Pourtant la misère, cette carne, elle tape à grands coups de marteau sur

les crânes, elle creuse ses galeries, la gale, et vire virus, écorche,

diablesse, d’un ongle empoisonné la fragile peau de terre, sous le poil

verdâtre des squares, moud son poivre, verse son vitriol entre les

cuisses des faubourgs. Alors au fond des cabarets, les mains dans les

poches de pantalon, l’enfance se gratte au sang. Il n’y a pas seulement

l’internationale prostitution des faux matelots, des faux petits garçons

en maillots cycliste, mais aussi celle, obligatoire, des gosses qui ne

veulent pas mourir de faim, et, dehors, grelottent, pour de vrai, sans

une chemise entre la vieille veste de mauvais drap et les épaules, le

dos, la poitrine.

Dans les bars qui les recueillent, au soir tombant, ils ont mal à la

tête, à cause de la chaleur et des désirs qu’il faut perpétuellement

tâcher de feindre. Il pleut de la poussière. Or, l’étouffante grisaille,

le mica brouillé devant la force rose, ingénue, cette transparence de

sale rideau, seule les crève la jeune fille, comme l’écuyère des cirques

le cerceau de papier blanc mis en obstacle à sa course.

Elle entre, les joues, les mains glacées de nuit, et les garçons, à

serrer ses doigts dans leurs grosses pattes, déjà ne se sentent plus en

danger de s’éteindre, de devenir aussi louchement incolores que la

salle, dont, au reste, l’atmosphère, le «_stimung_», excite les clients

bien plus, bien mieux que la multiple jeunesse, où ils pêchent sans

regarder.

* * * * *

L’amie de Dame de la Mer et Miss Patre, ayant énuméré les divers

attraits et spécialités de ces endroits, il est, au contraire, opté pour

ce que le Suissaud nomme un «lesbique lokal».

Le lesbique lokal n’a rien pour séduire, non plus, du reste, que ses

propriétaires, Frida et Mina, boulottes à fossettes, «très garçons

d’honneurs», un œillet à la boutonnière du veston bordé, les gros seins

au martyre sous la cuirasse de linge empesé.

Frida et Mina s’approchent, demandent des nouvelles de Dame de la Mer.

Frau Dr Herzog les prie de s’asseoir, et du ton orgueilleux que prennent

les mères pour vanter les qualités de leurs filles, leurs talents

domestiques et leurs promesses au piano, raconte la séance d’éonisme.

De son côté, Yolande, pour le Suissaud qui boit ses paroles, invente des

mensonges saugrenus.

La jeune Berlinoise danse.

Alors, Vagualame, à lui-même:

--Voici l’heure des soliloques. Seul et loque tu flottes sur une grande

marée de tristesse. Au lieu de te retourner, pour faire face au flot qui

galopait derrière toi, et, déjà, te mordait au talon, tu as continué ton

chemin, amusé d’objets, de marionnettes, accroché par n’importe quelle

goutte d’eau, que le premier rayon venu, pour la joie de ta frivolité,

métamorphose en prisme illusoire, en kaléidoscope à ne rien comprendre.

Et rappelle-toi, truqueur, quand tu étais malheureux, trahi ou crachant

le sang, tu t’inventais d’hypocrites consolations dont la plus

habituelle consistait à te dire que le spectacle était à l’intérieur.

Mais, à peine sorti de ta misère, tu repartais en quête d’un nouveau

labyrinthe de cocasseries.

Or, les Rosalba du monde entier, qui, pour se venger de leurs

charbonneuses Batignolles, s’intitulent voyantes et jettent leurs potées

de menaces, toutes les femmes à fakir, les Patata éprises de jumeaux

dalécarliens et prêtes à les renier pour trente paires d’Indous mâles,

les belles goitreuses et leurs Suissauds de frères, les Frau Dr Herzog à

figure d’avant-après, Balzac et Mme Hanska, Ibsen et Emma Psychologie,

et une autre Emma, Emma Bovary, celle de Flaubert (encore un éoniste,

et, qui prétendait: _Mme Bovary, c’est moi_), les Dames de la Mer bien

rabotées,

_Sans fesses ni tétons.

