Dans l'indiscutable intention de prendre un jour Salonique aux Grecs,
les Bulgares avaient, ces deux derniers mois, massé entre Doïran et le
Panghaion de 85 à 88 bataillons de 1.000 hommes avec 180 canons de
campagne.
Au commencement de juin, déjà, ils avaient attaqué les troupes grecques
du Panghaion, leur prenant un certain nombre de positions nullement
militaires, mais que le gouvernement grec avait tenu à faire occuper
pour cette raison politique qu'on ne voulait pas les abandonner à des
alliés dont on connaissait les intentions.
Après cette première attaque, le gouvernement grec comprit qu'en toute
sagesse il fallait désormais faire prendre à l'armée des positions
purement militaires.
[Illustration: Les bonds successifs qui ont permis à l'armée grecque de
triompher, en quatre jours, à Nigrita, à Kilkiz et à Doïran. _Croquis de
M. Jean Leune, visé par le chef d'état-major général._ Depuis, les Grecs
ont progressé bien plus au nord, par Nevrokop, Melnik, Strumitza et les
défilés de Kresna, jusque vers Djumaia et l'ancienne frontière bulgare.]
Les divisions grecques furent donc disposées comme suit:
Une division entre Orfano et le lac Bezik;
Une division entre le lac Bezik et le lac de Langada;
Cinq divisions au nord et au nord-ouest de Salonique;
Une division près de Benitza sur l'Axios-Vardar.
Sur la ligne de démarcation, établie après entente entre le colonel
Dousmanis et le général Ivanof, les Grecs laissèrent seulement de
faibles détachements, en manière de postes frontières.
Dans la nuit du 29 au 30 juin dernier, les Bulgares attaquaient par
surprise ces dits postes, au Panghaion, à Nigrita et à Karasouli, comme
ils attaquaient les Serbes près de Ghevgheli, sur l'Axios-Vardar et au
nord.
Bien entendu, les postes attaqués se retirèrent sur le gros des troupes;
celles-ci aussitôt se mirent en marche pour repousser l'assaillant.
Les directions d'attaque données aux divisions furent les suivantes:
Division d'aile droite: Nigrita, pont d'Orliako, sur la Strouma;
Division placée entre le lac Bezik et le lac de Langada
(Bissoka-Lahana);
Quatre divisions du centre: Kilkiz où l'on supposait que devait se
trouver le gros des forces ennemies;
(Une division, marchant sur la route carrossable de Salonique à Serès,
servait de liaison entre le groupe du centre et l'aile droite, en même
temps que de réserve prête à participer à l'action d'un côté ou de
l'autre.)
Enfin, division d'extrême gauche: ordre de passer l'Axios-Vardar au nord
du lac Artzan et de marcher sur Doïran.
L'attaque générale commença sur toute la ligne le 2 juillet au matin.
Tout de suite, le centre se trouva en contact avec le gros des forces
ennemies. Car les Bulgares, ayant transformé Kilkiz en une place
fortifiée de tout premier ordre, destinée, en nouveau Plevna, à protéger
leur base de ravitaillement établie à Doïran, en avaient, dans
l'intention de surprendre Salonique, fait descendre toutes leurs forces
vers le sud.
A Ambarkeui, le 2 juillet, eut lieu la première rencontre. La bataille
s'engagea avec une rage égale des deux côtés. Mais l'élan des Grecs vint
à bout de la résistance des Bulgares qui durent se replier sur Kilkiz.
Ce jour-là, des détachements grecs firent une marche de 30 kilomètres
par une chaleur épouvantable et en se battant continuellement, les
Bulgares ne lâchant le terrain que pas à pas.
Comme le télégraphia très bien le colonel Dousmanis à M. Venizelos:
«L'armée grecque avança comme un torrent!»