II.

Une infinité de tribus, les unes sédentaires, le plus grand nombre

constamment nomades, sans communauté d'intérêts, sans centre commun,

ordinairement en guerre les unes avec les autres, voilà l'Arabie au

temps de Mahomet.

Si la bravoure suffisait pour rendre un peuple invincible, les Arabes

l'auraient été. Nulle part l'esprit guerrier n'était plus général. Sans

la guerre point de butin, et c'est le butin surtout qui fait vivre les

Bédouins[16]. Et puis c'était pour eux un bonheur enivrant que de manier

la lance brune et flexible, ou la lame étincelante; de fendre les crânes

ou de trancher les cols à leurs adversaires; d'écraser la tribu ennemie,

_comme la pierre écrase le blé_; d'immoler des victimes, _non de celles

dont l'offrande plaît au ciel_[17]. La bravoure dans les combats,

c'était le meilleur titre aux éloges des poètes et à l'amour des

femmes. Celles-ci avaient pris quelque chose de l'esprit martial de

leurs frères et de leurs époux. Marchant à l'arrière-garde, elles

soignaient les blessés, et encourageaient les guerriers en récitant des

vers empreints d'une sauvage énergie. «Courage, disaient-elles alors,

courage, défenseurs des femmes! Frappez du tranchant de vos glaives!...

Nous sommes les filles de l'étoile du matin; nos pieds foulent des

coussins moelleux; nos cols sont ornés de perles, nos cheveux parfumés

de musc. Les braves qui font face à l'ennemi, nous les pressons dans nos

bras; les lâches qui fuient, nous les délaissons, et nous leur refusons

notre amour[18].»

Cependant un observateur attentif aurait pu s'apercevoir aisément de

l'extrême faiblesse de cette contrée; faiblesse qui provenait du manque

absolu d'unité et de la rivalité permanente des diverses tribus.

L'Arabie aurait été infailliblement subjuguée par un conquérant

étranger, si elle n'eût été trop pauvre pour mériter la peine d'être

conquise. «Que trouve-t-on chez vous? disait le roi de Perse à un prince

arabe qui lui demandait des soldats et lui offrait la possession d'une

grande province. Que trouve-t-on chez vous? Des brebis, des chameaux. Je

ne veux pas, pour si peu de chose, aventurer dans vos déserts une armée

persane.»

A la fin, cependant, l'Arabie fut conquise; mais elle le fut par un

Arabe, par un homme extraordinaire, par Mahomet.

Peut-être l'Envoyé de Dieu, comme il s'appelait, n'était-il pas

supérieur à ses contemporains; mais ce qui est certain, c'est qu'il ne

leur ressemblait pas. D'une constitution délicate, impressionnable et

extrêmement nerveuse, constitution qu'il avait héritée de sa mère; doué

d'une sensibilité exagérée et maladive; mélancolique, silencieux, aimant

les promenades sans fin et les longues rêveries du soir dans les vallées

les plus solitaires, toujours tourmenté par une inquiétude vague,

pleurant et sanglotant comme une femme quand il était indisposé, sujet à

des attaques d'épilepsie, manquant de courage sur le champ de bataille,

son caractère formait un bizarre contraste avec celui des Arabes, ces

hommes robustes, énergiques et belliqueux, qui ne comprenaient rien à la

rêverie et regardaient comme une faiblesse honteuse qu'un homme pleurât,

fût-ce même sur la perte des objets de sa plus tendre affection. En

outre, Mahomet avait plus d'imagination que ses compatriotes, et il

avait l'âme profondément pieuse. Avant que des rêves d'ambition mondaine

vinssent altérer la pureté primitive de son coeur, la religion était

tout pour lui; elle absorbait toutes ses pensées, toutes les facultés de

son esprit. C'était par là surtout qu'il se distinguait de la masse.

Il en est des peuples comme des individus: les uns sont essentiellement

religieux, les autres ne le sont pas. Chez certaines personnes la

religion est le fond de leur être, si bien que, lorsque leur raison se

révolte contre les croyances dans lesquelles elles sont nées, elles se

créent un système philosophique bien plus incompréhensible, bien plus

mystérieux, que ces croyances mêmes. Des peuples entiers vivent ainsi

pour la religion et par elle; elle est leur unique consolation et leur

unique espoir. L'Arabe, au contraire, n'est pas religieux de sa nature,

et, sous ce rapport, il y a entre lui et les autres peuples qui ont

adopté l'islamisme, une énorme différence. Il ne faut pas s'en étonner.

Considérée dans sa source, la religion a plus de prise sur l'imagination

que sur l'esprit, et chez l'Arabe, comme nous l'avons remarqué, ce n'est

pas l'imagination qui prédomine. Voyez les Bédouins d'aujourd'hui!

