[266] Ce pamphlet embrasse une période de plusieurs années, de
1670 à 1686 environ. On en verra diverses preuves dans les notes
que nous joindrons aux récits de l'auteur.
[267] _Var._ 1754: innocemment.
[268] _Var._ 1754: le désordre le plus infâme.
[269] La cour se tenoit alors tantôt à Fontainebleau, tantôt à
Saint-Germain, tantôt à Versailles.
[270] La faute étoit d'autant plus grande qu'ils étoient entrés la
nuit dans un cabaret. Or, par un règlement de 1666, les cabarets
devoient être fermés à six heures depuis le 1er novembre jusqu'à
Pâques, et à neuf heures dans les autres temps. Plus tard on
toléra que les cabarets fussent ouverts, du 1er avril au 1er
novembre, jusqu'à dix heures, et, dans les autres temps, jusqu'à
huit heures seulement. En 1700, une ordonnance rendue par M.
d'Argenson, lieutenant général de police, parle d'un cabaretier
chez qui furent saisis six jeunes gens mangeant de la viande en
carême, à dix heures du soir. Procès-verbal fut dressé de ce
délit. Mais le commissaire ne prit pas les noms des jeunes gens,
et le cabaretier s'excusa en disant qu'il n'avoit pas fourni la
viande, «ajoutant que, ces six jeunes gens, qu'il n'a voulu
nommer, étant des personnes de considération, il n'a pas osé leur
résister.» Ainsi, quand des personnes de considération étoient
surprises, même en faute, dans des cabarets, la police fermoit
volontiers les yeux pour ne pas les connoître et ne pressoit pas
trop les cabaretiers de révéler leurs noms.
[271] Cf. t. 2, p. 425.
[272] Voy. t. 1, p. 68.
[273] Le duc de Grammont, fils du maréchal et frère du comte de
Guiche, dont il a été plusieurs fois parlé dans ces volumes, ne
reçut le titre de duc de Grammont qu'après la mort de son père,
qui mourut en 1678, six ans après la mort de son fils aîné, tué au
passage du Rhin. Le duc dont il est parlé ici, connu auparavant
sous le nom de comte de Louvigny, avoit épousé, le 15 mai 1668,
Marie-Charlotte de Castelnau, fille du maréchal de ce nom.
[274] Une soeur du chancelier fut mariée avec le marquis de
Tilladet, qui fut chassé de la cour après le supplice de
Cinq-Mars: celui-ci eut plusieurs enfants, entr'autres Gabriel de
Cassagnet, dit le chevalier de Tilladet, chevalier de Malte en
1646, lieutenant-général des armées du Roi comme l'avoit été son
père et comme le fut un de ses frères, et gouverneur d'Aire, etc.
Il mourut le 11 juillet 1702.
[275] Gabrielle de Longueval, soeur du marquis de Manicamp, étoit
la troisième femme du maréchal d'Estrées; elle avoit épousé, en
1663, le vieux duc, qui mourut en 1670, âgé de
quatre-vingt-dix-huit ans. (Voy. madame de Sévigné, _Lettre_ du 24
avril 1672.--Voy. aussi ce volume, p. 252.)
[276] Marie-Charlotte de Castelnau, fille du maréchal de ce nom,
étoit née en 1648. Mariée en 1668, elle mourut le 29 janvier 1694.
[277] Sur le maréchal de Grammont, voyez ci-dessus _passim_, et
surtout t. 1, p. 135.
[278] Sur le comte de Guiche, voyez ci-dessus _passim_, et
surtout t. 1, p. 65.
[279] Le marquis de Louvigny hérita de son père en 1678; le
comte de Guiche, nous l'avons vu plus haut, étoit mort depuis
1672.
[280] Voy. ci-dessus, p. 228.
[281] Le marquis de Nérestang, restaurateur de l'ordre presque
éteint de Saint-Lazare, se décida, en 1666, à user d'un droit qui
lui étoit accordé par les bulles des papes Pie V et Paul V: il
nomma des titulaires aux cinq grands-prieurés de l'ordre. A la
date du 4 juin de cette année, «il fit: 1º grand-prieur, bailli et
son vicaire général, tant par terre que par mer, dans la langue
d'Aquitaine, le chevalier César Brossin, marquis de Méré; 2º
grand-prieur et bailli des provinces de Dauphiné et de Lyonnois,
le commandeur Loras de Chamanieu; 3º grand-prieur et bailli de la
langue des Belges, le chevalier Le Picard, marquis de Sévigny; 4º
grand-prieur et bailli de la langue de France, le commandeur
François de Bernières; 5º grand-prieur et bailli du Languedoc, le
chevalier de Solas, président à la Chambre des comptes et Cour des
aides de Montpellier; tous avec le titre de vicaire général du
grand-maître dans leur grand-prieuré.» (Gautier de Sibert, _Hist.
de l'ordre de Saint-Lazare_, 1772, 2 vol. in-12, t. 2, p. 103.)
[282] Sur le marquis de Biran, plus tard duc de Roquelaure, voyez
ci-dessus _passim_, et surtout t. 1, p. 165, la fin de la note
consacrée à son père, et t. 2, p. 423.
[283] L'ordre de Saint-Michel fut institué par Louis XI, à
Amboise, le 1er août 1469. Les chevaliers portoient un collier
d'or fait à coquilles lacées l'une avec l'autre, et posées sur une
chaînette d'or d'où pendoit une médaille de l'archange saint
Michel. Tous les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit prenoient
l'ordre de Saint-Michel la veille du jour où ils recevoient
l'ordre du Saint-Esprit, et c'est pour ce motif que leurs armes
étoient entourées d'un double collier et qu'on les appeloit
chevaliers des ordres du Roi.
[284] Chantilly appartenoit au prince de Condé.
[285] Voy. plus haut la filiation, note 274, p. 348.
[286] Peste, mot du temps, équivalent de mauvaise langue. Déjà
Tallemant l'employoit dans ce sens.
[287] Que fît cette jeunesse.
[288] Ces désordres étoient dans l'esprit du temps. (Voy.
Edouard Fournier, _Les Lanternes_, histoire de l'éclairage de
Paris.)
[289] Ce pont de bois étoit celui qui servoit de communication
entre la cité et l'île Notre-Dame. Il fut commencé en 1614 par le
sieur Marie. On l'appeloit Pont-Rouge, à cause de la couleur dont
il étoit peint, et Pont-Marie, du nom de l'entrepreneur chargé de
le construire.
[290] Voy. t. 2, p. 426.
[291] Le guet étoit composé de cent archers à pied, trente-neuf à
cheval, quatre lieutenants, un guidon, huit exempts, un greffier,
un contrôleur et un trésorier, sous le commandement d'un chevalier
du guet. La charge de chevalier du guet constituoit à celui qui
l'exerçoit quelques priviléges utiles, comme d'avoir le droit de
_committimus_, l'exemption de gens de guerre, etc.;--ou flatteurs:
tel le droit d'entrer chez le Roi à toute heure, et même en
bottes. Le chevalier du guet, après la suppression de l'ordre de
l'Etoile, sous Charles VIII, continua à en porter les insignes.
