II.

Le bateau s’amarre à une estacade, sous un amas de maisons blanches:

c’est Royan.

Voici déjà la mer et les dunes; la droite du village est noyée sous un

amas de sable; là sont des collines croulantes, de petites vallées

mornes, où l’on est perdu comme dans un désert; nul bruit, nul

mouvement, nulle vie; de pauvres herbes sans feuilles parsèment le sol

mouvant et leurs filaments tombent comme des cheveux malades; de petits

coquillages blancs et vides s’y collent en chapelets, et craquent avec

un grésillement, partout où le pied se pose; ce lieu est l’ossuaire de

quelque misérable tribu maritime. Un seul arbre peut y vivre, le pin,

être sauvage, habitant des forêts et des côtes infécondes: il y en a ici

toute une colonie; ils se serrent fraternellement, et couvrent le sable

de leurs lamelles brunes; la brise monotone qui les traverse, éveille

éternellement leur murmure; ils chantent ainsi d’une façon plaintive,

mais avec une voix bien plus douce et bien plus harmonieuse que les

autres arbres; cette voix ressemble au bruissement des cigales,

lorsqu’en août elles chantent de tout leur cœur entre les tiges des blés

mûrs.

Un sentier tourne à gauche du village, au sommet d’un rivage rongé,

entre des flots de graminées qui s’étouffent. Le fleuve est si large

qu’on ne distingue point l’autre rive. La mer sa voisine lui donne son

reflux; les longues ondulations arrivent tour à tour contre la côte, et

versent leur petite cascade d’écume sur le sable; puis l’eau s’enfuit,

descendant la pente, jusqu’à la rencontre du nouveau flot qui monte et

la couvre; ces flots ne se lassent point, et leurs venues avec leurs

retours font penser à la respiration régulière d’un enfant endormi. Car

le soir est tombé, les teintes de pourpre brunissent et s’effacent. Le

fleuve se couche dans l’ombre molle et vague; à peine si, de loin en

loin, un reste de lueur part d’un flot oblique; l’obscurité noie tout de

sa poussière vaporeuse; l’œil assoupi cherche en vain dans ce brouillard

quelque point visible, et distingue enfin, comme une faible étoile, le

phare de Cordouan.

Voyage aux Pyrénées · 第 30 / 176 题