Quoique musulmans de nom, ils se soucient médiocrement des préceptes de

l'islamisme; au lieu de prier cinq fois par jour, comme la religion le

leur ordonne, ils ne prient jamais[19]. Le voyageur européen qui les a

connus le mieux, atteste que c'est le peuple le plus tolérant de

l'Asie[20]. Leur tolérance date de loin, car un peuple aussi jaloux de

sa liberté admet difficilement la tyrannie en matière de foi. Au IV^e

siècle, Marthad, roi du Yémen, avait coutume de dire: «Je règne sur les

corps, et non sur les opinions. J'exige de mes sujets qu'ils obéissent à

mon gouvernement; quant à leurs doctrines, c'est au Dieu créateur à les

juger[21].» L'empereur Frédéric II n'eût pas dit mieux. Cette tolérance,

du reste, tenait de près à l'indifférence, au scepticisme. Le fils et

successeur de Marthad avait professé d'abord le judaïsme, puis le

christianisme, et finit par flotter incertain entre ces deux

religions[22].

Au temps de Mahomet, trois religions se partageaient l'Arabie: celle de

Moïse, celle du Christ, et le polythéisme. Les tribus juives étaient les

seules peut-être qui fussent sincèrement attachées à leur culte, les

seules aussi qui fussent intolérantes. Les persécutions sont rares dans

l'ancienne histoire de l'Arabie, mais ce sont ordinairement des juifs

qui s'en sont rendus coupables. Le christianisme ne comptait pas

beaucoup d'adeptes, et ceux qui le professaient n'en avaient qu'une

connaissance très-superficielle. Le calife Alî n'exagérait pas trop

quand il disait en parlant d'une tribu parmi laquelle cette religion

avait cependant jeté le plus de racines: «Les Taghlib ne sont pas

chrétiens; ils n'ont emprunté au christianisme que la coutume de boire

du vin[23].» Le fait est que cette religion renfermait trop de mystères

et de miracles pour plaire à ce peuple positif et railleur. Les évêques

qui, vers l'an 513, voulurent convertir Mondhir III, roi de Hîra, en

firent l'épreuve. Quand le roi les eut écoutés attentivement, un de ses

officiers vint lui dire un mot à l'oreille. Tout à coup Mondhir tombe

dans une profonde tristesse, et comme les prélats lui en demandent

respectueusement la cause: «Hélas! leur dit-il; quelle nouvelle

funeste!... J'apprends que l'archange Michel vient de mourir!--Mais non,

prince, on vous trompe; un ange est immortel.--Eh quoi! vous voulez bien

me persuader que Dieu même a subi la mort[24].»

Les idolâtres, enfin, qui formaient la majeure partie de la nation, qui

avaient des divinités particulières à chaque tribu et presque à chaque

famille, et qui admettaient un Dieu suprême, Allâh, auprès duquel les

autres divinités étaient des intercesseurs,--les idolâtres avaient un

certain respect pour leurs devins et pour leurs idoles; cependant ils

massacraient les devins si leurs prédictions ne s'accomplissaient pas ou

s'ils s'avisaient de les dénoncer, trompaient les idoles en leur

sacrifiant une gazelle quand ils leur avaient promis une brebis, et les

injuriaient s'ils ne répondaient pas à leurs désirs, à leurs espérances.

Quand Amrolcais se mit en marche pour aller venger la mort de son père

sur les Beni-Asad, il s'arrêta dans le temple de l'idole Dhou-'l-Kholosa

pour consulter le sort au moyen de trois flèches, appelées _l'ordre_,

_la défense_, _l'attente_. Ayant tiré _la défense_, il recommença. _La

défense_ sortit trois fois de suite. Alors, brisant les flèches et

jetant les morceaux à la tête de l'idole: «Misérable! s'écria-t-il; si

c'était ton père qui eût été tué, tu ne défendrais pas d'aller le

venger!»

