DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. (Suite.--Voyez page 18.)

DESCRIPTION DE LA PROVINCE D'ORAN.--La province d'Oran contient

non-seulement tout le territoire qui formait anciennement la Mauritanie

Césarienne, mais encore une grande partie du bassin du Chelif. Ses

limites sont, à l'est, l'ancien beylik de Titteri; à l'ouest, le Maroc;

au sud, le désert; au nord, la Méditerranée. La nudité presque complète

et le déboisement à peu près général de la partie de la province qui

avoisine la mer, frappent désagréablement les yeux. Les populations

nomades qui parcouraient ce pays sont cause de cette désolation. Les

Arabes n'ont jamais planté, mais constamment détruit par le parcours des

troupeaux et l'incinération des pâturages. La côte a peu de bons abris

pour les navires de grande dimension; cependant les ports de

Mers-el-Kebir et d'Arzew peuvent recevoir des bâtiments de guerre.

[Illustration: (Colonel Cavaignac.)]

_Rivières.--_Les principaux cours d'eau de la province d'Oran sont: le

Chelif, le Rio-Salado (Oued-el-Maleh), l'Habrah, (surnommé Macta gué), à

son embouchure, le Sig, l'Oued-el-Hammam (rivière du bain), la Mina,

l'Oued-Foddali (rivière d'Argent).

[Illustration:]

Le Chelif, qui sort par soixante-dix sources du pied des monts

Ouennaseris, est la rivière la plus considérable de l'Algérie, tant à

cause de la longueur de son cours que du volume de ses eaux. Les Arabes

l'appellent le roi des fleuves, et prétendent, avec leur exagération

habituelle, que, comme le Nil, il croît en été. Le Chelif a son

embouchure au-dessus de Mostaganem, et ne paraît navigable, en remontant

son cours, que dans une longueur de sept ou huit lieues au plus.

_Villes._--Les principaux points de la province sont, après Oran,

Mascara, Tlemsen, Mostaganem, Mazagran, Arzew.

[Illustration; (Mustapha ben Ismaël.)]

_Oran_, en arabe Ouahran, est bâti au bord de la mer dans une position

très-pittoresque. Cette ville s'élève sur deux collines séparées par un

ravin assez profond, dans lequel coule un ruisseau (Oued-el-Rahhi,

rivière des Moulins), dont la source est légèrement thermale. Les deux

principaux quartiers de la ville sont situés à droite et à gauche de ce

ravin, qui débouche sur la plage, ou se trouve un autre quartier appelé

la _Marine_, moins considérable que les deux premiers. Oran a été occupé

par les Espagnols pendant près de trois siècles. Des travaux prodigieux

de communications souterraines et de galeries de mines, un magnifique

magasin voûté avec un premier étage sur le quai Sainte-Marie une darse,

et sept autres magasins taillés dans le roc, des casernes, trois

églises, un collysée, ou salle de spectacle, tel est l'ensemble des

ouvrages élevés par les Espagnols dans un lieu qui avait mérité d'être

appelé, pour ses agréments, la _Corte Chica_ (la Petite Cour.) Un

tremblement de terre, survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, causa

d'affreux ravages dans la ville. Deux ans après, en mars 1792, les

Espagnols l'évacuèrent, l'abandonnant au bey Mohammed, gouverneur de la

province pour les Turcs. Après la conquête d'Alger, le commandant de

l'armée française envoya des troupes prendre possession d'Oran, dans les

premiers jours d'août 1830. A la nouvelle de la révolution de Juillet,

les troupes furent rappelées à Alger. Oran, momentanément cédé au bey de

Tunis, après avoir été occupé une seconde fois, le 10 décembre 1830, le

fut d'une manière définitive le 18 août 1831. L'importance d'Oran n'est

pas uniquement concentrée dans la ville et ses fortifications; elle

repose aussi sur le port qui est à _Mers-el-Kebir_, éloigné de cinq

milles par mer, ou d'une heure trois quarts de marche par terre, dans la

direction du nord. Ce port naturel est entouré de hauteurs et

remarquable par sa profondeur; la tenue de son fond est bonne: une

escadre composée des plus gros vaisseaux peut s'y réfugier facilement.

[Illustration: (Colonel Jusuf.)]

