«LA CRUCHE CASSÉE», DE GREUZE
_La Cruche cassée_, le chef-d'oeuvre de Greuze, est l'un des tableaux
les plus fameux de notre musée du Louvre. La grâce de la figure de la
jeune fille, le charme piquant de son expression, la perfection de sa
facture, justifient les enthousiasmés qu'a soulevés cette belle
peinture. Diderot fut l'un de ses premiers fervents et lorsqu'elle
parut, en 1765, il lui consacra l'une de ses pages les plus vibrantes et
les plus jolies. C'est le type parfait de ce qu'on a appelé en badinant
«les tendrons de Greuze». De toutes les ouvres du peintre, il n'en est
pas qui caractérisent mieux son génie, qui, selon le mot de Charles
Blanc, «consistait à arranger toujours les choses de manière que ni la
volupté ni la morale n'y perdissent rien».
Au moment où quelques toiles, sensiblement contemporaines de celle-ci,
ont atteint de si gros prix, il semble intéressant de rappeler qu'à la
vente du marquis de Verri, en 1785, vingt ans après son apparition, _la
Cruche cassée_ fut payée 3.001 francs. De combien de billets de banque
ne la couvrirait-on pas aujourd'hui si elle pouvait courir de nouveau
les hasards d'une vente!
La reproduction de _la Cruche cassée_, que nous offrons à nos lecteurs
avec ce numéro, peut soutenir la comparaison avec les plus belles
gravures tirées à petit nombre et cotées très cher chez les marchands
d'estampes. Nous faisons actuellement reproduire par le même procédé _la
Laitière_, également de Greuze: nos abonnés recevront ce pendant de _la
Cruche cassée_ au mois de février prochain.
L'échéance du 31 décembre étant la plus importante de l'année, nous
prions ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire à cette date de
vouloir bien le renouveler le plus tôt possible, afin d'éviter tout
retard dans la réception des premiers numéros de 1906».