_Quoique je ne vous aye pas vu depuis mon départ de.... je n'ai
pourtant pas laissé éteindre dans mon coeur la passion que vous
y aviez allumée; et pour preuve de cela, trouvez-vous demain à
quatre heures, déguisé en fille, au bord du bois qui joint au
grand chemin: là j'aurai l'honneur de vous voir._
Jamais le marquis n'eut plus de joie que lorsqu'il apprit cette
nouvelle; il baisa cent fois cette lettre. Il se trouva au
rendez-vous à l'heure assignée, où il lui dit mille douceurs. Elle,
qui s'étoit apprivoisée avec lui, se plaignit de l'humeur hautaine de
madame Olympe et de la manière indigne dont elle la traitoit. Le
marquis s'offrit d'abord de la tirer de cet esclavage; mais elle n'y
vouloit point consentir dans le commencement, ne désirant,
disoit-elle, faire autre chose que retourner chez son ancienne
maîtresse; mais il la sut si bien prendre, lui remontrant qu'elle
seroit toujours dans un pareil état, au lieu qu'auprès de lui elle
seroit maîtresse absolue de son bien, qu'elle donna son consentement
pour le dimanche suivant, sur le soir, et s'abandonna entièrement à sa
volonté. Il la remercia le plus éloquemment qu'il put, il l'embrassa
et la baisa tendrement, à quoi elle ne fit pas tant la rigoureuse
comme auparavant; et il est à croire que, s'ils eussent été dans un
autre endroit, elle n'en seroit pas sortie vierge. Quoi qu'il en soit,
il la baisa aux yeux, à la bouche, au sein, et où il voulut. Il en
étoit tant extasié, qu'il ne disoit rien. Quand elle se réveilla: «Il
me semble, lui dit-elle, que vous voilà dans le même état que l'autre
jour que vous fîtes cet impromptu de vers parce que je ne voulois pas
vous donner un baiser. Si le chagrin vous en fit lors composer si
promptement, il me semble que la joie que vous témoignez vous en
devroit aussi dicter.--Vous avez raison, dit-il, Mademoiselle»; et,
après avoir un peu rêvé, il récita ceux qui suivent, en badinant avec
elle: