IV.

La route est bordée de vignes, dont chaque pied monte à son arbre, orme

ou frêne, le couronne d’une fraîche verdure, et laisse retomber ses

feuilles et ses vrilles en panache. La vallée est un jardin étroit et

long, entre deux chaînes de montagnes. Sur les basses pentes sont de

belles prairies où les eaux vives courent aménagées dans des rigoles,

arroseuses lestes et babillardes; les villages sont posés sur la petite

rivière; des ceps montent le long des murs poudreux. Des mauves, droites

comme des cierges, lèvent au-dessus des haies leurs fleurs rondes,

brillantes comme des roses de rubis. Des vergers de pommiers passent à

chaque instant des deux côtés de la voiture. Des cascades tombent dans

chaque anfractuosité de la chaîne, entourées de maisons qui cherchent un

abri. La chaleur et la poussière sont si grandes, que l’on est obligé, à

toutes les sources qu’on rencontre, de laver avec une éponge les narines

des chevaux. Mais, au fond de la vallée, s’élève un amas de montagnes

noires, âpres, dont les têtes sont blanches de neige, qui nourrissent la

rivière et ferment l’horizon. Enfin, nous passons sous une allée de

beaux platanes, entre deux rangées de villas, de jardins, d’hôtels et de

boutiques. C’est Luchon, petite ville aussi parisienne que Bigorre.

[Illustration: Vallée de Luchon. (Page 324.)]

Voyage aux Pyrénées · 第 142 / 176 题