_Beauté dont les attraits ont captivé mon âme,
Beaux yeux qui m'ont percé d'un des traits de l'amour,
Que je serai heureux si je puis voir le jour
Auquel vous donnerez de l'espoir à ma flamme!
Depuis que je vous vis je n'ai point de repos,
Jour et nuit je souffre martyre;
Au lieu que ci-devant je ne faisois que rire,
J'ai peine à prononcer deux mots.
Soulagez mon tourment, allégez mes douleurs,
Faites par un aveu dessécher tous mes pleurs,
Et me rendez par là ma liberté nouvelle.
Donnez donc votre arrêt en juge de mon sort,
Et qu'un oui ou un non soit ma vie ou ma mort
Et prononcez en douce, et non pas en cruelle._
Il donna ceci ensuite à un autre valet, espérant qu'il s'acquitteroit
mieux de sa commission que le précédent. Il arriva à leur château, et,
après s'être acquitté de quelques légères commissions dont il étoit
chargé, il épia le temps de trouver Guillemette seule, et il eut le
bonheur de la rencontrer ainsi dans les parterres. Il s'en approcha,
et, d'abord l'ayant saluée avec une apparence de profond respect, il
lui dit qu'il avoit ordre d'attendre la réponse. Elle connoissoit ses
livrées, et ce fut ce qui lui fit penser si elle recevroit la lettre
ou non; mais le porteur la sut si adroitement persuader qu'il
l'obligea de la prendre. Toute la réponse néanmoins qu'il put tirer
d'elle fut qu'il n'en auroit point. Ainsi, lassé d'attendre, il fut
obligé de se retirer et de s'en retourner auprès de son maître, qui ne
sut pas plus tôt le succès de sa seconde lettre qu'il mit au plus tôt
ordre aux plus pressantes de ses affaires, et se prépara pour partir
le lendemain de grand matin, comme en effet il partit, et arriva au
logis de cette dame.
D'abord il lui fut rendre ses devoirs, et n'y resta pas
longtemps, dans l'impatience où il étoit de parler à sa chère
Guillemette, qui prenoit autant de peine à l'éviter qu'il en prenoit à
la chercher. Elle réussit pour cette fois, car elle fit toujours en
sorte d'être auprès de sa dame. Le marquis en étoit au désespoir et
faisoit bien remarquer son impatience; néanmoins, pour la cacher le
plus qu'il lui étoit possible, il visita toutes les filles de madame;
entre autres, en passant devant la chambre de la vieille Agnès, il la
salua, et, comme ils se connoissoient de longue main, elle le pria
d'entrer; d'abord elle le fit seoir, et débuta son discours ainsi: «Je
ne sais, Monsieur, quelle mélancolie s'est depuis peu emparée de votre
esprit. Je ne vous vois plus cette belle humeur toujours gaillarde que
vous aviez accoutumé d'avoir; au contraire, on ne vous voit que
penser, soupirer, et toujours les yeux attachés sur terre. Hé! de
grâce, d'où procède ce changement? Çà, Monsieur le marquis, point de
déguisement: Guillemette vous en a donné. Ne cachez rien, et soyez
persuadé que j'ai assez de compassion de votre état et assez d'amitié
pour vous pour entreprendre quelque chose pour votre service;
dites-moi seulement les progrès que vous avez faits sur son coeur et
en quel état vous êtes.--Puisqu'il te faut donc tout dire, ma chère
Agnès, répondit-il, tu sauras qu'elle s'est jusqu'à présent moquée de
moi, et qu'elle me fuit tout ainsi que si j'avois le mal
pestilentieux. Je ne t'en puis dire davantage; tâche à me faire
contenter, et, outre une bonne récompense que je te donnerai, voici
dix louis que je te prie d'accepter.» Elle fit un peu de cérémonie
pour les prendre; mais enfin elle se laissa vaincre et lui promit
de s'y employer d'une manière dont il auroit sujet de se louer.
Guillemette, d'ailleurs, qui ne se méfioit de rien, après avoir lu sa
lettre, chercha une occasion favorable pour la communiquer à sa
confidente Agnès, suivant sa promesse. Elle la trouva qui venoit de
conduire le marquis. D'abord elle lui montra la lettre, et lui demanda
ce qu'elle en pensoit. «En vérité, mon enfant, dit-elle, j'ai du
déplaisir de n'être pas jeune, et propre à plaire: un amant si sincère
ne se tireroit pas de mes filets, et Dieu sait comme je ménagerois
cette fortune. Je te donne en amie le même conseil; fais ton profit de
cette affaire, et ne le rebute point tant: car il pourroit s'attacher
à quelque autre, qui prendroit d'abord l'occasion aux cheveux.» En un
mot, elle lui allégua tant de raisons, et la sut si bien persuader,
qu'elle promit à l'avenir de correspondre aux avances du marquis.
