I
La voiture part des Eaux-Bonnes avec l’aube. Le soleil se lève à peine,
et les montagnes le cachent encore. De pâles rayons viennent colorer les
mousses du versant occidental. Ces mousses, trempées de rosée, semblent
s’éveiller sous la première caresse du jour. Des teintes roses, d’une
douceur inexprimable, se posent sur les sommets, puis descendent sur les
pentes. On n’aurait jamais cru ces vieux êtres décharnés capables d’une
expression si timide et si tendre. La lumière croît, le ciel s’élargit,
l’air s’emplit de joie et de vie. Un pic chauve au milieu des autres se
détache plus noir dans une auréole de flamme. Tout d’un coup entre deux
dentelures, part, comme une flèche éblouissante, le premier regard du
soleil.