SECTION I.

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NOTES SUR LA TRANSCRIPTION:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.

Une liste d'autres corrections faites se trouve à la fin du livre.

Les caractères imprimés en exposant dans l'original dont l'abréviation

n'est pas évidente ou non courante sont indiqués comme^{cela}, les

caractères imprimés en indice dans l'original sont indiqués

comme_{cela}.

Dans les formules mathématiques le symbole D rond de la déviation

partielle est indiqué: [d]. La translitération des caractères grecs qui

correspondent aux fonctions mathématiques sont inclus en [crochet].

Marquage: _mots en italique_

=mots en gras=

[vx]: caractère avec caron dessus, le "x" représente le

caractère accentué

PAUL APPELL

PRINCIPAUX OUVRAGES DE M. ERNEST LEBON.

* * * * *

Chez M. Gauthier-Villars, Quai des Grands-Augustins, 55, Paris.

=Histoire abrégée de l'Astronomie.= Petit in-8, en caractères

elzévirs, titre en deux couleurs, avec 16 portraits et 1 Carte

du Ciel; 1899 (_Ouvrage couronné par l'Académie Française_). 8 fr.

=Théorie et Application des Sections homothétiques de

deux quadriques.= Grand in-8, avec 9 figures; 1884. 2 fr.

SAVANTS DU JOUR: _Biographie, Bibliographie analytique des

Écrits_. Grand in-8 (28-19), papier de Hollande, avec un portrait

en héliogravure (_Collection honorée d'une Souscription

de l'Académie des Sciences_):

=Henri Poincaré=, 1 vol. de VIII-80 p., 1er Juillet 1909. 7 fr.

=Gaston Darboux=, 1 vol. de VIII-72 p., 10 Janvier 1910. 7 fr.

=Émile Picard=, 1 vol. de VIII-80 p., 1er Juin 1910. 7 fr.

* * * * *

Chez MM. Delalain Frères, Boulevard Saint-Germain, 115, Paris.

=Traité de Géométrie Descriptive= (comprenant la =Géométrie

Cotée=). 2 vol. grand in-8.

Ier VOLUME. _Classe de Mathématiques_, 286 épures dans le

texte; 3e éd., 1901. 5 fr.

IIe VOLUME. _Classe de Mathématiques spéciales_, 199 épures

dans le texte, 1 Atlas in-8 de 14 planches in-4 gravées;

1882. 12 fr.

=Table de Caractéristiques relatives à la base 2310 des

Facteurs Premiers d'un nombre inférieur à 30030.= Gr. in-8,

12 pages de texte, 20 Tableaux; 1906 (_Ouvrage honoré d'une

Subvention de l'Association Française pour l'Avancement des

Sciences_). 1 fr.50

[Illustration: _Héliog. Dujardin_ _Phot. Pirou_

_Imp. Ch. Wittman_]

SAVANTS DU JOUR

PAUL APPELL

BIOGRAPHIE,

BIBLIOGRAPHIE ANALYTIQUE DES ÉCRITS,

PAR

Ernest LEBON,

Agrégé de l'Université,

Lauréat de l'Académie Française,

Membre des Académies de Lisbonne et de Metz,

et de la Société royale des Sciences de Liége.

[Illustration: [Grec: AEI O ThEOS GEÔMETREI]]

PARIS,

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE,

Quai des Grands-Augustins, 55.

10 NOVEMBRE 1910.

(Tous droits réservés.)

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

Abréviations VI

SECTION I.--=BIOGRAPHIE.=

Notice sur M. PAUL APPELL 1

Grades. Fonctions. Titres honorifiques. Prix. Décorations 11

SECTION II.--=ANALYSE MATHÉMATIQUE.=

Rapport de CH. HERMITE sur le Mémoire présenté par M. PAUL APPELL

au Concours ouvert par le Roi OSCAR II 15

Ouvrages 20

Mémoires. Notes: _Analyse pure: 1º Fonctions d'un point analytique;

2º Séries, Intégrales définies, Généralités sur les fonctions d'une

variable; 3º Fonctions périodiques et doublement périodiques d'une

variable, Périodicité générale; 4º Fonctions de plusieurs

variables, Fonctions abéliennes, Fonctions de deux variables à 2, 3

ou 4 paires de périodes, Fonctions hypergéométriques de deux

variables, Inversion des intégrales multiples; 5º Équations

différentielles ordinaires, Invariants; 6º Équations aux dérivées

partielles, Potentiels triplement périodiques, Potentiels

multiformes.--Analyse appliquée à l'Algèbre_ 21

Article 38

SECTION III.--=GÉOMÉTRIE.=

Rapport de M. GASTON DARBOUX sur le Prix BORDIN en 1885 39

Mémoires. Notes: _Géométrie infinitésimale. Géométrie analytique_ 42

Article 45

SECTION IV.--=MÉCANIQUE RATIONNELLE ET PHYSIQUE MATHÉMATIQUE.=

Ouvrages 46

Mémoires. Notes: _Mécanique rationnelle. Physique mathématique_ 51

SECTION V.--=HISTOIRE DES SCIENCES.=

Discours. Discours nécrologiques. Notices nécrologiques. Rapports.

Articles 60

SECTION VI.--=ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT.=

Discours. Conférence. Rapports. Articles 63

SECTION VII.--=PUBLICATIONS DIVERSES.=

Questions proposées. Leçons. Rapports. Préfaces. Analyses 68

ABRÉVIATIONS.

AAWB _Abhandlungen der Königlichen Akademie der Wissenschaften zu

Berlin._ Berlin, in-4.

AB L'_Aérophile_. Revue mensuelle illustrée de l'Aéronautique et

des Sciences qui s'y rattachent. Directeur-Fondateur: GEORGES

BESANÇON. Paris, in-4.

AEN _Association amicale de Secours des anciens Élèves de l'École

Normale supérieure._ Paris, H., in-8.

AFAS _Comptes rendus des Sessions de l'Association Française pour

l'Avancement des Sciences._ Paris, rue Serpente, 28, gr. in-8.

AFSMa _Annales de la Faculté des Sciences de Marseille._ Paris,

G. M., in-4.

AFST _Annales de la Faculté des Science de l'Université de Toulouse_

pour les Sciences mathématiques et les Sciences physiques.

Paris, G.-V., in-4.

AJM _American Journal of Mathematics_, edited by FRANK MORLEY,

published under the Auspices of the JOHNS HOPKINS University.

Baltimore, in-4.

AM _Acta Mathematica._ Journal fondé et rédigé par G.

MITTAG-LEFFLER. Berlin, Stockholm; Paris, Hn., in-4.

AMB _Annali di Matematica pura ed applicata_ già diretti da

FRANSCESCO BRIOSCHI, continuati dai Prof. L. BIANCHI,...

Milano, C. R., in-4.

