II.

Au delà de Pau, s’étend un pays riant, doré de moissons, où le Gave tord

ses replis bleus entre des grèves blanches. Sur la droite, dans un voile

lointain de vapeur lumineuse, les Pyrénées lèvent leurs cimes dentelées

et les pointes nues de leurs rocs noirs. Leurs flancs, que les eaux

d’hiver sillonnent, sont parfaitement rayés et comme labourés par un

râteau de fer. On voit s’ouvrir le pays pittoresque et les grandes

montagnes; les clôtures des champs sont en galets roulés; dans leurs

fissures foisonnent des graminées ondoyantes, de jolies bruyères, des

touffes de sédums jaunes et surtout de petits géraniums roses qui

brillent au soleil comme des étoiles de rubis. On est tout porté à

chercher des nymphes; nous en rencontrons six dans un verger, non pas à

la vérité dansantes, mais crottées. Elles mangent du pain et du fromage,

et nous regardent la bouche béante, accroupies sur leurs talons.

Voyage aux Pyrénées · 第 74 / 176 题