mari est toujours en prison et la malheureuse, la tête appuyée contre
le mur, sanglote: «Ils vont me le tuer!» C’est un spectacle déchirant.
Une stupeur est peinte sur tous les visages. Je vais au-devant de M.
Binet, notre chargé d’affaires. Il est pâle et me serre nerveusement la
main. Je crains de le questionner. Mais, hâtivement, il crie plutôt
qu’il ne parle: «C’est affreux, nos malheureux amis sont à la
forteresse, traités comme des malfaiteurs. Ils meurent littéralement de
faim. Ils appellent à l’aide; les gardes rouges menacent de les fusiller
et les neutres se taisent. Ils n’ont pas encore protesté contre la
violation de l’ambassade d’Angleterre.
«--Que faudrait-il faire?» lui demandai-je.
«--Une protestation énergique de tous les neutres et surtout celle de la
Suède, que les bolcheviks redoutent parce qu’elle est leur voisine et
qu’elle peut beaucoup contre eux.
«--Eh bien, lui fis-je, je repars tout de suite à l’ambassade
d’Espagne. Vous connaissez les sentiments de M. Contreras. Il fera
l’impossible pour sauver nos compatriotes.»
Je ne m’étais pas trompée. Dès les premiers mots, le chargé d’affaires
espagnol déclara:
«--Il faut agir immédiatement. Je vais convoquer les ambassadeurs
neutres.»
Mais la même phrase revient:
«--Il faudrait surtout que la Suède soit des nôtres. Nous ne pouvons
rien sans elle. Je ne puis pourtant lui demander ses intentions, car il
m’est impossible de m’exposer à un refus.»
Comment être sûr de ses sentiments?
Alors j’ai osé m’écrier:
«--J’irai, moi. Je connais le chargé d’affaires, le baron Koskull. Il me
recevra.»
Et je partis comme j’avais dit, très audacieuse, mais parfaitement
calme.
Le baron Koskull m’a reçue tout de suite, me demandant ce qu’il pouvait
faire pour m’être agréable.
Je n’abordai pas la question d’emblée, commençant à intéresser le baron
au sort des femmes françaises et lui représentant leur effroyable
situation avec la fermeture de la frontière finlandaise qui les empêche
de quitter la Russie.
Peut-être y aurait-il moyen de les faire passer sur des bateaux suédois.
Et puis les neutres pourraient bien faire au moins cela pour nous, eux
qui n’ont même pas protesté contre la violation de l’ambassade
d’Angleterre. Cette négligence peut amener dans l’avenir la violation
des ambassades neutres.
«--Quoi? On dit cela?» demanda le baron nerveusement.
Alors, m’armant de tout mon courage, j’ai ajouté:
«--On dit bien autre chose encore. On dit que les neutres ne protestent
pas parce qu’ils ne sont pas fixés sur vos intentions, qu’ils craignent
votre abstention, vous sachant en bonnes relations avec l’Allemagne.
«Vous savez bien que les neutres ne peuvent rien sans la Suède, que les
bolcheviks craignent parce qu’elle est leur voisine.»
J’ai senti que je touchais là le point sensible et, résolument, je
frappai un grand coup:
«--Savez-vous que les officiers alliés prisonniers seront peut-être
fusillés d’ici quarante-huit heures?»
Le baron se promena de long en large quelques minutes, semblant
réfléchir.
J’entendais mon cœur battre.
Enfin, le baron parla:
«--Et que faudrait-il faire pour empêcher cette iniquité?
«--Il faudrait que les neutres protestent, lui répondis-je.
«--Mais je ne demande pas mieux. Quant à moi, je réponds de mon
gouvernement.
«--Eh bien, c’est chose faite. M. Contreras viendra vous voir demain à
midi.»
Je quittai le baron, enivrée du beau résultat de ma démarche. Je montai
quatre à quatre les escaliers de l’ambassade d’Espagne.
«--Victoire! criai-je, la Suède marche!»