Le guet prenoit son service à la nuit et le quittoit à la pointe
du jour.
Au dix-huitième siècle, d'autres compagnies se formèrent, sous
d'autres noms et avec différents uniformes, pour la sûreté de
Paris. C'est de là qu'est sortie la garde municipale, garde de
Paris, etc.
[292] Le lieutenant criminel présidoit à tous les jugements
criminels, et c'étoit à lui d'en faire l'instruction. Le
lieutenant criminel Tardieu, si connu par les satires de
Boileau, qui le désigne sans le nommer, étoit prédécesseur de
M. Deffita.--M. Deffita, dès son entrée en charge, se montra d'une
rigueur inouïe; sa justice étoit toujours fort sommaire. Voy.
Guy Patin, _Lettres_, _passim_.
[293] Voy. t. 1, p. 163 et suiv.
[294] Le duc à brevet jouissoit de presque toutes les prérogatives
dont jouissoient les autres gentilshommes chez lesquels ce titre
étoit héréditaire, mais il n'en jouissoit que par une faveur toute
personnelle, et qui ne se pouvoit transmettre que par suite d'un
nouveau brevet.
[295] Le marquis de Biran devint duc de Roquelaure et fut même
fait maréchal de France. Le crédit de sa femme, mademoiselle de
Laval, lui servit.
[296] Louis-Marie d'Aumont de Rochebaron, duc et pair de France,
étoit chef du nom et des armes depuis le 14 février 1669. Le 12
mars 1669, il céda au marquis de Rochefort sa charge de capitaine
des gardes du corps et prêta serment de premier gentilhomme de la
chambre. Il avoit épousé Madelaine-Fare Le Tellier, qu'il perdit
le 22 juin 1668. Plus tard il sera parlé de son second mariage.
La fille du duc d'Aumont, Magdelaine-Elisabeth-Fare, ne fut mariée
qu'en 1677. Du reste, avant le second mariage de son père (1669),
elle étoit bien jeune encore, puisque le duc avoit épousé la soeur
du marquis de Louvois en 1660, quand elle avoit à peine quatorze
ans.
[297] Le chancelier Le Tellier, père du marquis de Louvois et de
la première femme du duc d'Aumont.
[298] La seconde femme du duc d'Aumont, qu'il épousa le 28 novembre
1669, étoit Françoise-Angélique de la Mothe, fille du maréchal de
la Mothe-Houdancourt et de Louise de Prie, gouvernante des enfants
de France.
[299] François de Roye de la Rochefoucauld, deuxième du nom,
comte de Roucy, né en 1658, mort en novembre 1721 à l'âge de
soixante-trois ans, étoit fils de Frédéric-Charles de la
Rochefoucauld-Roucy et d'Isabelle de Duras. Il fut lieutenant
général des armées du Roi, capitaine lieutenant des gendarmes
écossois, et, après M. de Pradel, gouverneur de Bapaume. Il se
maria le 8 février 1689, avec mademoiselle d'Arpajon.
Cette branche des La Rochefoucauld avoit pris le nom de Roucy
par suite du mariage de François III de la Rochefoucauld avec la
dernière héritière des comtes de Roucy, famille célèbre où l'on
connoît surtout ces deux frères jumeaux, ménechmes identiques,
dont Pasquier a raconté l'histoire (_Recherches_, liv. VI).
[300] Voy. ci-dessus, _passim_. Henri de Senneterre, duc
de la Ferté, fils du maréchal, épousa, le 13 mars 1675,
Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique de la Mothe-Houdancourt.
[301] Louis-Charles de Lévis, duc de Ventadour, épousa, le 14
mars 1671, Charlotte-Eléonore de la Mothe-Houdancourt.
[302] Le frère du chevalier de Tilladet dont il est question
ici, étoit Jean-Baptiste de Cassagnet, marquis de Tilladet, mort
le 22 août 1692, des suites des blessures qu'il reçut à la
bataille de Steinkerque.
[303] Louise de Prie, duchesse de Cardonne, gouvernante du
dauphin. Elle étoit veuve alors du maréchal de la Mothe et
recevoit de la cour une pension de 3,600 livres. Fille puînée et
héritière de Louis de Prie, marquis de Toussy, et de Françoise
de Saint-Gelais-Lusignan, elle avoit été, avant son mariage,
fille d'honneur de la Reine. Voy. ci-dessus, t. 2, p. 422.
[304] La famille du maréchal de la Mothe fut en effet fort peu
illustre avant lui, fort peu illustre après lui.
[305] Louise de Prie épousa, le 21 novembre 1650, le maréchal de
la Mothe. Née en 1614, elle avoit alors trente-six ans, soit
quarante-trois en 1657, date de la mort de son mari.
[306] Un corset de fer.
[307] Guy Patin, dans une lettre du 8 mars 1670, parle d'un
jeune homme de ce nom, qu'il soignoit.
[308] Voy. ci-dessus, _passim_.
[309] Le duc de Caderousse n'appartenoit pas à la noblesse
françoise; il étoit du comtat d'Avignon.
[310] Claire-Bénédictine du Plessis-Guénegaud étoit fille de
Henri du Plessis-Guénegaud, secrétaire d'Etat, et d'Isabelle de
Choiseul-Praslin. Née en 1646, mariée en 1665, la duchesse de
Caderousse mourut en décembre 1675.
[311] On a mille descriptions de cette galerie du Palais, où se
trouvoient tant de libraires, de merciers, d'orfèvres, de
promeneurs, d'acheteurs; une des plus curieuses est assurément
celle de Corneille, dans une de ses premières pièces, _La
Galerie du Palais_.
[312] Les pensions étoient accordées par le Roi, qui les faisoit
assigner tantôt sur un revenu, tantôt sur un autre. Nous avons
vu des pensions assises sur des fermes, sur l'épargne, sur des
prieurés, des évêchés, etc.
[313] Le duc d'Aumont, outre la fille dont nous avons parlé, qui
fut mariée au marquis de Beringhen, eut une autre fille,
Anne-Charlotte d'Aumont, qui, née en 1666, épousa, le 4 février
1683, le marquis de Créqui; le fils du duc d'Aumont, marquis de
Villequier, fut reçu premier gentilhomme de la chambre en
survivance, et prêta serment le 7 avril 1683 en cette qualité.
[314] Voy. ci-dessus note 296, p. 363.
[315] La croyance aux devins et aux sorciers étoit générale au
XVIIe siècle, et il n'est pas rare de voir des écrivains sérieux
trahir la crainte qu'ils ont des sorciers.
[316] Ce second mariage eut lieu le 28 novembre 1669.