_Mascara_ est une ancienne ville arabe située à 84 kilomètres sud de

Mostaganem et à 92 kilomètres sud-est d'Oran. On n'a que des données

fort incertaines sur l'origine de Mascara. Selon les traditions locales,

recueillies par les Thalebs (savants), elle aurait été construite par

les Berbers, sur les ruines d'une cité romaine. L'étymologie du mot

_Mascara_, soit qu'elle vienne de _Onmi'Asker_ (la mère des soldats),

ou, plus simplement, de _M'asker_ (lieu où se rassemblent les soldats),

atteste une réputation guerrière, qui semble justifiée par tout ce que

nous savons de son histoire. Mascara se divise eu quatre parties bien

distinctes: Mascara proprement dit, Rekoub-Ismaï Baba-Ali (le père Ali)

et Ain-Beidha (la source Blanche). Ces trois dernières parties peuvent

être regardées comme des faubourgs de la ville, qui se trouve à leur

centre. La ville est percée de trois rues principales: elle a deux

places publiques, une mosquée et deux fondouks (marchés). Les maisons,

bâties comme celles des autres villes de l'Algérie, s'élèvent rarement

au-dessus du rez-de-chaussée. Mascara, du temps des Turcs, était la

résidence des beys de la province, jusqu'au moment où les espagnols

évacuèrent Oran. Abd-el-Kader l'avait placée sous l'autorité immédiate

d'un kaid. L'industrie, dans ces dernières années, était presque nulle à

Mascara. On y fabriquait cependant encore quelques-uns de ces burnous

noirs, renommés par leur élégance et leur solidité, des tapis, des

burnous blancs et des haïks (tuniques de laine) de qualité inférieure.

L'armée française s'empara de Mascara le 5 décembre 1835, et s'en

éloigna le 8, après avoir détruit l'artillerie et le matériel de guerre

qu'Abd-el-Kader y avait déposés. Elle en a pris de nouveau possession le

30 mai 1841, et, depuis, une forte garnison y a été constamment laissée.

[Illustration: (Tente arabe.)]

_Tlemsen_, à, 18 kilomètres de la mer, à 80 environ sud-ouest d'Oran,

occupe une admirable position, qui domine tout le pays compris entre le

cours inférieur de l'Isser, la Tafna et la frontière de Maroc, et qui

lui a fait donner le nom de _Bab-el-Gharb_ (porte du couchant). Elle

faisait autrefois partie de la Mauritanie Césarienne. Les Romains s'y

établirent et la nommèrent _Tremis on Tremici Colonia_. Tlemsen a été

longtemps capitale d'un état arabe qui comprenait les villes de Nedroma,

Djidjeli, Mers-el-Kebir, Oran, Arzew, Mazagran, Mostaganem. Au huitième

siècle, Edris, khalife du Maghreb, et fondateur de l'empire de Maroc,

régnait à Tlemsen. En 1515, elle fut prise par Haroudj-Barberousse; les

Espagnols l'en chassèrent en 1518. Elle resta sous leur domination

jusqu'en 1513. Les Turcs, à cette époque, s'en emparèrent, et la

réunirent, en 1560, à la régence d'Alger, dont elle n'a point été depuis

séparée. En 1670, Tlemsen ayant pris parti pour les Marocains contre le

bey Hassan, et celui-ci ayant été vainqueur, la ville fut presque

entièrement détruite. Elle est mal percée: les rues étroites sont

souvent couvertes de treilles, et toujours rafraîchies par de nombreuses

fontaines. Les maisons n'ont qu'un étage, et sont, pour la plupart,

couvertes en terrasse; quelques-unes, comme à Alger, communiquent par

des voûtes jetées d'un côté de rue à l'autre. La citadelle de Tlemsen,

nommée Méchouar, située au sud de la ville, est de forme rectangulaire,

d'environ 460 mètres sur 280 mètres. Il existe dans l'intérieur une

centaine de maisons et une mosquée. Voisine de l'empire de Maroc, dont

la limite n'est qu'à douze heures de marche; voisine également du

Désert, qui n'en est guère plus éloigné, Tlemsen est l'entrepôt naturel,

et en quelque sorte obligé des caravanes venant de Fez. Après

l'expédition du 26 novembre au 8 décembre 1835, qui lit tomber Mascara

en notre pouvoir, l'armée française marcha sur Tlemsen, et y fit son

entrée le 13 janvier 1836. Mais, le 12 juillet 1837, nos soldats

l'évacuèrent en vertu du traité conclu à la Tafna, le 30 mai 1837, entre

le général Bugeaud et Abd-el-Kader, qui en est resté maître pendant plus

de quatre années, et qui en avait fait la capitale de la région

occidentale, ou du Gharb, à la tête de laquelle il avait placé un

khalifah. Tlemsen a été de nouveau occupée, le 30 janvier 1842, par les

troupes françaises, et de nombreux établissements y ont été créés, pour

installer convenablement la division qui y tient garnison.