En général la religion, quelle qu'elle fût, tenait peu de place dans la

vie de l'Arabe, absorbé par les intérêts de cette terre, par les

combats, le vin, le jeu et l'amour. «Jouissons du présent, disaient les

poètes, car bientôt la mort nous atteindra[25],» et telle était en

réalité la devise des Bédouins. Ces mêmes hommes qui s'enthousiasmaient

si facilement pour une noble action ou un beau poème, restaient

d'ordinaire indifférents et froids quand on leur parlait religion. Aussi

leurs poètes, fidèles interprètes des sentiments de la nation, n'en

parlent-ils presque jamais. Ecoutons Tarafa! «Dès le matin, quand tu te

présenteras, dit-il, je t'offrirai une coupe pleine de vin; et,

aurais-tu déjà savouré cette liqueur à longs traits, n'importe, tu

recommenceras avec moi. Les compagnons de mes plaisirs sont de nobles

jeunes gens, dont les visages brillent comme des étoiles. Chaque soir,

une chanteuse, parée d'une robe rayée et d'une tunique couleur de

safran, vient embellir notre société. Son vêtement est ouvert sur sa

gorge. Elle laisse les mains amoureuses se promener librement sur ses

appas.... Je me suis livré au vin et aux plaisirs; j'ai vendu ce que je

possédais; j'ai dissipé les biens que j'avais acquis moi-même et ceux

dont j'avais hérité. Censeur qui blâmes ma passion pour les plaisirs et

les combats, as-tu le moyen de me rendre immortel? Si ta sagesse ne peut

éloigner de moi l'instant fatal, laisse-moi donc prodiguer tout pour

jouir, avant que le trépas m'atteigne. L'homme qui a des inclinations

généreuses s'abreuve à longs traits pendant sa vie. Demain, censeur

rigide, quand nous mourrons l'un et autre, nous verrons qui de nous deux

sera consumé d'une soif ardente.»

Un petit nombre de faits avait prouvé, cependant, que les Arabes, et

surtout les Arabes sédentaires, n'étaient pas inaccessibles à

l'enthousiasme religieux. C'est ainsi que les vingt mille chrétiens de

la ville de Nedjrân, ayant à choisir entre le bûcher et le judaïsme,

avaient mieux aimé périr dans les flammes que d'abjurer leur foi. Mais

le zèle était l'exception; l'indifférence, ou du moins la tiédeur, était

la règle.

La tâche que Mahomet s'était imposée en se déclarant prophète, serait

donc doublement difficile. Il ne pouvait pas se borner à démontrer la

vérité des doctrines qu'il prêchait. Il devait avant tout triompher de

l'indolence de ses compatriotes; il lui fallait éveiller chez eux le

sentiment religieux, leur persuader que la religion n'est pas une chose

indifférente, une chose dont on pourrait se passer à la rigueur. Il lui

fallait, en un mot, transformer, métamorphoser, une nation sensuelle,

sceptique et railleuse. Une entreprise aussi difficile aurait rebuté

tout autre moins convaincu de la vérité de sa mission. Mahomet ne

recueillit partout que plaisanteries et injures. Les Mecquois, ses

concitoyens, le plaignaient ou le raillaient; on le considérait tantôt

comme un poète inspiré par un démon, tantôt comme un devin, un magicien,

un fou. «Voici le fils d'Abdallâh qui vient nous apporter des nouvelles

du ciel,» se disait-on quand on le voyait venir. Quelques-uns lui

proposaient, avec une bonhomie apparente, de faire venir à leurs frais

des médecins qui tâcheraient de le guérir. On jetait sur lui des

ordures. Quand il sortait de chez lui, il trouvait son chemin couvert de

branches d'épines. On lui prodiguait les épithètes de fourbe et

d'imposteur. Ailleurs il n'avait pas été plus heureux. A Tâïf il avait

exposé sa doctrine devant les chefs assemblés. Là aussi on s'était moqué

de lui. «Dieu ne pouvait-il donc trouver un apôtre meilleur que toi?»

lui dit l'un. «Je ne veux pas discourir avec toi, ajouta un autre. Si tu

es un prophète, tu es un trop grand personnage pour que j'ose te

répondre; si tu es un imposteur, tu ne mérites pas que je te parle.» Le

désespoir dans l'âme, Mahomet avait quitté l'assemblée, poursuivi par

les cris et les injures de la populace qui lui lançait des pierres.

Plus de dix ans se passèrent ainsi. La secte était encore peu nombreuse

et tout semblait indiquer que la nouvelle religion finirait par

disparaître sans laisser de traces, lorsque Mahomet trouva un appui

inespéré parmi les Aus et les Khazradj, deux tribus qui, vers la fin du

V^e siècle, avaient enlevé la possession de Médine à des tribus juives.

Les Mecquois et les Médinois se haïssaient parce qu'ils appartenaient à

des races ennemies. Il y en avait deux en Arabie: celle des Yéménites et

celle des Maäddites. Les Médinois appartenaient à la première. A la

haine les Mecquois joignaient le mépris. Aux yeux des Arabes qui

jugeaient la vie pastorale et le commerce les seules occupations dignes

d'un homme libre, cultiver la terre était une profession avilissante.

Or, les Médinois étaient agriculteurs, et les Mecquois, marchands. Et

puis il y avait quantité de juifs à Médine; plusieurs familles des Aus

et des Khazradj avaient adopté cette religion, que les anciens maîtres

de la ville, maintenant réduits à la condition de _clients_, avaient

conservée. Aussi, quoique la majeure partie des deux tribus dominantes

semble avoir été idolâtre comme les Mecquois, ceux-ci regardaient toute

la population comme juive, et la méprisaient par conséquent.