[317] L'hôtel d'Aumont étoit situé dans la rue de Jouy. Il avoit
été bâti sur les dessins de Mansart, et l'on admiroit surtout les
belles proportions de la façade sur le jardin. Le Brun avoit peint
sur l'un des plafonds l'apothéose de Romulus.
[318] Les cent-Suisses faisoient le service des châteaux royaux;
dix d'entre eux étoient détachés chez la Reine et un chez le
chancelier. Mais dans un temps où, comme dit La Fontaine, tout
marquis vouloit avoir des pages, tout grand seigneur voulut avoir
son Suisse. A défaut de vrais Suisses, on se contenta, comme chez
Chicaneau, de _Petit-Jean_ venus de toutes les parties de la
France:
On m'avoit fait venir d'Amiens pour être Suisse.
Cet usage est consacré par Furetière, qui, au mot _portier_,
donne cet exemple: Les Suisses sont les portiers des grands
seigneurs.
[319] Il y avoit quatre premiers gentilshommes de la chambre, et
ils servoient chacun pendant une année. Ils étoient logés au
Louvre et entroient dans le carrosse du Roi. «C'est aux premiers
gentilshommes de la chambre, dit l'_Etat de la France_, à faire
faire tous les habits de deuil, tous les habits de masques et
comédies, et pour les autres divertissements de Sa Majesté.»
[320] L'auteur nous donne, pour ainsi dire, la mesure de l'appétit
du duc de Caderousse après son jeûne prolongé. Quelques années
après l'époque qui nous occupe, le pain continuoit à être divisé
en deux catégories: le gros pain et le petit pain.
Quand le blé étoit vendu vingt livres le septier, ce qui étoit
un prix moyen, le gros pain blanc valoit deux sous six deniers
la livre; le pain bis-blanc ou bourgeois, deux sous deux
deniers; le pain bis, un sou six deniers.
Le petit pain étoit alors vendu un sou ou deux sous: le prix ne
varioit pas, mais le poids varioit selon le prix du blé. Quand le
blé valoit vingt livres le septier, le pain façon de Gonesse de
deux sous pesoit neuf onces, ou, d'un sou, quatre onces et demie;
le pain de chapitre d'un sou pesoit quatre onces et demie; le pain
mollet, le pain à la reine, le pain à la sigovie, le pain à la
mode et le pain cornu ne pesoient que trois onces et demie.
[321] Les ordonnances et édits sur les duels étoient toujours
observés avec une grande rigueur. Pour les empêcher même, Louis
XIV avoit eu la pensée, au dire de Guy Patin, de retirer l'épée
aux gentilshommes et de leur faire porter au cou une médaille
comme marque de leur qualité.
[322] Marie Bautru, fille de Nicolas Bautru, comte de Nogent et
de Marie Coulon, étoit soeur du comte de Nogent, qui avoit
épousé la soeur de Lauzun. Elle épousa, à la date du 5 avril
1656, René de Rambures, qu'elle perdit le 11 mai 1671. Elle-même
mourut en mars 1683.
[323] Voy. ci-dessus, _passim_.
[324] Madame d'Aumont étoit en effet cousine de Fervaques, par
sa mère, Charlotte de Prie, qui avoit épousé Noël de Bullion,
seigneur de Bonnelles, par contrat du 24 février 1639. Charlotte
de Prie, madame de Bonnelles, étoit soeur de Louise de Prie,
maréchale de la Mothe-Houdancourt.
[325] Voy. ci-dessus, p. 302.
[326] Voy. ci-dessus, p. 302.
[327] Les opéras en vogue à cette époque étoient: _Alceste_, de
1674; _Thésée_, de 1675; puis vint _Atys_ en 1676.
[328] La duchesse de Créqui étoit Armande de Saint-Gelais-Lusignan
de Lansac; son père étoit oncle de la maréchale de La Mothe. La
duchesse de Créqui étoit donc cousine-germaine de la maréchale de
La Mothe, tante, à la mode de Bretagne, de la duchesse d'Aumont.
(Cf. ci-dessus, note 303.)
[329] Nous ne saurions préciser l'âge de madame de Rambures; mais,
mariée en 1656, mère seulement en 1661 d'un fils, aîné de la
famille, qui mourut en 1679, elle ne pouvoit guère avoir moins de
trente-six à trente-sept ans à l'époque qui nous occupe.
[330] Voy. t. 2, p. 88.
[331] Sur la première femme du duc de Caderousse, voy. ci-dessus,
p. 371.
[332] De son premier mariage le duc de Caderousse eut un seul
fils, Jacques-Louis d'Ancezune de Cadart de Tournon, duc de
Caderousse, qui épousa, avant 1700, Madeleine, fille du marquis
d'Oraison.
[333] La _bassette_ étoit un jeu de cartes, un jeu de hasard,
comme le _hoc_ ou _hocca_ et le lansquenet. L'abus de ces jeux
devint tel que de nombreux arrêts du Parlement, plusieurs édits
du Roi et ordonnances de police essayèrent de le combattre.
En 1661, le Parlement porte deux arrêts contre le jeu du hocca; en
1663, contre les académies de jeux en général; en 1666, le Roi
lance un édit dans le même but; en 1680, la bassette, introduite
en 1674 ou 1675 par l'ambassadeur de Venise Justiniani, est mise
en cause pour la première fois devant le Parlement. L'arrêt, daté
du 16 septembre, porte: «Comme, outre tous ces jeux de hazard
cy-devant défendus, on en a introduit un depuis quelque temps,
appelé la bassette, où l'on assure que ceux qui le tiennent ont
une certitude entière de gagner avec le temps, et que les pertes
faites audit jeu par plusieurs enfants de famille les ont engagez
emprunter de l'argent à tel denier que lesdits particuliers
accusez d'usure ont voulu exiger d'eux, ledit procureur général
estime estre obligé d'avoir recours à l'autorité de la cour pour
faire renouveler les défenses générales prononcées contre tous les
jeux de hazard, et encore plus grandes contre ceux qui donneront à
jouer chez eux audit jeu de la bassette, et contre ceux qui y
joueront.»
D'année en année les mêmes mesures sont renouvelées. Enfin, le 5
janvier 1685, «_Sa Majesté, estant en son conseil_, a défendu et
défend très expressément à tous ses sujets, de quelque qualité et
condition qu'ils soient, de plus continuer à jouer audit jeu de la
bassette, soit ès assemblées publiques, _dans leurs maisons en
particulier_, et sous quelque nom et prétexte que ce soit, à peine
de trois mille livres d'amende, au payement de laquelle Sa Majesté
veut que les contrevenants soient contraints par toutes voies,
mesme par saisie et exécution de leurs biens, meubles, chevaux et
carrosses.»
On changea le nom du jeu. Le _hocca_ s'appela _pharaon_ ou
_barbacolle_; la _bassette_ devint le _pour et contre_. Sous ces
nouveaux noms les poursuites vinrent encore chercher les joueurs.
