VII

Whistler n’eut de succès que dans les dernières années de son séjour

à Paris. Il avait épousé la veuve de l’architecte Godwin. Le couple,

heureux, s’établit 110, rue du Bac, dans un appartement vieillot,

donnant sur des jardins de couvents. L’ameublement et la décoration

furent les mêmes qu’à Londres. Le maître avait son atelier rue

Notre-Dame-des-Champs. Mallarmé lui amena toute la jeunesse littéraire,

et ce fut un beau jour que celui où le poète lut sa traduction

française du _Ten o’clock_ dans le salon de Mme Eugène Manet (Berthe

Morisot).

Je vis très peu Whistler à cette époque, car il était entre les mains

d’entrepreneurs de gloire et devenu le favori des petites revues,

transformé, n’ayant plus toute sa saveur, dépaysé. J’espère qu’il fut

heureux. Mais ce n’est pas ainsi qu’il avait ambitionné de l’être, et

les honneurs officiels dont Paris le gratifia étaient bien lourds pour

sa fine personne. En tous cas, ce bonheur ne dura pas longtemps.

Je l’aperçus pour la dernière fois, veuf lamentable, brisé, qui errait

dans la rue de Paris, à Trouville, pendant la saison des courses. Je

n’osai plus lui parler. Je l’avais beaucoup aimé et, j’ose croire,

compris. Il ne s’en doutait pas.

Essais et portraits · 第 20 / 63 题