être contesté par les descendants de ceux--Grecs, Bulgares, Albanais--qui
ont reçu un asile dans les deux anciennes principautés danubiennes,
pendant les temps d'oppression, qui y ont préparé leurs premières
tentatives d'émancipation politique, qui sont venus étudier dans les
écoles de Bucarest et de Jassy?
Les Grecs seraient particulièrement ingrats, en oubliant que la générosité
des princes et des boyards valaques et moldaves a doté les innombrables
monastères relevant des Lieux Saints dont l'énorme revenu a enrichi,
pendant des siècles, les Églises d'Orient, et a servi à soutenir les
révolutions helléniques[42].
[Note 42: Les couvents du mont Athos, à eux seuls, possédaient la plus
grande partie des revenus de cent quatre-vingt-six grands domaines en
Valachie et en Moldavie, et le mont Athos fut le plus grand foyer
d'hellénisme en Macédoine.]
D'ailleurs, pour disputer leurs congénères de Turquie aux propagandes
grecque et slave, les Roumains du royaume se contentent de favoriser le
développement cultural de cet élément fraternel. La Roumanie prétend être
une métropole intellectuelle, rien de plus.
Le relèvement de la somme inscrite au budget pour les prêtres et les
instituteurs, le vote d'un crédit extraordinaire de 600,000 francs pour
construction d'églises et d'écoles, la récente création d'un consulat
à Janina, tout cela prouve l'intérêt que la Roumanie attache à ce
développement cultural. Quant aux manoeuvres du patriarcat et aux
tentatives auxquelles se livre le clergé grec en vue de dénationaliser les
Roumains d'Orient, sous prétexte de ne point laisser porter atteinte aux
traditions et aux intérêts de l'orthodoxie, voici les propres paroles du
ministre des affaires étrangères de Roumanie, M. Jean Bratiano, dans son
discours de 1904 sur la situation des Roumains de Macédoine:
«À l'égard de ces facteurs hostiles, je me bornerai à vous déclarer que
nous ne renoncerons, pour appuyer les efforts légitimes des Roumains
du Pinde, à aucun des moyens compatibles avec le caractère que revêt
l'ensemble de notre politique, que nous voulons conserver intacte de toute
velléité d'agitation et de provocation, mais que nous sommes décidés à
poursuivre avec énergie et persévérance.»
Cette politique, commune aux deux grands partis du pays et qui a sa
formule dans le mot de M. Stourdza, actuellement chef du gouvernement: «Il
faut que pas un Roumain ne se perde!» trouvera sans doute son couronnement
dans la création, pour les Roumains de Turquie, d'un épiscopat comme
en possèdent les Grecs, les Bulgares, les Serbes et les catholiques,
--l'Église roumaine, autocéphale dans le royaume, ne pouvant avoir, en
Turquie, des droits moindres que les autres Églises chrétiennes.
Ni les Roumains du royaume, ni les Roumains du sud ne sauraient envisager
avec indifférence la perspective de voir le patriarcat de Constantinople
grossir le patrimoine de l'hellénisme de cet élément macédo-roumain, dont
la fidélité à la race latine, malgré les efforts et l'indéniable prestige
de la culture hellénique, est vraiment digne d'admiration.
La Roumanie, dans la crainte de voir l'influence bulgare devenir
prédominante au détriment de la race roumaine, a défendu jusqu'à présent
et a encore intérêt à défendre, dans l'état actuel des choses, l'intégrité
de l'Empire ottoman, comme un moindre mal.
La domination turque est moins dangereuse pour les Roumains du sud de la
Péninsule que ne le serait la domination slave. La différence de religion
est, en effet, le plus sûr garant que l'assimilation de l'élément roumain
à l'élément ottoman ne saurait se produire.
Si au contraire les Bulgares, de même religion que les Roumains,
arrivaient à s'emparer de la Macédoine, les Roumains du sud finiraient
par se confondre avec les Bulgares et seraient définitivement perdus pour
la mère patrie. De plus, la Bulgarie, ainsi agrandie, deviendrait l'état
le plus puissant des Balkans, et son existence même serait une menace
perpétuelle pour la Roumanie et surtout pour la province roumaine de
Dobroudja, située sur la rive droite du Danube.