AMLB _Annuaire des Mathématiciens_, 1901-1902, publié sous la

direction de C.-A. LAISANT et AD. BUHL. Paris, C. N., 1902,

puis G.-V., in-16.

AMPG _Archiv der Mathematik und Physik_, Gegründet 1841 durch. J.-A.

GRUNERT, Her. von E. LAMPE,... Leipzig, B. G. T., gr. in-8.

ASAPP _Annaes scientificos da Academia polytechnica do Porto_,

publicados sobra direcção de F. GOMES TEIXEIRA. Coïmbre, gr.

in-8.

ASEN _Annales scientifiques de l'École Normale supérieure._

Paris, G.-V., in-4.

BAES _Bulletin trimestriel de l'Association des Élèves de Sèvres._

Paris, F.-D., gr. in-8.

BAMS _Bulletin of the American mathematical Society._ Lancaster,

PA., and New York, the MACMILLAN Society, 2^{d} s., in-8.

BBA _Bulletin de la Bibliothèque américaine_ (_Amérique latine_).

Paris, H., in-8.

BBSL _Bollettino di Bibliografia et Storia delle Scienze

matematiche_, pubblicato par cura di GINO LORIA, Torino,

C. C., gr. in-8.

BSFB _Bulletin scientifique de la France et de la Belgique_, publié

par ALFRED GIARD. Paris, Laboratoire d'Évolution des Êtres

organisés, 3, rue d'Ulm, gr. in-8.

BSM _Bulletin des Sciences mathématiques_, fondé en 1870 par GASTON

DARBOUX, publié par GASTON DARBOUX, ÉMILE PICARD et JULES

TANNERY. De 1870 à la fin de 1884, le titre fut _Bulletin des

Sciences mathématiques et astronomiques_. Paris, G.-V., gr.

in-8.

BSMF _Bulletin de la Société mathématique de France._ Paris, G.-V.,

gr. in-8.

BSP _Bulletin de la Société philomathique de Paris._ Paris, S., de

1864 à 1888, in-8; ensuite gr. in-8.

CMF _C[va]sopis pro pe[vs]tov[va]ni mathematiky a fysiky_, redigu jí

K. PETR, BOH. KU[VC]ERA. Praze, B. ST[VY]BLA, gr. in-8.

CR _Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des

Sciences_. Paris, G.-V., in-4.

ECC Affaire DREYFUS. La Revision du Procès de Rennes. Enquête de la

Chambre criminelle de la Cour de Cassation, 5 mars-19 novembre

1904. Paris, Ligue des Droits de l'Homme, 1, rue Jacob, 1908,

1909, gr. in-8.

EM _L'Enseignement mathématique_ dirigé par C.-A. LAISANT et H.

FEHR. Paris, G.-V., et Genève, GEORG, gr. in-8.

ESMEF _Encyclopédie des Sciences pures et appliquées_. Édition

française publiée d'après l'édition allemande sous la direction

de JULES MOLK. Paris, G.-V., gr. in-8.

IdM _Idées modernes_, Revue mensuelle. Paris, D. P., gr. in-8.

IF _Institut de France_. Paris, F.-D., in-4.

IM _L'Intermédiaire des Mathématiciens_ fondé en 1894 par C.-A.

LAISANT et ÉMILE LEMOINE. Paris, G,-V., in-8.

IMB _Inauguration du Monument_ BICHAT _et des nouveaux Instituts de

la Faculté des Sciences de Nancy_. Nancy, 13 juin 1909, gr. in-8.

JC _Journal für die reine und angewandte Mathematik_. Beg. von A.

L. CRELLE. Her. von K. HENSEL. Berlin, G. R., in-4.

JEP _Journal de l'École Polytechnique_. Paris, G.-V., in-4.

JFM _Jahrbuch über die Fortschritte der Mathematik_. Beg. von CARL

OHRTMANN. Her. von EMIL LAMPE. Berlin, G. R., gr. in-8.

JL _Journal de Mathématiques pures et appliquées_ fondé par J.

LIOUVILLE, rédigé par CAMILLE JORDAN. Paris, G.-V., in-4.

JO _Journal Officiel de la République Française_. Paris, 31, quai

Voltaire, in-4.

JS _Journal des Savants_. Paris, H., in-4.

JST _Jornal de Sciencias mathematicas e astronomicas_ publicado

pelo Dr F. GOMES TEIXEIRA. Coïmbre, gr. in-8.

LCD _Literarisches Centralblatt für Deutschland_. Beg. von FREDRICH

BARNCKE. Her. von EDWARD BARNCKE. Leipzig, E. AVENARIUS, in-4.

MA _Mathematische Annalen_. Beg. 1868 durch ALFRED CLEBSCH und

CARL NEUMANN. Her. von FELIX KLEIN,... Leipzig, B. G. T., gr.

in-8.

MAWB _Monatsberichte der königlich Preussischen Akademie der

Wissenschaften zu Berlin_. Berlin, gr. in-8.

MSAS _Mémoires présentés par divers Savants à l'Académie des Sciences

de l'Institut de France_. Paris, I. N., in-4.

MMP _Monatshefte für Mathematik und Physik_. Her. von G. V.

ESCHERICH, F. MERTENS und W. WIRTINGER. Wien, J. EISENSTEIN,

gr. in-8.

Ms _Mathesis_. Recueil mathématique publié par P. MANSION et J.

NEUBERG. Gand, AD. HOSTE; Paris., G.-V., gr. in-8.

NAM _Nouvelles Annales de Mathématiques_, fondées en 1842 par

GÉRONO et TERQUEM, dirigées par C.-A. LAISANT, C. BOURLET et

R. BRICARD. Paris, G.-V., in-8.

NAW _Nieuw Archief voor Wiskunde_ onder redactie van J. C. KLUYVER,

D. J. KORTEWEG en P. H. SCHOUTE. Amsterdam, DELSMAN en

NOLTHENIUS, gr. in-8.

NC _Il nuovo Cimento_, Organo della _Società italiana di Fisica_,

pubblicato per cura dei Direttori.... Pisa, PIERACCINI, gr.

in-8.

NTM _Nyt Tidsskrift for Matematik_, Redigeret of C. JUEL og V.

TRIER. Kobenhavn, JUL. GJELLERUP, in-8.

ÖS _Öfversigt af kongl. Vetenskaps-Akademiens Förhandlingar_.

Stockholm, P. A. NORSTEDT, in-8.

RB _Revue Politique et littéraire_, _Revue bleue_, fondée par

EUGÈNE YUNG. Directeur: FÉLIX DUMOULIN. Paris, 41 _bis_, rue

de Châteaudun, in-4.

RBB _Revue générale de Botanique_, dirigée par M. GASTON BONNIER,

Paris, 1, rue DANTE, gr. in-8.