[Illustration: (Mascara.)]

_Mostaganem_, qui a pour citadelle Matamore (Matmoura), est assise à un

kilomètre de la mer, à 85 mètres au-dessus de son niveau. Elle est

arrosée par différents cours d'eau. Son territoire est un des plus

fertiles de la province. La vigne y est cultivée et ses produits

non-seulement suffisent à la consommation locale, mais sont encore

l'objet d'un commerce assez considérable. Les chroniques musulmanes font

remonter au douzième siècle la fondation de la ville arabe de

Mostaganem. Gouvernée d'abord par le chef sarrasin Yousouf, elle serait

ensuite tombée aux mains d'un autre chef, Ahmed-el-Abd, dont les

descendants auraient conservé cette place jusqu'au seizième siècle, où

les Turcs s'en emparèrent, sous le commandement de khair-Eldin, surnommé

Barberousse. Un corps français a pris possession de Mostaganem le 29

juillet 1833.

_Mazagran_, dont l'héroïque valeur d'une poignée de Français a

immortalisé le nom, est situé à l'ouest et à une distance d'environ

7,000 mètres de Mostaganem. Cette petite ville ruinée occupe le versant

d'une colline assez roide et forme un grand triangle, au sommet duquel

se trouve un réduit. Ainsi exposé, ce réduit domine la plaine, la mer et

le bas de la ville. Lorsqu'une garnison française fut, en 1833, placée à

Mostaganem, les habitants de Mazagran abandonnèrent leurs maisons, C'est

sur Mazagran, qu'après la rupture du traité de la Tafna, Abd-el-Kader, à

deux reprises, a dirigé ses premiers coups et ouvert les hostilités dans

la province d'Oran. La première attaque des Arabes eut lieu le 15

décembre 1839, et la deuxième dura quatre jours et quatre nuits, du 2 au

6 février 1840. Cent vingt-trois soldats du premier bataillon

d'infanterie légère d'Afrique ont tenu tête à plusieurs milliers

d'Arabes, et vaillamment repoussé quatre assauts.

_Arzew_, située sur une colline, à peu de distance de la mer, entre Oran

et Mostaganem, est une petite ville construite sur des ruines. Elle a

été occupée par l'armée française le 3 juillet 1833. La baie offre un

excellent mouillage, pour toutes les saisons, aux bâtiments ordinaires

du commerce, et en général à ceux qui sont au-dessous de la force des

frégates.

Nous croyons devoir encore mentionner ici, comme appartenant à la

province d'Oran, _Messerguin_, village situé à 12 kilomètres sud-ouest

d'Oran; et dont les environs sont d'une fertilité remarquable;

_Mazouna_, village bâti sur les bords du Chelif, et à 8 kilomètres de

son embouchure; _Nedroma_, très-petite ville sur le penchant d'une

montagne, à 16 kilomètres au sud du cap Hone; enfin _Kallah_, ville où

l'on fabrique beaucoup de tapis.

Abd-el-Kader avait créé dans cette province plusieurs; établissements

que nos troupes ont successivement visités et ruinés; en 1811 et 1812.

_Tagdemt_, à 72 kilomètres est de Mascara; _Boghar_, à 60 kilomètres au

sud-est de Médéah; _Thaza_, à 18 kilomètres sud-sud-est de Milianah;

_Sauta_, à une journée et demie de marche au sud de Mascara; _Tafraoua_,

à une journée au sud de Tlemsen.

(La suite à un autre numéro.)

[Illustration: (Mostaganem.)]

Bulletin bibliographique.

_Collection des auteurs latins_, publiée sous la direction de M. D.

NISARD. Mise en vente du dix-huitième, volume, contenant les oeuvres

complètes de Lucrèce, de Virgile et de Valerius Flaccus, avec la

traduction en français.--Paris, 1843. _Dubochet_. 15 fr.

