Levée toujours la première, Bijou descendait vers sept heures et faisait
à l'office et à la laiterie son tour de maîtresse de maison.
Sauf Pierrot, qui circulait quelquefois, les yeux bouffis de sommeil,
dans les corridors, elle ne rencontrait jamais personne, et elle fut
très étonnée ce matin-là de se heurter à M. de Rueille, qui sortait de
la bibliothèque un livre à la main. De tous les habitants de Bracieux,
il était le plus paresseux; aussi demanda-t-elle en riant:
--Comment!... Vous avez déjà fini de dormir?...
--C'est-à-dire que je n'ai pas commencé!...
--Ah bah!...
--Non... et comme j'avais lu tous mes bouquins de là-haut, je suis venu
en prendre un autre pour achever ma nuit...
Bijou montra le soleil qui entrait à flots par la fenêtre ouverte:
--Votre nuit?...
--Oh!... pour moi, sauf en cas de chasse ou de départ quelconque, il
fait nuit jusqu'à dix heures au moins!...
--Et vous allez vous recoucher?...
--A l'instant même...
--Mais c'est fou!...
--C'est au contraire très sage... d'autant plus que, quand on n'est pas
de bonne humeur, ce qu'on a de mieux à faire, c'est de se terrer...
--Vous n'êtes pas de bonne humeur?...
--Non!...
--Et pourquoi ça?...
Paul de Rueille hésita un instant et répondit:
--Je n'en sais rien...
--Le fait est--dit en riant Bijou--qu'hier, pendant notre course à
Pont-sur-Loire, vous n'avez pas été très aimable...
--C'est votre faute!...
--Ma faute!... à moi?...
--A vous...
--Mais comment ça?...
--Je vous le dirai si ça vous plaît...
--Ça me plaît... mais pas maintenant... parce qu'on m'attend à la
laiterie...
Il demanda, l'air inquiet:
--Qui ça?...
Sans remarquer cette inquiétude, Bijou répondit:
--La femme des vaches...