Quelques Roumains ont émis l'opinion que l'intérêt de leur pays était de
maintenir le _statu quo_ en Orient, dans la crainte d'une trop grande
expansion des races slaves dans la Péninsule. Mais le maintien de
l'intégrité de l'Empire ottoman n'aurait plus aucun intérêt aux yeux de
ces patriotes roumains, le jour où, grâce à une Confédération orientale
placée sous le patronage impartial de la couronne italienne, l'existence
et le développement ethnique des Roumains du sud seraient complètement
assurés contre les empiétements des autres races.
D'ailleurs le royaume de Roumanie, enclavé entre la Russie et
l'Autriche-Hongrie, serait trop isolé s'il se formait, au sud du Danube,
une importante Confédération dont il serait exclu et dont il a le droit de
faire partie au titre de la Dobroudja. Disons encore que le même isolement
atteindrait les Latins du sud, par suite de cette exclusion de leur
métropole ethnique et intellectuelle qui ferait pencher la balance du côté
des éléments slavo-balkaniques, alors tous groupés. Dans ces conditions,
l'accession de la Roumanie à la Confédération orientale, avantageuse
d'ailleurs pour tous les autres États qui la composeraient, s'impose comme
une nécessité. Cette participation lui assurerait, grâce à sa politique
probe et modérée, une situation importante[43] et plus indépendante, vu que
les liens qui s'établiraient entre elle, les États balkaniques et l'Italie,
lui épargneraient la nécessité de s'appuyer sur un groupement politique
quelconque des grandes puissances.
[Note 43: «Quant à une fédération éventuelle, personne ne la verrait de
meilleur oeil que la Roumanie, qui forcément y jouerait le rôle de _prima
inter pares_. (Take IONESCO, article déjà cité de la _Monthly Review_,
1903.)]
CHAPITRE XV
CONSTANTINOPLE
Nous avons cru devoir réserver, dans notre projet de Confédération, la
question de Constantinople. La Turquie ne céderait pas actuellement sa
capitale sans une résistance désespérée qui ferait hésiter les cabinets
européens devant une solution trop brusque et qui ne s'obtiendrait
vraisemblablement pas sans une large effusion de sang chrétien.
Mais il est difficile de traiter la question d'Orient sans envisager
le rôle que sera appelée à jouer, dans l'avenir, cette ville qui fut,
d'ailleurs, dès le commencement du moyen âge, la métropole des peuples
balkaniques.
Dans la Confédération telle que nous la prévoyons actuellement,
Constantinople resterait la capitale de l'Empire ottoman, qui ne
posséderait plus en Europe que la province de Thrace.
Combien de temps les Turcs séjourneront-ils encore sur le continent
européen, et sous la poussée de quels événements l'abandonneront-ils un
jour pour aller s'établir définitivement dans leur Empire d'Asie? Voilà ce
qu'il est malaisé de prédire dès à présent. Toutefois, il semble évident,
pour qui connaît tant soit peu l'histoire d'Orient, que cette éventualité
ne saurait manquer de se produire et que les Turcs sont fatalement
destinés à perdre, dans un avenir plus ou moins rapproché, leur dernière
possession européenne.
Le rôle de notre Confédération n'est pas de hâter ce moment ni de brusquer
la marche des événements, mais de résoudre temporairement la question si
aiguë de Macédoine et d'enlever au monde l'anxiété générale que provoque
la solution éventuelle de la grave question de Constantinople. Dès à
présent, en effet, la marche à suivre, lorsque cet événement viendra à se
produire, serait toute tracée. Elle ne laisserait pas la porte ouverte
aux convoitises des grandes ou des petites puissances et préviendrait une
conflagration générale susceptible de bouleverser l'Europe au moment de
l'ouverture de cette succession.