Cette magnifique collection se continue avec un succès toujours

croissant. Le dix-huitième volume, qui vient de paraître (la collection

doit en avoir vingt-cinq), renferme les plus beaux modèles de la poésie

épique chez les Romains, et réunit, dans l'ordre chronologique, trois

auteurs qui personnifient trois époques bien distinctes de l'histoire du

cette poésie: Lucrèce, Virgile, Valerius Flaccus. «Lucrèce, dit M.

Nisard dans l'introduction, en représente les vigoureux commencements et

la jeunesse déjà virile, Virgile la perfection, Valerius Flaccus la

décadence.»

De grands efforts ont été faits pour que les traductions de ces trois

auteurs reproduisissent les principaux traits du génie particulier de

chacun. Faire sentir ce qu'il y a de hardi et de naïf dans le génie de

Lucrèce; montrer, dans la traduction de Virgile, que, dans

l'impossibilité d'égaler ses perfections, on les a du moins senties;

marquer légèrement et sans forcer la langue française, de quelle façon

la langue latine et le fond même de la poésie se sont altérés dans

Valerius Flaccus, tel est l'esprit dans lequel a été traduit ce volume,

l'un de ceux qui demandaient le plus de talent et qui ont coûté le plus

de travail.

Lucrèce a eu pour interprète un jeune lauréat de l'Université, M.

Chaniot; les deux frères de M. Désiré Nisard, M. Auguste Nisard,

professeur de rhétorique au collège Bourbon, et M Charles Nisard, ont

traduit, le premier, Virgile, le second, Valerius Flaccus.

_Histoire des Sciences naturelles, depuis leur origine jusqu'à nos

jours, chez tous les peuples connus,_ commencée au collège de France,

par Georges CUVIER, complétée par M. MAGDELEINE DE SAINT-AGY; troisième

partie, contenant la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Tome IV.

In-8 de 22 feuilles 1/2.--Paris. _Fortin-Masson._ 7 fr.

Les trois premiers volumes de cet important ouvrage avaient paru en

1841. Après un retard de deux années, le tome IV vient d'être mis en

vente, et l'éditeur annonce la publication prochaine du tome V et

dernier, qui doit contenir la continuation de _l'Histoire des Sciences

jusqu'à nos jours_ et une critique très-étendue de la philosophie de la

nature en Allemagne et en France. Ainsi se trouvera complétée cette

magnifique histoire de la civilisation du monde.

M. Magdeleine de Saint-Agy achève d'abord, dans le quatrième volume,

l'histoire de la zoologie pendant la première moitié du dix-huitième

siècle, puis il fait celle de la botanique. Il passe successivement en

revue les flores d'Europe, les voyageurs botanistes, les jardins et les

méthodes botaniques de cette période. Enfin, après avoir jeté un coup

d'oeil rapide sur diverses monographies, il examine dans leur ensemble

les travaux de Linnée et de Buffon.

La seconde moitié du dix-huitième siècle a produit à elle seule, dans

les sciences naturelles, un nombre de découvertes comparable à celui de

toutes les époques antérieures, car toutes les sciences concoururent dès

lors à se perfectionner l'une par l'autre.--Ainsi, par exemple,

l'histoire naturelle descriptive, qui est la base de toutes les sciences

naturelles, ayant été prodigieusement enrichie par les collections des

voyageurs, il en résulta une étude plus approfondie des êtres

appartenant aux deux règnes organiques. L'anatomie comparée fournit

d'importantes notions à la physiologie, et ces deux sciences réagirent à

leur tour sur la zoologie, et même sur la botanique, en y introduisant

la méthode naturelle.

Avant d'entreprendre l'histoire des sciences naturelles pendant la

seconde moitié du dix-huitième siècle, M. Magdeleine de Saint-Agy donne

d'abord une idée générale de cette importante période, puis il commence

par la science de la vie, par la physiologie, parce que c'est elle qui,

durant ces cinquante années, a fait la première des progrès

remarquables, et parce qu'elle est utile d'ailleurs à l'exposition qui

doit suivre des développements de la zoologie. Il analyse et examine

séparément les travaux et les découvertes de Haller, de Bonnet, de

Spallanzini, de Wolff, de Camper, des deux Hunter, des deux Mouro, de

Vieq-d'Azyr, de Hewson, de Cruicksank, de Sheldon, de Mascagny, de

Barthey, de Médicus, de Desèze, de Cabanis, de Darwin, de Cullen, de

Platner, de Prochaska, de Reil, de Neubauer, de Walther et de Scarpa.

