dont

le souvenir s'était perdu... On put voir, tandis que le prince

d'Arenberg offrait son bras à Mme Poincaré, les membres du Jockey-Club

manifester une sympathie unanime, groupés sur les marches de l'escalier

qui mène à leur tribune réservée. Gardienne des traditions, celle-ci ne

saurait admettre, en cette classique journée, que des chapeaux de soie:

ils se levèrent tous, d'un commun accord, et s'agitèrent allègrement, au

passage du chef de l'État, multipliant, comme autant de sourires de

bienvenue, leurs mouvants reflets.

Du Grand Prix lui-même, qui réunissait vingt concurrents, tous français,

et d'excellente classe, il faut dire qu'il se déroula sans grande

surprise. Après une très belle course, _Brûleur_, sur qui s'était

affirmée la confiance du public, l'emporta nettement, d'une longueur et

demie, sur _Opott_, que suivaient _Ecouen_ et _Isard II_: il avait battu

le record de vitesse en couvrant, en 3 minutes 13 secondes, les 3.000

mètres de l'épreuve. Par cette victoire, qui, pour avoir été un peu

discutée, n'en demeure pas moins brillante, le jockey Stern a fait

triompher la casaque rayée marron et jaune de M. de Saint-Alary,

l'heureux propriétaire-éleveur de _Brûleur_.

[Illustration: Brûleur. Opott. Ecouen et Isard II. El Tango. Blaruey.

Père Marquette. LE GRAND PRIX DE PARIS DE 1913.--L'arrivée au

poteau.--_Phot. Tresca._]

[Illustration: Le lancement d'un cerf-volant monté, à bord du croiseur

_Edgar-Quinet._]

L'Illustration, No. 3671, 5 Juillet 1913 · 第 13 / 47 题