En 1679, le _Journal des Savants_ produisit une théorie de
probabilité pour le jeu de la bassette: on y voit clairement
combien de chances étoient réservées à la friponnerie.
Disons maintenant comment se jouoit le jeu de la bassette: nous
expliquerons ainsi différents mots qu'on lira plus loin. «Celui
qui taille, lit-on dans le Dictionnaire de Trévoux, se nomme
_banquier_ ou _tailleur_. Il a en main cinquante-deux cartes; ceux
qui jouent contre lui ont chacun treize cartes d'une couleur: on
les appelle le livre. Après que le tailleur a battu ses cartes,
les joueurs découvrent devant eux telles cartes de leur livre
qu'ils veulent, sur lesquelles ils couchent de l'argent à
discrétion; ensuite le tailleur tourne son jeu de cartes, en sorte
qu'il voit la première qui étoit dessous. Après cela, il tire ses
cartes deux à deux jusqu'à la fin du jeu: la première de chaque
couple ou main est toujours pour lui, et la seconde ordinairement
pour le joueur; de sorte que, si la première est, par exemple, un
roi, le banquier gagne tout ce qui a été couché sur les rois; mais
si la seconde est un roi, le banquier donne aux joueurs autant
qu'ils ont couché sur les rois.»
L'alpiou (de l'italien _al più_) étoit, dit M. Fr. Michel, dans
son _Dict. d'argot_, la marque que l'on faisoit à sa carte pour
indiquer qu'on doubloit son jeu après avoir gagné.
On connoît le petit livret publié à cette époque sous le titre de:
_Les désordres de la bassette_.
[334] Le chevalier Louis de Cabre, qui fut chambellan du duc
d'Orléans, régent, étoit fils de Louis de Cabre et de Marie
d'Antoine. Il mourut sans alliance. Il appartenoit à une famille
consulaire de Marseille dont les différentes branches furent
maintenues dans leur noblesse par les commissaires vérificateurs
en 1667.
[335] On lit dans le _Livre commode des adresses_, par le sieur
de Pradel, astrologue lyonnois, 1691, in-8, p. 26: «Les garnitures
de perles et de pierres fines sont commercées par les sieurs
Alvarez et Maçon, rue Thibault-aux-Dez.»
[336] La fille aînée de madame de Rambures, Marie-Renée de
Rambures, soeur du marquis de Rambures qui fut tué en 1679, en
Alsace, par accident, étoit alors un parti considérable; elle
n'avoit pas d'autre frère, et, de ses deux soeurs, l'une fut
religieuse, l'autre épousa, en 1686, le marquis de
Polignac.--Marie-Renée de Rambures fut en effet la seconde femme
du duc de Caderousse.
[337] Les robes des femmes avoient habituellement des _manches
d'ange_, et ces manches ne passoient guère le coude. Les
ecclésiastiques et les personnes en deuil portoient des bouts de
manches, sortes de manchettes qui se cousoient au bout des manches
du pourpoint. Pour les femmes mêmes, la manche longue devint ainsi
une marque de piété ou de deuil.
[338] La mère du marquis de Biran étoit Charlotte-Marie de Daillon,
fille de Timoléon de Daillon, comte du Lude. Elle mourut à vingt
et un ans, le 15 décembre 1657. (Voy. ci-dessus, t. 2, p. 425.)
[339] Les chiens de Boulogne, comme les chiens d'Artois, les
bichons, les barbets, les chiens de Barbarie, étoient des chiens
de chambre ou de manchon. Le _chien de Boulogne_ venoit d'Italie,
de Bologne, que l'on prononçoit Boulogne, comme Tolose se
prononçoit Toulouse; Rome, Roume; homme, houme, etc. A Bologne,
dit-on, on les empêchoit de croître en les frottant, pendant les
jours qui suivoient leur naissance, à toutes les jointures du
corps, avec de l'esprit de vin. La vogue des chiens de Bologne
avoit succédé à la mode des doguins, qui avoient, de même, le nez
camus.
[340] C'est ce marquis de Biran, devenu duc de Roquelaure, qui
est le héros du _Momus françois_, recueil de contes et de mots
d'un goût plus ou moins équivoque, publié en 1718, in-12.
[341] On se rappelle les reproches faits à Louis XIV par madame de
Montespan. Louis XIII, dit Tallemant, pensant faire le bon
compagnon, disoit: «Je tiens de mon père, moi; je sens le
gousset.» Et quant à Henri IV, madame de Verneuil ne craignit pas
de lui dire un jour que bien lui prenoit d'être roi; que sans cela
on ne le pourroit souffrir, et qu'il puoit comme charogne. A ce
compte-là, le baron de Fæneste étoit noble comme le Roi.
[342] Le juste-au-corps étoit une partie de l'habillement, sorte
de veste qui tomboit jusqu'aux genoux, serrant le corps et
montrant la taille. Le juste-au-corps, autrefois uniquement
réservé aux gens de guerre, étoit alors à la mode dans toutes
les classes, et on le portoit en drap, en velours, etc.
[343] Voy. ci-dessus, t. 3, p. 240.
[344] Le duc d'Enghien, fils du grand Condé, connu sous le nom
de M. le prince Henri-Jules, étoit né le 29 juillet 1643.
[345] Le prince Henri-Jules épousa, le 11 décembre 1663, Anne de
Bavière, fille d'Edouard de Bavière, prince palatin du Rhin, et
d'Anne de Gonzague, laquelle étoit soeur de la reine de Pologne
et fut adoptée par le Roi son beau-frère.
[346] Voy., sur le grand Condé, une note importante de M. Boiteau
dans cet ouvrage, t. 1, p. 198.
[347] La comédie de _l'Inconnu_, par Thomas Corneille, est de
l'année 1675. Le titre porte qu'elle est «mêlée d'ornements et de
musique». Dans son Avis au lecteur, l'auteur dit: «Dans le sujet
de _l'Inconnu_ vous ne trouverez point ces grandes intrigues qui
ont accoutumé de faire le noeud des comédies de cette nature,
parce que _les ornements qu'on m'a prêtés_, demandant beaucoup de
temps, n'ont pu souffrir que j'aie poussé ce sujet dans toute son
étendue.»--D'après l'indication fournie par le pamphlet que nous
annotons, le marquis de la pièce, toujours occupé à faire de
galantes surprises à la comtesse, ne seroit autre que le duc
d'Enghien.
[348] Le maréchal de Grancey.
[349] Philippe de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIV, né le
22 septembre 1640. Il étoit veuf alors de madame Henriette, dont
il a été tant parlé dans le second volume de cet ouvrage. (Voy.
ci-dessus, p. 239, et lisez duc d'Orléans, et non duc d'Anjou.)
