NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 12 août 1813.

«Mon cousin, l'Autriche nous a déclaré la guerre; l'armistice est

dénoncé; les hostilités recommenceront le 17. Voici le pian d'opérations

qu'il est possible que j'adopte, mais auquel je me déciderai

définitivement avant minuit;--concentrer toute mon armée sur Görlitz et

Bautzen, et dans le camp de Koenigstein et à Dresde.--Si des

fortifications ont été faites à Liegnitz et à Buntzlau, les

détruire.--Envoyer le duc de Reggio avec les douzième, quatrième et

septième corps sur Merlin, dans le temps que le général Girard

débouchera avec dix mille hommes par Magdebourg, et le prince d'Eckmühl

avec quarante mille hommes par Hambourg.--Indépendamment de ces cent dix

mille hommes qui marcheront sur Berlin, et de là sur Stettin, j'aurai

sur la ligne, savoir: les deuxième, troisième, cinquième, sixième,

onzième, quatorzième et premier corps de cavalerie; le deuxième, le

quatrième, le cinquième et la garde: cela fera près de trois cent mille

hommes.--Avec ces trois cent mille hommes, je prendrai une position

entre Görlitz et Bautzen, de manière à ne pas pouvoir être coupé de

l'Elbe, à me tenir maître du cours du fleuve et à m'approvisionner par

Dresde, à voir ce que veulent faire les Autrichiens et les Russes, et à

profiter des circonstances.--Je préférerais rester à Liegnitz, mais de

Liegnitz à Dresde il y a quarante-huit lieues, c'est-à-dire huit

marches, et en longeant toujours la Bohême, et il n'y en aurait que

trente-six de Buntzlau et vingt-quatre de Görlitz. Si je prenais une

position intermédiaire entre Görlitz et Bautzen, il n'y en aurait que

dix-huit.--Ce pays se trouverait alors plein de troupes, et nous

serions, pour ainsi dire, entassés: nous n'aurions pas de peine à vivre

un mois. Pendant ce temps-là ma gauche entrerait à Berlin, éparpillerait

tout ce qui se trouve là; et, si les Autrichiens et les Russes livraient

bataille, nous les écraserions. Si nous perdions la bataille, nous

serions plus près de l'Elbe; enfin nous serions plus en mesure de

profiter de leurs sottises.--Je ne vois guère qu'on puisse hésiter sur

Liegnitz. Il n'en est pas de même de Buntzlau. Je ne me dissimule pas

que cette position a l'avantage de me tenir dans le cas d'empêcher

l'ennemi de passer entre l'Oder et moi; au lieu qu'entre Bautzen et

Görlitz, l'ennemi, passant par Buntzlau, peut se porter sur Görlitz.--Le

quartier général de l'armée autrichienne se réunit à Hirschberg. Il

paraît que les Autrichiens veulent opérer par Zittau.--Faites-moi

connaître ce que vous pensez de tout cela. Je suppose que tout doit

finir par une grande bataille, et je pense qu'il est plus avantageux de

la livrer près de Bautzen, à deux ou trois marches de l'Elbe, jusqu'à

cinq ou six marches; mes communications sont moins exposées; je pourrai

me nourrir plus facilement, d'autant plus que, pendant ce temps, ma

gauche occupera Berlin et balaiera tout le bas Elbe, opération qui n'est

point hasardeuse, puisque mes troupes ont Magdebourg et Wittenherg, à

tout événement, pour retraite. J'éprouve bien quelques regrets

d'abandonner Liegnitz; mais, en l'occupant, il serait difficile de

réunir toutes mes troupes; il faudrait les diviser en deux armées, et ce

serait une fâcheuse position que celle qui nous ferait longer la Bohême

sur un espace de trente lieues, d'où l'ennemi pourrait déboucher partout

et se trouverait dans une position naturelle.--Il me semble que la

campagne actuelle ne peut nous conduire à aucun bon résultat, sans qu'au

préalable il y ait une grande bataille.--Il n'est pas besoin de dire

que, tout en s'échelonnant, il sera indispensable de menacer de prendre

l'offensive, en se contentant d'avoir sur l'ennemi le pays de neutralité

et une ou deux lieues en avant.--L'Autriche ayant une armée contre la

Bavière et une contre l'Italie, je ne suppose pas qu'elle puisse avoir

contre moi plus de cent mille hommes sous les armes. Je suis plus loin

de croire que les Prussiens et les Russes réunis puissent en avoir deux

cent mille, en ne comptant pas ce qu'ils ont à Berlin et dans cette

direction. Toutefois il me semble que, pour avoir une affaire décisive

et brillante, il y a plus de chances favorables à se tenir dans une

position plus resserrée et à voir venir l'ennemi. Je compte porter, le

14, mon quartier général à Bautzen. Évacuez à force vos

malades.--Envoyez un aide de camp au duc de Tarente afin d'être prévenu

de ce que l'ennemi fait sur son extrême droite.

«NAPOLÉON.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9) · 第 62 / 167 题