LE COMTE.
Entres-y toi, Antonio; conduis devant son juge, l'infame qui m'a
déshonoré.
BRID'OISON.
C'est Madame que vous y-y cherchez?
ANTONIO.
L'y a parguenne, une bonne Providence; vous en avez fait tant dans le
pays....
LE COMTE _furieux_.
Entre donc.
(_Antonio entre._)
_SCÈNE XV._
LES ACTEURS PRÉCÉDENS, _excepté_ ANTONIO.
LE COMTE.
Vous allez voir, Messieurs, que le Page n'y était pas seul.
CHÉRUBIN, _timidement_.
Mon sort eût été trop cruel, si quelqu'ame sensible n'en eût adouci
l'amertume.
_SCÈNE XVI._
LES ACTEURS PRÉCÉDENS, ANTONIO, FANCHETTE.
ANTONIO, _attirant par le bras quelqu'un qu'on ne voit pas encore_.
Allons, Madame, il ne faut pas vous faire prier pour en sortir,
puisqu'on sait que vous y êtes entrée.
FIGARO _s'écrie_.
La petite cousine!
BAZILE.
Ha, ha!
LE COMTE.
Fanchette!
ANTONIO _se retourne et s'écrie_.
Ah palsembleu! Monseigneur, il est gaillard de me choisir pour montrer à
la compagnie que c'est ma fille qui cause tout ce train-là!
LE COMTE, _outré_.
Qui la savait là-dedans?
(_Il veut rentrer._)
BARTHOLO, _au-devant_.
Permettez, monsieur le Comte, ceci n'est pas plus clair. Je suis de sang
froid, moi.
(_Il entre._)
BRID'OISON
Voilà une affaire au-aussi trop embrouillée.
_SCÈNE XVII._
LES ACTEURS PRÉCÉDENS, MARCELINE.
BARTHOLO, _parlant en dedans, et sortant_.
Ne craignez rien, Madame, il ne vous sera fait aucun mal; j'en répons.
(_il se retourne et s'écrie:_) Marceline!...
BAZILE.
Ha, ha!
FIGARO, _riant_.
Hé quelle folie! ma mère en est?
ANTONIO.
À qui pis fera.
LE COMTE, _outré_.
Que m'importe à moi? La Comtesse....
_SCÈNE XVIII._
LES ACTEURS PRÉCÉDENS, SUZANNE.
(_Suzanne, son éventail sur le visage._)
LE COMTE.
....Ah! la voici qui sort. (_Il la prend violemment par le bras._) Que
croyez-vous, Messieurs, que mérite une odieuse....
(_Suzanne se jette à genoux, la tête baissée._)
LE COMTE, _fort_.
Non, non.
(_Figaro se jette à genoux de l'autre côté._)
LE COMTE, _plus fort_.
Non, non.
(_Marceline se jette à genoux devant lui._)
LE COMTE, _plus fort_.
Non, non.
(_Tous se mettent à genoux, excepté Brid'oison._)
LE COMTE, _hors de lui_.
Y suffiez-vous un cent!
_SCÈNE XIX et dernière._
TOUS LES ACTEURS PRÉCÉDENS, LA COMTESSE _sort de l'autre pavillon_.
LA COMTESSE _se jette à genoux_.
Au moins je ferai nombre.
LE COMTE _regardant la Comtesse et Suzanne_.
Ah, qu'est-ce que je vois!
BRID'OISON, _riant_.
Eh pardi c'è-est Madame.
LE COMTE _veut relever la Comtesse_.
Quoi c'était vous, Comtesse? (_d'un ton suppliant._) Il n'y a qu'un
pardon bien généreux....
LA COMTESSE, _en riant_.
Vous diriez, _non, non_, à ma place; et moi pour la troisième fois
d'aujourd'hui, je l'accorde sans condition.
(_Elle se relève._)
SUZANNE _se relève_.
Moi aussi.
MARCELINE _se relève_.
Moi aussi.
FIGARO _se relève_.
Moi aussi; il y a de l'écho ici! (_Tous se relèvent._)
LE COMTE.
De l'écho!--J'ai voulu ruser avec eux; ils m'ont traité comme un enfant!
