L'ÉCLAIRAGE DU SALON DE L'AUTOMOBILE

On s'était fort extasié l'année dernière sur l'éclairage du Salon de

l'automobile, mais le chiffre de 20.000 lampes formant la vasque

centrale du plafond était peut-être encore plus impressionnant que

l'effet produit. Cette boule étincelante paraissait un peu isolée au

milieu de l'immense carcasse vitrée dont les grands cintres seuls

étaient dessinés par un sillon lumineux; la surface éclairée présentait

des trous qui en rompaient désagréablement l'unité. Un nouvel effort a

été tenté cette année, et les résultats obtenus semblent rendre bien

difficile tout progrès ultérieur. Le plafond est parsemé d'étoiles, et

des festons très simples courant sur les cintres atténuent par la grâce

de leurs courbes successives les profils un peu durs de cette

architecture spéciale; tout cela dans une mesure et des proportions si

heureuses que le regard embrasse d'un seul coup cette constellation pour

en admirer le parfait équilibre. Peu de visiteurs, sans doute, sont

capables de supputer, même approximativement, l'importance du travail et

de la dépense que représente une telle illumination. Quelques chiffres

vont nous fixer à cet égard:

La force motrice s'élève à 5.000 chevaux, dont 250 seulement fournis par

les sept dynamos installées à demeure dans les sous-sols du Grand Palais

et qui assurent l'éclairage du Concours Hippique et des expositions

ordinaires. Le supplément de force est emprunté au secteur des

Champs-Elysées, à l'usine des Moulineaux et à la Compagnie du

Métropolitain. Cette dernière fournit le plus fort contingent: 1.800

chevaux à la tension de 5.000 volts. Les divers courants sont répartis

sous la direction unique de la maison Lacarrière. Cette force de 5.000

chevaux, supérieure de 1.500 chevaux à celle utilisée antérieurement,

est presque égale à la puissance dont disposent certains secteurs

parisiens (6.000 à 10.000 chevaux). Elle suffirait à l'éclairage public

et domestique d'une ville de 100.000 habitants, et elle permettrait de

faire circuler simultanément, entre la gare des Invalides et Versailles,

dix à douze trains de 150 tonnes.

Les stands des exposants utilisent, à eux seuls, environ 90.000 lampes à

incandescence, presque toutes de 5 à 7 bougies.

L'éclairage «administratif» en comprend 75.000: 50.000 au plafond (en

1904: 30.000); 10.000 pour le grand escalier de fer, la coupole de

l'avenue d'Antin et diverses dépendances; 15.000 pour l'extérieur. Il y

a lieu d'ajouter: 130 lampes à arc intensives; 60 lampes tabulaires à

vapeur de mercure; 2.000 becs de gaz de 200 bougies.

C'est la première fois qu'on emploie sur une aussi vaste échelle la

lampe à mercure. Sa lumière, totalement privée de rayons rouges, est

d'aspect blafard, cadavérique, comme on peut s'en rendre compte dans

quelques magasins parisiens qui l'ont adoptée. Mais, grâce à la hauteur

où les lampes se trouvent ici placées, à la correction apportée par les

rayons d'autres foyers et, aussi, aux tons un peu crus des fresques qui

décorent l'extérieur du palais, elles emplissent le péristyle d'une

sorte d'atmosphère lunaire d'un effet pittoresque.

La consommation horaire totale représente une dépense approximative de

3.600 francs en électricité et 250 francs en gaz, soit, pour une moyenne

quotidienne de quatre heures d'éclairage, 15.400 francs, et pour les

quinze jours d'exposition: deux cent trente et un mille francs

(231.000).

L'éclairage des serres exige une autre force de 800 chevaux et coûte 800

francs par heure. Nous arrivons donc comme total général à une force

d'environ 5.800 chevaux et à une consommation de 279.000 francs pour la

durée de l'exposition.

Le Grand Palais n'ayant été livré aux électriciens que le 20 novembre,

dix-sept jours ont suffi pour une installation qui a occupé un personnel

de 150 personnes et qui a nécessité la pose de plus de 15 kilomètres de

câble, non compris la longueur des bandes souples où sont piquées les

lampes.

La valeur de cette installation, en location, peut être évaluée à

400.000 francs. C'est la première fois que l'on voit en France, et

probablement en Europe, une telle masse de lumière inondant un espace

relativement si restreint.

Mme la baronne de Suttner.

L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905 · 第 39 / 45 题