LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Pötnitz, le 1er octobre 1813.

«Mon cher maréchal, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait

l'honneur de m'écrire hier de Leipzig. J'en ai également reçu une cette

nuit du prince major général, en date du 29 septembre, par laquelle il

me mande que l'Empereur désire que votre corps d'armée soit employé dans

l'opération qui aura pour objet de faire lever le siége de Wittenberg.

En attendant qu'elle ait lieu, je pense que la position qu'il serait le

plus convenable de faire prendre à vos troupes, pour remplir le double

but de couvrir Leipzig et de m'appuyer au besoin, serait de placer une

de vos divisions à Düben, une autre à Bitterfeld et Delitzsch, et la

troisième qui, avec la cavalerie du général Latour-Maubourg, couvrirait

les communications de Dresde, pourrait être établie à Wurtzen.

Dites-moi, mon cher maréchal, si vous jugez à propos de faire exécuter

ce mouvement à votre corps d'armée, afin que, si vous y consentez, je

puisse faire serrer sur moi les troupes que j'ai sur ces divers points,

et qui me seront très-utiles pour resserrer et observer l'ennemi et

l'empêcher de passer l'Elbe en corps d'armée. Je pense que le général

Dalton se décidera enfin bientôt à envoyer d'Erfurth à Leipzig les

troupes dont il peut disposer, et qui sont au nombre de douze mille

hommes, et que dès lors M. le duc de Padoue n'aura plus besoin de votre

appui ni du mien pour conserver cette ville.

«Nous ouvrons la tranchée devant la tête de pont de l'ennemi, entre la

droite de la Mulde et la gauche de l'Elbe, et nous élevons des

batteries: déjà tous ses postes sont rentrés, et nous sommes à quatre

cents toises de ses ouvrages; j'espère que demain nous nous en serons

approchés à deux cents. Lorsque cette opération sera terminée sur cette

rive de la Mulde, je la ferai faire également sur la rive gauche. Je

fais aussi établir sur cette rivière un pont de bateaux à six cents

toises de la tête de pont, afin que mes troupes puissent rapidement

passer d'une rive à l'autre et se soutenir au besoin. On s'occupe

également à retrancher les points principaux de Dessau, de manière à

mettre cette ville à l'abri d'un coup de main et à en faire une espèce

de tête de pont. Woronzow et Czernitchef sont toujours entre Acken et

Dessau avec quelques détachements d'infanterie. Mais ce ne sera que

lorsque j'aurai mis l'ennemi dans l'impossibilité de déboucher par

Roslau que je pourrai m'occuper de forcer ces partisans à évacuer le

pays entre la Saale et la Mulde. Le camp principal de l'ennemi est

toujours à Roslau et le quartier général du prince de Suède à Zerbst.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9) · 第 118 / 167 题