LA COMTESSE, _en riant_.
Ne le regrettez pas, monsieur le Comte.
FIGARO, _s'essuyant les genoux avec son chapeau_.
Une petite journée comme celle-ci, forme bien un ambassadeur!
LE COMTE _à Suzanne_.
Ce billet fermé d'une épingle?...
SUZANNE.
C'est Madame qui l'avait dicté.
LE COMTE.
La réponse lui en est bien due.
(_Il baise la main de la Comtesse._)
LA COMTESSE.
Chacun aura ce qui lui appartient.
(_Elle donne la bourse à Figaro et le diamant à Suzanne._)
SUZANNE, _à Figaro_.
Encore une dot.
FIGARO, _frappant la bourse dans sa main_.
Et de trois. Celle-ci fut rude à arracher!
SUZANNE.
Comme notre mariage.
GRIPE-SOLEIL.
Et la jarretière de la mariée, l'aurons-je?
LA COMTESSE _arrache le ruban qu'elle a tant gardé dans son sein, et le
jette à terre_.
La jarretière? Elle était, avec ses habits; la voilà.
(_Les garçons de la noce veulent la ramasser._)
CHÉRUBIN, _plus alerte, court la prendre et dit:_
Que celui qui la veut, vienne me la disputer.
LE COMTE _en riant, au Page_.
Pour un Monsieur si chatouilleux, qu'avez-vous trouvé de gai à certain
soufflet de tantôt?
CHÉRUBIN _recule en tirant à moitié son épée_.
À moi, mon Colonel?
FIGARO, _avec une colère comique_.
C'est sur ma joue qu'il l'a reçu: voilà comme les grands font justice!
LE COMTE, _riant_.
C'est sur sa joue? ha, ha, ha, qu'en dites-vous donc, ma chère Comtesse?
LA COMTESSE _absorbée revient à elle, et dit avec sensibilité_.
Ah! oui, cher Comte, et pour la vie, sans distraction, je vous le jure.
LE COMTE, _frappant sur l'épaul du Juge_.
Et vous, Don-Brid'oison, votre avis maintenant?
BRID'OISON.
Su-ur tout ce que je vois, monsieur le Comte.... ma-a foi, pour moi je-e
ne sais que vous dire: voilà ma façon de penser.
TOUS ENSEMBLE.
Bien jugé!
FIGARO.
J'étais pauvre, on me méprisait. J'ai montré quelque esprit, la haine
est accourue. Une jolie femme et de la fortune....
BARTHOLO, _en riant_.
Les cœurs vont te revenir en foule.
FIGARO.
Est-il possible?
BARTHOLO.
Je les connais.
FIGARO, _saluant les Spectateurs_.
Ma femme et mon bien mis à part, tous me feront honneur et plaisir.
_On joue la ritournelle du Vaudeville._ (Air noté.)
VAUDEVILLE.
BAZILE.
PREMIER COUPLET.
Triple dot, femme superbe,
Que de biens pour un époux!
D'un Seigneur, d'un Page imberbe,
Quelque sot serait jaloux,
Du latin d'un vieux proverbe,
L'homme adroit fait son parti,
FIGARO.
Je le sais...
(_Il chante._) _Gaudeant bene_ nanti.
BAZILE.
Non....
(_Il chante._) _Gaudeat bene_ nanti.
SUZANNE.
IIe COUPLET.
Qu'un mari sa foi trahisse,
Il s'en vante, et chacun rit;
Que sa femme ait un caprice,
S'il l'accuse, on la punit.
De cette absurde injustice,
Faut-il dire le pourquoi?
Les plus forts ont fait la loi.... _bis_.
FIGARO.
IIIe COUPLET.
Jean-Jeannot, jaloux risible,
Veut unir femme et repos;
Il achète un chien terrible,
Et le lâche en son enclos.
La nuit, quel vacarme horrible!
Le chien court, tout est mordu,
Hors l'amant qui l'a vendu.... _bis_.
LA COMTESSE.
IVe COUPLET.
Telle est fière et répond d'elle,
Qui n'aime plus son mari;
Telle autre presque infidelle,
Jure de n'aimer que lui.