_12 septembre._
M. Contreras ne s’est pas couché. Il a passé la nuit à rédiger la
protestation à la lueur de son cigare, car l’électricité est coupée le
soir et on ne trouve pas de bougies ni de pétrole. Il a écrit sur des
petits morceaux de papier qu’il a ensuite réunis.
Je suis émue de ce grand dévouement et je le remercie avec effusion.
C’est tout à l’heure qu’aura lieu l’entrevue avec le chargé d’affaires
suédois.
Tout s’est passé comme je l’espérais. La protestation a été signée par
tous les neutres.
_15 septembre._
Il semble que les événements s’apaisent un peu.
Mᵐᵉ de Scavenius, dont la bonté est inlassable, a pu pénétrer jusqu’aux
prisonniers et leur remettre des vivres. Elle a même obtenu d’organiser
une cuisine à la forteresse. Est-ce l’effet de la protestation? Je n’ose
y croire, et pourtant je suis bien heureuse quand je songe au rôle que
j’ai pu jouer.
M. Binet m’a remerciée de tout son cœur, ainsi que notre consul, M.
Duchêne. Ce que j’ai fait est bien naturel, et ce qui me rend fière,
c’est seulement de l’avoir osé.
_16 septembre._
Aujourd’hui, pendant le déjeuner à l’ambassade, on m’apporte une carte
de Mᵐᵉ de Cheremeteff, de la part de M. Binet. Je vais au salon pour la
recevoir. Je me trouve en présence d’une jeune et jolie femme qui se
présente en ces termes:
«--Je suis Française mariée à un Russe et j’ai perdu mon mari. Je viens
à vous, mademoiselle, envoyée par M. Binet. Voici ce qui m’arrive: j’ai
reçu une convocation de la Gorokovaïa où je dois me rendre à 3 heures.
Pouvez-vous prendre mes bijoux et les garder? Dans le cas où je serais
arrêtée, peut-être pourriez-vous faire quelque chose pour moi par M.
Lounatcharsky.»
Je l’assure que je ferai tout mon possible. Je garde ses bijoux et je
l’emmène à la légation danoise pour prendre conseil sur la marche à
suivre.
J’y trouve M. Pierre Darcy, qui lui aussi, a reçu une convocation et va
partir pour Moscou. Je lui conseille de ne pas y aller et de venir
plutôt se cacher à l’ambassade d’Espagne. Je lui représente le danger
qu’il court. Peut-être l’arrêteront-ils encore une fois. Il me rassure
en me disant qu’un secrétaire danois l’accompagnera.
«--Vous avez tort. Ça ne fera que les exaspérer, vous savez comme moi
qu’ils ne respectent rien.»
Mais M. Darcy, s’affermissant dans sa détermination, me dit:
«--J’en profiterai, au contraire, pour leur faire signer la feuille de
départ des femmes françaises et des hommes au-dessus de 48 ans.»
Je n’insiste pas, mais j’ai bien peur pour lui.
On ne peut rien faire à la légation pour Mᵐᵉ de Cheremeteff, car elle
est devenue Russe par son mariage. La pauvre jeune femme, en me quittant
pour se rendre à la Gorokovaïa, ajoute:
«--Si vous n’avez pas de nouvelles de moi demain matin, c’est que je
serai arrêtée.»
J’admire son calme et son courage.
_23 septembre._
Je touche au but.
Je croyais du moins y toucher.
Je vais pouvoir partir grâce à ma camarade Roggers qui connaît Gorki,
elle se charge de nous faire obtenir le visa bolchevik, et moi j’ai
obtenu du consul de Norvège un mot pour le commandant à la frontière
finlandaise qui lui a promis verbalement de nous laisser passer.
Mais à la dernière heure une difficulté absurde. Le commissaire qui a
visé ce passeport s’est, paraît-il, trompé dans l’orthographe de mon
nom. Il est indispensable que je fasse rectifier, sans quoi je risque
d’être arrêtée à la frontière.
J’ai donc dû me rendre à la Gorokovaïa, l’antre du fameux Ouritzky.
Partout des mitrailleuses. On ne veut pas me laisser passer. J’insiste.