En terminant ce quatrième volume, M. Magdeleine de Saint-Agy annonce à

ses lecteurs qu'avant d'exposer la nouvelle physiologie née à la fin du

dix-huitième siècle, il achèvera l'histoire des progrès de la chimie

pendant la seconde moitié de ce même siècle.

_Histoire des États européens depuis le Congrès de Vienne;_ par M. le

vicomte DE BEAMONT-VASSY. 10 vol. in-8.--Paris, 1843. _Amyot_. 7 fr. 50

c. le volume--En vente: _La Belgique et la Hollande_. 1 vol. in-8.

M. le vicomte de Beaumont-Vassy, auteur des _Suédois depuis Charles XII_

et de _Swedenborg ou Stockholm en 1756_, a entrepris d'écrire l'histoire

de tous les Etats européens depuis le congrès de Vienne jusqu'à l'année

1843. Cet ouvrage doit former 10 volumes in-8. Un seul est en vente; il

a pour titre: Histoire de la Belgique et de la Hollande.

«Dans la grande lutte des peuples européens contre les entraves imposées

en 1815 par ces traités de Vienne, qui furent pour l'Europe le

commencement d'une ère nouvelle, chaque peuple, dit M. de Beaumont-Vassy

dans son introduction, se présente à l'historien sous un aspect

différent et procède d'une façon particulière. Chez l'un, le germe d'une

idée politique se développe lentement et à de longs intervalles, puis il

finit par éclore et les choses reprennent leur cours; chez l'autre, au

contraire, les idées succèdent rapidement aux idées, et les faits

semblent être le résultat d'une agitation machinale et incessante. Ici,

dévorés par un insatiable besoin de changement, les hommes sacrifient

sans pitié les héritages du passé; là, ils transmettent de génération en

génération les institutions qu'ils ont reçues de leurs pères. J'ai

cherché à reproduire fidèlement ces aspects divers et ces curieuses

dissemblances.

«C'est de la conduite politique d'un peuple que dépendent et sa position

relative et sa considération. Rien n'est donc plus utile que l'étude

consciencieuse des actes de nos voisins, étude qui nous amène si

naturellement à celle de notre propre histoire dans les temps modernes.

C'est en vue de cette utilité que j'ai entrepris ce long et difficile

travail, cette histoire de l'Europe depuis trente ans... Car j'ai

toujours pensé qu'il faut employer son intelligence à étudier les

besoins et les intérêts de son pays, comme sa volonté à l'aimer et toute

sa puissance à le servir.»

On ne peut qu'applaudir à de si nobles sentiments. Quels que soient

d'ailleurs son mérite et ses résultats futurs, une semblable publication

a droit dès à présent à nos éloges et à nos encouragements. Ne pouvant

pas, on le conçoit, juger aujourd'hui un ouvrage dont la première partie

seule a paru, nous avons dû nous contenter d'emprunter à l'auteur

l'espèce d'exposition sommaire qu'il a faite lui-même de son but. Ses

espérances se réaliseront sans doute; car ce premier volume, purement

historique d'ailleurs, est écrit d'un style simple et facile, et se fait

remarquer par sa clarté et par son impartialité.

_Histoire de l'Algérie ancienne et moderne_, depuis les premiers

établissements des Carthaginois jusque et y compris les dernières

campagnes du général Bugeaud; par M. Léon GALIBERT. 1 magnifique volume

in-8, publié par livraisons de 23 c, avec 23 gravures sur acier, 8

dessins coloriés et de nombreuses gravures sur bois.--Paris, 1843.

_Furne_. (18 livraisons sont en vente.)

M. Furne est un des éditeurs les plus heureux de Paris; toutes ses

entreprises réussissent. La raison de ce succès est facile à trouver: M.