RCMP _Rendiconti del Circolo matematico di Palermo_. Palermo, gr.

in-8.

RIE _Revue internationale de l'Enseignement_ publiée par la Société

de l'Enseignement supérieur. Rédacteur en chef: FRANÇOIS

PICAVET. Paris, 20, rue Soufflot, gr. in-8.

RM _La Revue du Mois_. Directeur: ÉMILE BOREL. Paris, H. LE

SOUDIER, gr. in-8.

RMa Ministère de la Marine. _Revue Maritime_. Paris. R. CHAPELOT

et C^{ie}, gr. in-8. (Rédaction, 2, rue Royale.)

RMS _Revue de Mathématiques spéciales_. Paris, N., in-4.

RO _Revue générale des Sciences pures et appliquées_. Directeur:

LOUIS OLIVIER. Paris, in-4.

RQS _Revue des Questions scientifiques_, publiée par la Société

scientifique de Bruxelles. Bruxelles; Louvain, à partir de

1896. 11, rue des Récollets, gr. in-8.

RR _Revue scientifique. Revue rose_. Directeur de la rédaction:

CH. MOUREU. Paris, 41 _bis_, rue de Châteaudun, in-4.

SSS _Compte rendus du Congrès des Sociétés savantes de Paris et des

départements, Section des Sciences_. Paris, 1. N., gr. in-8.

UPR Académie de Paris. Conseil général des Facultés ou Conseil de

l'Université de Paris, à partir de 1895-1896. _Rapports sur les

travaux et les actes des Établissements d'Enseignement supérieur

pendant l'année scolaire..._ Paris, gr. in-8.

WM _Wiadomosei matematyczne_. Rédigé en polonais. Rédacteur et

éditeur: S. DICKSTEIN. Warszawa, Marszalkowska, 117, gr. in-8.

ZMP _Zeitschrift für Mathematik und Physik_. Her. von O. SCHLÖMILCH

und M. CANTOR. Leipzig. B. G. T., gr. in-8.

aa. aargang.

Afd. Afdeling.

Abt. Abteilung.

Bd. Band.

Beg. Begründet.

c. cahier.

D. Deel.

d. R. dritte Reihe.

f. fascicule.

Ht. Heft.

Her. Herausgegeben.

J. Jahrgang.

Lit. Literaturberichte.

n. s. nouvelle série, new series.

R. Ro[vc]nick.

T. R. Tweede Reeks.

S. Seite.

s. série, series.

A. C. Armand Colin.

B. G. T. B. G. Teubner.

C. C. Carlo Clausen.

C. D. Ch. Delagrave.

C. N. C. Naud.

C. R. C. Rebeschini di Turati.

D. Delalain Frères.

D. P. Dunod et Pinat.

F. A. Félix Alcan.

F. D. Firmin-Didot.

G. C. Georges Carré.

G. M. G. Masson.

G.-V. Gauthier-Villars.

G. R. Georg Reimer.

H. Hachette et C^{ie}.

Hn. A. Hermann; Hermann et Fils.

I. N. Imprimerie nationale.

N. Nony et C^{ie}.

PAUL APPELL

SECTION I.

BIOGRAPHIE.

NOTICE SUR M. PAUL APPELL.

M. _Paul-Émile_ APPELL naquit à Strasbourg, chef-lieu de l'ancien

département du Bas-Rhin, le 27 septembre 1855. Son père, Jean-Pierre

Appell, avait un atelier et un petit magasin de teinturerie place

Saint-Étienne, au fond de la cour d'une maison appelée le _Ritterhus_ en

parler strasbourgeois, grande et ancienne construction surmontée de

plusieurs étages de greniers auxquels on accède par un escalier de

pierre tournant dans une tour: ce vieux bâtiment était rempli d'enfants

qui se livraient à des jeux sans fin dans la cour ou dans les greniers.

Le jeune PAUL APPELL fut mis au Collège Saint-Arbogast, dépendant de

l'évêché, dirigé par un homme intelligent et bon, d'une haute

conscience, d'un ardent patriotisme, l'abbé Uhrin. Les vacances se

passaient au village natal de sa mère, Élisabeth Müller, _le

Klingenthal_, situé dans une étroite et longue vallée des Vosges

orientales, entre le mont Sainte-Odile et le Heidenkopf, toute remplie

de la fraîcheur des eaux descendant de la montagne, et des bruits d'une

fabrique d'armes blanches ayant appartenu à l'État Français de Louis XV

à Louis-Philippe. Sa famille était profondément attachée à la France et

aux idées de justice et de liberté mises en action par la Révolution

Française. Son père, comme soldat français, dans une petite opération

militaire en Corse, avait reçu au pied une blessure dont il souffrit

toute sa vie. Son frère, Charles Appell, né d'un premier mariage, de 13

ans plus âgé que lui, s'engagea à 17 ans dans l'armée française: il prit

part à la guerre d'Italie et fut envoyé, après la campagne, en congé de

convalescence. Quand le père mourut, en 1869, ce frère aîné devint le

conseiller et l'éducateur du jeune collégien, auquel il fit partager son

amour passionné pour les longues courses dans les solitudes boisées des

Vosges, pour les chasses patientes de la montagne et pour les chasses

abondantes et faciles de la plaine d'Alsace. Il s'établit alors entre

les deux frères une affection étroite, une tendresse virile chaque jour

plus profonde. Pendant que le caractère de l'adolescent était ainsi

développé vers l'action, l'influence d'une mère d'élite, réfléchie et

laborieuse, douce mais obstinée, le poussait au travail régulier et

persévérant.

Le Collège Saint-Arbogast ayant été fermé en 1868, le jeune PAUL APPELL

passa un an en troisième au petit Séminaire de Strasbourg, et, pendant

l'année scolaire 1869-1870, il suivit les cours de la classe de seconde

du Lycée. La guerre ayant été alors déclarée, il vit arriver la belle

armée d'Afrique, puis les sombres jours, la défaite et l'investissement.

Sa famille était restée à Strasbourg pendant le siège; son frère, après

avoir servi comme ambulancier volontaire sur le champ de bataille de

Woerth, rentra à Strasbourg et s'engagea immédiatement dans la Compagnie

de francs-tireurs commandée par Liès-Bodard, professeur à la Faculté des

Sciences. PAUL APPELL, âgé de 14 ans, chercha à se rendre utile en

aidant, dans une cantine provisoire, installée brasserie Piton, à

nourrir de pauvres gens sans travail et sans ressources. Après la

capitulation, tous les établissements d'enseignement étant fermés en

Alsace, il fut envoyé au Klingenthal. Son frère Charles, sorti de la

ville en échappant aux Allemands, put rentrer en France par le Hohwald

et les Hautes Vosges, et reprit du service dans la légion

d'Alsace-Lorraine; en 1871, il fut chargé en Alsace, par le Gouvernement

de la Défense Nationale, d'une périlleuse mission, interrompue par

l'armistice. Vinrent alors les événements les plus tristes de tous:

l'élection des derniers députés d'Alsace-Lorraine, leur protestation à

l'Assemblée Nationale contre l'annexion, l'arrachement brutal des deux

Provinces si attachées à la France. La famille Appell dut se séparer: la

mère et le frère Charles restèrent en Alsace et devinrent officiellement

allemands; le jeune PAUL prit un permis d'émigration et alla opter à

Nancy pour la nationalité française. Dans ces séparations douloureuses

qui déchirèrent alors toutes les familles alsaciennes et lorraines, on

ne saurait dire quels sont ceux qui firent le sacrifice le plus grand et

le plus utile, ceux qui partirent, ou ceux qui restèrent. M. PAUL APPELL

a lui-même rappelé les sentiments de ses compatriotes dans le passage

suivant, emprunté au toast qu'il porta au Banquet de l'Inauguration du

Monument Bichat à Nancy, le 13 juin 1909:

«Messieurs, permettez-moi d'ajouter quelques mots à titre personnel. La

ville de Nancy réveille en moi de douloureux et puissants souvenirs. Je

ne puis oublier que c'est elle qui a accueilli, après la guerre, tant

d'Alsaciens, parmi lesquels je me trouvais, jeune collégien, il y a 37

ans. Je vois à cette table un grand nombre de mes compatriotes, ayant

passé par les mêmes souffrances. Nous nous sommes trouvés, au lendemain

de la guerre, dans l'affreuse nécessité de déchirer notre personnalité:

nous avons laissé à l'Alsace, à notre petite patrie, notre âme, ce qu'il

y a dans l'homme de plus instinctif et de plus profond, nos plus

délicats, nos plus intimes souvenirs d'enfance, et les tombes de ceux

qui ne sont plus; et nous avons apporté à notre grande patrie, la

France, tout notre coeur, toute notre énergie, toute notre volonté de

consacrer nos forces à son relèvement, et une indestructible

espérance..., une espérance que j'ai vue, ce matin, symbolisée sous mes

yeux par le nom de Strasbourg inscrit sur le drapeau tricolore de vos

étudiants.»

* * * * *

Au Lycée de Nancy, de Pâques aux grandes vacances de l'année 1872, M.

PAUL APPELL eut, comme professeur de Mathématiques spéciales, M.

Pruvost, qui, sous l'ignorance d'un écolier ayant travaillé seul,

reconnut d'heureuses dispositions et les encouragea: M. P. APPELL lui en

a gardé une grande reconnaissance. Pendant l'année scolaire 1872-1873,

il suivit l'excellent cours de M. Elliot, successeur de M. Pruvost; il y

fit la connaissance du jeune Henri Poincaré, avec qui il se lia d'une

amitié que la vie a développée et fortifiée. Admis en 1873 à la fois à

l'École Polytechnique et à l'École Normale, il entra, pour des raisons

de famille, à l'École Normale, Section des Sciences. A la fin de la

troisième année, le 20 juin 1876, il soutint une importante thèse de

doctorat ès Sciences mathématiques. En sortant de l'École Normale, il

fut reçu le premier, le 8 septembre 1876, à l'agrégation des Sciences

mathématiques, et il remplit les fonctions de répétiteur d'Analyse et de

Mécanique à l'École pratique des Hautes-Études. Le 1er mars 1878, il

fut nommé maître de conférences de Mathématiques à la Faculté des

Sciences de Paris, et, du 11 novembre 1879 au 25 octobre 1881, il fut

chargé du cours de Mécanique rationnelle à la Faculté des Sciences de

Dijon.

Le 4 juillet 1881, M. P. APPELL épousa Mlle Amélie Bertrand, fille

d'Alexandre Bertrand, conservateur du Musée de Saint-Germain-en-Laye,

nièce de Joseph Bertrand et d'Hermite: il devenait ainsi le cousin par

alliance de M. Émile Picard, son conscrit à l'École Normale.

M. P. APPELL suppléa, en 1881-1882, Briot à l'École Normale et, en

1882-1883, V. Puiseux à la Sorbonne. Il fut nommé le 23 novembre 1886

professeur de Mécanique rationnelle à la Faculté des Sciences de Paris,

après avoir été chargé de ce cours pendant deux ans.

* * * * *

En 1888, une grande douleur assombrit la vie de M. PAUL APPELL. Son

frère Charles, poussé à de généreuses imprudences par son ardent amour

de la France et par son désir de hâter l'heure de la «justice

immanente», fut arrêté à Strasbourg, sous l'inculpation de haute

trahison envers l'Empire Allemand; après une détention préventive qui

fut un long martyre, il fut traduit devant la Haute-Cour de Leipzig, où

son frère PAUL alla le soutenir de sa présence: il fut condamné à un an

de prison et à neuf ans de forteresse. Le jugement rendait hommage à son

ardent amour pour la France, «son ancienne patrie», et y trouvait des

circonstances atténuantes. Le condamné subit la prison à Cottbus, puis

la forteresse à Magdebourg, avec un courage et une dignité qui en

imposèrent à tous ceux qui l'approchèrent; sa santé s'altérant

gravement, sa peine fut interrompue en 1896, une année avant son terme

régulier. Il revint alors en Alsace au Klingenthal, puis à Strasbourg;

mais ni la liberté, ni l'air natal ne purent le rétablir: il passa de

longs mois sans sortir, vivant de ses souvenirs, se distrayant à suivre

de sa fenêtre la vie profonde de la vieille cathédrale qu'il avait vue,

dans sa jeunesse, pavoisée aux couleurs françaises: il mourut en

1905[1].

Trois années auparavant, M. PAUL APPELL avait eu la douleur de perdre sa

mère qui, depuis 1878, avait quitté l'Alsace pour venir vivre auprès de

lui.

* * * * *

Les premiers travaux de M. PAUL APPELL, faits sous l'influence de Michel

Chasles, se rapportent à la Géométrie projective. En généralisant la

théorie de l'involution, M. P. APPELL a composé sa thèse de doctorat,

soutenue le 20 juin 1876, qui a pour objet l'étude des propriétés des

cubiques gauches à l'aide d'une relation involutive entre trois éléments

et leur application au mouvement hélicoïdal d'un corps solide. A la fin

de 1876, il a publié, dans un ordre d'idées analogue, la théorie des

courbes gauches unicursales du quatrième ordre. Mais, à partir de 1877,

en suivant les conseils de Bouquet, il s'adonna de préférence aux

recherches sur l'Analyse mathématique.

En octobre 1878, M. P. APPELL donna le premier exemple de la

détermination d'une singularité d'une fonction développée en série de

MacLaurin, et il appliqua sa méthode au calcul d'une intégrale définie

très générale relative aux séries hypergéométriques de Gauss. Il

s'occupa ensuite, à des points de vue divers, des fonctions périodiques.

