La rue est pleine de figures mornes: jurisconsultes, banquiers, gens
fatigués par les travaux de cabinet, ou ennuyés parce qu’ils ont trop de
fortune et trop peu de chagrin. Le soir, ils vont à Frascati ou
regardent les badauds qui se coudoient entre les boutiques du Cours. Le
jour, ils boivent et se baignent un peu, montent à cheval et fument
beaucoup. Les bouffis, étalés sur un fauteuil, digèrent; les maigres
étudient le journal; les jeunes dissertent avec les dames sur le temps
qu’il fait; les dames s’occupent à bien arrondir leurs jupes; les vieux,
qui sont philosophes et critiques, prennent du tabac ou regardent les
montagnes avec des lunettes, pour vérifier si les gravures sont exactes.
Ce n’est pas la peine d’avoir tant d’argent pour avoir si peu de
plaisir.
Cet ennui prouve que la vie ressemble à l’Opéra; pour y être heureux, il
faut l’argent de l’entrée, mais aussi le sentiment de la musique. Si
l’argent vous manque, vous restez dehors à la pluie parmi les
décrotteurs; si le sentiment vous manque, vous dormez maussadement dans
votre superbe loge. Je conclus qu’il faut tâcher de gagner les quatre
francs du parterre, mais surtout apprendre la musique.
Les promenades sont trop propres et rappellent le bois de Boulogne; çà
et là un balai fatigué appuie contre un arbre sa silhouette oblique. Du
fond d’un fourré, les sergents de ville lancent sur vous leur regard
d’aigle, et le crottin décore les allées de ses monticules poétiques.
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Un malade amène toujours avec lui un ou plusieurs compagnons. Quel est
l’être assez déshérité du ciel pour ne pas avoir un parent ou un ami qui
s’ennuie? et quel est l’ami ou le parent assez ingrat pour refuser un
service qui est une partie de plaisir? le malade boit et se baigne;
l’ami chausse des guêtres ou monte à cheval: de là l’espèce des
touristes.
Cette espèce comprend plusieurs variétés, qu’on distingue au ramage, au
plumage et à la démarche. Voici les principales: