«Harta, le 23 septembre 1813, une heure après midi.
«Mon cousin, l'ennemi a repassé en désordre la Sprée. Le duc de Tarente
doit, dans ce moment, être entré à Bautzen.--Mon intention est de faire
remplacer le général Normam par une colonne du corps du duc de Tarente
dans la journée de demain et de vous donner ordre de vous replier demain
sur Meissen. Aussitôt que le roi de Naples sera revenu à Dresde, le
général Latour-Maubourg sera sous vos ordres. Je dirige sur Meissen le
troisième corps, qui sera également sous vos ordres. Il arrivera à
Meissen le 25 ou au plus tard le 26.--Cela vous fera une forte armée,
avec laquelle vous serez prêt à vous porter partout où les circonstance
l'exigeraient. Faites préparer des vivres à Meissen et dans les
bailliages environnants. J'attache une haute importance au pont de
Meissen. Pressez les travaux du pont de Meissen, et fournissez tous les
ouvriers nécessaires aux travaux de la tête de pont. Il est inutile de
changer le pont de bateaux, puisque j'espère que, sous huit jours, le
pont de pierre sera réparé.--J'aurai un pont à Koenigstein, un pont à
Pirna, un pont à Pilnitz, trois ponts à Dresde et un pont à Meissen.
J'ai ordonné de construire, à une demi-lieue en avant du camp retranché
de la rive droite à Dresde, deux redoutes, l'une sur la route de Berlin,
et l'autre sur celle de Bautzen. Le duc de Tarente est chargé de la
garde de camp retranché, et occupera tous les débouchés de la forêt par
des postes retranchés à deux lieues en avant.--Par ce moyen, je pourrai
disposer des troisième, cinquième et huitième corps, et de la plus
grande partie de la cavalerie du général Sébastiani, ainsi que de toute
ma garde. Avec ces forces, je battrai l'ennemi de l'oeil, afin de
profiter de la première faute qu'il pourrait faire.--Envoyez un officier
au prince de la Moskowa pour lui faire connaître verbalement le contenu
de cette lettre, afin d'éviter que celui-ci puisse tomber entre les
mains de l'ennemi.--Le général Lefebvre-Desnouettes a battu Thielmann et
a rétabli la communication avec Erfurth. Je viens aussi de recevoir sept
estafettes de Paris tout à la fois.--Le cinquième corps de cavalerie
restera à Grossenhayn, et sera chargé de couvrir les routes de Meissen,
de Moritzbourg, etc.--Tenez vos postes en avant de Meissen le plus loin
que vous pourrez et aussi longtemps qu'il sera possible.--Faites
travailler, je vous le répète, avec la plus grande activité à la tête de
pont de Meissen en faisant relever vos ouvriers trois à quatre fois par
jour.--Vous verrez, par les ordres que vous recevrez du major général,
que, dès que vous aurez repassé l'Elbe, vous devez placer vos postes de
manière à garder parfaitement la rive gauche jusqu'à Torgau. Le
troisième corps y sera plus particulièrement destiné.--Je vous écrirai
plus en détail de Dresde, où je serai ce soir.
«NAPOLÉON.»
«P. S. Ne faites aucun mouvement que vous n'en receviez l'ordre du major
général.»