Comme la poupée à Janeton_,

les Miss Patre prénommées Cléo, toute cette clique, lorsque tu en as

bien regardé les grimaces, tu te demandes:

--Et après?...

--Après? Rien.

La grande marée de tristesse se retire. Elle t’a déposé dans un

cul-de-sac.

Mais cette fois, au lieu d’aller interroger une pythonisse en chambre,

pose plutôt quelques questions à la jeune Allemande, votre guide, qui

vient de se rasseoir à côté de toi. Demande-lui n’importe quoi. Par

exemple, comment elle s’appelle.

Réponse: On l’a surnommée Carlina, parce qu’elle ressemble aux chiens à

la mode sous Louis XIV, tels qu’on en voit sur toutes les estampes du

XVIIe.

Toi, Vagualame, tu as l’air d’un pékinois.

Ne va point, de ce fait, hasarder une comparaison.

Ton chaos n’est pas la force, tandis que la jeune fille, malgré son

irrégularité, ne mérite pas l’injure bien française de minois chiffonné.

Donc, impossible de jouer au narcissisme.

Dommage, car se confondre avec l’objet d’un amour possible, puis avec ce

possible amour, et, de fil en aiguille, avec l’amour tout court, donne

excellente opinion de soi, et, après le spectacle chez Cerf-Mayer de

tous ces malheureux et malheureuses acharnés à sortir de leurs peaux, tu

voudrais bien te sentir à l’aise dans la tienne. Ta vie antérieure, tu

la détestes, tu la renies. Mais, le présent?

Les yeux de la jeune Berlinoise, ces yeux dont tu ne t’es pas même donné

la peine de constater la couleur exacte, déjà tu as subi leur charme. A

l’extrême limite du soir, de l’indécision, leur regard rédempteur s’est

allumé. Éclair tombé de très haut, mais qui, doucement, glisse sur l’eau

de ta détresse. Et surtout que cette électricité ne s’arrête pas en

chemin. Plus loin qu’elle, plus loin que toi, hors d’elle, hors de toi,

il y a elle et toi, il y a vous.

Toi + elle = vous.

Troublante synthèse des syllabes, mais, la chimie a bien d’autres

mystères. Et puis, des formules, tu en as plein les poches, plein la

tête et le cœur. Tu sens bon la terre de France, comme disait la

chauvine Rosalba. Développe cette proposition de l’ancienne dompteuse de

puces, approfondis et avoue que tu étais bien doué pour la rhétorique.

Tes négligences, ton désordre, ils étaient encore appliqués, organisés.

Si tu as battu la campagne ce n’était point défaut d’intelligence, mais

parce que nulle loi fatale ne commandait à ta vie.

Alors, pourquoi ici plutôt que là, plutôt qu’ailleurs?

Tu fais n’importe quoi, avec n’importe qui, n’importe où, n’importe

comment et tu veux que ce soit de la belle ouvrage.

Imagine une plaine, une steppe, et sur cette plaine, cette steppe, un

vent ni du Nord, ni du Sud, ni de l’Est, ni de l’Ouest, mais à la fois

du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest et encore du Sud-Est et du

Nord-Ouest, du Nord-Est et du Sud-Ouest.

Les plus fragiles ombellifères, ces voyageurs qu’enfant tu soufflais, le

tourbillon des forces contradictoires les martyrise, les roule mais ne

les lance, car il ne saurait envoyer même à un mètre ce qu’une haleine

puérile jetait au ciel.

Ainsi, toi, qui, sans délectation, voulus aimer toutes les violences de

la chair et de l’esprit, altéré des filtres sorciers, épris des végétaux

magiques, des mots à charme incantatoire, toujours prêt à grimper les

cinq étages des pythonisses faubouriennes, qui ouvrent grandes les

portes du futur sur de haillonneuses féeries pourpres et outre-mer,

comme, à l’aube du printemps, les fenêtres de leurs taudis sur un ciel

ressuscité malgré les grasses fumées, toi qui souhaitais la corde et le

fer le plus inexorables pour l’arc des désirs, dont tu espérais qu’ils

t’enverraient, flèche, aux étoiles, toi encore, à la même place dans le

carquois, épileptique gigoteur de la grandiloquente, tu te retrouves

plus fripé que ces déguenillées pompeuses, chapeau à plumes, falbalas,

volants gorge de pigeon, et dentelles de tous les âges et couleurs,

paquets de vieux chiffons endormis sur les quais.