Quant à Mahomet, il partageait les préventions de ses concitoyens contre

les Yéménites et les agriculteurs. On raconte qu'en entendant quelqu'un

réciter ce vers: «Je suis Himyarite; mes ancêtres n'étaient ni de Rabîa

ni de Modhar,» Mahomet lui dit: «Tant pis pour toi! Cette origine

t'éloigne de Dieu et de son Prophète[26]!» On dit aussi qu'en voyant le

soc d'une charrue dans la demeure d'un Médinois, il dit à ce dernier:

«Jamais un tel objet n'entre dans une maison sans que la honte y entre

en même temps[27].» Mais désespérant de convertir à sa doctrine les

marchands et les nomades de sa propre race, et croyant sa vie menacée

depuis que son oncle et son protecteur, Abou-Tâlib, était mort, force

lui fut d'oublier ses préjugés et d'accepter tout appui, de quelque côté

qu'il lui vînt. Il reçut donc avec joie les ouvertures des Arabes de

Médine, pour lesquels les tracasseries et les persécutions qu'il avait

éprouvées de la part des Mecquois, étaient sa meilleure recommandation

et son plus beau titre.

Le _grand serment d'Acaba_ unit pour toujours la fortune des Médinois à

celle de Mahomet. Brisant un lien que les Arabes respectent plus

qu'aucun autre, le Prophète se sépara de sa tribu, vint s'établir à

Médine avec ses sectateurs de la Mecque qui prirent dès lors le nom de

_Réfugiés_, déchaîna contre ses contribules la verve mordante des poètes

médinois, et proclama la guerre sainte. Animés par un zèle enthousiaste

et méprisant la mort parce qu'ils étaient sûrs d'aller en paradis s'ils

étaient tués par les idolâtres, les Aus et les Khazradj, désormais

confondus sous le nom de _Défenseurs_, firent des prodiges de vaillance.

La lutte entre eux et les païens de la Mecque se prolongea pendant huit

ans. Dans cet intervalle, la terreur que les armes musulmanes

répandaient partout, décida plusieurs tribus à adopter les nouvelles

croyances; mais les conversions spontanées, sincères et durables furent

peu nombreuses. Enfin la conquête de la Mecque vint mettre le sceau à la

puissance de Mahomet. Ce jour-là les Médinois s'étaient promis de faire

payer cher à ces orgueilleux marchands leur insupportable mépris. «C'est

aujourd'hui le jour du carnage, le jour où rien ne sera respecté!» avait

dit le chef des Khazradj. L'espoir des Médinois fut déçu: Mahomet ôta à

ce chef son commandement et prescrivit à ses généraux d'user de la plus

grande modération. Les Mecquois assistèrent en silence à la destruction

des idoles de leur temple, véritable panthéon de l'Arabie qui

renfermait trois cent soixante divinités qu'adoraient autant de tribus,

et, la rage dans le coeur, ils reconnurent dans Mahomet l'Envoyé de

Dieu, en se promettant intérieurement de se venger un jour de ces

rustres, de ces juifs de Médine, qui avaient eu l'insolence de les

vaincre.

Après la prise de la Mecque, les tribus encore idolâtres éprouvèrent

bientôt que la résistance était désormais inutile, et la menace d'une

guerre d'extermination leur fit adopter l'islamisme, que les généraux de

Mahomet leur prêchaient le Coran dans une main et le sabre dans l'autre.

Une conversion assez remarquable fut celle des Thakîf, tribu qui

habitait Tâïf et qui auparavant avait chassé le Prophète à coups de

pierres. Par la bouche de leurs députés ils lui annoncèrent qu'ils

étaient prêts à se faire musulmans, mais à condition qu'ils garderaient

pendant trois ans encore leur idole Lât et qu'ils ne prieraient pas.

«Trois ans d'idolâtrie, c'est trop long; et qu'est-ce qu'une religion

sans prières?» leur dit Mahomet. Alors les députés réduisirent leurs

demandes; on marchanda longtemps; enfin les deux parties contractantes

s'arrêtèrent à des conditions telles que celles-ci: les Thakîf ne

payeraient point de dîme, ne prendraient point de part à la guerre

sainte, ne se prosterneraient point pendant la prière, conserveraient

Lât une année encore, et, ce terme passé, ils ne seraient pas obligés de

briser cette idole de leurs propres mains. Cependant Mahomet conservait

quelques scrupules; il craignait le «qu'en dira-t-on?» «Qu'une telle

considération ne vous arrête pas, lui dirent alors les députés. Si les

Arabes vous demandent pourquoi vous avez conclu un tel traité, vous

n'avez qu'à leur dire: Dieu me l'a ordonné.» Cet argument ayant paru

péremptoire au Prophète, il se mit aussitôt à dicter un acte qui

commençait ainsi: «Au nom de Dieu clément et miséricordieux! Par cet

acte il a été convenu entre Mahomet, l'Envoyé de Dieu, et les Thakîf,

que ceux-ci ne seront obligés ni à payer la dîme,--ni à prendre part à

la guerre sainte»....

