«Je tiens ma promesse, monsieur le comte, en venant vous raconter les
derniers événements. Ils vous surprendraient si vous ne saviez quelle
capricieuse fantaisie régit les actes de Mme Goulart, et combien elle
se plaît à déjouer toutes prévisions.
«Votre tante a décidé brusquement de partir pour la Côte d’Azur et d’y
louer une villa: ce qu’elle a fait incontinent. Par une singularité de
son caractère qu’explique aussi le conseil du médecin--cessation de
visites et absence de tout surmenage--elle a choisi une très petite et
inconfortable bicoque, bâtie en plâtras, où les trois domestiques qui
nous ont accompagnées campent au sous-sol et geignent du matin au
soir. J’ai, pour ma part, attrapé des rhumatismes. Mais de cela, elle
n’a cure, et rien que pour nous faire enrager, elle affronte avec
intrépidité les cheminées qui fument et les vents coulis des portes et
fenêtres.
«Inutile de vous attester, monsieur le comte, que j’ai fait tous mes
efforts pour décider Mme Goulart à préférer Biarritz, qui lui offrait
l’avantage de votre présence et vous permettait, sans changer vos
habitudes, de témoigner à votre tante cet intérêt attentif dont le
manque actuel est un de ses imaginaires et acrimonieux griefs. Mais je
me suis heurtée à une opiniâtreté invincible, et, en ce qui vous
concerne, à des jugements aussi injustes que défavorables.
«Ce qui m’inquiète, je ne puis vous le cacher: c’est que les cousins
Colembert, revenant d’Algérie et de Tunisie, se sont annoncés à Mme
Goulart, qui a paru ravie et les attend demain à déjeuner.
«Vous connaissez leur don d’intrigue. Agissez donc, monsieur le comte,
au mieux de vos inspirations, et veuillez, ainsi que Mme la comtesse,
me croire votre fidèle servante.
ZOÉ LACAVE.»
MADAME DE VERTBOIS, _atterrée_.--Ah! Norbert, mon pressentiment.
M. DE VERTBOIS.--Diable! Diable! Ces Colembert qui ont l’air de porter
un nom de fromage et qu’elle ne pouvait souffrir. Voilà qui est fâcheux!
Diable!