Alphonse XIII, «Majesté Catholique», ne pouvait venir à Paris sans
visiter Notre-Dame, où, avant lui, s'était arrêté le tsar, souverain
d'un pays schismatique, chef même d'une religion schismatique.
L'accueil qui a été fait mardi au jeune souverain par le vénérable
cardinal-archevêque de Paris, à la tête de tout le chapitre en habits de
choeur, a été d'une imposante solennité.
La basilique est toute remplie des souvenirs des rois de France,
ancêtres lointains du roi d'Espagne, et M. l'abbé Pousset, archiprêtre
de Notre-Dame, qui était, aux côtés du cardinal Richard, le cicerone
désigné d'Alphonse XIII, les évoquait à chaque pas.
Parmi les richesses du trésor de Notre-Dame sur lesquelles on a plus
particulièrement attiré l'attention du roi, il est des reliques qu'à
l'occasion de cette auguste visite on avait exposées comme aux jours des
plus grandes fêtes, où elles sont offertes à la vénération des fidèles.
Ce sont les reliques de la Passion, celles qu'on appelle les «grandes
reliques», et une relique de saint Louis, aïeul d'Alphonse XIII.
C'est dans le petit choeur, à la chapelle qui occupe l'extrémité de
l'abside et qu'éclairent de belles verrières, qu'Alphonse XIII a pu leur
rendre ses dévotions.
Les reliques de la Passion avaient été placées sur l'autel que couronne
une statue de la Vierge. La relique de saint Louis était sur une petite
crédence revêtue de dentelles, à côté de l'autel et un peu en arrière,
car la liturgie catholique ne permet pas d'exposer sur le même autel,
près de reliques du Christ, des reliques de saints.
[Illustration: (partition musicale) MARCHE NATIONALE ESPAGNOLE]
Les grandes reliques de Notre-Dame comprennent la couronne du Christ, un
des clous de la crucifixion et un morceau de la sainte Croix. La
couronne est celle que saint Louis acheta, en 1209, de Baudoin II,
empereur d'Orient. Il alla la chercher jusqu'à Sens, la rapporta pieds
nus, en robe de bure, et, pour l'abriter, construisit cet admirable
reliquaire, la Sainte-Chapelle.
Les trois reliques sont disposées sur une croix de bois d'olivier très
simple, qui fut construite sous la Restauration.
La couronne n'est nullement, comme on le dit couramment, une couronne
d'épines. C'est une sorte de lien, de fibres de jonc marin assemblées,
un bout de licol, peut-être, qui servit à assujettir sur la tête du
Christ une poignée d'épines. Elle est enfermée dans un précieux
reliquaire de cristal, d'or et d'émaux, et retenue à la croix par une
agrafe ciselée. Le clou est enfermé également dans un étui de verre à
monture d'or. Il occupe le centre de la croix, entre deux faux clous de
vermeil ou d'or. Enfin, la gaine de cristal qui protège le bois de la
vraie croix--également acquis par saint Louis de Baudoin II--vient se
poser au-dessous de la couronne, retenue dans des armatures d'or. La
croix porte-reliquaires est posée elle-même sur un socle très simple,
revêtu de velours pourpre.
La relique de saint Louis, sa mâchoire, est exposée dans un reliquaire
doré, de style gothique, tout moderne, mais surmonté d'une très belle
oeuvre d'art du quatorzième siècle, l'une des plus précieuses que
conserve le trésor de Notre-Dame. C'est, un buste du saint roi, le front
ceint de la couronne de France, et vêtu d'un manteau fleurdelisé. La
physionomie est d'un grand caractère, à la fois grave et douce et très
simple.
Le travail est exécuté en lames d'argent repoussées sur une âme de vieux
chêne, et relevées de cabochons. Il est superbe, et tout à fait digne du
renom que s'étaient acquis nos vieux artisans. C'est un spécimen
remarquable de l'art français ancien.
[Illustration: L'arrivée à Paris: le roi monte en voiture.]
[Illustration: Le cortège partant de la gare de la porte Dauphine.]
[Illustration: Promenade dans Paris.]
[Illustration: Écoutant le discours des étudiants devant le Panthéon.]
[Illustration: Promenade dans Paris.]
Attitudes et expressions de physionomie d'Alphonse XIII, d'après des
photographies instantanées.
[Illustration: Sortie du Panthéon.]
[Illustration: Arrivée à l'Hôtel de Ville.]
[Illustration: Les forts de la Halle attendant le roi.]
[Illustration: L'arc de triomphe de l'Alimentation.]
[Illustration: La muse de l'Alimentation et ses demoiselles d'honneur.]
LE ROI ALPHONSE XIII A PARIS.--Instantanés des deux premières journées
(30 et 31 mai).
LE ROI ALPHONSE XIII A PARIS.--La visite à Notre-Dame (31 mai). Le roi
agenouillé devant les grandes reliques dans le petit choeur (chapelle de
N.-D. de la Compassion).
LES HAUTS PERSONNAGES
DE LA SUITE DU ROI.
[Illustration: M. de Villa-Urrutia, ministre des Affaires
étrangères.--_Phot. Alexandre._]
[Illustration: Le duc de Sotomayor, grand maître de la Cour.--_Phot.
Franzen._]
[Illustration: Le duc de Santo-Mauro, gentilhomme de la Chambre.--_Phot
Franzen._]
[Illustration: Le général de Bascaran, chef de la maison
militaire.--_Phot. Nieto_.]
[Illustration: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12.
1. M. Leon y Castillo fils.--2. M. Y. La Torre.--3. M. Douga.--4. M. La
Huerta.--5. M. Leon y Castillo, marquis del Muni.--6. M. Douga.--7.
Marquis de Viana.--8. H. Riano.--9. M. Echagüe. 10. Comte de Aguera. 11.
Marquise del Muni.--12. Mme Riano. A L'AMBASSADE D'ESPAGNE A PARIS.--Le
marquis et la marquise del Muni, entourés des secrétaires et attachés de
l'ambassade. _Phot. Munoz de Baena._]
[Illustration: Buste d'Alphonse XII. AU MINISTÈRE DES AFFAIRES
ÉTRANGÈRES.--Chambre à coucher de S. M. Alphonse XIII.]
[Illustration: Vasque fleurie.] [Illustration: Le vaisseau de la Ville
de Paris.] [Illustration: Vase dit de l'Alhambra.]