[350] Elisabeth de Grancey, dame d'atours de Marie-Louise
d'Orléans, reine d'Espagne. Elle mourut en 1711 (26 novembre), à
l'âge de cinquante-huit ans, sans avoir été mariée. Toute la
famille de Grancey avoit une grande influence chez le duc
d'Orléans, et l'illusion que se faisoit le maréchal avoit bien son
excuse. Ainsi Hardouin de Grancey, docteur de Sorbonne, abbé de
Rebec, de Beaugency, de Reuilly et de Saint-Benoît sur Loire, fut
premier aumônier de Monsieur; et la comtesse de Maré fut, après la
mort de sa mère, gouvernante de Mademoiselle, depuis duchesse de
Lorraine, et des princesses filles du duc d'Orléans.
[351] Les charges étoient très multipliées chez le Roi et chez
le duc d'Orléans, et nombre d'officiers y servoient par
quartier, c'est-à-dire par trimestre.
[352] Voy. dans ce volume, p. 230 et 234.
[353] C'est-à-dire: à l'enseigne de l'Alliance. Avant l'usage de
numéroter les maisons, on les désignoit et on les reconnoissoit
par leurs enseignes, enseignes parlantes généralement, formées de
sujets allégoriques ou autres, taillés dans la pierre, incrustés
dans la façade des maisons, ou peints et formant tableaux.
[354] Le béat, c'est le saint qui n'est pas encore canonisé.
[355] Voy. t. 2, p. 429.
[356] Il n'étoit pas rare qu'un créancier fît arrêter le carrosse
même d'un grand seigneur. Segrais raconte, entre autres
vicissitudes du comte d'Elbène, qu'un créancier étant parvenu à
l'attirer jusque dans la rue à la suite d'une visite qu'il lui
avoit faite, osa, de son autorité privée, le faire saisir par
quatre hommes, jeter dans un carrosse de louage, et conduire, de
son chef, dans une prison, où le comte resta trois jours.
[357] Nous écrivons autrement le nom de cette ville, appelée
aujourd'hui La Ferté-sous-Jouarre.
[358] L'intendant des troupes étoit chargé de veiller à
l'approvisionnement des objets nécessaires à l'armée. Dangeau
(_Journal_, t. 1, p. 314, à la date du 22 mars 1686) parle de M.
de La Grange, intendant d'Alsace.
[359] M. Jacques Sallé, précédemment auditeur des comptes, fut
nommé maître des comptes en 1674. Il servoit, comme M. Ladvocat,
non le maître des requêtes, mais le maître des comptes, pendant
le semestre d'hiver.
[360] Le duc de Roquelaure mourut le 11 mars 1683. Cf. t. 1,
p. 163.
[361] Voy. t. 2, p. 426, 448.
[362] Le duc du Lude étoit, comme Roquelaure, un duc à brevet.
Ses lettres de duché-pairie furent commandées le 31 juillet 1675.
Il mourut en septembre 1685.
[363] L'Etat de la France pour 1669 indique comme trésorier
général des maison et finances de Monsieur, duc d'Orléans, aux
gages de 4,800 livres par an, M. Joachim Seiglière, sieur de
Boisfranc. Sa fille, Marie-Magdeleine-Louise de Seiglière de
Boisfranc, née en 1664, épousa, le 15 juin 1690, Bernard-François
Potier, duc de Gèvres, et mourut le 3 avril 1702.--Madame de
Caylus, dans ses _Souvenirs_, assure que M. de Roquelaure avoit
pensé à l'épouser elle-même. (Edit. _Michaud_, Paris, Didier, p.
494.)
[364] La succession du duc du Lude devoit en effet revenir à
Roquelaure, puisque le duc n'avoit eu d'enfants ni de sa première
femme, Eléonore de Bouillé, ni de la seconde, Marguerite-Louise de
Béthune, veuve du comte de Guiche.
[365] Dans les éclaircissements dont il a fait suivre le second
volume de ses _Mémoires sur madame de Sévigné_, M. Walckenaër a
donné, sur l'usage qu'on avoit de visiter les jeunes mariés le
lendemain de leurs noces, une longue et très curieuse note, à
laquelle nous renvoyons le lecteur. (Voy. son ouvrage, t. 2, p.
390-392.)
[366] Charles-Maurice Le Tellier, archevêque et duc de Reims,
maître de la chapelle de musique du Roi, intermédiaire de Sa
Majesté vis-à-vis des gens de lettres et des artistes depuis la
mort de Colbert, étoit frère du marquis de Louvois. Né en 1642, il
mourut le 22 février 1710. (Voy., dans cette collection, les notes
de M. Ed. Fournier sur un pamphlet, _le Cochon mitré_, qui attaque
le galant archevêque.--_Variétés historiques_, t. 6, p. 209.)
[367] On prétend que ce nom de _petits-maîtres_ commença à
s'établir en France lorsque le duc de Mazarin, fils du maréchal de
La Meilleraie, fut reçu grand-maître de l'artillerie en survivance
de son père: on appela petits-maîtres les jeunes seigneurs de son
âge. On donna ensuite ce nom aux jeunes gens qui prétendoient
briller plus que les autres; et Saint-Evremont nous montre déjà
cette qualification tombée dans le discrédit parce qu'on
l'appliquoit à la bourgeoisie.
[368] «M. De Termes étoit de la même maison que M. de Montespan
et n'avoit de noble que de la naissance et de la valeur. Il étoit
pauvre, et si bas qu'il fit l'impossible pour être premier valet
de chambre du Roi.» (Saint-Simon, _Comment. sur le Journal de
Dangeau_, t. 1, p. 81.)--M. de Montespan ne tenoit à l'illustre
maison de Saint-Lary, d'où le duc de Bellegarde et son frère le
marquis de Termes, que par les femmes. La soeur du duc de
Bellegarde avoit en effet épousé le bisaïeul du marquis de
Montespan, dont la femme fut aimée de Louis XIV, et l'aïeul du
marquis épousa aussi une Saint-Lary.
[369] Louise Marie Foucault, fille du maréchal de ce nom, étoit
veuve, depuis le 2 déc. 1672, de Michel II de Castelnau, fils
lui-même d'un maréchal de France. La marquise avoit aimé,
paroît-il, le duc de Longueville, qui se moquoit d'elle. Quand
il mourut, madame de Castelnau apprit vite les vrais sentiments
du duc, et, le 8 juillet 1672, madame de Sévigné écrivoit: «La
Castelnau est consolée.»
[370] Nombre de gentilshommes en province se mêloient de fabriquer
de la monnoie: on a vu que le père de madame de Maintenon avoit
été accusé de ce crime. Les Grands jours d'Auvergne, par Fléchier,
donnent des renseignements curieux sur ce sujet.
[371] Voy. la note 368 ci-dessus, p. 465.
[372] Louis Robert, président en la Cour des Comptes depuis 1679.
Il avoit été d'abord intendant en Flandres.
