CORINNE DE LARUE.

Le lecteur devine aisément que notre ami Jean-Charles n'était pas

étranger à la décision que Corinne avait prise et qu'elle annonçait à la

supérieure.

La haute perspicacité de Corinne lui avait permis de reconnaître

promptement les qualités de coeur et d'esprit dont notre héros était

doué.

Elle ne s'attachait pas, elle non plus, à la beauté du visage, mais elle

ajoutait un grand prix à cette beauté de l'âme qui inspire à tous un

respect irrésistible.

Jean-Charles, d'ailleurs, avait une physionomie imposante. C'était un

colosse de six pieds et quatre pouces, à la figure douce, expressive et

affable.

Corinne et, Jean-Charles étaient dignes l'un de l'autre, et leur pur

amour s'était exhalé naturellement de leurs coeurs, comme le parfum

s'exhale du calice des fleurs.

Et, ils formaient des rêves d'or en songeant à l'avenir.

--Eh! bonjour, Jean-Charles! Où allez-vous donc de ce pas? Vous êtes

bien joyeux ce matin: vous sifflez connue un merle!...

--Bonjour! M. le curé. Je m'en allais justement au presbytère.

--Alors, nous ferons route ensemble, car je m'y rends.

--En effet, M. le curé, reprit Jean-Charles, je suis joyeux, et je crois

que j'ai raison de l'être.

--Vraiment? interrogea le curé, en souriant avec malice.

--Oui, M. le curé, et j'espère que vous penserez comme moi.

--Peut-être... entrons! dit le curé en ouvrant la porte du presbytère.

--Permettez-moi, M. le curé, d'aller droit au but.

--C'est, du reste, votre louable habitude, mon cher. Parlez, je ne vous

interromprai plus.

--J'ai vingt ans: j'aime Melle de LaRue; j'en suis aimé, et j'ai

l'intention de la demander en mariage. Que me conseillez-vous. M. le

curé?

--Sans hésiter, je vous conseille de l'épouser; c'est une jeune fille

qui possède de rares qualités, et je suis certain qu'elle saura vous

rendre heureux.

--Merci, M. le curé.

--A quand les noces, mon ami?

--Dans deux mois; est-ce trop tôt, M. le curé?

--Je ne crois pas; mais c'est un détail secondaire que vous réglerez

facilement avec vôtre future épouse et ses parents.

Avant de faire la demande en mariage, je voulais vous consulter

pour savoir si vous approuviez mon choix. Maintenant que j'ai votre

approbation et celle de ma mère, je me sens plus à l'aise; et, dès ce

soir, je parlerai à Corinne et à ses bons parents.

Encore une fois, M. le curé, merci! et au revoir!

--Au revoir, mon ami, et bonne chance!

Le vieux muet, ou, Un héros de Châteauguay · 第 43 / 62 题