Je demande Boky, le successeur d’Ouritzky. Au bout d’une heure
d’attente, un monsieur s’approche de moi et me tient ce langage:
«--Vous êtes Française, moi je le suis de cœur. Un de mes amis voudrait
sortir de Russie. Ne pourriez-vous m’indiquer un moyen, car les
bolcheviks lui refusent le visa? On m’a dit qu’on pouvait s’enfuir par
la Finlande et que les officiers de la mission française avaient déjà pu
quitter Petrograd.»
Je me tiens sur mes gardes.
«--Vous faites erreur. Les officiers étaient encore là hier matin.»
Je sais qu’ils ont pu s’enfuir hier soir; mais je me méfie.
«--Je vous en prie, me répète-t-il, donnez-moi ce moyen pour mon ami.»
Agacée, je répondis:
«--Mais il n’y a aucun moyen. C’est un conte qu’on vous a fait.»
Alors, changeant de ton, il me demande:
«--En quoi puis-je vous être utile?»
Je lui montre l’erreur commise sur mon passeport. Il me fait entrer dans
un cabinet, appelle une jeune fille, fait faire la correction, appose un
tampon qu’il avait dans sa poche et, souriant, me dit: «Il n’y a pas à
dire, vous êtes forte.»
Imbécile!
_24 septembre._
Voici le moment si attendu. Je crois rêver. Depuis tant de semaines, en
de continuelles alternatives d’espérances et d’angoisse, j’ai tenu bon,
patienté, lutté, car la lutte était de tous les jours.
J’ai un immense soulagement et le regret de voir abîmé le beau rêve que
j’avais fait de me retrouver ici dans une Russie calmée enfin, assagie,
d’y poursuivre la tâche artistique que moi et quelques autres nous nous
étions donnée.
La Révolution, l’infamie bolcheviste, n’a pas permis que nous allions
jusqu’au bout.
Mais nous avons la juste fierté d’être demeurés, aussi longtemps qu’il
était humainement possible, à notre poste de propagande française--la
plus belle propagande--celle qui dans notre belle langue interprétait
les chefs-d’œuvre de la littérature française. Nous avons la fierté de
sentir qu’en pleine tourmente, même ces hommes qui terrifiaient la
Russie, qui pillaient, qui tuaient, nous témoignaient des égards et du
respect.
Il a fallu, pour que notre chère entreprise fût arrêtée, que le
bolchevisme sombrât dans le plus bas des avilissements. L’Allemagne le
tient sous sa dépendance, l’Allemagne est là, d’autant plus féroce,
d’autant plus implacable qu’elle sent la partie perdue pour elle sur le
front de France.
Lounatcharsky, Sténeberg et quelques autres qui furent des sincères, qui
crurent à la réalisation d’un rêve généreux, sombreront sous cet ouragan
qui dérègle tout, bouleverse tout. Leurs jours sont comptés.
En m’apprêtant à quitter ce pays hospitalier, je pense avec une infinie
mélancolie à toute cette foule de pauvres gens, êtres décharnés par les
privations, apathiques, résignés à tout à force de tortures, et dont,
avec leurs grandes phrases, leurs paradoxes, leurs gestes de cabotins,
Lénine et Trotsky forment peu à peu l’armée--disons le troupeau--qui
leur est nécessaire.
Ils n’ont pas la belle indignation, l’amertume orgueilleuse des hommes
qui, en France, protestent en des manifestations tumultueuses.
Je les ai vus souvent passer, les malheureux devenus serviles, avec
leurs regards mauvais quand un peu de pâture était au bout de quelque
pillage, avec leurs regards tristes de pauvres bêtes de somme qui
manquaient... lorsque leurs mauvais bergers ne leur versaient plus
d’illusion.
Ce sont les mêmes hommes qui, au début de la grande guerre, se sont
magnifiquement battus, ceux qui ont envahi la Prusse et franchi les
Karpathes.
Menés autrement, demain ils pourraient faire de grandes choses.
Aujourd’hui, ils ont roulé aux bas-fonds de ce bolchevisme qui n’aboutit
à rien de pratique, qui n’a que l’ombre d’une organisation et à la tête
duquel il y a trop de profiteurs.