[373] Les mémoires de la Fare ne parlent pas autrement: «Ce qui
donna l'idée de ce crime, _qui étoit alors fort commun en France_,
fut l'affaire de madame de Brinvilliers, fille du lieutenant-civil
d'Aubray.» Nous ne rappellerons pas les scandaleuses affaires de
ce temps, portées à la trop fameuse chambre des poisons, etc.
[374] Nous avons déjà vu ce mot employé plus haut.
[375] Maintenon. (_Note du texte._)
[376] Montespan. (_Id._)
[377] Fille de madame de Montespan et du Roi. (_Ibid._)--Elle
épousa le duc de Bourbon.
[378] Petit-fils du prince de Condé. (_Ibid._)
[379] C'étoit le duc du Maine.
[380] Sur les dames en général. (_Ibid._)
[381] D'Olonne, Meklebourg, de Fiesque. (_Ibid._)
[382] Marie Anne de Bourbon, fille de Louis XIV et de mademoiselle
de La Vallière, mariée, le 16 janvier 1680, à Louis Armand de
Bourbon, prince de Conti. Voy. ci-dessous.
[383] Le prince Henri-Jules, fils du grand Condé. Nous avons déjà
rencontré son nom.
[384] Louis Armand de Bourbon, prince de Conti, né le 4 avril
1661, fils d'Armand de Bourbon, prince de Conti, et d'Anne Marie
Martinozzi.--Il mourut le 9 nov. 1685.--Voy. la note 382,
ci-dessus.
[385] François-Louis de Bourbon, prince de la Roche sur Yon, frère
d'Armand de Bourbon, prince de Conti, naquit le 30 avril 1664. Il
devint lui-même prince de Conti, en nov. 1685, après la mort de
son aîné, et épousa sa cousine, fille du prince Henri-Jules et
petite-fille du grand Condé.
Le prince de Conti et le prince de la Roche sur Yon firent en 1685
la campagne de Hongrie. On connoît les emportements du Roi à leur
égard.
[386] Le bâton n'étoit pas seulement l'arme des vengeances quand
il s'agissoit de châtier un poëte ou quelque bourgeois. Les
gentilshommes ne se l'épargnoient pas. Ainsi le cardinal de
Sourdis fut bâtonné par le duc d'Epernon, et il eut l'honneur, dit
Tallemant, d'être le prélat le plus battu de France. Le comte de
Bautru passa aussi par le bois, ce qui fournit un bon mot à sa
verve intarissable.--Dans la hiérarchie des offenses dont
connoissoit le tribunal des maréchaux de France, la bastonnade
venoit entre le démenti et le soufflet.--Le traitement dont fut
l'objet le marquis de Termes n'a donc rien d'étonnant. Dangeau, à
la date du 17 déc., assez près de Noël, comme on voit, 1686,
confirme le rapport de notre texte, et Saint-Simon, dans son
commentaire, entre, sur ce fait, dans d'assez longs détails.
(_Journal de Dangeau_, I, 81.)
[387] Le _Journal de Dangeau_, et surtout le commentaire de
Saint-Simon, font bien connoître le ménage du duc de Ventadour:
«Madame de Ventadour étoit fort belle et fort agréable, son mari
très laid et très contrefait. Ils étoient très mal ensemble, et
les choses étoient allées souvent fort loin... On se soucioit peu
du mari, dont la débauche et une absence continuelle de la cour ne
lui donnoient pas grande considération.....» (_Journal de
Dangeau_, t. 23.)
[388] La démoralisation même des classes élevées étoit alors
arrivée à un point que les pamphlets ne sont pas seuls à signaler.
Le jeu, dont la mode, ou plutôt la fureur, avoit été apportée
d'Italie, étoit une des principales causes de cette corruption
incroyable. On,--je dis les gens qui sembloient devoir être le
moins susceptibles de succomber à la tentation,--on ne se faisoit
aucun scrupule d'aider un peu ou de corriger la fortune. L'abus ne
cessa pas entre Mazarin et la marquise de Parolignac, un des
personnages de _Candide_.
[389] Le jeu de la bête ou de l'homme étoit un jeu où le perdant
payoit, non sa mise, mais celle de tous les joueurs.
[390] Nous rappelons que la demoiselle étoit la bourgeoise mariée
ou la fille noble.--Une des premières règles du tribunal des
maréchaux de France étoit celle-ci: «Il ne suffit pas que l'une
des parties soit justiciable du tribunal pour le rendre compétent:
elles doivent l'être toutes les deux.» Or, le tribunal ne jugeoit
que les nobles. «Les femmes ou les veuves des gentilshommes, des
militaires ou des nobles, ont toujours eu le droit de recourir à
la justice de MM. les maréchaux de France pour obtenir des
réparations.» (De Beaufort, _Recueil concernant le tribunal de
Nosseigneurs les maréchaux de France_. Paris, 1785, 2 vol. in-8,
t. I, p. 72 et p. 73.).
[391] Les maréchaux de France étoient compétents dans les affaires
relatives aux «billets ou promesses stipulées d'honneur, lorsque
les deux parties sont gentilshommes, militaires ou nobles.»
(_Ibid._ p. 80.) Ce débat étoit d'autant plus fâcheux pour le duc
de Ventadour qu'il y avoit eu déjà une affaire entre le duc
d'Aumont et lui devant le tribunal des maréchaux.
[392] Voy. ci-dessus, p. 440, note 356.
[393] Voy. t. 2, p. 429.
[394] Le duc d'Aumont, sa femme, son fils et l'archevêque de Reims
se trouvent face à face dans ce curieux passage de Dangeau: «M. de
Villequier obtint de M. le duc d'Aumont, son père, la permission
de le voir, et on le présenta ensuite à la duchesse d'Aumont, sa
belle-mère. Il avoit été raccommodé quelques jours auparavant avec
son oncle l'archevêque de Reims, et ce fut lui qui le présenta à
M. et madame d'Aumont.»--En rapportant et rapprochant toutes ces
circonstances, Dangeau donne une singulière portée à ces lignes
qui paroissent d'abord si inoffensives.
[395] Le prince de Turenne, dont madame de Sévigné disoit:
«Comment vous fait ce nom?» et: «C'est pour dégrader ce nom que je
ne dis pas monsieur de Turenne tout court.» (Lett. du 21 déc. 1689
et du 8 janv. 1690.)--Le prince de Turenne étoit fils du duc de
Bouillon et de Marie Anne Mancini. Marié, le 21 fév. 1691, avec
Anne Geneviève de Lévis-Ventadour, fille du duc de Ventadour et de
sa femme, trop connue par ce pamphlet, le prince de Turenne
mourut, le 5 août 1692, des suites d'une blessure reçue à
Steinkerque.--Voy. ci-dessus, p. 194.
[396] Godefroy-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, neveu du grand
Turenne.
