«Dresde, le 13 août 1813, soir.
«Mon cousin, voici le parti que j'ai pris. Si vous avez quelques
observations à me faire, je vous prie de me les faire librement.--Le duc
de Reggio, avec les septième, quatrième et douzième corps et le
troisième corps de cavalerie, marchera sur Berlin dans le temps que le
général Girard, avec douze mille hommes, débouchera par Magdebourg, et
que le prince d'Eckmühl, avec vingt-cinq mille Français et quinze mille
Danois, débouchera par Hambourg. Il est actuellement à trois lieues en
avant de Hambourg, qui est devenu une place de première force; cent
pièces de canon y sont sur les remparts, et les maisons qui gênaient la
défense sont abattues, les fossés pleins d'eau. Le général Hoyendorp y
commande une garnison de dix mille hommes.--J'ai donné ordre au duc de
Reggio de se porter sur Berlin, en même temps que le prince d'Eckmühl
culbutera ce qu'il a devant lui, si l'ennemi lui est inférieur, et du
moins le poussera vivement quand il effectuera sa retraite. J'ai donc
cent vingt mille hommes qui marchent dans différentes directions sur
Berlin.--De ce côté-ci, Dresde est fortifié, et dans une position telle,
qu'il peut se défendre huit jours, même les faubourgs. Je le fais
couvrir par le quatorzième corps, que commande le maréchal Saint-Cyr; il
a son quartier général à Pirna; il occupe les ponts de Koenigstein qui,
protégés par la forteresse, sont dans une position inexpugnable. Ces
ponts ont un beau débouché sur Bautzen. La même division, qui fournit
des bataillons à Koenigstein, occupe Neustadt avec la cavalerie. Deux
divisions campent dans une très-belle position à Gieshubel, à cheval sur
les deux routes de Prague à Dresde. Le général Pajol, avec une division
de cavalerie, est sur la route de Leipzig à Carlsbad, éclairant les
débouchés jusqu'à Hof.--Le général Durosnel est dans Dresde, avec huit
bataillons et cent pièces de canon sur les remparts et dans les
redoutes.--Le premier corps du général Vandamme et le cinquième corps de
cavalerie seront à Bautzen.--Je porte mon quartier général à
Görlitz.--J'y serai le 16.--J'y réunirai les cinq divisions d'infanterie
et les trois divisions de cavalerie, et l'artillerie de la garde ainsi
que le deuxième corps y seront placés entre Görlitz et Zittau, et entre
le deuxième corps et la Bohême sera l'avant-garde formée par le huitième
corps (Polonais).--Vous êtes à Buntzlau;--le duc de Tarente à
Löwenberg:--le général Lauriston à Gruneberg;--le prince de la Moskowa
dans une position intermédiaire, entre Haynau et Liegnitz, avec le
deuxième corps de cavalerie.--Cependant l'armée autrichienne, si elle
prend l'offensive, ne peut la prendre que de trois manières: 1° en
débouchant avec la grande armée, que j'estime forte de cent mille
hommes, par Peterswald, sur Dresde. Elle rencontrera les fortes
positions qu'occupe le maréchal Saint-Cyr, qui, poussé par des forces
aussi considérables, se retirerait dans le camp retranché de Dresde. En
un jour et demi le premier corps arriverait à Dresde, et dès lors
soixante mille hommes se trouveraient dans le camp retranché à Dresde.
J'aurais été prévenu, et en quatre jours de marche je pourrais m'y
porter moi-même, de Görlitz, avec la garde et le deuxième
corps.--D'ailleurs Dresde, comme je viens de le dire, abandonné à
lui-même, quand même il ne serait pas secouru du maréchal Saint-Cyr, est
dans le cas de se défendre huit jours.--Le deuxième débouché par où les
Autrichiens pourraient prendre l'offensive, c'est celui de Zittau; ils y
rencontreront le prince Poniatowski, la garde, qui se réunira sur
Görlitz, et le deuxième corps; et, avant qu'ils puissent arriver,
j'aurai réuni plus de cent cinquante mille hommes; en même temps qu'ils
feront ce mouvement, les Russes pourraient se porter sur Liegnitz et
Löwenberg: alors le sixième, le troisième, le onzième, le cinquième
corps d'armée et le deuxième corps de cavalerie se réuniraient sur
Buntzlau, ce qui ferait une armée de plus de cent trente mille hommes,
et, en un jour et demi, j'y enverrais de Görlitz ce que je jugerais
superflu à opposer aux Autrichiens.--Le troisième mouvement des
Autrichiens serait de passer par Josephstadt, et de se réunir à l'armée
russe et prussienne, de manière à déboucher tous ensemble. Alors toute
l'armée se réunira sur Buntzlau.--Dans ce cas, il faut choisir la
position de bataille à Buntzlau, en avant ou en arrière.--Je vous ai
déjà mandé de vous occuper de ce travail important.
«NAPOLÉON.»