NOTES ET IMPRESSIONS

La campagne veut des âmes tout à elle, des âmes fraîches, parce qu'elle

est fraîche, des âmes jeunes, parce qu'elle est l'éternelle jeunesse.

RENÉ BAZIN.

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Tout est dans nous et le monde extérieur se transforme, se colore aux

mille nuances de nos passions. ALPHONSE DAUDET.

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La douleur est individuelle comme la maladie: chacun la traite suivant

son tempérament. SAMUEL ROCHEBLAVE.

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Lorsqu'une éclaircie se fait dans la vie sombre, il faut en jouir avec

toutes ses puissances de gaieté. MME JULIETTE ADAM.

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L'impérialisme de nos modernes monarchies ou républiques: une dernière,

crise de mégalomanie sous la menace des douches que nous prépare le

monde de demain.

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Entre vrais amis, les services ne se demandent pas, ils se rendent.

G.-M. VALTOUR.

[Illustration: Le pavillon français planté sur le cap Philippe par le

duc d'Orléans et les explorateurs de la _Belgica_.]

[Illustration: Le cap Philippe vu de la _Belgica_.] L'EXPÉDITION

ARCTIQUE DU DUC D'ORLÉANS

Le docteur Récamier fut le médecin de l'expédition organisée, l'été

dernier, par le duc d'Orléans, et que la _Belgica_, sous le commandement

de M. de Gerlache, porta dans la banquise groënlandaise. La conférence

qu'il vient de faire, lundi, à la salle de la Société d'horticulture,

rue de Grenelle, libéralement mise à sa disposition, a présenté un très

vif intérêt. Elle constitue, en effet, le premier compte rendu précis,

documenté, de ce beau voyage d'exploration,--en attendant le livre que

le prince lui-même prépare en ce moment.

Au moment où la _Belgica_, sa croisière finie, ramenait, en septembre

dernier, à Ostende, le duc d'Orléans et ses compagnons, nous avons

enregistré les résultats d'une expédition qui fut particulièrement

favorisée, puisqu'en une course de quelques semaines elle a reculé de

plus d'un degré de latitude l'extrême point du monde connu sur la côte

nord-est du Groenland.

Sportsman très passionné, tireur merveilleusement adroit, le duc

d'Orléans avait avant tout rêvé d'une belle campagne de chasse. Mais il

avait tenu à ce que cette expédition coûteuse, aventureuse aussi, au

demeurant, rapportât quelque chose à la science (océanographie,

géographie) et, s'il se pouvait, quelque gloire à la France. La

_Belgica_ était donc armée en conséquence et pourvue des meilleurs

appareils de sondage et d'exploration des couches sous-marines. La

conférence--la causerie plutôt, tant son accent était libre,

pittoresque, charmant--dans laquelle le docteur Récamier, encadré du

commandant de Gerlache et du peintre Mérite, a narré en détail le voyage

de la Belgica, a été infiniment attrayante.

Le docteur Récamier, nous a donné un tableau fort joli de la vie au

cours de cette navigation au milieu des glaces, de ces chasses à l'ours,

au phoque, au morse, où l'adresse du duc d'Orléans avait maintes

occasions de s'exercer, de cette lente promenade à travers des marines

désolées, qu'animaient seuls d'étranges oiseaux décolorés, gris et

blancs, au vol puissant et lourd, les mergules, les guillemots, les

grylles, les pagophiles, certains dont le cri ressemblait à un rire

ironique et qui rêvassaient, alignés en files interminables au bord de

la banquise, dans la lumière pâle du jour polaire.

Le 28 juillet 1905, la _Belgica_ étant immobile dans le brouillard, le

voile de brume qui l'enveloppait se déchira tout à coup. On vit, à

bâbord, une terre accidentée, aride. «Le dîner, ce soir-là, ne fut pas

long», a écrit dans son rapport le commandant de Gerlache. A 8 heures du

soir, le duc d'Orléans et les membres de l'expédition, débarqués en

toute hâte, atteignaient le point culminant de la côte.

Ils dominaient un site désolé, infertile, semé de blocs et de cailloux

roulés, une moraine ancienne, où quelque peu de terre végétale s'était

déposée: la «terre de France», selon le voeu du prince. On y éleva un

cairn, un monticule de pierre, par 77°5 de latitude nord, 18°33 de

longitude ouest. Sur ce _cairn_, on hissa un drapeau tricolore. Ce fut

un moment d'émotion indicible, dont un cliché fragile et pâle, presque

indistinct, perpétuera le souvenir, une terne photographie qu'aucun des

acteurs de cette scène ne peut revoir sans que son coeur batte un peu

plus fort, et dont l'apparition, sur l'écran transparent où le docteur

Récamier la fit projeter, souleva une tempête de bravos...

Deux jours après on redescendait vers les patries, Français, Suédois,

Belges, Norvégiens... après avoir tenté vers le nord-est une pointe, au

cours de laquelle on reconnut encore un banc sous-marin indiquant sans

doute le voisinage d'une côte nouvelle.

On avait écrit sur la mappemonde quelques noms de plus: le cap Philippe,

le point extrême où l'on était arrivé, et qui est probablement la pointe

d'une île; la baie d'Orléans, que commande ce cap; la terre de France...

à laquelle, paraît-il, le Danemark va contester son nom pour des raisons

de nomenclature géographique, en proposant de la nommer «terre du duc

d'Orléans»,--ce qui n'implique aucune hostilité ni contre le prince, ni

contre notre pays, d'ailleurs.

Jusqu'à la croisière de la _Belgica_, la dernière étape des

explorateurs, dans cette direction sur la route de l'inconnu, si

attirante, au dire de tous ceux qui s'y sont aventurés, était le cap

Bismarck, que l'expédition prussienne du capitaine Koldewey avait

atteint le 15 avril 1870, et encore y était-elle arrivée en traîneaux.

Au retour de son voyage, le capitaine Koldewey écrivait: «Aucun navire

ne s'avancera jamais plus avant le long de cette côte, à moins que ce ne

soit à la faveur de chances exceptionnelles.» Ces chances, l'expédition

du duc d'Orléans les a rencontrées.

L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905 · 第 8 / 45 题