_P.-S._--Tenez-moi au courant de l’arrivée des Girolle et des
premières escarmouches.
Le jour où Zoé Lacave alla, non sans se retourner plus d’une fois, par
crainte d’être épiée, retirer cette lettre au guichet de la poste
restante, les Girolle prenaient d’assaut un compartiment de secondes du
train de nuit Paris-Nice.
Pendant un long moment, M. Girolle, qui était petit et rageur, crâne
chauve et barbiche grise, se colleta avec les valises et le filet,
tandis que Mme Girolle, mince et jaune, déplorait la lenteur de leur
fiacre, le manque de porteurs, l’excédent de bagages, l’afflux des
voyageurs et les petits pois de son dîner qui passaient sans bonne
grâce.
M. Girolle, dont l’aménité n’est pas la qualité foncière, ronchonne
depuis qu’ils ont quitté la maison. Entre sa femme et lui,
l’incompatibilité d’humeur n’a jamais causé qu’une scène, farcie
d’aigreurs et convulsée de reproches. Une seule. Elle dure depuis
vingt-cinq ans.
MADAME GIROLLE.--Tu as mal placé le sac de nuit. Il va tomber.
M. GIROLLE.--Qu’il tombe! Tu n’avais qu’à ne pas prendre tant de petits
colis. Es-tu sûre que le compte y est?
MADAME GIROLLE.--Oui. Si tu n’as rien laissé dans la voiture.
M. GIROLLE.--J’y ai du mérite... Attends! (_Il tire son mouchoir et
époussète les coussins._) At... At... Atchoum!
MADAME GIROLLE.--Qu’est-ce que tu as à éternuer?