Pauvre Russie!
Au moment où je vais partir le temps est triste, tout est triste dans
Petrograd.
Je m’y sens comme une étrangère, moi une Française pourtant. Je sens que
l’affection pour la France que l’on proclamait tant ici ne se voit plus
à rien.
Çà et là, un drapeau à des édifices fait claquer sous le vent froid
trois couleurs ternes lavées par la pluie...
On pourrait avoir l’illusion de nos trois couleurs.
N’ayons pas cette illusion: ce sont les couleurs allemandes.
Sous mes fenêtres, où je regarde peut-être pour la dernière fois, des
prisonniers autrichiens libérés passent minables.
Recrues précieuses pour le bolchevisme, pillards nécessaires qui se
laisseront faire par l’appât de quelques roubles que Lénine fait
fabriquer par liasses, sans arrêt. Que vaudront-ils à l’étranger?
Au moment de partir, j’ai l’angoisse d’un incident de dernière heure.
Ces notes... prises de jour en jour et franches, trop franches... Ne
vont-elles pas...?
Je n’aurais plus l’ambassade danoise pour leur donner asile... Ne
va-t-on pas me fouiller. Que diront ces brutes, s’ils les trouvent,
s’ils les épluchent et si quelqu’un d’eux comprend le français?...
Tant pis... Je tiens trop à écrire un jour un livre avec le souvenir
poignant de ces heures.
_28 septembre._
Enfin partie!...
Je vais essayer de me rappeler un peu l’anxiété des dernières heures en
Russie.
Quand, munie du précieux passeport je fus arrivée à Bieliostroff, il a
fallu attendre, attendre interminablement.
Impossible d’être renseignée. Les fonctionnaires ne veulent recevoir
personne. Enfin, vers quatre heures, j’aperçus des bagages qu’on
apportait. Je me précipitai à la douane. Mais on m’y déclara qu’il était
trop tard pour partir, que la frontière était fermée, que je n’avais
qu’à retourner coucher à Petrograd.
Un soldat, qui avait une bonne figure et parlait un peu le français,
s’est apitoyé. Quelques roubles ont achevé de l’attendrir. Il a trouvé
moyen de m’amener jusqu’à un commandant chargé de la police. Il n’a pas
l’air trop rébarbatif. J’insiste.
«--Laissez passer, dit-il... mais il ajoute:
«--Si toutefois la Finlande vous le permet.»
J’affirme qu’il n’y aura aucune difficulté de ce côté.
En réalité, je suis loin d’être rassurée, n’ayant en somme aucun visa,
mais seulement une carte du consul de Norvège pour le commandant
finlandais.
On m’interroge:
«--Vous avez des bagages?
«--Deux malles et quelques petits colis.
«--Vous êtes seule?
«--Une autre Française est avec moi.»
Une autre personne en effet, ma camarade Roggers, tente aussi la chance,
et ce m’est une grande joie de n’être pas seule parmi ces difficultés,
dans ce voyage vers l’inconnu.
On nous prend nos passeports et on nous donne des feuilles à remplir
pour que nous déclarions quelle somme nous emportons avec nous. Ensuite
une femme est désignée pour nous fouiller. Elle s’acquitte
consciencieusement de sa tâche et va même jusqu’à fouiller dans mon
corset et dans les chaussures. Puis c’est le tour des bagages. Deux
soldats, sous la surveillance d’un chef, sont chargés de cette besogne.
Ils la font avec le plus grand soin, ils ouvrent toutes les boîtes,
tâtent tous les objets, scrutent tous les coins.
Soudain, je vois ma compagne de voyage pâlir et, se penchant vers moi,
elle me dit fébrilement: «Ils ont trouvé mon argent!» Je sais en effet
qu’elle a caché deux mille roubles dans une petite pendulette. Il est
impossible de voyager avec les mille roubles qu’on vous permet
d’emporter; j’en ai fait moi-même autant et j’ai caché des marks
finlandais.