Tu rêves de tremblement de terre, mais dilettante anémique, tu les

aurais dégustés, comme sa petite secousse ce vieux parapluie de Barrès.

Et, dis, à quoi bon le protocole de la sensualité, les corps savants,

l’amour dans ses trente-deux positions, sous toutes ses formes et

perversités; à quoi bon, encore, l’alcool et les drogues, dont tu

essayas bien des variétés, si, de tes essais, tu n’as pas même contracté

ce qui, du côté cour se nomme vice, et passion du côté jardin? Tu n’en

es pas moins fier d’une expérience qui te permettrait d’y aller de

petites descriptions charnelles, très Baedecker, d’un naturalisme à vous

retourner les doigts de pied. Il y a aussi les considérations un

tantinet pharmaceutiques, à propos des paradis artificiels, et je

t’entends jaspiner des heures et des heures, évoquer les grands fauves

qui de ta défectueuse et sautillante personne n’ont pas même daigné

faire leur proie. La maladie, tu y as renoncé quand tu as eu vu, de tes

yeux vu, comment, au plus haut étage du sanatorium gratte-ciel, le

silence, l’immobilité, sournois complices, aidaient à mourir. Alors,

pour une fois, tu as eu la force de ta colère, trop de force pour te

contenter d’une révolte sur place, d’un dancing de Kurhaus, où faisait

l’aumône d’un sourire très bien imité une jeune femme quasi

transparente, si maigre, si lasse, qu’elle ne pouvait plus danser que

posée sur les pieds de son cavalier, moins lourde, certes, qu’au poing

du chasseur le faucon des récits médiévaux.

Mais, pour avoir refusé une fin dans l’altitude et le froid, tu n’en as

guère plus de raisons de te continuer.

Tu es à Berlin.

Pourquoi?

Réponds, si tu peux.

Tu n’as rien à dire?

Alors, ôte ton masque.

Tiens, tu me ressembles comme un frère.

Et, s’il te plaît, le nom qui te désignait, avant la rue des

Paupières-Rouges?

Tu dis?... René Crevel?

Mais tu es moi. Je suis toi. On est le même.

Donc de Vagualame, c’est-à-dire de René Crevel, je ne parlerai point à

la troisième personne, non plus que je ne lui parlerai à la seconde.

Mais, auparavant, il importe de liquider nos autres héros, de leur faire

un sort.

Yolande, par exemple, au sortir de chez Frida et Mina, est rentrée à son

hôtel qu’elle a eu le tort de choisir dans le voisinage du Zoo, dont les

émanations, imperceptibles aux narines humaines, ont grisé ses chers

animaux. Le rat qui pèse cinquante kilos s’est mis à grignoter les pieds

de l’impassible fakir, tandis que le taureau d’appartement essayait de

l’éventrer. Mais le ratatiné était si durement ascétisé que le premier

s’y cassa les dents et le second les cornes. L’un et l’autre, tout de

même, s’obstinèrent à n’en point laisser une miette, et Yolande les

trouva endormis et repus. Elle comprit son malheur, se coucha, comme si

de rien n’était, et stoïque, mourut à l’aube, et, cette fois, pour de

bon. Il y eut scandale, enquête. On parla d’une affaire d’espionnage, de

mœurs. Le Dr Optimus, nommé expert, ne put apporter aucune conclusion,

et comme on ne parvenait pas à découvrir ni les assassins, ni le

véritable état civil de la victime, non plus, et pour cause, que le lieu

de refuge du fakir, soupçonné dès la première minute, la presse

nationaliste française se saisit de l’affaire pour, bien entendu, parler

d’espionnage. D’où une suite de beaux articles concluant: N’évacuons pas

la Ruhr et faisons la guerre au Maroc. Méfions-nous des fakirs, de

l’Inde, de l’Asie, de tout cet Orient prétendu impassible et mystique,

mais qui fait le jeu de l’impérialisme teuton et des bolcheviks. _Et

tutti quanti..._

Le taureau d’appartement et le rat qui pèse cinquante kilos, quoique

fort abîmés, furent recueillis au Zoo, où, d’ailleurs, ils ne tardèrent

point à mourir de consomption, car, devenus très profondément

masochistes, ils ne pouvaient vivre, l’un, sans le pal du chapeau cornu,

l’autre, sans les caresses du masque à mâchoires métalliques.