Notre vieille ne fut jamais plus aise; elle lui écrivit d'abord l'état
où étoient les choses; ce qu'il n'eut pas plus tôt appris qu'il se
prépara à donner une visite à sa malade, à laquelle ayant rendu ses
respects, il sortit pour se promener dans le jardin, où il rencontra
d'abord notre vieille Agnès, qui lui fit un récit fort ample de ce qui
s'étoit passé, et lui apprit en même temps qu'il pourroit voir
Guillemette, d'autant qu'elle étoit seule dans sa chambre. Il y courut
d'abord, et la trouva en effet occupée à travailler à son linge.
«Enfin, Mademoiselle, je me puis compter le plus heureux des hommes,
puisque j'ai, dit-il, un moment pour vous expliquer les véritables
sentiments de mon coeur: ils sont sincères et purs, Mademoiselle; je
vous aime, je vous adore; correspondez à mon amour. Hé quoi!
continuoit-il, vous ne me répondez rien! Voulez-vous me réduire au
désespoir?» A tout cela elle ne répondit que par des soupirs, qui
firent comprendre au marquis que les soins d'Agnès avoient beaucoup
opéré. Il ne se contenta néanmoins pas de ce langage muet; mais par
toutes sortes de raisons il la conjura, il la pria de se déclarer, et
fit tant enfin qu'il tira cet aveu de sa bouche, qu'il n'étoit point
haï. Il en voulut être assuré par un baiser, mais elle ne voulut pas
le lui permettre si tôt. En le lui refusant, elle ne lui ôtoit
néanmoins pas l'espérance de l'obtenir à l'avenir; mais lui,
extrêmement passionné, ne pouvant avoir ce petit soulagement à son
feu, pensa tomber en foiblesse, et il seroit sans doute tombé s'il n'y
eût eu un fauteuil proche de lui qui le soutint. Il en fut quitte pour
une petite pâmoison, de laquelle il ne fut pas plustôt revenu que, la
regardant d'un oeil languissant, il lui adressa ce sonnet:
_Ha mon Dieu! je me meurs! il ne faut plus attendre
De remède à ma mort, si tout soudainement,
Guillemette, je n'ai un baiser seulement,
Un baiser, qui pourra de la mort me défendre.
Hélas! je n'en puis plus, mon coeur; je vais le prendre.
Mais non, car je crains trop ton courroux véhément.
Hé! me faudra-t-il donc mourir cruellement,
Près de la guérison, qu'un baiser me peut rendre?
Hélas! je crains mon mal en pourchassant mon bien.
Le dois-je prendre ou non? Hélas! je n'en sai rien!
Mille débats confus agitent ma pensée.
Si je retarde plus, j'avance mon trépas.
Je le prendrai. Mais non, je ne le prendrai pas;
Car j'aime mieux mourir que te voir courroucée._
Cette agitation et cette manière respectueuse du marquis achevèrent de
faire brèche au coeur de la pauvre Guillemette; elle ne lui en fit
pourtant rien remarquer, et ne lui donna que l'aveu qu'elle lui avoit
déjà fait savoir, qu'il ne lui étoit pas indifférent.
Notre marquis fut rendre compte à Agnès de l'issue de son voyage, et
visitoit sa Guillemette le plus qu'il lui étoit possible. Il gagna
tant qu'à la fin elle lui avoua qu'elle l'aimoit; il ne s'en voulut
pas tenir là, il la conjura de répondre à son amour. Agnès, d'autre
côté, la poussoit à ne se point ménager envers le marquis et à avoir
soin de sa fortune. Ils surent en un mot si bien la persuader l'un et
l'autre, qu'elle lui donna rendez-vous à la nuit prochaine dans sa
chambre, où ils parleroient de leurs affaires. Mais le malheur voulut
qu'une dame de qualité du voisinage ayant perdu par la mort deux de
ses filles de service, et sachant que dans la maison où étoit
Guillemette il y en avoit plusieurs, elle envoya supplier la dame de
lui en envoyer une. Cette dame, qui avoit soupçon de l'intelligence du
marquis avec Guillemette, eut de la joie d'avoir trouvé cette occasion
pour s'en défaire, et d'autant plus qu'elle savoit que, par une haine
invétérée entre le marquis et cette maison, il n'oseroit y fréquenter.
