IV.

A Lestelle, à peine arrivés, de toutes parts on nous déclare qu’il faut

visiter la chapelle. Nous passons entre des rangées de boutiques

chargées de chapelets, de bénitiers, de médailles, de petits crucifix, à

travers un feu croisé d’offres, d’exhortations et de cris. Après quoi

nous sommes libres d’admirer l’édifice, et nous n’usons pas de cette

liberté. Il y a bien sur le portail une vierge assez jolie dans le style

du dix-septième siècle, quatre évangélistes en marbre, et dans

l’intérieur quelques tableaux passables; mais le dôme bleu étoilé d’or a

l’air d’une bonbonnière, les murs sont déshonorés d’estampes achetées

rue Saint-Jacques, l’autel est encombré de colifichets. Ce trou doré

est prétentieux et triste; en si beau pays le bon Dieu est mal logé.

La pauvre petite chapelle s’adosse comme un nid à une grosse montagne

boisée de buissons verts serrés, qui s’étale opulemment sous la lumière

et chauffe son ventre au soleil. La route arrêtée brusquement se courbe

et traverse le Gave. Le joli pont, d’une seule arche, pose ses pieds sur

la roche nue et laisse pendre sa chevelure de lierre dans l’eau glauque

tournoyante. On monte sur de belles collines boisées où pâturent les

vaches et dont les pentes arrondies descendent mollement jusqu’à la

rivière. On approche de Saint-Pé, frontière du Bigorre et du Béarn.

Saint-Pé renferme une curieuse église romane à porte sculptée. Une

poussière lumineuse dansait dans son ombre chaude; les yeux plongeaient

avec volupté dans le profond enfoncement; les reliefs y nageaient dans

une noirceur vivante. Puis tout d’un coup un tintamarre de coups de

fouets, de roues grinçantes et roulantes, de pavés froissés qui

pétillent; puis l’interminable haie des murs blancs qui courent à droite

et à gauche, plaqués de lumière crue; puis la subite ouverture du ciel

et le triomphe du soleil, dont la fournaise flamboie au plus haut de

l’air.

Voyage aux Pyrénées · 第 76 / 176 题