Le Suissaud continue à faire les honneurs de l’Institut sexuel, lorsque

son maître est en promenade.

Dans huit jours, Frau Dr Herzog accompagnera Dame de la Mer et Miss

Patre à Hambourg. Les deux jeunes filles s’embarqueront pour l’Amérique

où on a grand besoin d’elles à fin d’organiser la _sexual liberation_.

Mimi Patata vient de se découvrir enceinte. Elle n’est plus jeunette,

jeunette, mais nonobstant, compte accoucher d’au moins une paire de

jumeaux.

Moi, Vagualame, René Crevel, je suis de retour à Paris.

On bâtit des maisons neuves rue des Paupières-Rouges. Alors, pour me

consoler je cours les cartomanciennes. On me presse de devenir sérieux,

et, au lieu de demander aux autres, et à moi-même: «Êtes-vous fous?»,

d’achever un livre sur Diderot, entrepris depuis des années, soit d’en

commencer un sur Berlin, où j’affirme, si volontiers, que tout est

parfait.

Or, l’encyclopédiste peut attendre. Quant à la Ville, elle n’a pas

besoin de moi, la belle Prussienne. Et puis je n’aurai pas

l’outrecuidance de prétendre la connaître, après trois mois. D’ailleurs,

elle n’est pas, mais devient. Monde jaillissant, j’y ai enfin rencontré

des êtres jeunes, et surtout une, vraiment purs, quels que fussent les

gestes du moment, d’une pureté qui n’est pas le mot dont on veut, ici,

faire un nouveau snobisme, qu’on a tenté de remettre à la mode, en

l’assaisonnant à la sauce scandale. Mais la pureté demeure aussi

étrangère au scandale que, dédaigneuse de considérations mondaines et

domestiques, la fatalité. L’une comme l’autre, elles méprisent les jeux

de mots, de sexe, d’esprit, qui sont, pour le moins autant que _jeux de

mains, jeux de vilains_.

Et puis, à quoi bon les divertissements qui grignotent nos minutes, ces

rongeurs (comme feue Yolande, son rat), mais ne peuvent rien contre les

heures, dont les griffes ont blessé notre désert de soufre? Là-bas,

dit-on, des oasis offrent une ombre douce, des palmes, des jets d’eau.

Mais le siroco enflamme la mosaïque bleu ciel et rose des plus aimables

mensonges. Les sourciers, pliés sous la rafale du vent de feu,

parcourent le monde qu’ils emplissent des cris de leur désespoir, car le

coudrier n’est plus docile à la voix de l’eau. D’ailleurs, il n’y a plus

d’eau, hommes, pour votre soif. Les dallages aux lourds pavés dont vous

avez voulu vêtir le sol lui-même se fendent, sautent, s’éparpillent

poussières, à l’éclosion des volcans soudain allumés. La peur hurle!

Première sincérité depuis des siècles et des siècles. Il faut

recommencer par le commencement, par la rauque angoisse ancestrale, et

seule peut le miracle de la franchise ressuscitée la violence. La

violence. Expression même de ce _besoin de justice suprême_ dont parle

André Breton, dans son _Manifeste du surréalisme_, et sans quoi, quelque

chose, au plus secret de nous qui ne peut se tromper, affirme qu’il ne

saurait y avoir de vie intellectuelle, morale.

Et vous tous, dans vos sarcophages de relativisme sophistiqué, afin de

libérer vos ankyloses des bandelettes d’arguties et de sentiments

distingués, il fallait bien de la dynamite, et de la dynamite, encore de

la dynamite pour desserrer vos lèvres avaricieusement jointes.

Condamnées, exécutées, finies, la rhétorique, ses grimaces en prose et

en vers, les architectures dans le vide et cette harmonie formelle, sans

raison, puisqu’elle n’a pas encore trouvé son écho dans le silence du

cœur. Mais déjà les bouches tremblent, et, mieux qu’un savant discours,

leur bégaiement passionné affirme que la vérité n’est pas plus dans le

vin que dans le juste milieu. Donc, toi, mer du milieu, ô Méditerranée,

tes vignes, tes fleurs, tes complaisances parfumées, le maquillage de

tes roches rouges, de ton soleil, tes bords de sensualité, de ruse,

métal dont les trop habiles ciselures servent de rivages au miroir des

narcissismes civilisés, comment se laisser prendre à tant de

frauduleuses promesses, puisqu’il n’est pas, sur la terre, de paix pour

les hommes, même et surtout de bonne volonté.

Et que m’importe un _ailleurs_ que je ne saurais imaginer assez

différent de cet _ici_.

* * * * *

C’est le matin.

Le lit, bateau de fièvre, a fait naufrage.

Ouvert sur une aube, ce livre se ferme sur une aube.

La première, le froid la poignardait. Voici, gisante, la dernière.

Cette nuit, par la fenêtre ouverte, sont entrés la lune et ses

maléfices. L’insomnie a bu un lait de lumière, poison plus sûr que le

lait de ciguë. Et cependant le même breuvage fut un philtre pour des

amours qui se croyaient éternelles et paisible, sous les arbres, au fond

des parcs. Donc, bien des égoïsmes peuvent encore se conjuguer. Mais

toi, qui portes mon nom et mon visage, autant d’inutiles fardeaux,

naufragé, de personne tu n’accepteras le secours.

Immortel et glorieux Hercule, tu aurais voulu filer aux pieds d’Omphale.

Homme, et aussi incapable de suivre jusqu’à ses flamboyantes limites une

idée que d’élargir, par une respiration totale et bien rythmée, un

thorax défectueux, après avoir, en vain, tenté les gestes de

l’innocence, ce beau secret perdu, continue, solitaire, ton voyage dans

le chaos du temps. Immobile sera ta course, comme celles de ce carrosse

dont les roues tournaient sans bouger, tandis que couraient, au fond,

les décors de la féerie qui présentait la vie de Cendrillon à ton

éblouissement, la première fois que tu fus mené au théâtre.

Tels ces décors, de mystérieux _Gulf-Stream_ vont, viennent, labourent

les flots de la mappemonde spirituelle, où restent à découvrir tant

d’Amériques dont la Raison voudrait bien être, mais ne sera pas le

Christophe Colomb.

Docile aux courants, et non dans l’espoir d’un havre, car la plus

élémentaire pudeur ne veut plus du nommé Dieu, président du conseil

d’administration des compagnies d’assurances sur l’Éternité, en

attendant la mort et ses rivières souterraines, fais la planche,

fais-toi planche.

Et pas un signe aux vaisseaux fantômes des religions qui passent,

là-bas, à l’horizon, pas un cri vers ces navires hypothétiques.

Mais, pour les flâneurs de l’une et l’autre rive, pour les veules et les

escrocs qui s’autorisent de raisons sociales, patriotardes,

conventionnelles et autres, pour les grisâtres friands de mensonges

multicolores, que ta voix ressuscite, se gonfle, et toujours, encore,

interroge:

_Êtes-vous fous?_

* * * * *

Êtes-vous fous?

Sinon...

ACHEVÉ D’IMPRIMER

LE 2 AVRIL 1929

PAR EMMANUEL GREVIN

A LAGNY-SUR-MARNE

ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

(EXTRAIT DU CATALOGUE)

LOUIS ARAGON

Anicet

Le Libertinage

Le Paysan de Paris

Traité du Style

La grande Gaîté (en préparation)

ANDRÉ BRETON

Les Pas Perdus (Collection “Les Document Bleus”)

Nadja (avec 44 illustrations)

Introduction au Discours sur le Peu de Réalité (Tirage restreint)

Le Surréalisme et la Peinture (avec 77 photogravures)

PAUL ÉLUARD

Capitale de la Douleur

L’Amour la Poésie

BENJAMIN PERET

Le grand Jeu (Tirage restreint)

PIERRE NAVILLE

La Révolution et les Intellectuels

Êtes-vous fous? · 第 8 / 8 段