Elle ordonna donc à notre amante et à une autre de ses filles de
se préparer pour partir le lendemain, et commanda à Guillemette de
venir ce soir-là pour la dernière fois coucher dans sa chambre, et
qu'elle avoit des avis d'importance à lui donner sur sa conduite à
venir. Jamais un coup mortel ne causa plus d'étonnement; ces paroles
furent une foudre, ou comme la tête de Meduse, car elle en pensa être
changée en pierre. Sa dame, qui s'aperçut du désordre où elle étoit,
en voulut savoir la cause. Elle n'eut pas de peine à lui inventer une
fourbe, la conjoncture présente lui en fournissoit le moyen; et, pour
mieux donner la couleur à son jeu, elle répandit quelques larmes,
après quoi elle lui parla en ces termes: «Sans doute, Madame, que mon
déplaisir vous est bien connu; mais, puisque vous le voulez encore
savoir de ma bouche, je n'ai rien à y contredire. Ainsi, Madame, je
crois qu'il ne vous semblera pas étrange qu'après avoir tant reçu de
grâces et de bienfaits de vos mains libérales, je n'aie un sensible
regret de vous quitter, après la résolution que j'avois faite de vous
servir toute ma vie et de correspondre par mes soins à toutes vos
bontés. Le seul déplaisir de m'en voir frustrée occupe tellement mon
esprit, qu'il m'est impossible de songer à autre chose, et, bien que
vos commandements m'aient toujours servi de loi, cependant je
n'obéirai à celui-ci que par une grande répugnance. Si mes prières et
mes supplications vous pouvoient fléchir à le révoquer!--Je vous
éloigne de moi pour votre bien, lui répondit brusquement sa dame; cela
n'est pas pour toujours; suivant la manière dont vous agirez, je
saurai aussi agir. Allez seulement vous préparer à m'obéir.» Elle
sortit et courut d'abord avertir Agnès de l'ordre fatal qu'elle avoit
reçu, et lui enjoignit de dire au marquis qu'elle conserveroit
toujours pour lui la même amitié, moyennant qu'il n'entreprît rien sur
leur chemin: «car, disoit-elle, cela feroit grand bruit et
découvriroit toute l'affaire, laquelle je veux tenir autant secrète
qu'il m'est possible.» Agnès eut du regret de ce contre-coup, car elle
ne fondoit pas une petite espérance sur le succès de ses intrigues.
Néanmoins elle lui promit tout ce qu'elle voulut, et courut
promptement pour en avertir le marquis, qui déjà goûtoit mille
plaisirs en idée. Il tomba dans la plus grande consternation du monde.
Cependant il n'y avoit point de remède, et il s'en falloit consoler.
Comme la nuit approchoit, il ne jugea pas à propos de partir que le
lendemain, afin de ne point donner de soupçon, et aussi pour trouver
le moyen de lui parler avant son départ.
Guillemette, ayant fait son coffre, fut, suivant qu'elle en avoit reçu
ordre, dans la chambre de sa dame. Cette bonne personne, qui, ayant
passé près de soixante années dans le monde, avoit beaucoup
d'expérience, prévoyant qu'un bon arbre se gâte facilement s'il n'est
cultivé jeune, voulut, avant que de la faire partir, lui donner de
bonnes et solides instructions. Elle commença donc ainsi son discours:
«Depuis qu'il a plu à Dieu de me retirer mon cher époux et mes
enfants, j'ai laissé là toutes ces folles vanités et ne me suis
attachée qu'aux choses qui peuvent rendre éternellement heureux ceux
qui les suivent; et, comme vous allez être séparée de moi pour un
temps, j'ai lieu de craindre pour vous: dans l'âge où vous êtes on
court bien des dangers, mais on acquiert beaucoup de gloire à les
surmonter. Je veux bien vous faire part de l'expérience que j'en ai,
et vous donner ici de petits avis pour votre conduite; et je vous puis
assurer que vous ne pouvez être qu'heureuse si vous les suivez.
«Premièrement, soyez dévote, sans affectation, et vous donnez bien
garde de tomber dans l'hypocrisie, car par-là on s'attache directement
à la Divinité.
«2. N'ayez point tant à coeur les plaisirs de la chair, car celui
qui préfère les plaisirs du corps au salut de son âme fait ainsi que
ceux qui laissent noyer un homme pour courir après son vêtement.
«3. Ne prenez point trop de plaisirs dans la mondanité; abhorrez-la,
et que vos accoutrements soient modestes; ayez toujours plus de soin
de parer votre âme que votre corps, sans quoi vous encensez à une
idole et abandonnez Dieu.
«4. Ne commencez jamais rien sans y bien penser, et que d'un jugement
mûr; car celui qui commence une affaire sans cela ne doit pas être
surpris s'il ne réussit pas.
«5. N'entreprenez rien au-dessus de vos forces, car tout ce qui
s'entreprend ainsi ne sauroit produire des effets qu'au-dessous de
l'espérance qu'on en a conçue.
«6. Ne regardez jamais avec envie le bien d'autrui, car par-là vous
vous rendrez indigne de posséder le vôtre.
