QUI VA A LA CHASSE PERD SA PLACE

M. de Vertbois et la comtesse revenaient d’une excursion en auto avec

des amis, le long de cette belle route qui, d’Hendaye à Bayonne, unit

les aspects agrestes aux magnifiques horizons de mer.

Sous les voiles et le cache-poussière qui enserraient la maigre forme de

Mme de Vertbois, sous les fourrures et le masque de casseur de pierre

qui faisaient ressembler M. de Vertbois à un Saturnien ou à un Marsien,

nul ne les eût reconnus.

Mais quand l’auto s’arrêta, le long des arceaux de la rue la plus

vivante de Bayonne, devant une pâtisserie, les Vertbois, dépouillés de

leur enveloppe poudreuse, apparurent dans la sèche simplicité de leur

grâce aristocratique: lui, très chauve, nez aquilin, petites moustaches

teintes, un menu corps assez racé; elle, jaune, longue, toute en profil

et semblable à une belette extrêmement distinguée.

Déposés par l’auto hospitalière qui repartait sur un échange de: «Alors,

c’est convenu!... Ici. Dans une heure.» M. et Mme de Vertbois s’assirent

à une petite table, commandèrent, elle, un chocolat chaud velouté de

crème fouettée, lui, un lemon-squash. Et, après un silence qui pouvait

signifier aussi bien des préoccupations divergentes que l’ennui sans

paroles d’une intimité blasée, ils échangèrent les propos suivants:

M. DE VERTBOIS (_il parle avec une politesse raffinée, et semble sucer

ses mots comme des bonbons anglais_).--Votre chocolat, Aglaure, me

paraît de bonne mine. Me trompé-je en le supposant à la cannelle et de

marque espagnole?

MADAME DE VERTBOIS.--Vous ne vous trompez pas, Norbert. Et votre

citronnade?

Tante Million · 第 5 / 57 题