Je frémis. Que vont-ils faire de nous? Certainement, maintenant, nous ne
passerons plus la frontière et l’argent sera confisqué. Le soldat qui a
trouvé l’argent brandit les deux billets, mais mon amie, sans perdre la
tête, affirme qu’elle les a oubliés dans cette cachette où elle les
avait mis, il y a deux ans, lors de son voyage avec Gorky et Chaliapine
en Crimée. Immédiatement je pense qu’elle se perd, car ces billets
n’existaient pas à cette époque, puisqu’ils ont été émis seulement
depuis la révolution.
Grâce à Dieu, ils ne réfléchissent pas et déclarent simplement que les
billets sont confisqués. Seulement, comme malgré tout ils se méfient un
peu, ils cherchent encore plus activement.
Tout est déballé, trituré avec des mains sales. Et je pense: «Pourvu
qu’ils ne découvrent pas aussi mes billets, car alors nous sommes bien
perdues!» Je tremble au moment où ils fouillent la boîte dangereuse,
mais ils la referment sans avoir rien trouvé. Enfin sauvées! Quelle
joie!
Maintenant, fouillez, mes amis, si tel est votre bon plaisir. Nos
malles-armoires les amusent énormément. Ils ont une vraie joie à sortir
un à un tous les tiroirs. Ils trouvent encore dans la malle de mon amie
une pièce ancienne en or et une couronne de lauriers également en or.
Ils confisquent naturellement les deux objets. Mais on les lui rend, car
le jeune homme chargé de surveiller la fouille déclare par amabilité que
ces deux pièces ne sont pas en or. Il a pitié de nous.
Enfin on referme le tout et on fait monter ma camarade chez le
commandant. Elle en redescend toute souriante: il lui a tout rendu. Elle
triomphe.
Maintenant il s’agit de passer en Finlande.
La voie ferrée a été détruite entre Bieliostrof et Raiooki. Et il faut
porter nos bagages jusqu’à la frontière qui se trouve exactement à 150
mètres.
Naturellement, ce transport est un prétexte pour nous pressurer.
Le transport de nos bagages nous coûte exactement 360 roubles. C’est une
exploitation éhontée.
Mais nous payons sans murmurer, heureuses, si heureuses d’approcher du
but.
On décharge nos malles sur le petit pont qui relie les deux pays; la
pluie s’est mise à tomber fine, serrée.
La sentinelle finlandaise nous dévisage avec pitié. Je me sens
oppressée. Je regarde Roggers. Nous nous comprenons! Pourvu qu’on nous
ouvre. Sinon nous devrons passer la nuit assises sur nos malles.
Qu’importe! nous sommes décidées à tout, sauf à rebrousser chemin.
Mais un soldat finlandais vient nous demander nos passeports. Je lui
remets la carte du consul norvégien, qu’il doit porter au commandant. Si
on allait nous refuser le passage par la Finlande? Vingt minutes--vingt
heures--s’écoulent. Le soldat revient. Je cherche à deviner sur son
visage la réponse qu’il nous apporte. Elle est bonne, car il nous
sourit. La sentinelle fait glisser la barrière. Enfin, mon cœur saute
dans ma poitrine. Nous passons et je piétine avec ivresse la terre
finlandaise.
Un employé des chemins de fer est là que nous interrogeons. En quelques
mots, il nous explique que dans son pays, à quarante minutes de chemin
de fer de l’enfer soviétiste, tout fonctionne admirablement, les trains,
le ravitaillement, la lumière, le téléphone.
Tout est calme!
Ce mot-là me semble immense...
La vie va être possible sans angoisse.
* * * * *
Et je me suis mise en route pour retourner vers mon pays.
Tout autour de moi il y avait de délicieux paysages accidentés où les
sapins se profilaient sur le ciel rose.
Cette teinte rose qui incendiait le ciel était devant moi, dans la
direction que je prenais, tranquille enfin.
Derrière moi je laissais, comme une masse sombre, le pays désolé, le
pays de famine et de mort.
Il paraissait déjà noyé dans la brume, et cette dernière vision de la
Russie était tout un symbole en face de l’horizon clair vers lequel je
me hâtais.
