«2 septembre 1813.
«Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
m'écrire. Je n'exécute pas l'ordre qu'elle contient, parce que les
circonstances sont de nature à en rendre l'exécution impossible, et que,
faute apparemment de m'être bien expliqué, Votre Majesté ignore le
véritable état des choses.
«D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majesté m'ont trouvé près de
Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions
est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la
faire revenir devant l'ennemi.
«Ensuite, comme j'avais eu l'ordre précédemment de prendre position à la
droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohême,
la première opération que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la
position que j'avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur
toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs
centaines de toises. Toute la journée ne suffirait pas pour les
détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir
déboucher.
«Quant à l'ennemi, Sire, il n'a pas immédiatement l'attitude offensive,
et il n'y a pas eu ... de la grande chaîne une quantité assez
considérable de troupes pour espérer quelques résultats en cherchant à
les combattre.
«Je vais récapituler rapidement ce qui s'est passé depuis cinq jours,
afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situation de l'ennemi.
«Je l'ai poussé dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai
combattu près de Dippoldiswald, à Falkenheim et à Altenbourg. Il a été
culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire environ
quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du
combat de Zinnwald, j'ai porté une avant-garde à une lieue en avant,
c'est-à-dire à deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et
le plus épouvantable défilé que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat
j'ai appris l'événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement
changeant tout à fait ma position, j'ai dû m'arrêter, et j'ai passé le
jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde
dans la même position. Cette avant-garde fut attaquée avant-hier par
l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa
position. L'ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à
l'immense quantité de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz,
qu'il y avait une grande armée au débouché. Par d'autres rapports je
suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie
ferment ce passage.
«Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis
replié hier de Zinnwald sur Altenbourg où j'ai pris position.
«Toute la journée d'hier a été employée à faire des abatis et à établir
un bon système défensif. Ayant reçu l'ordre de mouvement sur
Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'exécuter, et mon artillerie
est partie hier au soir. Sa marche a été pressée ce matin par la lettre
que Votre Majesté m'a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle
elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3,
de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à
Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de
Zinnwald.
«L'ennemi a présenté d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille
hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles
étaient près de moi, parce qu'un défilé, des bois et des marais nous
séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce
qu'ils auraient été bientôt enlevés. Des paysans m'ont rendu compte
(mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et
du canon, étaient arrivés sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls
indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que
l'armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur
Toeplitz et s'est placée au pied de la montagne, et enfin que les
paysans qui arrivent de Toeplitz, où ils avaient accompagné les Russes,
pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant
Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le
moment de l'exécution n'est pas encore arrivé.
«Mes dernières troupes ont quitté Altenbourg à sept heures du matin.
L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux
escadrons.
«D'après tous ces motifs, Sire, et l'impossibilité où je suis d'exécuter
vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.»