En 1881 et en 1882, il publia une étude approfondie des fonctions

périodiques générales, qui conservent la même valeur quand on fait sur

la variable une opération fonctionnelle d'une certaine forme, ou qui se

reproduisent, multipliées par une fonction donnée, quand on fait cette

opération; il donna, comme applications, la théorie d'une classe de

fonctions généralisant les fonctions eulériennes et une méthode

d'intégration de certaines équations différentielles linéaires. A la fin

de 1884, il exposa, pour le développement des fonctions elliptiques en

séries trigonométriques, une méthode élémentaire qui a suggéré à M. H.

Poincaré d'intéressantes remarques.

De 1882 à 1891, M. P. APPELL s'est occupé tout particulièrement des

fonctions elliptiques et des fonctions doublement périodiques de

deuxième et de troisième espèce, avec ou sans points singuliers

essentiels. En 1884, 1885 et 1886, il a créé une certaine fonction qui

sert d'élément simple dans la décomposition des fonctions doublement

périodiques de troisième espèce; les résultats des recherches qu'il fit

alors ont été exposés en 1886 par M. G.-A. Halphen dans son _Traité des

Fonctions elliptiques_[2], après avoir écrit cet éloge: «C'est M. APPELL

qui, en créant le nouvel élément simple, a conduit cette partie de la

théorie au plus haut degré de perfection.» Au début de l'année 1890, il

a publié une méthode _a priori_ pour représenter une fonction elliptique

par le quotient de deux séries, que l'on peut ensuite ramener aux

fonctions [Theta] en appliquant un théorème démontré en 1887 par

M. C. Guichard.

Dans la théorie générale des fonctions d'une variable, M. P. APPELL a

donné en 1882 et développé en 1883 un théorème, souvent appliqué, sur le

développement en série d'une fonction holomorphe dans une aire limitée

par des arcs de cercle. Il s'est occupé, en 1882, des fonctions

uniformes d'un point sur une surface de Riemann et de leurs diverses

expressions par l'intégrale de Cauchy, en faisant jouer à l'intégrale

abélienne de seconde espèce le rôle que joue une certaine fonction dans

la théorie relative à un seul feuillet; en 1884, il a étendu à ces

fonctions uniformes des théorèmes dus à Weierstrass et à M. G.

Mittag-Leffler. Aux recherches précédentes se rattache l'important

Mémoire que M. P. APPELL a envoyé au Concours ouvert par le roi de Suède

et de Norvège Oscar II, à l'occasion du 60e anniversaire de sa

naissance, et qui a obtenu une Médaille d'Or le 21 janvier 1889, à la

suite d'un élogieux Rapport de Charles Hermite. Après avoir exposé la

question principale que visait l'Auteur «en entreprenant ces belles et

profondes recherches où il a montré le plus remarquable talent

d'invention», Ch. Hermite conclut que «le travail est l'oeuvre d'un

géomètre de premier ordre et qu'il sera placé au nombre des plus

importantes productions mathématiques». La recherche des coefficients

des développements des fonctions abéliennes en séries trigonométriques

par des formules semblables à celles de Jacobi pour les fonctions

elliptiques a souvent tenté les géomètres: M. P. APPELL, dans ce

Mémoire, a donné, pour exprimer ces coefficients, des formules qui

montrent bien la différence profonde entre les deux problèmes.

Une partie importante de l'oeuvre analytique de M. P. APPELL a pour

objet l'extension, qui offre souvent de grandes difficultés, à des

fonctions de deux variables, de propositions et théories relatives aux

fonctions d'une variable. Il importe de citer, dans cet ordre d'idées,

les deux extensions suivantes qui ont été faites en 1882 et en 1883:

d'abord, aux fonctions abéliennes, d'un théorème de Liouville sur les

fonctions elliptiques; ensuite à une classe particulière de fonctions de

deux variables, du théorème que M. G. Mittag-Leffler a fait connaître en

1876 sur les fonctions d'une variable. Après avoir découvert en 1880 les

fonctions hypergéométriques de deux variables, M. P. APPELL fit l'étude

analytique générale des équations simultanées aux dérivées partielles

qui se rencontrent dans la théorie de ces fonctions: à l'aide de ces

séries, il représenta les polynomes de Ch. Hermite et de nouveaux

polynomes analogues à ceux de Jacobi; à ces séries, il a rattaché, en

1883, certaines formules de Hansen et de Tisserand; les polynomes

correspondants lui ont permis d'étendre, en 1890, aux intégrales doubles

la méthode de Gauss pour le calcul approché des intégrales simples. Pour

les fonctions de deux variables quadruplement périodiques de troisième

espèce, M. P. APPELL démontra, en 1890, que la célèbre relation de

Riemann entre les périodes subsiste même si la fonction admet des points

singuliers essentiels. En généralisant sa méthode, exposée en 1890, de

représentation des fonctions elliptiques, il est parvenu à établir la

théorie des fonctions de deux variables ayant quatre paires de périodes

et dépourvues de singularités essentielles: d'abord il a montré _a

priori_ que ces fonctions s'expriment par le quotient de deux fonctions

[Theta], puis il en a déduit l'existence d'une relation algébrique entre

trois de ces fonctions. Ces méthodes peuvent être étendues d'elles-mêmes

aux fonctions de _n_ variables à 2_n_ groupes de périodes. Enfin dans ce

même domaine des fonctions [Theta], il a étudié une série d'exponentielles

dont l'exposant est un polynome du quatrième degré du rang _n_, et en a

déduit des fonctions de trois variables admettant un groupe de

substitutions linéaires entières. De ces profondes études il faut

rapprocher des recherches relatives aux fonctions qui vérifient

l'équation de Laplace. De 1883 à 1884, M. P. APPELL a établi, pour les

fonctions harmoniques de trois variables réelles, une théorie qui est

analogue à celle de la partie réelle des fonctions d'une variable

complexe; il définit les pôles, les points singuliers essentiels de ces

fonctions, auxquelles il étend le théorème de M. G. Mittag-Leffler. Il

fait en particulier une étude des fonctions harmoniques à trois groupes

de périodes, analogues à la partie réelle d'une fonction elliptique,

qu'il exprime à l'aide d'un élément analytique construit comme la

fonction Z de Ch. Hermite et la fonction [zeta] de Weierstrass, élément

dont il a de nouveau parlé en 1906. En 1884 et en 1886, il a donné des

applications des fonctions harmoniques à divers problèmes de Physique

mathématique.