Furne a autant de conscience que de goût; non-seulement il sait

_inventer_, qu'on nous permette ce mot, de bonnes et d'utiles

publications, non-seulement il _illustre_ ses livres avec une

intelligence remarquable, mais il ne trompe jamais le public. Tout ce

qu'il promet il le donne; il fait plus, il ménage toujours quelque

surprise agréable à ses souscripteurs. Si les dernières livraisons de

ses ouvrages illustrés ne ressemblent pas aux premières, c'est parce

qu'elles leur sont supérieures. Tant de fois le public a été trompé par

les promesses mensongères de certains prospectus, qu'en vérité il doit

avoir une estime particulière pour les éditeurs qui se conduisent envers

lui avec autant de convenance et de délicatesse que M. Furne.

_L'Histoire de l'Algérie_ nous a suggéré cet éloge, si justement mérité.

Nous ne saurions, dès à présent, porter un jugement sur l'ouvrage de M.

Galibert, car les seize livraisons qui ont paru ne contiennent qu'une

introduction géographique et l'_Histoire de l'Algérie sous les

Carthaginois et sous les Romains_; mais s'il se continue, et nous n'en

doutons pas, comme il est commencé, ce volume sera, certainement, un des

plus beaux livres publiés cette année par la librairie parisienne.--De

charmantes vignettes sur bois, placées en tête ou à la lin des

chapitres, rivalisent avec les magnifiques gravures sur acier qui

doivent accompagner un certain nombre de livraisons. Enfin, M. Fume

s'est déjà décidé à donner, sans augmentation de prix, huit nouveaux

dessins de Raffet, coloriés à l'aquarelle et représentant les costumes

des diverses tribus arabes et des années françaises en Afrique.

_Rambles in Yucatan_; by B. M. NORMAN.--London, 1843. _Wiley and

Putnain._--Promenades dans le Yucatan (non traduites).

_Incidents of travel in Yucatan_; by John L. STEPHENS.--London, 1843.

_Murray_. 2 vol. in-8.--Incidents d'un voyage dans le Yucatan (non

traduits).

_Life in Mexico_ during a résidence of two years in that country, by

madame CALDEOUX DE LA BAUCA.--London, 1843 _Chapman et Hall._--La vie au

Mexique pendant une résidence de deux années dans ce pays (non

traduite).

Les voyages de M. Stephens dans l'Amérique centrale et les _Antiquités

américaines_ de Bradfort avaient, depuis quelques années, attiré

l'attention publique sur les monuments extraordinaires du Yucatan,

lorsque M. Norman alla, en 1841, visiter à son tour ce curieux pays. M.

Norman n'est pas un savant, mais un simple touriste. Muni seulement

d'une boussole, il se rendit à Mérida, et il explora successivement les

ruines de Palenque, de Chi-Chen, de Kabah, de Zayi et d'Uxmal. M. Norman

copie souvent les ouvrages de ses prédécesseurs et il se montre parfois

un peu superficiel; mais il n'a pas des prétentions exagérées, et ses

_Promenades_ sont remplies de détails intéressants sur les monuments du

Yucatan et sur les moeurs des habitants de cette presqu'île encore si

peu connue.

A la même époque, l'auteur des _filles ruinées de l'Amérique centrale_

entreprenait une seconde excursion dans le Yucatan. Cette fois, il avait

un double but: il essayait de faire de nouvelles découvertes

archéologiques et de former, avec les débris les plus caractéristiques

qu'il parviendrait à rassembler, un _Muséum_ pour les États-Unis

d'Amérique. Il vient de publier la relation de son voyage, avec 120

gravures sur bois, par M. Catherwood; malheureusement la collection,

qu'il avait formée et transportée à New-York a été détruite dans un

incendie.

Le 12 novembre 1841, M. John Stephens partit de Merida avec plusieurs

compagnons, et il se rendit directement à la Hacienda de San-Joaquin,

dans l'enceinte de laquelle se trouvent les ruines de Mayapan. De là, il

alla visiter les ruines d'Uxmal, où il fit un assez long séjour. Après

avoir passé quelque temps à la foire de Jalacho et examiné des

antiquités situées sur la propriété d'un certain don Simon, il explora

la laineuse grotte de Maycanu, appelée par les Indiens _Satun-Sat_, et

par les Espagnols _el Laberinto_. Mohpat, Kabah, Chi-Chen, Zayi,

reçurent ensuite la visite de cet infatigable archéologue, qui termina

son voyage par une promenade à l'île Cozumel et aux îles voisines.