«7. Fuyez avec soin ce qu'on appelle amour dans le monde; n'écoutez
point les discours flatteurs de tout le monde: tel vous déifie dans
ses discours, qui ne tend qu'à vous rendre la plus misérable des
créatures. Bouchez donc, à l'imitation de l'aspic, vos oreilles à la
voix de ces enchanteurs, et soyez fortement persuadée qu'il n'y a rien
qui soit si dommageable à la réputation, et que, de tout ce qui est
capable de gâter notre jugement, l'amour est le plus fort et celui
dont on s'aperçoit le moins: car il n'allume son feu que pour nous
aveugler, et nous troubler le cerveau et l'esprit. Et, pour nous en
faire avoir de l'horreur, il nous est dépeint nu, non-seulement pour
nous représenter son effronterie, mais encore pour nous apprendre
qu'ordinairement il met en chemise ceux qui le suivent.
«8. Si vous soumettez votre jugement à vos plaisirs, vous vous
brûlerez d'un flambeau qui avoit été donné pour vous conduire.
«9. Fuyez autant qu'il vous sera possible le jeu, car qui l'aime avec
excès cherche à mourir dans la pauvreté.
«10. Pensez plus d'un moment à ce que vous voulez dire, et plus de
deux à ce que vous voulez promettre, crainte qu'il ne vous arrive
d'avoir du déplaisir de ce que vous aurez promis avec précipitation.
«11. Obéissez en toute révérence et avec joie à la personne à qui vous
servirez, tâchant autant que vous pourrez à vous rendre utile; ne
point se laisser commander ce qu'on voit qui est nécessaire d'être
fait, et considérer que le plus grand ressort qui fait agir la bonté
des maîtres envers les serviteurs, c'est lorsqu'ils s'acquittent
bien de leur devoir; et, pour me servir du proverbe, _bon valet fait
bon maître_.
«12. Soyez contente de votre condition, car qui ne se contente pas
d'une honnête fortune se donne souvent bien de la peine pour la rendre
moindre en tâchant de l'agrandir.
«13. Ne vous empressez pas à savoir le secret d'autrui; soyez fort
réservée à communiquer les vôtres: vous n'en êtes plus maîtresse dès
lors que vous en avez fait confidence à quelqu'un, et votre exemple
justifie l'infidélité qu'on pourroit vous faire en le communiquant à
un autre.
«14. Encore une fois, défiez-vous des cajoleurs et des flatteurs: les
uns et les autres visent par le vent de leurs paroles à tirer l'argent
de votre bourse et à vous ravir l'honneur. Enfin, l'infection de la
peste n'est pas tant à craindre pour le corps que le poison des
mauvaises compagnies, et qui se sert de discours trop étudiés pour
nous persuader un crime emploie un poignard parfumé pour nous percer
le coeur.
«Voilà, Guillemette, ce que j'avois à vous dire, et que je vous prie
de bien retenir dans votre coeur; et, crainte que vous ne
l'oubliiez, je l'ai succinctement rédigé par écrit: le voilà, ayez-en
soin, et le lisez souvent.»
Guillemette le lui promit, après quoi elles se reposèrent jusques au
matin, que sa dame ne la voulut point quitter que pour se mettre dans
le carrosse. Ainsi, nos amants ne purent se dire d'autres adieux que
dans les termes généraux. Et notre marquis, ayant demeuré là quelque
temps, prit congé, et se retira à une de ses maisons, située à
deux lieues de distance du nouvel appartement que prenoit sa
maîtresse, laquelle fut assez bien reçue à son arrivée; mais la suite
n'y répondit pas. Elle avoit affaire à une dame que nous nommerons
Olympe, pour ne pas découvrir sa famille[79]. Elle étoit impérieuse,
et traitoit mal ses gens, quelque diligence qu'ils apportassent à
faire leur devoir. Cette manière parut fort rude à notre Guillemette:
elle sortoit de chez une personne qui l'avoit toujours traitée comme
son enfant; au lieu que là elle se voyoit comme dans un esclavage; ce
qui la dégoûta beaucoup, et servit à établir d'autant plus le marquis
dans son coeur. Il étoit au désespoir, et il ne se passoit point de
jours qu'il ne passât par-là à cheval; mais jamais il ne put être
aperçu d'elle; à la fin il se servit d'une ruse qui lui réussit. Il
gagna un paysan du village qui pourvoyoit le château de poisson, et
lui fit promettre de remettre une lettre à Guillemette: il lui désigna
sa taille et sa figure, afin qu'il ne fît point de bévue. L'autre le
lui promit: en effet, il réussit, et lui donna la lettre. Elle fut
d'abord un peu surprise de la manière avec laquelle elle la recevoit;
mais le paysan sut lui mettre l'esprit en repos, en l'assurant qu'il
étoit tout dévoué à son service. Elle lui promit que le lendemain elle
lui donneroit réponse. D'abord il en fut porter la nouvelle au
marquis, qui l'attendoit avec impatience. Dans ce temps Guillemette
ouvrit sa lettre, et y lut: