C'était le 24 décembre![4]

L'aube de Bethléem dorait le front de Rome!

Comme dit le vers sublime de Victor Hugo.

[Note 4: Il est à remarquer que la première revue passée par notre Président

de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, est l'anniversaire

demi-séculaire du 3 nivôse (24 décembre 1800).]

On vit alors quelques hommes quitter les loges et les stalles, et sortir

du théâtre avec cette nonchalance affectée qui annonce une grande

vivacité d'action.

Arrivés sous le péristyle, ils se ruèrent avec la foule vers le lieu où

le crime infernal venait de s'accomplir.

Toutes les maisons s'étaient spontanément illuminées dans la rue

Richelieu et dans les petites ruelles qui rayonnent de la rue

Saint-Honoré et aboutissent au Carrousel.

Chaque fenêtre encadrait des groupes haletants, qui interrogeaient avec

des yeux effarés les mystères de la place publique.

Le spectacle était lugubre.

On voyait passer, à la lueur des torches, des civières sanglantes,

chargées de lambeaux humains, que suivaient des enfants et des femmes,

avec des cris de désolation.

Parmi ces hommes qu'une pensée de désordre faisait sortir de l'Opéra, se

trouvait le jeune Maurice Dessains.

Avec cette candeur et cette naïveté primitives qui distinguent les

conspirateurs de tous les temps et de tous les pays, il ne vit d'abord

que des complices inconnus, dans cette foule qui encombrait toutes les

avenues de la rue Richelieu, et n'ayant pas encore apprécié le véritable

caractère de ce complot, il s'attendait à une insurrection, et n'élevait

aucun doute sur le succès.

Ce qu'il entendit en parcourant toutes les lignes de cette foule

orageuse, ne lui permit pas de garder longtemps ses illusions de

conspirateur.

Toutes les voix vomissaient des malédictions contre les assassins.

Toutes les mains étaient levées au ciel pour lui demander que la foudre

tombât sur eux.

Impossible d'accuser d'hypocrisie tout ce peuple qui fulminait cet

immense anathème et chantait la gloire du premier consul.

Il fallut bien rejeter au loin l'espoir d'un nouveau 13 vendémiaire, et

s'éloigner en toute hâte de cette foule irritée, qui cherchait sur

chaque visage suspect cette pâleur délatrice qui annonce un criminel.

Maurice Dessains se dirigea lentement vers la maison de son ami Genest,

et, chemin faisant, il apprit tous les détails de l'horrible attentat.

Au coin de la rue de Rohan, un orateur monté sur une borne racontait les

incidents du crime et en rejetait tout l'odieux sur le parti

républicain.

Maurice, plus indigné que prudent, osa donner un démenti à cette

assertion.

Des murmures menaçants s'élevèrent autour de lui, et comme les actes

allaient succéder aux paroles, il recula devant une lutte inégale et se

réfugia dans l'allée sombre de la maison de son ami.

La mansarde de la jeune et pauvre Louise était habitée par la mort et le

désespoir.

L'épouvantable explosion de la machine infernale de la rue Saint-Nicaise

avait retenti dans la rue de Rohan qui en est si voisine.

Genest se galvanisa un instant, étendit sa main droite vers la fenêtre,

et murmura ces mots avec son dernier souffle:

--La bataille commence et je n'y suis pas!

Louise se précipita sur lui... Il était mort.

Maurice Dessains entra, et trouva la jeune femme sanglotant sur un

cadavre.

La pâle clarté d'une veilleuse assombrissait encore cette scène de

deuil.

La rue Mesnars.

Le transporté (1/4) · 第 16 / 23 题