Ce n'est pas le passé, mais le présent qui occupe l'auteur de _la Vie au

Mexique_. Madame Calderon de la Barca est une Américaine mariée à un

Espagnol. M. Calderon de la Barca représentait depuis plusieurs années

sa patrie à Washington, quand, en 1841, il fut nommé ambassadeur au

Mexique. C'était la première fois que l'Espagne accordait un pareil

honneur à son ancienne colonie, depuis qu'elle avait reconnu son

indépendance. Madame Calderon habita deux années entières Mexico.

Pendant ce long séjour, elle entretint une correspondance suivie avec

ses parents et les amis qu'elle avait laissés aux États-Unis. Ses

lettres, lues d'abord dans un petit cercle, y obtinrent un tel succès,

que l'auteur de l'Histoire du règne de Ferdinand et d'Isabelle, M. W.

Prescott, demanda et obtint la permission de les publier. Elles forment

un volume in-8 de 430 pages. Bien qu'Américaine, madame Calderon a

presque autant d'esprit et de vivacité qu'une Française. Ses lettres

sont remplies d'anecdotes piquantes et variées, racontées avec un talent

tout particulier; mais elles ont surtout le mérite de réparer la seule

omission qu'on peut reprocher à M, Alexandre de humboldt, c'est-à-dire

de nous donner les détails les plus certains et les plus nouveaux sur

l'état intellectuel et moral du Mexique.

_Mémoiren des Karl Heinrichs, Ritters von Lang;_ skizzen aus meinem

leben und wirken, meinem reisen und meiner zeit.--Mémoires de Charles

Henri, chevalier de Lang; esquisses de ma vie et de mes actions, de mes

voyages et de mon époque.--Brunswick, 1843--A Paris, chez _Brockhaus et

Avenarius._ 2 vol. (non traduits).

Le chevalier de Lang naquit en 1764, à Balgheim, dans la principauté de

Oettingen-Wallerstein. Son père était le ministre de cette paroisse. Son

grand-père avait été élevé dans le palais du prince, et, à son grand

effroi, il fut un jour, vers le milieu du siècle dernier, nommé

kammer-directur ou chancelier de l'échiquier. Le prince voulait aller

aux bains de Pyrmont, et il n'avait pas assez d'argent pour subvenir aux

dépenses d'un pareil voyage. Les banquiers auxquels il s'adressait

refusaient de lui prêter même un stiver. Dans cette position

embarrassante, il fit cadeau d'un ministère au plus riche propriétaire

de sa principauté, c'est-à-dire au grand-père de Lang, et il supplia son

nouveau ministre de lui prêter en retour la somme dont il avait besoin.

Ce singulier moyen lui réussit. Il alla aux bains de Pyrmont, et le

vieux Lang perdit toute sa fortune. Ce ne fut qu'en 1813 que ses

descendants obtinrent, non pas le remboursement de cette créance, mais

une indemnité insignifiante.

Le petit-fils de cet infortuné ministre malgré lui entra, dès sa

jeunesse, au service du prince d'OEttingen-Wallerstein. Après avoir

étudié le droit pendant trois années à l'université d'Iéna, il devint

secrétaire de la cour judiciaire et du Conseil d'État de sa principauté

natale. Mais il ne tarda pas à donner sa démission et il alla à Vienne,

où il espérait trouver un emploi. Pressé par le besoin, il accepta

d'abord une place d'instituteur en Hongrie; puis il revint à Vienne, où

l'ambassadeur du Wurtemberg le prit pour secrétaire; il fut ensuite

secrétaire du prince Wallerstein, _employé secret_ du comte Hardenberg,

conseiller et archiviste de Bayreuth, attaché à la légation prussienne

au congrès de Rastadt, gouverneur secrétaire du margraviat d'Auspach,

directeur des archives de Munich, et enfin secrétaire intime du comte

Hardenberg. Il mourut en 1835.