Ayant dicté ces paroles, la honte et le remords empêchèrent Mahomet de

poursuivre. «Ni à se prosterner pendant la prière,» dit alors l'un des

députés. Et comme Mahomet persistait à garder le silence: «Ecris cela,

c'est convenu,» reprit le Thakîfite en s'adressant à l'écrivain.

Celui-ci regarda le Prophète, de qui il attendait un ordre. En ce moment

le fougueux Omar, jusque-là témoin muet de cette scène si blessante pour

l'honneur du Prophète, se leva, et tirant son épée:

--Vous avez souillé le coeur du Prophète, s'écria-t-il; que Dieu

remplisse les vôtres de feu!

--Ce n'est pas à vous que nous parlons, reprit le député thakîfite sans

s'émouvoir; nous parlons à Mahomet.

--Eh bien! dit alors le Prophète, je ne veux pas d'un tel traité. Vous

avez à embrasser l'islamisme purement et simplement, et à en observer

tous les préceptes sans exception; sinon, préparez-vous à la guerre.

--Au moins permettez-nous de garder Lât pendant six mois encore, dirent

les Thakîfites désappointés.

--Non.

--Pendant un mois donc.

--Pas même pendant une heure.

Et les députés retournèrent vers leur tribu, accompagnés de soldats

musulmans qui détruisirent Lât au milieu des lamentations et des cris de

désespoir des femmes[28].

Pourtant cette conversion étrange fut la plus durable de toutes. Lorsque

plus tard l'Arabie entière abjura l'islamisme, les Thakîfites y

restèrent fidèles. Que faut-il donc penser des autres conversions?

Pour apostasier on n'attendait que la mort de Mahomet. Plusieurs

provinces ne purent même patienter jusque-là; la nouvelle du déclin de

la santé de Mahomet suffit pour faire éclater la révolte dans le Nadjd,

dans le Yémâma, dans le Yémen. Chacune de ces trois provinces eut son

soi-disant prophète, émule et rival de Mahomet, et sur son lit de mort

ce dernier apprit que, dans le Yémen, le chef de l'insurrection,

Aihala-le-Noir, seigneur qui joignait à d'immenses richesses une

éloquence entraînante, avait chassé les officiers musulmans, et pris

Nadjrân, Sanâ, tout le Yémen enfin.

Ainsi l'immense édifice chancelait déjà lorsque Mahomet rendit le

dernier soupir (632). Sa mort fut le signal d'une insurrection

formidable et presque universelle. Partout les insurgés eurent le

dessus; chaque jour on vit arriver à Médine des officiers musulmans, des

Réfugiés et des Défenseurs, que les rebelles avaient chassés de leurs

districts, et les tribus les plus rapprochées s'apprêtaient à venir

mettre le siège devant Médine.

Digne successeur de Mahomet et plein de confiance dans les destinées de

l'islamisme, le calife Abou-Becr ne faiblit pas un seul instant au

milieu de la gravité du péril. Il n'avait point d'armée. Fidèle à la

volonté de Mahomet, il l'avait envoyée en Syrie, malgré les

représentations des musulmans qui, prévoyant les dangers qui les

menaçaient, l'avaient supplié d'ajourner cette expédition. «Je ne

révoquerai point un ordre qu'a donné le Prophète, avait-il dit. Quand

Médine devrait rester exposée à l'invasion des bêtes féroces, il faut

que ces troupes exécutent la volonté de Mahomet.» S'il eût consenti à

transiger, il aurait pu acheter par quelques concessions la neutralité

ou l'alliance de plusieurs tribus du Nadjd, dont les députés vinrent lui

dire que, s'il voulait les exempter de l'impôt, elles continueraient de

faire les prières musulmanes. Les principaux musulmans étaient d'avis

de ne point rebuter ces députés. Seul Abou-Becr répudia toute idée de

transaction, comme indigne de la sainte cause qu'ils avaient à défendre.

«La loi de l'islamisme, dit-il, est une et indivisible, et n'admet pas

de distinction entre les préceptes.»--«Il a plus de foi à lui seul que

nous tous ensemble,» dit alors Omar. Il disait vrai; le secret de la

force et de la grandeur du premier calife était là. D'après le

témoignage de Mahomet lui-même, tous ses disciples avaient hésité un

instant avant de reconnaître sa mission, à l'exception d'Abou-Becr. Sans

posséder une originalité bien marquée, sans être un grand homme, il

était l'homme de la situation; il possédait ce qui avait donné autrefois

la victoire à Mahomet et ce qui manquait à ses ennemis: une conviction

inébranlable.

Il y eut peu d'ensemble dans l'attaque des insurgés, déjà divisés entre

eux et s'égorgeant les uns les autres. Abou-Becr, qui avait fait armer

tous les hommes en état de combattre, eut le temps d'accabler les tribus

les plus voisines. Puis, quand les tribus fidèles du Hidjâz eurent

fourni leurs contingents en hommes et en chevaux, et que l'armée

principale fut revenue du nord, rapportant de son expédition un butin

considérable, il prit hardiment l'offensive, et partagea son armée en

plusieurs divisions, qui, peu nombreuses au moment du départ, se

grossirent en route par l'adjonction d'une foule d'Arabes que la peur

ou l'espoir du pillage ramena sous les bannières musulmanes. Dans le

Nadjd, Khâlid, aussi sanguinaire qu'intrépide, attaqua les hordes de

Tolaiha, qui auparavant _comptait pour mille hommes dans une armée_,

mais qui, cette fois, oubliant son devoir de guerrier et ne se souvenant

que de son rôle de prophète, attendait, loin du champ de bataille et

enveloppé dans son manteau, des inspirations du ciel. Longtemps il

attendit en vain; mais quand ses troupes commencèrent à lâcher pied, il

reçut l'inspiration. «Faites comme moi, si vous pouvez,» cria-t-il à ses

compagnons, et, sautant sur son cheval, il s'enfuit à toute bride. Ce

jour-là les vainqueurs ne firent point de prisonnier. «Détruisez les

apostats sans pitié, par le fer, par le feu, par tous les genres de

supplices!» voilà les instructions qu'Abou-Becr avait données à Khâlid.

Précédé par le bruit de ses victoires et de ses cruautés, Khâlid marcha

contre Mosailima, le prophète du Yémâma, qui venait de battre deux

armées musulmanes l'une après l'autre. La mêlée fut terrible. D'abord

les insurgés eurent l'avantage; ils pénétrèrent même jusque dans la

tente de Khâlid. Cependant ce général réussit à les rejeter dans la

plaine qui séparait les deux camps. Après plusieurs heures d'une

résistance opiniâtre, les insurgés sont enfoncés de toutes parts. «Au

clos, au clos!» crient-ils, et ils se retirent vers un vaste terrain

ceint d'un mur épais et muni d'une porte solide. Les musulmans les

suivent, altérés de sang. Avec une audace inouïe, deux d'entre eux

enjambent la muraille et se laissent tomber dans l'intérieur du clos

pour en ouvrir la porte. L'un, criblé de blessures, succombe à

l'instant; l'autre, plus heureux, arrache la clef et la jette par-dessus

le mur à ses compagnons. La porte s'ouvre, les musulmans entrent comme

un torrent. Alors une horrible boucherie commence dans cette arène où la

fuite n'était pas possible. Dans ce _Clos de la mort_, les insurgés, au

nombre de dix mille, sont massacrés jusqu'au dernier.

Tandis que le farouche Khâlid noyait ainsi l'insurrection de l'Arabie

centrale dans des torrents de sang, d'autres généraux en faisaient

autant dans les provinces du midi. Dans le Bahrain le camp des Bacrites

fut surpris pendant une orgie: ils furent passés au fil de l'épée.

Quelques-uns, cependant, qui avaient eu le temps de fuir, atteignirent

le rivage de la mer et se réfugièrent dans l'île de Dârain. Bientôt les

musulmans vinrent les y traquer, et les égorgèrent tous. Même carnage

dans l'Omân et dans le Mahra, dans le Yémen et dans le Hadhramaut. Ici

les débris des bandes d'Aihala-le-Noir, après avoir en vain demandé

quartier au général musulman, furent exterminés; là le commandant d'une

forteresse ne put obtenir, en se rendant, rien autre chose qu'une

promesse d'amnistie pour dix personnes; tout le reste de la garnison eut

la tête tranchée; ailleurs une route entière fut longtemps empestée par

les émanations putrides qui s'exhalaient des innombrables cadavres des

insurgés.

Si ces mares de sang ne convainquirent pas les Arabes de la vérité de la

religion prêchée par Mahomet, ils reconnurent du moins dans l'islamisme

une puissance irrésistible et en quelque sorte surnaturelle. Décimés par

le glaive, frappés d'épouvante et de stupeur, ils se résignèrent à être

musulmans, ou du moins à le paraître; et le calife, pour ne pas leur

laisser le temps de revenir de leur effroi, les lança aussitôt sur

l'empire romain et la Perse, c'est-à-dire sur deux Etats faciles à

conquérir parce qu'ils étaient déchirés depuis longtemps par la

discorde, énervés par la servitude, ou gangrenés par tous les

raffinements de la corruption. D'immenses richesses et de vastes

domaines dédommagèrent les Arabes de leur soumission à la loi du

Prophète de la Mecque.

Il ne fut plus question d'apostasie;--l'apostasie, c'était la mort; sur

ce point-là la loi de Mahomet est inexorable;--mais aussi il fut

rarement question de piété sincère, de zèle pour la foi. Par les moyens

les plus horribles et les plus atroces, on avait obtenu des Bédouins

leur conversion apparente; c'était beaucoup, c'était tout ce qu'on avait

le droit d'attendre de la part de ces infortunés qui avaient vu périr

leurs pères, leurs frères et leurs enfants sous le glaive de Khâlid ou

d'autres pieux bourreaux, ses émules. Pendant longtemps les masses,

neutralisant par leur résistance passive les mesures que prenaient les

musulmans fervents pour les instruire, ne connurent pas les préceptes de

la religion et ne se soucièrent nullement de les connaître. Sous le

califat d'Omar Ier, un vieil Arabe était convenu avec un jeune homme

qu'il lui céderait sa femme de deux nuits l'une, et qu'en retour le

jeune homme garderait son troupeau. Ce pacte singulier étant venu aux

oreilles du calife, il fit comparaître ces deux hommes et leur demanda

s'ils ne savaient pas que l'islamisme défendait de partager sa femme

avec un autre. Ils jurèrent qu'ils n'en savaient rien[29]. Un autre

avait épousé deux soeurs. «Ne savais-tu pas, lui demanda le calife,

que la religion ne permet pas de faire ce que tu as fait?--Non, lui

répondit l'autre, je l'ignorais complétement, et j'avoue que je ne vois

rien de répréhensible dans l'acte que vous blâmez.--Le texte de la loi

est formel, cependant. Répudie sur-le-champ l'une des deux soeurs, ou

je te coupe la tête.--Parlez-vous sérieusement?--Très-sérieusement.--Eh

bien, c'est alors une détestable religion que celle qui défend de telles

choses, et jamais je n'en ai retiré aucun avantage!» Le malheureux ne se

doutait pas, tant son ignorance était grande, qu'en parlant de la sorte

il s'exposait à être décapité comme blasphémateur ou comme apostat[30].

Un siècle plus tard, aucune des tribus arabes établies en Egypte ne

savait encore ce que le Prophète avait permis ou défendu; on

s'entretenait avec enthousiasme du bon vieux temps, des guerres et des

héros du paganisme, mais quant à la religion, nul ne s'avisait d'en

parler[31]. Vers la même époque, les Arabes cantonnés dans le nord de

l'Afrique étaient à peu près dans le même cas. Ces bonnes gens buvaient

du vin, sans se douter le moins du monde que Mahomet eût interdit cette

liqueur. Ils furent bien étonnés quand des missionnaires envoyés par le

calife Omar II vinrent le leur apprendre[32]. Il y avait même des

musulmans qui ne connaissaient du Coran que les paroles: «Au nom de Dieu

clément et miséricordieux[33].»

Le zèle pour la foi aurait-il été plus grand, si les moyens employés

pour la conversion eussent été moins exécrables? Cela est possible, mais

nullement certain. En tout temps il a été extrêmement difficile de

vaincre chez les Bédouins leur tiédeur pour la religion. De nos jours

les Wahabites, cette secte rigide et austère qui proscrit le luxe et

les superstitions dont l'islamisme a été souillé par laps de temps;

cette secte qui a pris pour devise: «le Coran, et rien que le Coran,» de

même que Luther avait pris pour la sienne: «la Bible, et rien que la

Bible;»--de nos jours les Wahabites ont aussi essayé, mais en vain,

d'arracher les Bédouins à leur indifférence religieuse. Ils ont rarement

usé de violence, et ils ont trouvé des partisans dévoués parmi les

Arabes sédentaires, mais non pas parmi les Bédouins, qui ont conservé le

caractère arabe dans sa pureté. Quoiqu'ils partageassent les vues

politiques des novateurs, quoique les tribus placées plus immédiatement

sous le contrôle des Wahabites fussent obligées d'observer avec plus de

régularité les devoirs de la religion, et qu'il y eût même des personnes

qui, pour servir leurs intérêts, prenaient une apparence de zèle, voire

de fanatisme,--les Bédouins ne devinrent pas plus religieux au fond; et

aussitôt que la puissance des Wahabites a été anéantie par Mohammed-Alî,

ils se sont hâtés de mettre un terme à des cérémonies qui les ennuyaient

mortellement[34]. «Aujourd'hui, dit un voyageur moderne, il y a peu ou

point de religion dans le Désert; personne ne s'y soucie des lois du

Coran[35].»

Du reste, si les Arabes acceptaient la révolution comme un fait accompli

sur lequel il était impossible de revenir, ils ne pardonnèrent pas à

ceux qui l'avaient faite, et n'acceptèrent pas non plus la hiérarchie

sociale qui en résultait. Leur opposition prit donc un autre caractère:

d'une lutte de principes, elle devint une querelle de personnes.

