Whistler n’eut de succès que dans les dernières années de son séjour
à Paris. Il avait épousé la veuve de l’architecte Godwin. Le couple,
heureux, s’établit 110, rue du Bac, dans un appartement vieillot,
donnant sur des jardins de couvents. L’ameublement et la décoration
furent les mêmes qu’à Londres. Le maître avait son atelier rue
Notre-Dame-des-Champs. Mallarmé lui amena toute la jeunesse littéraire,
et ce fut un beau jour que celui où le poète lut sa traduction
française du _Ten o’clock_ dans le salon de Mme Eugène Manet (Berthe
Morisot).
Je vis très peu Whistler à cette époque, car il était entre les mains
d’entrepreneurs de gloire et devenu le favori des petites revues,
transformé, n’ayant plus toute sa saveur, dépaysé. J’espère qu’il fut
heureux. Mais ce n’est pas ainsi qu’il avait ambitionné de l’être, et
les honneurs officiels dont Paris le gratifia étaient bien lourds pour
sa fine personne. En tous cas, ce bonheur ne dura pas longtemps.
Je l’aperçus pour la dernière fois, veuf lamentable, brisé, qui errait
dans la rue de Paris, à Trouville, pendant la saison des courses. Je
n’osai plus lui parler. Je l’avais beaucoup aimé et, j’ose croire,
compris. Il ne s’en doutait pas.