[397] De tous les grands officiers de la maison du Roi, le grand
chambellan est celui qui approchoit le plus de S. M.--Dans les
lits de justice, le grand chambellan avoit sa place aux pieds du
Roi, sur un carreau de velours violet, semé de fleurs de lys d'or;
aux audiences des ambassadeurs, il avoit sa place derrière le
fauteuil du Roi, entre le premier gentilhomme de la chambre et le
maître de la garde-robe; le jour du sacre, il recevoit des mains
de l'abbé de Saint-Denis les bottines du Roi et les lui chaussoit;
il lui vêtoit la dalmatique bleue et le manteau royal. «Quand le
roy s'habille, il luy donne sa chemise, et ne cède cet honneur
qu'aux enfants de France et au premier prince du sang. Lorsque le
Roy déjeune ou qu'il mange dans sa chambre, c'est à luy ou aux
premiers gentilshommes de la chambre à qui il appartient de le
servir et luy donner la serviette. Le garçon de la chambre ou le
porte-chaise porte aussi au sermon un siége de la chambre du Roi
pour le grand chambellan.» (_Etat de la France._)
[398] Ce fait, rapporté par Dangeau, est confirmé par
Saint-Simon.--Dangeau: «Jeudi 30 nov. 1684... Après le
petit coucher, le Roi appela M. de Turenne et lui fit
une forte réprimande sur ce qu'il le servoit peu
respectueusement.»--Saint-Simon: «M. de Turenne, fils aîné de M.
de Bouillon et grand chambellan en survivance, profita mal de
cette correction et se fit enfin exiler. Un matin, en donnant la
chemise au Roi, il ne se donna pas la peine d'ôter des gants à
frange, de laquelle il donna par le nez au Roi fort rudement, qui
le trouva aussi mauvais qu'il est possible de le
croire.»--_Journal de Dangeau_, t. I, p. 75.
[399] Son père étoit le duc de Bouillon; Turenne étoit l'oncle
de celui-ci, grand-oncle par conséquent du jeune prince.
[400] Henri de Lorraine, comte de Briosne, fils de Louis de
Lorraine, comte d'Armagnac, et de Catherine de Neufville, fille
du maréchal de Villeroi, né le 15 nov. 1661, grand écuyer en
survivance depuis le 25 fév. 1677.
[401] Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, gouverneur de la
province d'Anjou et des châteaux d'Angers et des Ponts-de-Cé,
étoit né en 1641. De son mariage avec mademoiselle de Villeroy
il eut neuf enfants, une fille, entre autres, mariée au duc de
Cadaval, Portugais, et une autre mariée au duc de Valentinois.
[402] Charles François Frédéric de Montmorency-Luxembourg, prince
de Tingry, né le 28 février 1662, étoit fils de François Henri de
Montmorency et de Madeleine Claire de Clermont-Luxembourg. Le
prince de Tingry épousa le 28 août 1686 Marie Thérèse d'Albert,
fille aînée du duc de Chevreuse. Il mourut jeune, et son plus
jeune frère, connu jusque-là sous le nom de chevalier de
Luxembourg, et né en 1675, prit le titre de prince de Tingry,
bien que son aîné eut laissé un fils.
[403] On voit à chaque instant de ces sortes de parties de plaisir
improvisées. Tantôt des jeunes gens apprennent qu'un bal se donne
quelque part, et ils entrent en passant, sans frais de toilette;
tantôt, surtout en temps de carnaval, on se masque, on se déguise,
et l'on va, par bandes, sans y être invités, dans toutes les
maisons où l'on sait qu'il y a bal.
[404] M. le Grand, c'est le grand écuyer; on disoit de même M. le
Premier pour le premier écuyer de la petite écurie.
[405] Ici, dans certaines éditions, est intercalé un long passage
que nous avons donné nous-même, d'après les textes les plus
anciens, dans notre second volume, p. 421-454.
[406] Ici commence, dans l'édition de 1754, un nouveau pamphlet,
sous le titre de: _Amours de monseigneur le Dauphin avec la
comtesse du Roure_.--Nous en avons donné un autre texte (p. 185).
[407] Dans le noël cité plus haut.--Cf. ci-dessus le pamphlet des
_Amours du Dauphin_.
[408] L'édition de 1754 intercale ici un passage qui fait le début
de notre texte.
[409] La phrase qui précède ne se trouve que dans cette édition.
[410] Ici recommence, dans l'édition de 1754, le texte des _Amours
du Dauphin_, différent de celui que nous avons donné ci-dessus.
[411] Sur ces premiers amours du Dauphin, voyez les souvenirs de
madame de Caylus, édit. Michaud (Paris, Didier), p. 496;--_Journal
de Dangeau_, texte et notes, pp. 327, 336, 428, 437, etc., etc.
[412] Entre les divers passages de Dangeau, commenté par
Saint-Simon, que nous venons de citer, celui-ci nous a paru d'un
intérêt particulier pour le pamphlet que nous annotons:
«Monseigneur étoit amoureux de madame de Polignac, et cela avoit
hâté son mariage. Elle étoit mademoiselle de Rambures, fille de
madame la Dauphine, robine plaisante, bien de l'esprit et point du
tout bonne. Cela dura toujours avec Monseigneur, jusqu'à ce qu'il
découvrît que le marquis de Créqui, qui étoit dans cette intrigue,
étoit pour le moins aussi bien traité que lui; c'est ce qui fit
l'éclat. Ils furent chassés, et madame de Polignac n'est pas
revenue à la Cour depuis, seulement à la fin de sa vie, des
moments, se montrer une fois ou deux l'année. Elle n'en fut pas
moins galante, sans que son mari le trouvât mauvais. Elle joua
tant qu'elle se ruina, et s'en alla en Auvergne, où elle mourut
assez étrangement, ce dit-on, et fort lasse de vivre.» (_Comment.
de_ Saint-Simon sur le Journal de Dangeau. T. I, p. 428.)
[413] François Joseph, marquis de Créqui, étoit fils du maréchal
de Créqui et de Catherine de Rougé, laquelle étoit fille de ce Du
Plessis Bellière dont la femme, Suzanne de Bruc, fut si compromise
dans l'affaire de Fouquet; né en 1662, le marquis de Créqui fut
tué au combat de Luzzara, en Italie, le 13 août 1702. Il ne laissa
que des filles, qui moururent sans avoir été mariées.
[414] Le marquis de Créqui épousa, à la date du 4 février 1683,
Anne Charlotte d'Aumont, fille du duc d'Aumont et de sa première
femme.--Voy. ci-dessus.
[415] Epier, surveiller secrètement. Furetière donne comme exemple
du mot _éclairer_ dans ce sens: «Les princes sont plus esclairez
que les autres hommes.»
[416] L'hôtel de Longueville, voisin de l'hôtel de Rambouillet et
de l'enclos des Quinze-Vingts, étoit situé dans la rue
Saint-Thomas du Louvre. Il avoit porté successivement, d'après ses
propriétaires, les noms d'hôtel de la Vieuville, de Luynes, de
Chevreuse, et enfin d'Epernon. Bâti par Metezeau, décoré par
Mignard, l'hôtel de Longueville finit par devenir, en 1749, un
magasin de tabacs.