Jusqu'à un certain point les familles nobles, c'est-à-dire celles qui,

pendant plusieurs générations, avaient été à la tête de leurs tribus, ne

perdirent pas par suite de la révolution. Il est vrai que l'opinion de

Mahomet sur l'existence de la noblesse avait été chancelante. Tantôt il

avait prêché l'égalité complète, tantôt il avait reconnu la noblesse. Il

avait dit: «Plus de fierté païenne; plus d'orgueil fondé sur les

ancêtres! Tous les hommes sont enfants d'Adam, et Adam a été formé de

poussière; le plus estimable aux yeux de Dieu est celui qui le craint

davantage[36].» Il avait dit encore: «Les hommes sont égaux comme les

dents d'un peigne; la force de la constitution fait seule la supériorité

des uns sur les autres[37].» Mais il avait dit aussi: «Ceux qui étaient

nobles sous le paganisme restent nobles sous l'islamisme, pourvu qu'ils

rendent hommage à la véritable sagesse» (c'est-à-dire, pourvu qu'ils se

fassent musulmans)[38]. Ainsi Mahomet eut parfois la velléité d'abolir

la noblesse; mais il ne le put ou ne l'osa pas. La noblesse subsista

donc, conserva ses prérogatives, et resta à la tête des tribus; car

Mahomet, loin de songer à faire des Arabes une véritable nation--ce qui

eût été impossible--avait maintenu l'organisation en tribus; il l'avait

présentée comme émanant de Dieu même[39], et chacune de ces petites

sociétés ne vivait que pour soi, ne s'occupait que de soi, n'avait

d'affaires que celles qui la touchaient. Dans la guerre elles formaient

autant de corps séparés, dont chacun avait son drapeau, que portait le

chef ou un guerrier désigné par lui[40]; dans les villes chaque tribu

avait son propre quartier[41], son propre caravansérai[42], et même son

propre cimetière[43].

A vrai dire le droit de nommer les chefs de tribu appartenait au calife;

mais il faut distinguer ici entre le droit et le fait. D'abord le calife

ne pouvait donner le commandement d'une tribu qu'à une personne qui en

fît partie; car les Arabes n'obéissaient qu'à contre-coeur à un

_étranger_, ou ne lui obéissaient pas du tout. Aussi Mahomet et

Abou-Becr s'étaient-ils presque toujours conformés à cet usage[44]; ils

investissaient de leur autorité les hommes dont l'influence personnelle

était déjà reconnue, et sous Omar, on voit les Arabes exiger comme un

droit de n'avoir pour chefs que des contribules[45]. Mais d'ordinaire

les tribus élisaient elles-mêmes leurs chefs[46], et le calife se

bornait à confirmer leur choix[47]; coutume qui, dans le siècle où nous

sommes, a été observée aussi par le prince Wahabite[48].

L'ancienne noblesse avait donc conservé sa position; mais au-dessus

d'elle s'en était élevée une autre. Mahomet et ses deux successeurs

immédiats avaient confié les postes les plus importants, tels que le

commandement des armées et le gouvernement des provinces, aux anciens

musulmans, aux Emigrés et aux Défenseurs[49]. Il le fallait bien:

c'étaient à peu près les seuls musulmans vraiment sincères, les seuls

auxquels le gouvernement, à la fois temporel et spirituel, pût se fier.

Quelle confiance pouvait-il placer dans les chefs de tribu, toujours peu

orthodoxes et parfois athées, comme cet Oyaina, le chef des Fazâra, qui

disait: «Si Dieu existait, je jurerais par son nom que jamais je n'ai

cru en lui[50]?» La préférence accordée aux Emigrés et aux Défenseurs

était donc naturelle et légitime; mais elle n'en était pas moins

blessante pour la fierté des chefs de tribu, qui se voyaient préférer

des citadins, des agriculteurs, des hommes de rien. Leurs contribules,

qui identifiaient toujours l'honneur de leurs chefs avec leur propre

honneur, s'en indignaient également; ils attendaient avec impatience une

occasion favorable pour appuyer, les armes à la main, les prétentions de

leurs chefs, et pour en finir avec ces dévots qui avaient massacré leurs

parents.

Les mêmes sentiments d'envie et de haine implacable animaient

l'aristocratie mecquoise, dont les Omaiyades étaient les chefs. Fière et

orgueilleuse, elle voyait avec un dépit mal dissimulé que les vieux

musulmans formaient seuls le conseil du calife[51]. Abou-Becr, il est

vrai, avait voulu lui faire prendre part aux délibérations; mais Omar

s'était énergiquement opposé à ce dessein, et son avis avait

prévalu[52]. Nous allons voir que cette aristocratie tâcha d'abord de

s'emparer de l'autorité sans recourir à la violence; mais on pouvait

prédire que si elle échouait dans cette tentative, elle trouverait

facilement des alliés contre les Emigrés et les Médinois dans les chefs

des tribus bédouines.

Histoire des Musulmans d'Espagne, t. 1/4 jusqu'à la conquête de l'Andalouisie par les Almoravides (711-1100) · 第 17 / 35 题