A Lestelle, à peine arrivés, de toutes parts on nous déclare qu’il faut
visiter la chapelle. Nous passons entre des rangées de boutiques
chargées de chapelets, de bénitiers, de médailles, de petits crucifix, à
travers un feu croisé d’offres, d’exhortations et de cris. Après quoi
nous sommes libres d’admirer l’édifice, et nous n’usons pas de cette
liberté. Il y a bien sur le portail une vierge assez jolie dans le style
du dix-septième siècle, quatre évangélistes en marbre, et dans
l’intérieur quelques tableaux passables; mais le dôme bleu étoilé d’or a
l’air d’une bonbonnière, les murs sont déshonorés d’estampes achetées
rue Saint-Jacques, l’autel est encombré de colifichets. Ce trou doré
est prétentieux et triste; en si beau pays le bon Dieu est mal logé.
La pauvre petite chapelle s’adosse comme un nid à une grosse montagne
boisée de buissons verts serrés, qui s’étale opulemment sous la lumière
et chauffe son ventre au soleil. La route arrêtée brusquement se courbe
et traverse le Gave. Le joli pont, d’une seule arche, pose ses pieds sur
la roche nue et laisse pendre sa chevelure de lierre dans l’eau glauque
tournoyante. On monte sur de belles collines boisées où pâturent les
vaches et dont les pentes arrondies descendent mollement jusqu’à la
rivière. On approche de Saint-Pé, frontière du Bigorre et du Béarn.
Saint-Pé renferme une curieuse église romane à porte sculptée. Une
poussière lumineuse dansait dans son ombre chaude; les yeux plongeaient
avec volupté dans le profond enfoncement; les reliefs y nageaient dans
une noirceur vivante. Puis tout d’un coup un tintamarre de coups de
fouets, de roues grinçantes et roulantes, de pavés froissés qui
pétillent; puis l’interminable haie des murs blancs qui courent à droite
et à gauche, plaqués de lumière crue; puis la subite ouverture du ciel
et le triomphe du soleil, dont la fournaise flamboie au plus haut de
l’air.