I.

La rue est une large allée plantée de grands arbres et bordée d’assez

beaux hôtels. Elle fut ouverte par l’intendant d’Étigny, qui, pour ce

méfait, manqua d’être lapidé. Il fallut faire venir une compagnie de

dragons pour forcer les Luchonnais à souffrir la prospérité de leur

pays.

Au bout de l’allée, un joli chalet, semblable à ceux du Jardin des

Plantes, abrite la source du Pré. Ses murs sont un treillis bizarre de

branches tortueuses garnies de leur écorce; son toit est en chaume; son

plafond est une tapisserie de mousses. Une jeune fille assise auprès des

robinets distribue aux baigneurs des verres d’eau sulfureuse. Les

toilettes élégantes arrivent vers quatre heures. En attendant, on

s’assied à l’ombre sur des bancs de bois tressés, et l’on regarde les

enfants qui jouent sur le gazon, les rangées d’arbres qui descendent

vers la rivière, et la large plaine verte, semée de villages.

Au-dessous de la source sont les Thermes, qu’on achève, et qui seront

les plus beaux des Pyrénées. Aujourd’hui le champ voisin est encore

chargé de matériaux; la chaux fume tout le jour et fait flamboyer et

frissonner l’air.

La cour des bains renferme un grand autel votif, portant une amphore sur

l’une de ses faces et cette inscription:

NYMPHIS.

AUG.

SACRUM.

On a conservé encore ces deux autres:

NYMPHIS LIXONI DEO

T. CLAUDIUS FABIA FESTA

RUFUS V. S. L. M.

V. S. L. M.

Ce dieu Lixon, dit-on, était du temps des Celtes le dieu protecteur du

pays. De là le nom de Luchon. Il est estropié et non détruit. Les dieux

sont vivaces.

Voyage aux Pyrénées · 第 144 / 176 题