LES PHASES DE LA VICTOIRE DE NIGRITA-KILKIZ-DOÏRAN

Doïran, juillet 1913.

Lorsqu'on étudiera sans parti pris et dans le calme nécessaire les

guerres d'Orient de 1912-1913, on devra reconnaître à la bataille de

Nigrita-Kilkiz-Doïran une importance plus grande encore qu'à celle de

Lule-Bourgas.

Le total et la proportion des effectifs en présence étaient sensiblement

les mêmes dans les deux batailles.

Dans celle dont je vais résumer les phases, les Bulgares disposaient de

85.000 à 90.000 hommes et les Grecs de 100.000 à 110.000 hommes. Mais,

alors qu'à Lule-Bourgas le terrain est à peine accidenté, puisque la

cote la plus forte du champ de bataille n'atteint que 143 mètres, ici

les opérations se sont déroulées tout le temps en pays montagneux, avec

des cotes de 400, 500 et 600 mètres, fourmillant de positions naturelles

formidables. De Lule-Bourgas à Bounar-Hissar, il n'en est pas une seule

comparable à celles de Lahana ou de Kilkiz, par exemple.

D'autre part, les Turcs n'avaient pas fait là-bas des travaux de défense

comme ceux qu'avaient préparés à Kilkiz les Bulgares, avec une science à

laquelle on ne saurait trop rendre justice.

Enfin, je veux espérer que l'Europe, qui a porté aux nues le soldat

bulgare après sa fameuse victoire de Thrace, ne lui fera pas l'injure de

croire maintenant qu'il n'était pas en Macédoine un adversaire

singulièrement plus aguerri, plus solide et plus dangereux pour les

Grecs, que ne le furent jamais les Turcs pour lui.

Il faut donc reconnaître que, dans ces conditions, la victoire était

pour les Grecs infiniment plus difficile à remporter sur les Bulgares

qu'elle ne l'avait été pour ceux-ci à remporter sur les Turcs.

Et j'ajouterai encore que les spécialistes les plus pointilleux n'auront

plus cette fois à faire aux Grecs les objections qu'ils leur ont faites

pour les batailles de Sarantaporou et de Yénitza, à savoir qu'elles ne

comportaient pas, comme celle de Lule-Bourgas, toutes les phases

«réglementaires» d'une grande bataille moderne, depuis le premier combat

de rencontre entre l'avant-garde de l'armée qui se met en marche, après

une première attaque manquée de l'ennemi, et les avant-postes de

celui-ci dont elle ignore absolument les emplacements, jusqu'à la

poursuite définitive que de brillantes contre-attaques du vaincu n'ont

pu empêcher ni retarder.

Ceci dit, voyons comment s'est développée cette bataille, non dans l'un

ou l'autre de ses épisodes particuliers, mais dans son ensemble.

L'Illustration, No. 3675, 2 Août 1913 · 第 21 / 44 题