M. P. APPELL a étendu, en 1880 et en 1881, aux équations différentielles

linéaires et homogènes, les théorèmes relatifs aux fonctions symétriques

des racines d'une équation algébrique et à la transformation des

équations algébriques. De 1882 à 1887, il a intégré une classe

particulière d'équations différentielles linéaires binomes à

coefficients algébriques et d'équations différentielles linéaires dont

l'intégrale générale est méromorphe sur une surface de Riemann et dont

les cycles sont permutables. Puis, dans son Mémoire couronné en 1889, il

a classé les équations différentielles linéaires à coefficients

algébriques, dans le cas où l'intégrale générale n'admet, sur une

surface de Riemann, d'autres singularités que des pôles et des points

critiques logarithmiques, en généralisant la classification des

intégrales abéliennes. Aux équations différentielles algébriques et

homogènes par rapport à la fonction inconnue et à ses dérivées, mais non

linéaires, il a montré que l'on peut étendre la théorie des invariants,

d'abord en 1887, quand ces équations sont du premier ordre et

définissent la dérivée comme fonction rationnelle de l'inconnue, puis,

en 1889, quand elles sont du second ordre, homogènes et du second degré

par rapport à la fonction inconnue et à ses dérivées première et

seconde. Dans le domaine des équations différentielles aux dérivées

partielles, il importe de citer l'extension, publiée en 1880, d'un

théorème de Fuchs aux équations simultanées généralisant celles de la

théorie des fonctions hypergéométriques ainsi que l'intégration, en

1882, d'une équation dont un cas particulier avait été rencontré par

Euler dans ses recherches relatives à la propagation du son.

Le principal travail de M. P. APPELL en Géométrie infinitésimale est une

étude approfondie du problème des déblais et des remblais, traité

d'abord par Monge, proposé par l'Académie des Sciences comme question de

Concours pour le prix Bordin. Le Mémoire que M. P. APPELL présenta fut

couronné le 21 décembre 1885, conformément aux conclusions d'un beau

Rapport de M. Gaston Darboux, qui s'exprime ainsi au cours d'une analyse

remplie de précieux renseignements historiques: «C'est un travail de

haute valeur où sont employés, alternativement et avec le plus grand

succès, les ressources de la Géométrie et les méthodes de l'Analyse

moderne».

M. P. APPELL fut amené par ses fonctions à faire une étude approfondie

de la Mécanique rationnelle. Un théorème curieux, publié en décembre

1878 et relatif à l'interprétation des valeurs imaginaires du temps, lui

permit de déduire d'une même intégration les deux mouvements que prend

un système sous l'action de deux champs de force, égaux et de sens

opposés. Dans une Note et un Mémoire, parus en 1886 et en 1888, il a

ramené l'intégration des équations du mouvement d'un fil flexible et

inextensible dans un plan à l'intégration d'une équation aux dérivées

partielles du quatrième ordre. Le 4 février 1889, M. P. APPELL a, le

premier, proposé d'employer en Mécanique la méthode, si féconde en

Géométrie, de transformation des figures par projection centrale. Ses

travaux poursuivis en 1890, 1892 et 1895 ont suggéré les recherches de

plusieurs géomètres, notamment de MM. E. Goursat, Paul Painlevé, P.

Staeckel et S. Dautheville. Enfin, en 1890 et en 1892, il a établi, dans

la théorie de la chaleur, des propositions ayant pour but principal la

recherche, quand elle est possible, des états antérieurs.

* * * * *

Toutes ces remarquables recherches attirèrent l'attention de l'Académie

des Sciences; M. P. APPELL, après avoir obtenu le prix Bordin en 1885

pour son Mémoire sur les déblais et les remblais, les prix Poncelet en

1887 et Petit d'Ormoy en 1889 pour l'ensemble de ses travaux, fut élu,

le 7 novembre 1892, membre de ce corps savant, dans la Section de

Géométrie. Pendant les années qui suivirent cette élection, il continua

ses recherches en Analyse pure et en Analyse appliquée à la Mécanique.

* * * * *

On sait quelle est l'importance du problème de l'inversion des

intégrales simples: en 1897, M. P. APPELL a montré comment on peut

définir le problème de l'inversion des intégrales doubles et multiples,

par la considération d'un champ d'intégration dépendant de plusieurs

paramètres variables.

Les équations de Lagrange ne sont applicables qu'aux systèmes, dits

_holonomes_, dont les liaisons s'expriment en termes finis. M. P. APPELL

a donné, le 28 août 1899, une autre forme générale des équations de la

Dynamique s'appliquant à tous les systèmes sans frottement, holonomes ou

non, et reposant sur l'emploi de l'énergie d'accélération à la place de

l'énergie de vitesse. Les études, publiées en 1903 et en 1909, sur les

fonctions ayant des significations indépendantes du choix des axes,

l'ont conduit à d'importants résultats relatifs aux fonctions et aux

vecteurs de points en Hydrodynamique et au problème du mouvement d'un

fil. Au Congrès des Sociétés savantes, en 1910, il a donné une équation

fonctionnelle pour l'équilibre d'une masse liquide en rotation et

soumise à l'attraction newtonienne. La question du problème de

l'extinction du frottement, dans le cas d'un système matériel présentant

certains caractères réalisés dans la plupart des systèmes usuels, a été

signalée par M. P. APPELL dans un Discours prononcé, le 4 août 1905, au

Congrès tenu à Cherbourg par l'Association Française pour l'Avancement

des Sciences; puis résolue d'une manière précise dans deux Notes, parues

en 1907, qui peuvent être regardées comme le point de départ

d'intéressantes recherches se rapportant à la Mécanique et à la

Physique. Il convient de signaler encore les extensions, faites en 1892

et en 1893, des équations de Lagrange au cas où il y a frottement et à

la théorie du choc et des percussions; l'intégration, faite en 1899, des

équations du mouvement d'un corps pesant de révolution roulant par une

arête circulaire sur un plan horizontal; les recherches, publiées en

1899 et en 1904, sur l'équilibre d'un flotteur avec un chargement

liquide et sur la théorie d'un appareil à déterminer la position et la

masse des balourds. Tous ces travaux de M. P. APPELL ont trouvé leur

place dans son _Traité de Mécanique rationnelle_, dont la publication a

été commencée en 1893: les diverses éditions des trois volumes de cet

Ouvrage, qui est très apprécié, sont analysées au début de la IVe

Section de cet Opuscule.