[417] L'hôtel de Créqui étoit dans la rue des Poulies. Il fut bâti
pour Charles de Créqui, l'année où celui-ci fut fait maréchal de
France, en 1622.
[418] François de Créqui, maréchal de France, arrière-petit-fils
du premier maréchal de Créqui, nommé dans la note précédente.
François, maréchal de Créqui, mourut le 4 fév. 1687.
[419] On lit à ce sujet dans le Journal de Dangeau, sous la date
du mercredi 22 mai 1686: «Je sus que M. l'archevesque de Reims
avoit fait sortir de chez lui le marquis et la marquise de Créqui,
sa nièce, qu'il y avoit fait loger avec tous leurs domestiques et
leurs chevaux, qu'il nourrissoit. La marquise s'est retirée chez
le maréchal de Créqui, qui l'a très bien reçue, et qui l'emmènera
à Nancy.» (T. I, p. 338.)
[420] Voy. la note précédente.--Dangeau, à la date du 1er mars
1686, parle ainsi de ces mariages: «Madame de Polignac, qui avoit
un décret de prise de corps contre elle depuis long temps, avoit
cru pouvoir demeurer à Paris en sûreté et qu'on ne songeoit plus à
ces affaires-là. Elle y est donc venue, et a fait proposer des
mariages pour son fils; d'un côté elle a fait parler au comte de
Grammont pour sa fille aînée, et de l'autre aux parents de
mademoiselle de Rambures. Il y a eu des pourparlers sur tout cela,
qui ont fait savoir au Roi que madame de Polignac étoit dans
Paris, et on lui a envoyé ordre d'en sortir et de se retirer chez
elle.»--On voit que notre pamphlet, qui parle de la répugnance
qu'avoit la marquise de Polignac à marier son fils avec
mademoiselle de Rambures, est dans l'erreur, puisque madame de
Polignac fit elle-même toutes les démarches nécessaires au
mariage.
[421] Charlotte Bautru, fille de Nicolas Bautru, comte de Nogent,
et de Marie Coulon, fille d'un conseiller au Parlement. Mariée
d'abord au marquis de Rannes, et devenue veuve, elle épousa Jean
Baptiste Armand de Rohan, prince de Montauban, deuxième fils de
Charles de Rohan, duc de Montbazon, comte de Rochefort et de
Montauban, et de Jeanne Armande de Schomberg.
[422] Nicolas d'Argouges, marquis de Rannes, colonel-général des
dragons et lieutenant général des armées du Roi.
[423] Scandalisée, c'est-à-dire donnée en scandale, déchirée,
perdue de réputation.
[424] Charles de Rohan, prince de Guéméné, duc de Montbazon, dit
le prince de Montauban, étoit fils aîné de Charles de Rohan, duc
de Montbazon, et de Jeanne Armande de Schomberg. Son fils,
archevêque-duc de Reims, eut l'honneur de sacrer le Roi Louis XV.
[425] Le duc de Montbazon, père du prince de Guéméné et du prince
de Montauban, dont nous avons parlé dans les notes précédentes,
étoit fils de Louis de Rohan VII, prince de Guéméné, grand veneur
de France, mort le 19 fév. 1667, et de sa cousine germaine, Anne
de Rohan, princesse de Guéméné. Le duc de Montbazon mourut fou et
enfermé, à Liége. (Saint-Simon, _Comment. sur Dangeau_, t. I, p.
136.)
[426] Voy. la note précédente.
[427] _Var._, édit. 1754: «Avant que de parler du bonheur qu'il
eut d'avoir sa femme.»
[428] Voy. les notes 424 et 425, à la page précédente.
[429] Louis, chevalier de Rohan, frère du duc de Montbazon le fou,
avoit été reçu en 1656 grand veneur, en survivance de son père;
celui-ci étant mort en 1667, le chevalier de Rohan exerça sa
charge jusqu'en 1670, qu'il s'en démit en faveur de Maximilien de
Belleforière, marquis de Soyecourt. On connoît sa trahison: il fut
décapité le 27 nov. 1674.
[430] Journal de Dangeau: «Mercredi, 14 mars 1685: Madame la
princesse de Guéméné mourut à Rochefort; elle laisse 200,000 liv.
de rentes en fonds de terre; elle est morte à 80 ans passés.»
Saint-Simon ajoute: «Cette princesse est la belle-soeur de la
célèbre madame de Chevreuse... Elle avoit beaucoup d'esprit, de
beauté et d'agrément, dont tout usage lui étoit bon (à son mari)
pourvu qu'il y trouvât profit, considération et grandeur.»
(_Journal de Dangeau_, t. I, p. 135-136.)
[431] Cette campagne, qui est de 1667, coïncide avec la date de la
mort du prince de Guéméné, le grand veneur, dont le duc de
Montbazon se montra si mécontent de n'avoir pas la survivance.
[432] «Vendredi 13 déc. 1686: «On croit que le marquis de Créqui
ira voyager, et que la Cour a conseillé à son père de lui faire
prendre ce parti-là. On dit aussi que madame de Polignac ne
paraîtra pas sitôt à la Cour. Monseigneur lui a fait dire par....
qu'il ne vouloit plus avoir de commerce avec elle.» (_Journal de
Dangeau_, I, 428.).
[433] Voy. la note précédente, et ajoutez ce qui suit: «Le Roi dit
au duc d'Aumont que son gendre, le marquis de Créqui, avoit envie
de lui déplaire, puisqu'il demeuroit toujours ici, quoiqu'il lui
eût fait conseiller par sa famille de s'absenter. Ainsi,
apparemment, il partira demain.» (_Journal de Dangeau_, t. I, p.
437.)--Les _Mémoires_ du Marquis de Sourches ajoutent quelques
détails: «Le Roi fit voir à Monseigneur les lettres qu'on avoit
trouvées dans la cassette, dans lesquelles le marquis de Créqui et
cette dame (madame de Polignac) ne le traitoient pas avec tout le
respect qu'ils devoient, ce qui ayant achevé d'aliéner son esprit
contre cette dame, il consentit sans peine que le Roi exilât le
marquis hors du royaume..... Le maréchal de Créqui fit tous ses
efforts pour obtenir le pardon de son fils, mais le Roi demeura
ferme dans sa résolution, et toute la grâce qu'il lui accorda fut
de trouver bon que le marquis vînt prendre congé de lui
publiquement, comme pour s'en aller voyager en Italie.» (Mémoires,
t. II, pp. 229-233.)
[434] L'édition de 1754 continue ce pamphlet, sous le titre de:
_Amours de Monseigneur le Dauphin avec la comtesse Du Roure_, et
son texte, presque entièrement différent de celui que nous avons
donné, tantôt supprime, tantôt y ajoute de longs passages.