LUZ

I

Luz est une petite ville toute rustique et agréable. Les rues, étroites

et cailloutées, sont traversées d’eaux courantes; les maisons grises se

serrent pour avoir un peu d’ombre. Le matin arrivent des bandes de

moutons, des ânes chargés de bois, des porcs grognons et indisciplinés,

des paysannes pieds nus, qui marchent en filant près de leurs

charrettes. Luz est le rendez-vous de quatre vallées. Gens et bêtes s’en

vont sur la place: on fiche en terre des parapluies rouges. Les femmes

s’asseyent auprès de leurs denrées; autour d’elles, des marmots aux

joues rouges grignotent leur pain et frétillent comme une couvée de

souris: on vend des provisions, on achète des étoffes. A midi, les rues

sont désertes; çà et là vous voyez dans l’ombre d’une porte une figure

de vieille femme assise, et vous n’entendez plus que le bruissement

léger des ruisseaux sur leur lit de pierres.

Les figures ici sont jolies: c’est plaisir de regarder les enfants avant

que le soleil et le travail aient déformé leurs traits. Ils trottinent

joyeusement dans la poussière, et tournent vers le passant leur minois

rondelet, déluré, leurs yeux parlants, avec des mouvements menus et

brusques. Lorsque les jeunes filles en jupe rouge retroussée, en capulet

de grosse étoffe rouge, s’approchent pour vous demander l’aumône, vous

voyez, sous la couleur crue, l’ovale pur d’une figure fine et fière, un

teint mat, presque pâle, et le doux regard de deux grands yeux calmes.

Voyage aux Pyrénées · 第 78 / 176 题