* * * * *

Le 1er avril 1903, M. P. APPELL fut élu Doyen de la Faculté des

Sciences de l'Université de Paris et, en 1904, membre du Conseil

supérieur de l'Instruction publique; de plus, il fait partie de la

section permanente de ce Conseil. Ces fonctions absorbantes l'ont

contraint à consacrer la plus grande partie de son activité à l'étude

des questions relatives à l'organisation de l'Enseignement supérieur en

France. Ses idées sur l'éducation et les études sont exposées dans

plusieurs Discours et Articles, et, plus particulièrement, d'abord dans

la Conférence sur l'Enseignement supérieur des Sciences, qu'il a faite,

en février 1904, à l'École des hautes études sociales et qui a été

suivie d'une intéressante discussion résumée par M. Clément Colson;

ensuite dans un long Rapport que la Commission interministérielle des

Grandes Écoles approuva en juillet 1904 et dont les diverses résolutions

ont été appliquées dans les Programmes de l'Enseignement secondaire. En

outre, depuis 1906, M. P. APPELL s'est efforcé d'établir des relations

cordiales et suivies entre les milieux savants Nationaux et Américains,

en sa qualité de Président du Conseil de direction du Groupement des

Universités et Grandes Écoles de France pour les rapports avec

l'Amérique latine.

* * * * *

M. PAUL APPELL a une attitude bienveillante et une physionomie ouverte

qui inspirent la confiance absolue et qui engagent à s'ouvrir

complètement à lui. Comme il possède l'art de dénouer les liens d'une

affaire compliquée, il rend, pour les questions administratives les plus

délicates, de grands services aux Conseils et aux Ministères qui

sollicitent son avis. Lorsqu'il enseigne, il expose avec tant de clarté

les points les plus difficiles des théories que ses auditeurs, en

sortant du cours, se croient capables de répéter, immédiatement et sans

embarras, les explications qu'ils ont entendues. Aimant la jeunesse

laborieuse et gaie, il accueille toujours avec cordialité les étudiants

qui viennent demander un renseignement ou un conseil. Il a beaucoup lu:

toutes les productions de l'esprit l'intéressent. En Sciences, hors de

l'Analyse et de la Mécanique qui sont l'objet de ses recherches

favorites, il s'occupe tout spécialement de Géologie et d'Astronomie.

La vie de M. PAUL APPELL a toujours été d'une extrême simplicité, en

rapport avec les traditions alsaciennes; on peut dire qu'elle a été

partagée entre deux sentiments: l'amour du travail et de l'action

scientifique, le désir passionné de voir de nouveau réunies sa grande et

sa petite patrie, la France et l'Alsace. Tous les ans, pendant les

grandes vacances, il va se reposer et songer dans le pittoresque pays

alsacien où son enfance s'est écoulée heureuse, dans les forêts des

Vosges dont il a pénétré le charme grave et profond, en chassant avec

son malheureux frère, et qu'il aime maintenant à parcourir en promeneur

et à faire connaître à ses amis de France.

E. L.

NOTES.

[1] CHARLES APPELL est né à Strasbourg le 20 avril 1842, place

Saint-Étienne, dans la maison appelée le _Ritterhus_. Il a été arrêté le

27 janvier 1888, condamné le 9 juillet 1888 à 1 an de prison, 9 ans de

forteresse et à 10 260 marks de frais de justice. Mis en liberté le 20

décembre 1896, un an avant l'expiration de sa peine, il est mort le 22

mars 1905. Le Musée de Strasbourg contient son portrait dû au peintre

Alsacien BEYER. On trouve de nombreux détails sur la vie de CHARLES

APPELL dans les Journaux suivants:

_Journal d'Alsace-Lorraine_, Strasbourg, 23 et 25 mars 1905; 27 mars

1905, petite édition du Lundi (avec un portrait),

_Strassburger Bürger-Zeitung_, 23 mars 1905.

_Le Messager d'Alsace_, Paris, 60, rue de La Rochefoucauld, 25 mars 1905

(avec un portrait), 1er avril, 8 avril (avec un portrait), 15 avril

1905 (avec l'Arrêt de la Haute-Cour de Leipzig).

_Le Temps_, Paris, 24 mars 1905.

_L'Écho de Paris_, Paris, 27 mars 1905.

[2] _Traité des Fonctions elliptiques et de leurs Applications_, par

G.-H. HALPHEN, Paris G.-V., 1re P., 1886, gr. in-8, p. 468-483.

GRADES. FONCTIONS. TITRES HONORIFIQUES. PRIX. DÉCORATIONS.

PAUL-ÉMILE APPELL,

Né à Strasbourg (Bas-Rhin, France) le 27 septembre 1855.

Élève au Collège SAINT-ARBOGAST, à Strasbourg, de 1864-1868.

Élève au petit Séminaire de Strasbourg, pendant l'année scolaire

1868-1869.

Élève au Lycée de Strasbourg, pendant l'année scolaire 1869-1870.

Élève en Mathématiques spéciales au Lycée de Nancy, pendant l'année

scolaire 1872-1873.

Bachelier ès Lettres, _reçu_ à Nancy, le 9 novembre 1871.

Bachelier ès Sciences, _reçu_ à Nancy, le 14 novembre 1871.

_Admis le second_ à l'École Normale supérieure, Section des Sciences, le

11 août 1873 et le _troisième_ à l'École Polytechnique, le 14 octobre

1873.

Élève à l'École Normale supérieure, Section des Sciences, pendant la

période triennale d'octobre 1873 à août 1876.

Licencié ès Sciences mathématiques, _reçu_ le 8 juillet 1875.

Licencié ès Sciences physiques, _reçu_ le 25 juillet 1875.

Docteur ès Sciences mathématiques de la Faculté des Sciences de Paris,

_reçu_ le 20 juin 1876.

Agrégé des Sciences mathématiques, _reçu le premier_ le 8 septembre

1876.

_Chargé_ des fonctions de répétiteur d'Analyse et de Mécanique à l'École

pratique des Hautes-Études, Section des Sciences mathématiques, le 14

septembre 1876.

Maître de Conférences de Mathématiques à la Faculté des Sciences de

Paris, du 1er mars 1878 à la fin de l'année scolaire 1878-1879.

_Chargé_ du Cours de Mécanique rationnelle et appliquée à la Faculté des

Sciences de Dijon, du 11 novembre 1879 au 25 octobre 1881.

Suppléant de M. BRIOT à l'École Normale supérieure pour les Conférences

de Mécanique et d'Astronomie pendant l'année scolaire 1881-1882.

_Chargé_, à la Faculté des Sciences de Paris, de Conférences

préparatoires à l'Agrégation des Sciences mathématiques, du 16 décembre

1881 au 15 mars 1883.

Maître de Conférences de Mécanique et d'Astronomie à l'École Normale

supérieure, _nommé_ le 17 octobre 1882.

Suppléant de M. V. PUISEUX à la Faculté des Sciences de Paris pour le

Cours d'Astronomie mathématique et de Mécanique céleste, pendant le

second semestre de l'année scolaire 1882-1883.

_Autorisé_ à se faire suppléer par M. E. PICARD à l'École Normale

supérieure, pour les Conférences de Mécanique et d'Astronomie, du 25

février 1883 au 30 novembre 1885.