Un symbole d’une tristesse profonde.
Il semblait que la nuit, une nuit lugubre, allait envelopper ce pays, y
éteignant tout ce qu’il y avait eu de généreux et de grand, rendant
vains les rêves généreux, inutiles les sacrifices, toutes ces longues
heures de misère supportées par des milliers de malheureux dans la
chimérique attente d’un peu plus de justice qui aurait pu venir, mais
qui ne viendra pas, à cause de l’égoïsme des appétits, de la cruauté et
surtout de la servilité de ceux qui se sont imposés comme bergers du
douloureux troupeau...
* * * * *
L’EDITION,
4, RUE DE FURSTENBERG, 4
---- PARIS (VIᴱ) ----
Extrait du Catalogue
Ses publications in-8º couronne, couvertures en couleurs.
=L’Art de séduire les hommes=, par _une Femme
curieuse_, édition nouvelle, suivie de _l’Amour et
les Poisons_, 16 gravures hors texte en couleurs
et couverture illustrée par SANDY HOOK =4 50=
Livre sincère, piquant, que toutes les femmes voudront lire.
=L’Art de séduire les femmes=, par Maurice MAGRE,
couverture illustrée par ARGNANI =4 50=
Recueil impertinent, mais avec tant d’esprit! tous les hommes le liront,
toutes les femmes souriront.
=Le Journal de Marinette=, par _une Femme
curieuse_, couverture illustrée p. Gerda WEGENER. =4 50=
Délicieuse autobiographie de jeune fille moderne... et très franche.
=La Tendre Camarade=, par Maurice MAGRE, couverture
illustrée par Gerda WEGENER =4 50=
Une forme de l’amour curieuse et séduisante, au moins pour les hommes:
la tendre camaraderie.
=Les Colombes poignardées=, par Maurice MAGRE,
couverture illustrée par Gerda WEGENER =4 50=
Le poignard n’est que symbolique, et les colombes de Maurice Magre sont
bien vivantes, bien désireuses de vivre et d’aimer.
=Marion Desroses, Courtisane=, par _Robert_ DIEUDONNÉ,
couverture illustrée par Henry FOURNIER. =4 50=
Jeune, spirituel, extrêmement pénétrant.
=Le Parfait suiveur=, _Manuel à l’usage des Dames
et des Messieurs_, couverture illustrée par Gerda
WEGENER =4 50=
=La Petite Faunesse=, par Charles DERENNES, couverture
illustrée par Gerda WEGENER =4 50=
Aventure poignante en un style violent et chatoyant.
=La Nuit d’Été=, par Charles DERENNES, couverture
illustrée par Mˡˡᵉ Ch. H. DUFAU =4 50=
Roman émouvant et simple de deux êtres jeunes et épris.
=Souvenirs galants de Monsieur X...,= par Marc
MONNERAUD, couverture illustrée de Sandy
HOOK =4 50=
Un cœur d’enfant et d’adolescent, de tout temps sensible à la beauté
féminine. La censure a interdit d’indiquer la fonction sociale de M.
X...
=Chez de Max=, par Louis DELLUC (26 illustrations),
couverture illustrée =4 50=
Les confidences du grand artiste sur lui-même et sur tous ceux qu’il a
vus vivre autour de lui.
=La Guerre est morte=, par Louis DELLUC, couverture
illustrée par Gerda Wegener =4 50=
Un récit dramatique, à la Wells, d’émotion intense, haletante.
=Les Malheurs de Fernande=, par Francis CARCO,
couverture illustrée par DARAGNÈS =4 50=
Aussi apprécié que _Jésus-la-Caille_, dont le succès fut saisissant.
=Badigeon aviateur=, par Jeanne LANDRE et le LIEUTENANT
G..., PILOTE, couverture illustrée par
René VINCENT =4 50=
Le roman d’un aviateur amoureux, résolu, dégagé de quelques scrupules.
Son nom est déjà légendaire.