En réservant l'heure à laquelle se produira cette dernière transformation
de l'Orient européen, et pour mieux établir le régime qu'il conviendrait
d'appliquer dans l'avenir à Constantinople, après le départ des Turcs, il
serait utile de jeter un coup d'oeil en arrière et de rappeler le rôle que
cette capitale a joué jusqu'ici dans l'histoire, au point de vue des races.
L'Empire d'Orient fut une création de Rome, opérée par l'intermédiaire
d'un Illyrien grécisé et romanisé. Lorsque, en fondant l'Empire romain
d'Orient (330 après J.-C.), Constantin eut fait de Byzance sa résidence
impériale, la ville et les provinces environnantes de la péninsule
balkanique furent romanisées tour à tour; la langue latine persista
même, dans l'administration et le commerce, jusqu'au septième siècle,
c'est-à-dire jusqu'au règne de Phocas, où commença le déclin du latinisme,
sous l'influence des empereurs de race grecque ou grécisants, originaires
de la péninsule balkanique.
Car les maîtres de Byzance, contrairement à l'opinion répandue,
appartinrent aux races les plus différentes de l'Empire, Grecs, Thraces,
Illyriens,--et par Grecs il faut entendre, encore une fois, les races
balkaniques orthodoxes, plus ou moins hellénisées, et non les habitants de
l'Hellade.
Certainement, on parle beaucoup le grec à Constantinople, et on le parla
encore davantage avant la conquête ottomane; mais la langue ne suffit pas
pour déterminer le caractère d'une race. D'ailleurs, les anciens Hellènes,
de tout temps peu nombreux, furent décimés à l'époque des guerres
persiques, puis de celles qui marquèrent le règne d'Alexandre le Grand,
et enfin pendant les luttes contre Rome.
Ce qui se passe actuellement, en ce qui concerne la langue grecque,
est bien de nature à nous faire comprendre ce qui se produisit jadis à
cet égard. Combien de Roumains de Turquie, combien d'Albanais, combien de
Bulgares même ne se font-ils pas encore passer pour des Hellènes, afin
de ménager le patriarcat! Jadis, ce fut en vue de charges à obtenir,
d'influences à exercer.
Mais Byzance affectait essentiellement le caractère cosmopolite qui
signale la Constantinople de nos jours. Les étrangers y formaient même des
groupements séparés. Les Vénitiens étaient maîtres de quartiers fortifiés;
les Génois occupaient Péra et Galata.
Les Grecs proprement dits se concentrèrent surtout au Phanar, après la
conquête turque. Mais si leur élément ne constitue pas à beaucoup près
une majorité, l'élément turc véritable est, lui aussi, insignifiant dans
le million d'habitants qui peuplent aujourd'hui la cité impériale.
Constantinople a ses quartiers grecs, arméniens, juifs, francs, ses colons
asiatiques, ses nègres d'Afrique; ses masses levantines sans caractère
ethnique déterminé, et, parmi les mahométans, de nombreux descendants de
renégats grecs et albanais devenus fonctionnaires de la Turquie.
C'est à peine si, jusqu'à présent, on a osé poser la question de
Constantinople, tellement elle paraît embarrassante. On connaît le mot
de Napoléon qui, lors de ses négociations avec le tsar Alexandre Ier
pour le partage éventuel de l'Empire ottoman, disait: «Celui qui aurait
Constantinople serait le maître du monde.» Ce mot a d'ailleurs cessé
d'être vrai depuis le percement du canal de Suez.
Le jour donc où la Turquie deviendrait un empire purement asiatique, il
conviendrait de donner un régime particulier à Constantinople. En effet,
la position de cette ville, située aux confins de deux continents et de
deux mers, présente un intérêt international qui peut militer en faveur
d'une neutralisation rigoureuse du Bosphore et des Dardanelles, à l'instar
de l'isthme de Suez.