_Chargé_ du Cours de Mécanique rationnelle à la Faculté des Sciences de

Paris, le 10 novembre 1883.

Professeur de Mécanique rationnelle à la Faculté des Sciences de Paris,

_depuis_ le 23 novembre 1885.

M. P. APPELL, professeur de Mécanique rationnelle à la Sorbonne, et M.

P. PAINLEVÉ, professeur de Mathématiques générales à la Sorbonne, _ont

été autorisés_ à échanger leur enseignement du 19 octobre 1903 au 1er

novembre 1910.

Membre de la Commission de patronage de l'École pratique des

Hautes-Études, Section des Sciences mathématiques, _depuis_ le 16

janvier 1901.

Doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Paris, _depuis_ le

1er avril 1903.

Membre du Conseil académique de Paris et du Conseil de l'Université de

Paris, au titre de Doyen de la Faculté des Sciences, _depuis_ le 1er

avril 1903.

Membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique, _délégué_ par les

Facultés des Sciences, _depuis_ le 31 mai 1904. Membre de la Section

permanente de ce Conseil _depuis_ le 21 juin 1904.

_Chargé_ de Conférences de Mathématiques à l'École Normale supérieure

d'Enseignement secondaire pour les Jeunes Filles, à Sèvres, _depuis_ le

13 novembre 1884.

Répétiteur de Mécanique à l'École Polytechnique, _nommé_ auxiliaire le

1er décembre 1890, _nommé_ adjoint le 30 mai 1895. Démissionnaire le

31 janvier 1909.

Examinateur d'Admission à l'École Centrale des Arts et Manufactures,

session de 1894.

Professeur d'Analyse mathématique à l'École Centrale des Arts et

Manufactures, _depuis_ le 1er novembre 1895.

Président du Jury d'Agrégation des Sciences mathématiques de 1894 à

1903.

Président du Jury d'Agrégation de Mathématiques de l'Enseignement

secondaire des Jeunes Filles, _depuis_ 1904.

Membre de l'Académie des Sciences (Institut national de France), à

Paris, _élu_, dans la Section de Géométrie, le 7 novembre 1892.

Membre étranger de l'Académie royale des Lincei, à Rome, _élu_ le 17

juillet 1904.

Membre de la Société Philomathique de Paris, _élu_ le 9 mars 1878.

Membre correspondant du 11 novembre 1879 au 31 décembre 1898.

Membre associé de l'Académie de STANISLAS, à Nancy, _élu_ le 22 janvier

1904.

Docteur _honoris causâ_ en Mathématiques de l'Université royale

Frédéricienne de Christiania, _élu_ le 6 septembre 1902.

Au Ministère de l'Instruction publique:

Membre du Comité des Travaux historiques et scientifiques, _nommé_

le 7 mars 1893.

Membre du Comité consultatif des Sciences, _depuis_ le 1er mai

1903.

Membre de la Commission relative au Baccalauréat de l'Enseignement

secondaire, _nommé_ le 6 juillet 1904.

Membre du Conseil des Observatoires de province, _depuis_ sa

création le 15 février 1907.

Membre de la Commission chargée d'élaborer un projet de statut pour

le personnel auxiliaire (chef des travaux et préparateurs) et le

personnel subalterne (mécaniciens et garçons) des Facultés, _nommé_

15 mars 1910.

A l'Université de Paris:

Membre du Conseil de l'Observatoire de Nice, _depuis_ le 1er

avril 1903.

Vice-Président du Conseil de perfectionnement de l'Institut

aérotechnique, _depuis_ mars 1910.

Membre de la Commission des Inventions intéressant les Armées de terre

et de mer, au Ministère de la Guerre, _nommé_ le 14 juin 1894.

Membre de la Commission d'Aéronautique, à l'Académie des Sciences, _élu_

le 27 octobre 1902.

Membre du Conseil de perfectionnement de l'École Polytechnique,

_délégué_ du Ministère de l'Instruction publique, le 1er novembre

1907.

Membre du Comité de rédaction des _Annales scientifiques de l'École

Normale supérieure_, _depuis_ janvier 1882.

Directeur de la Section de Mécanique dans l'Édition Française de

l'_Encyclopédie des Sciences mathématiques pures et appliquées_,

_depuis_ 1904.

Président de la Société mathématique de France, en 1885.

Membre du Conseil d'Administration de l'Association amicale de Secours

des anciens Élèves de l'École Normale supérieure, _élu_ le 11 janvier

1891. Vice-Président de ce Conseil de 1900 à 1906. Président de ce

Conseil de 1906 à 1908. Administrateur Honoraire _depuis_ 1908.

Vice-Président du Congrès des Mathématiciens, tenu à Paris du 6 au 12

août 1900.

Vice-Président de la Société astronomique de France, à Paris, du 5 avril

1905 au 1er avril 1908.

Président de l'Association Française pour l'Avancement des Sciences et

du Conseil d'Administration, du 6 août 1907 au 8 août 1908. _Élu_

Vice-Président le 7 août 1906. _Élu_ Membre de la Commission permanente

de Publication le 8 août 1908.

Président du Comité de direction du Groupement des Universités et

Grandes Écoles de France pour les Rapports avec l'Amérique latine,

_depuis_ janvier 1907.

Président d'honneur de la Section Française de la Commission

internationale de l'Enseignement mathématique, _élu_ le 1er mars

1909.

Vice-Président du Comité de direction de l'Office national des

Universités et Écoles Françaises, _élu_ le 15 juillet 1910.

Membre honoraire de la Société mathématique de Kharkow, _élu_ le 12

octobre 1903 (v. s.).

Membre honoraire de la Société de Littérature et de Philosophie de

Manchester, _élu_ le 17 avril 1894.

Membre honoraire de la Société mathématique de Calcutta, _élu_ le 28

janvier 1910.

Médaille d'Or dans le Concours international institué par S. M. le Roi

de Suède et de Norvège OSCAR II, à l'occasion du 60e anniversaire de sa

naissance, _décernée_ le 21 janvier 1889.

_Décerné_ par l'Académie des Sciences de l'Institut national de France:

Prix BORDIN (Géométrie), le 21 décembre 1885.

Prix PONCELET, le 26 décembre 1887.

Prix PETIT D'ORMOY, le 30 décembre 1889.

Officier d'Académie, _nommé_ le 23 avril 1881.

Officier de l'Instruction publique, _nommé_ le 30 décembre 1886.

Chevalier de la Légion d'honneur, _nommé_ le 4 mars 1889.

Officier de la Légion d'honneur, _promu_ le 31 décembre 1895.

Commandeur de la Légion d'honneur, _promu_ le 30 novembre 1904.

Chevalier de l'Étoile Polaire de Suède, _nommé_ le 12 avril 1884.

Paul Appell: Biographie, Bibliographie Analytique des Écrits · 第 1 / 7 章