Deux volumes seulement des mémoires de Lang ont paru. Ils s'arrêtent à

la fin de l'année 1825. Bien qu'ils ne répondent pas entièrement aux

espérances qu'avait fait naître la réputation littéraire de leur auteur,

ils ne peuvent manquer d'obtenir un grand succès, non-seulement en

Allemagne, mais en France et en Angleterre. On y trouve, en effet, une

foule d'anecdotes piquantes, racontées avec cet esprit satirique qui a

rendu si populaires les _Hammelburger Reisen_. Le secrétaire du prince

Wallerstein et de l'ambassadeur du Wurtemberg, _l'employé secret_ du

comte Hardenberg, n'a pas révélé sans doute tous les secrets dont il

était le dépositaire; mais ses mémoires nous font mieux connaître que

les ouvrages historiques les plus estimés l'état intellectuel et moral

d'une certaine classe de la société en Allemagne, depuis la révolution

de 89 jusqu'à nos jours. En terminant cette notice, nous ne pouvons

résister au désir de citer une anecdote qui nous paraît caractéristique.

Une nuit, à deux heures du matin, un domestique vient réveiller Lang,

qui dormait profondément. «Levez-vous de suite, lui dit-il, son

excellence désire vous parler.» Lang s'habille à la hâte et court auprès

de son excellence. «Monsieur Lang, lui dit le baron Buhler

(l'ambassadeur du Wurtemberg), j'ai depuis longtemps remarqué que dans

vos lettres vous ne placez jamais les points au-dessus des i. Vous les

mettez toujours tantôt trop à droite, tantôt trop à gauche. J'ai souvent

eu l'intention de vous faire ce reproche. Tout à l'heure en m'éveillant,

j'y ai songé de nouveau, et pour ne plus l'oublier, j'ai jugé à propos

de vous envoyer chercher. Tenez-vous pour averti.»

_Précis de l'histoire de l'Hindoustan,_ contenant l'établissement de

l'empire mongol, ses progrès et sa décadence; l'invasion et les

établissements successifs des Européen; la coalition des princes de

l'Afghanistan contre les Anglais; l'examen des diverses religions

établies chez les Hindous, ainsi qu'un tableau de leurs lois primitives,

de leurs moeurs, usages et coutumes, et un résumé des lois qui régissent

les établissements français; par L.-M.-C. PASQUIER, ancien magistrat à

Pondichéry. 1 vol. in-8 de 534 pages.--Paris, 1845. _Paulin et Ledentu_.

Cet ouvrage se divise en deux parties parfaitement distinctes: l'une

consacrée aux Européens, l'autre aux indigènes.

Dans la première partie, l'auteur raconte l'histoire de l'Hindoustan

depuis l'expédition d'Alexandre jusqu'à nos jours. Il donne

principalement des détails curieux sur les établissements successifs des

Portugais, des Hollandais, des Anglais et des Français, et sur

l'administration actuelle de la justice dans nos comptoirs de l'Inde.

La deuxième partie, beaucoup plus longue que la première, renferme un

grand nombre de chapitres intéressants concernant la religion des

Hindous, leur mythologie, leurs lois, leurs moeurs, leurs coutumes, la

division de leurs castes et leur chronologie.

_État de la question d'Afrique_. Réponse à la brochure de M. le général

Bugeaud, intitulée _l'Algérie_; par M. GUSTAVE DE BEAUMONT.--Paris.

1843. _Paulin_. Brochure in-8 de 32 pages.

Dans le courant du mois de septembre dernier, M. le général Bugeaud,

gouverneur-général de l'Algérie, publia une brochure intitulée:

_l'Algérie; des moyens de conserver et d'utiliser cette conquête_. M.

Gustave de Beaumont pensa que cette oeuvre, à laquelle le poste et le

caractère de son auteur donnaient tant de gravité, contenait un certain

nombre de propositions, les unes contestables, les autres dangereuses,

qu'il importait de combattre avec la plus grande publicité possible.

Dans cette conviction, il adressa au rédacteur en chef d'un journal

quotidien une série de lettres qu'il vient de réunir en brochure et de

publier à la librairie Paulin. Cette brochure ne peut manquer d'attirer

l'attention au moment où la Chambre va, par la discussion des crédits

supplémentaires et extraordinaires, être saisie de nouveau de la grande

affaire de notre établissement en Algérie, «la plus grosse affaire de la

France, dit M. Gustave de Beaumont au début de sa première lettre; la

plus belle, mais aussi la plus difficile, et sur laquelle s'amassent des

orages dont, au lieu de détourner ses regards, il serait plus sage de

sonder l'épaisseur.»

Modes.

(Amazone de Humann.--Ombrelle-Cravache de Verdier.)

L'Illustration, No. 0008, 22 Avril 1843 · 第 15 / 19 题