Peut-être faudrait-il faire de Constantinople un port franc. Dans tous
les cas, toutes les nations, sans exception, devraient y trouver les
plus larges franchises et libertés commerciales. Une fois la province de
Thrace reconstituée sur les mêmes principes que celles de Macédoine et
d'Albanie, Constantinople, libérée de la domination turque, s'imposerait
comme capitale politique définitive de la Confédération. La Diète fédérale
y serait transférée et le lieutenant impérial italien y transporterait
naturellement sa résidence. De même, les représentants des puissances
auprès de la Confédération transféreraient leur siège à Constantinople.
Nous n'avons pas la prétention, dans le cadre d'un ouvrage aussi restreint,
de fixer dans ses détails l'organisation de la Confédération future.
Nous avons seulement voulu l'indiquer dans ses grandes lignes et surtout
nous pensons en rendre la réalisation plus aisée en ne prêchant pas le
bouleversement immédiat de la Péninsule.
La plupart des auteurs qui ont écrit à ce sujet partagent à leur façon
Constantinople et toutes les possessions turques d'Europe entre telles
ou telles puissances, sans tenir compte qu'un tel partage ne pourrait se
faire actuellement sans une guerre sanglante et peut-être européenne.
C'est ce qui fait que leurs livres sont restés dans le domaine de l'idéal.
Notre projet, au contraire, pourrait s'appliquer dès à présent sans
secousse, et il préparerait ainsi une solution pratique de la question
d'Orient, solution que l'on pourrait obtenir sans qu'il y ait de sang
versé, par l'oeuvre seule du temps et de la diplomatie.
CHAPITRE XVI
CONCLUSIONS
Nous avons assez dit ce qui divise les nationalités soumises au joug de
la Turquie,--et elles sont elles-mêmes des causes de division pour les
peuples déjà émancipés de ce joug dont elles excitent les convoitises.
Mais la communauté de religion et de moeurs, et aussi la communauté de
souffrances dans le présent et dans le passé, constitueraient quand même,
avec les mélanges de sang, un puissant ciment pour la cohésion d'une
Confédération orientale.
Pour arriver toutefois à une entente durable, il faudra, nous ne saurions
trop le répéter, que chacun de ces peuples chrétiens sache sacrifier
à l'intérêt général quelque chose des aspirations d'un idéal national
exaspéré, et surtout renonce au rêve de prédominance absolue dans la
Péninsule, à la reconstitution utopique des empires de Douchan, du tsar
Samuel ou d'Alexandre le Grand.
Sans ces concessions mutuelles et avec des arrière-pensées tendant
à changer à son avantage particulier ce qui aurait été établi dans
l'intérêt de tous, il est trop certain que la cohésion de la Confédération
se trouverait singulièrement affaiblie et qu'on reverrait bientôt de
nouvelles ingérences politiques émanant des grandes puissances, de
la tutelle ou de la protection desquelles on viendrait à peine de
s'affranchir.
En interrogeant l'histoire de quelques peuples qui, au nord du Danube,
ont présenté beaucoup d'analogie avec les nationalités balkaniques, la
Pologne, la Hongrie, la Moldavie et la Valachie, nous voyons que, dès la
plus haute antiquité, l'idée d'une étroite alliance entre ces peuples a
germé dans l'esprit de plusieurs de leurs souverains.
C'est ainsi que le premier prince de Valachie qui ait joué au quatorzième
siècle un rôle européen, Alexandre Bassaraba, conçut l'idée d'une alliance
avec ses coreligionnaires slaves de la rive droite du Danube. Il avait
trois filles: il en donna une à Urosch, fils du tsar serbe Étienne Douchan;
une autre à Straschimir, empereur bulgare de Vidin, et la troisième à
Vucashin, alors prince féodal en Macédoine et plus tard roi de Serbie[44].
[Note 44: Autrefois, les souverains chrétiens d'Orient étaient parfois
indifféremment, et suivant les époques, les chroniques ou les poèmes
nationaux, qualifiés de tsars, rois, empereurs, voévodes ou princes.]