La moins folle, hélas! est celle
Qui se veille en son lien,
Sans oser jurer de rien.... _bis_.
LE COMTE.
Ve COUPLET.
D'une femme de province,
À qui ses devoirs sont chers,
Le succès est assez mince;
Vive la femme aux bons airs!
Semblable à l'écu du prince,
Sous le coin d'un seul époux,
Elle sert au bien de tous.... _bis_.
MARCELINE.
VIe COUPLET.
Chacun sait la tendre mère
Dont il a reçu le jour;
Tout le reste est un mystère,
C'est le secret de l'amour.
FIGARO _continue l'air_.
Ce secret met en lumière
Comment le fils d'un butor
Vaut souvent son pesant d'or.... _bis_.
VIIe COUPLET.
Par le sort de la naissance,
L'un est roi, l'autre est berger;
Le hasard fit leur distance;
L'esprit seul peut tout changer,
De vingt rois que l'on encense
Le trépas brise l'autel;
Et Voltaire est immortel.... _bis_.
CHÉRUBIN.
VIIIe COUPLET.
Sexe aimé, sexe volage,
Qui tourmentez nos beaux jours;
Si de vous chacun dit rage,
Chacun vous revient toujours.
Le parterre est votre image;
Tel paraît le dédaigner,
Qui fait tout pour le gagner.... _bis_.
SUZANNE.
IXe COUPLET.
Si ce gai, ce fol ouvrage,
Renfermait quelque leçon,
En faveur du badinage,
Faites grace à la raison.
Ainsi la nature sage
Nous conduit, dans nos désir,
À son but par les plaisirs.... _bis_.
BRID'OISON.
Xe COUPLET.
Or, Messieurs, la co-omédie
Que l'on juge en cè-et instant,
Sauf erreur, nous pein-eint la vie
Du bon peuple qui l'entend.
Qu'on l'opprime, il peste, il crie,
Il s'agite en cent fa-açons;
Tout fini-it par des chansons.... _bis_.
BALLET GENERAL.
_Fin du cinquième et dernier Acte._
_S'adresser, pour la musique de l'ouvrage, à M. BAUDRON,
chef d'orchestre du théâtre français._
_APPROBATIONS._
J'ai lu, par ordre, de M. le Lieutenant de Police, la pièce intitulée:
_La folle journée_, ou _le Mariage de Figaro_; et je n'y ai rien trouvé
qui m'ait paru devoir en empêcher l'impression et la représentation. À
Paris, ce vingt-huit février mil sept cent quatre-vingt-quatre.
_Signé_, COQUELEY DE CHAUSSEPIERRE.
J'ai lu, par ordre de M. le Lieutenant général de Police, la pièce
intitulée: _La folle journée_, ou _le Mariage de Figaro_; et je n'y ai
rien trouvé qui m'ait paru devoir en empêcher la représentation et
l'impression. À Paris, ce vingt-un mars mil sept cent
quatre-vingt-quatre,
_Signé_, BRET.
Vu les approbations; permis d'imprimer et représenter. À Paris, ce
vingt-neuf mars mil sept cent quatre-vingt-quatre.
_Signé_, LENOIR.
* * *
_ERRATA._ (déjà corrigés)
PRÉFACE.
_Page_
9, _ligne_ 8, ces fantômes, _lisez_, ses fantômes.
10, _ligne dernière_, n'existe, _lisez_, existe.
11, 2, les bons et les mauvais, _lisez_, bons et mauvais.
_ibid._ 24, ces grands coups, _lisez_, ses grands coups.
13, 9, de l'œil de bœuf ou des carrosses, _lisez_,
de l'Œil-de-bœuf et des Carrosses.
26, 7, la coquette ou la coquine, _lisez_, la coquette ou coquine.
49, 6, espagnole, _lisez_, espagnol.
COMÉDIE.
_Page_
116, _ligne_ 2, dans lesquels vous mêlerez, _lisez_, dans
lesquels on mêlera.
175, 94, poursuivions, _lisez_, poursuivons.
178, 5, sont rentrés, _lisez_, sont entrés.
183, 23, les bois, _lisez_, le bois.