La route est bordée de vignes, dont chaque pied monte à son arbre, orme
ou frêne, le couronne d’une fraîche verdure, et laisse retomber ses
feuilles et ses vrilles en panache. La vallée est un jardin étroit et
long, entre deux chaînes de montagnes. Sur les basses pentes sont de
belles prairies où les eaux vives courent aménagées dans des rigoles,
arroseuses lestes et babillardes; les villages sont posés sur la petite
rivière; des ceps montent le long des murs poudreux. Des mauves, droites
comme des cierges, lèvent au-dessus des haies leurs fleurs rondes,
brillantes comme des roses de rubis. Des vergers de pommiers passent à
chaque instant des deux côtés de la voiture. Des cascades tombent dans
chaque anfractuosité de la chaîne, entourées de maisons qui cherchent un
abri. La chaleur et la poussière sont si grandes, que l’on est obligé, à
toutes les sources qu’on rencontre, de laver avec une éponge les narines
des chevaux. Mais, au fond de la vallée, s’élève un amas de montagnes
noires, âpres, dont les têtes sont blanches de neige, qui nourrissent la
rivière et ferment l’horizon. Enfin, nous passons sous une allée de
beaux platanes, entre deux rangées de villas, de jardins, d’hôtels et de
boutiques. C’est Luchon, petite ville aussi parisienne que Bigorre.
[Illustration: Vallée de Luchon. (Page 324.)]