=L’Amant qui s’ignore=, par Jeanne LANDRE, couverture
illustrée par Maurice Millière =4 50=
Le roman d’un homme peu scrupuleux et d’une femme très fine, mais à
l’amour généreux.
=L’Alouette=, _fantaisies à la gauloise sur la vie_, _la
guerre et l’amour_, par PAUL FORT, couverture
en couleurs par G. DARAGNÈS =4 50=
=Barbe-Bleue, Jeanne d’Arc et mes amours=, par
Paul FORT, couverture illustrée par G. DARAGNÈS. =4 50=
=Irène grande première=, par Olivier DIRAISON-SEYLOR,
couverture illustrée par SANDY HOOK. =4 50=
Le dernier roman de Diraison-Seylor, mort au champ d’honneur. Ecrit
avant la guerre.
=Chichinette et Cⁱᵉ=, par Pierre Custot, couverture
illustrée par Jacques NAM =4 50=
Roman pétillant, vif, clair, rapide, une remarquable étude de l’amour
moderne.
=Ce que mes jolis yeux ont vu=, par Mˡˡᵉ X..., comédienne
française, couverture illustrée =4 50=
Un volume qui a intrigué tout Paris.
=Le Poète assassiné=, par Guillaume APOLLINAIRE,
couverture illustrée par CAPPIELLO =4 50=
La dernière grande œuvre de l’auteur de l’_Hérésiarque et Cⁱᵉ_.
=La Lanterne rouge=, par Frédéric BOUTET, couverture
illustrée par Jean Gabriel DOMERGUE =4 50=
«Sinistre, farce, poignant, comique, saugrenu, attendrissant.»
=Les Ilots d’amour=, suivis de l’_Initiation amoureuse_,
par Louis SONOLET, édition ornée de 16
planches hors texte en couleurs et d’une couverture
illustrée de Léo Fontan =4 50=
=Les Millions de Monsieur Tripette=, par G. DE
LA FOUCHARDIÈRE et Rodolphe BRINGER, couverture
illustrée par HAUTOT =4 50=
«Le roman le plus follement gai, le plus joyeusement imprévu, le plus
délicieusement extravagant.»
=Les Aventures amoureuses d’Eustache Leroussin=,
par Daniel BARRIAS, couverture illustrée
par Gerda WEGENER =4 50=
Gaieté gaillarde. Malice de bon aloi. Récit plein de verve et d’entrain.
=Sous l’aile des coucous=, par Ernest GAUBERT,
couverture illustrée par Maurice MILLIÈRE =4 50=
=Barberine, danseuse d’opéra=, par Jeanne BROUSSAN-GAUBERT,
couverture illustrée par SANDY
HOOK =4 50=
=Mˡˡᵉ X..., souris d’hôtel=, par Maurice VAUCAIRE
et Marcel LUGUET, couverture illustrée =4 50=
_Tous les Ouvrages sont envoyés franco contre mandat, bon de poste,
chèque ou autre valeur payable à Paris._
L’ÉDITION, 4, Rue de Furstenberg, PARIS (VIᵉ)
* * * * *
“L’ÉDITION”-:-4, Rue de Furstenberg-:-PARIS
_COLLECTION IN-12_ (Prix provisoire: =4= fr. =50=)
_Nos dernières publications_:
MAURICE MAGRE
_L’Art de séduire les Femmes_
_Les Colombes poignardées_
_La Tendre Camarade_
UNE FEMME CURIEUSE
_Le Journal de Marinette_
_L’Art de séduire les Hommes_
CHARLES DERENNES
_La Petite Faunesse_
_Une Nuit d’été_
ROBERT DIEUDONNÉ
_Marion Desroses, Courtisane_
LOUIS DELLUC
_La Guerre est morte_
_Chez de Max (26 illustrations)_
FRANCIS CARCO
_Les Malheurs de Fernande_
JEANNE LANDRE et LIEUT’ G..., PILOTE
_Badigeon Aviateur_
PIERRE CUSTOT
_Chichinette et Cⁱᵉ_
OLIVIER DIRAISON-SEYLOR
_Irène, grande première_
ENVOI FRANCO CONTRE MANDAT