De cette façon, les dynasties serbe, roumaine et bulgare ne formèrent,
grâce à ces alliances, qu'une seule famille; les Slaves du sud considèrent
encore les fils et petits-fils d'Alexandre Bassaraba comme s'ils eussent
été des héros nationaux serbes ou bulgares, et les célèbrent comme tels
dans leurs ballades et dans leurs chants nationaux.
La Pologne, la Hongrie, la Valachie et la Moldavie ont glorieusement
défendu, pendant quatre siècles, la civilisation européenne contre les
Tartares et les Turcs. Si les princes de ces quatre États qui, sous la
pression des circonstances, s'unirent parfois par d'éphémères traités,
mais qui plus souvent se combattirent, avaient, au lieu de suivre une
politique égoïste, formé une ligue chrétienne, la Hongrie n'aurait pas
subi, pour un temps donné, la conquête ottomane, la Moldavie et la
Valachie auraient évité la suzeraineté de la Porte, et la Pologne vivrait
certainement comme État pleinement indépendant.
Mieux vaut donc une étroite alliance des peuples balkaniques entre eux et
avec l'Italie, que leur annexion fatale à l'un des empires austro-hongrois
ou russe. Qu'ils se pénètrent enfin de cette vérité!
En s'opposant au développement de toutes les races qui peuplent la
Macédoine, deux États, la Bulgarie et la Grèce, plus suspects de froideur
envers notre idée, ne feraient que le jeu de l'Autriche, car cette
puissance, la plus immédiatement menaçante, vu l'affaiblissement actuel
de la Russie, a derrière elle l'impulsion pangermaniste.
Les haines de races doivent disparaître comme les haines de religion,
rejetées au second plan par les préoccupations des réformes sociales et du
bien-être des peuples.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, nous estimons que le système des
groupements fédéraux, basés sur le respect de l'individualité de chaque
peuple adhérent, va prévaloir à l'avenir, à commencer par les régions où
la multiplicité de races ne peut faire espérer l'établissement durable
d'un grand État homogène.
Nous prévoyons le triomphe du principe fédératif en Autriche-Hongrie. Il
constituerait la meilleure chance de se maintenir pour la dynastie des
Habsbourg, qui sera d'ailleurs fatalement obligée, par la poussée des
Slaves et des Roumains de la monarchie, à renoncer à l'actuel compromis
austro-hongrois.
L'unité nationale absolue, avec sa tendance fatale à l'extension par
l'absorption des États faibles, cessera de prédominer. Déjà même, on
n'ose plus la conquête brutale, malgré la folie des armements. Quant aux
peuples fédérés, ils ne seront plus obligés de ruiner leurs finances
et d'immobiliser dans les casernes leur jeunesse travailleuse pour se
défendre contre leurs voisins, et ils n'auront pas besoin de rendre l'État
adéquat à la nationalité en englobant tous les individus de même race,
du moment que la fédération leur garantira à tous une égale liberté dans
leurs frontières respectives.
La Turquie a un avenir en Asie; elle n'a même d'avenir que là. Déjà ses
provinces européennes représentent un poids mort qu'elle traîne sans
profit et sans gloire, qui épuise ses dernières forces, lesquelles,
libérées,--car ce serait une délivrance même pour l'Empire ottoman qu'une
solution radicale de la question d'Orient,--trouveraient à s'exercer
légitimement dans cette Asie qui est le berceau de l'Islamisme.
L'humanité procède par étapes, chaque nouvelle génération reprenant
la marche en avant quand la précédente a fait halte dans la mort.
Une Confédération orientale serait une de ces étapes--et combien
décisive!--vers le progrès et l'apaisement. La Confédération des peuples
de l'Autriche-Hongrie en formerait une seconde; c'est ainsi que l'on
arriverait un jour à la constitution des États-Unis d'Europe, qui seule
donnera le signal du désarmement général et comblera ce voeu légitime de
l'humanité civilisée: la paix universelle.
Les peuples balkaniques, sous la présidence de l'Italie, auraient la
gloire d'avoir pris l'initiative de ce mouvement, prouvant au monde qu'ils
ont su comprendre, avant les plus grands pays, la nature des phénomènes
sociaux à venir.
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