«Dresde, le 13 juin 1813.
«Je vous adresse, monsieur le maréchal, ampliation de l'ordre du jour
relatif à l'arrestation et la mise en jugement des soldats qu'on suppose
s'être mutilés eux-mêmes d'un doigt ou de la main dans l'espoir de se
faire réformer. Depuis plusieurs années, cette espèce d'épidémie s'est
introduite dans l'armée: il est temps d'y apporter une attention sévère
et de remédier promptement à ce genre de délit.
«L'Empereur ordonne, pour cet effet, qu'il soit choisi deux hommes de
chaque corps d'armée sur ceux prévenus de s'être blessés eux-mêmes. Ils
seront arrêtés; le grand prévôt instruira la procédure. Il sera facile
de les convaincre. Aussitôt la procédure instruite, ils seront envoyés
au maréchal ou au général commandant, qui les fera fusiller devant tout
le corps assemblé, en faisant connaître la nature de leurs délits, mais
sans rien imprimer là-dessus.
«Vous ferez ramasser tous les hommes blessés à la main et ordonnerez
qu'ils soient gardés comme des coupables par la gendarmerie. S'ils ont
été trouvés maraudant, la peine de mort leur sera infligée. Vous aurez
soin de donner le mot aux officiers d'état-major et aux chirurgiens, de
n'y comprendre ni sous-officiers ni vieux soldats, mais seulement ceux
qui, par leur âge et la nature de leurs blessures, pourraient être
soupçonnés de s'être blessés eux-mêmes. À leur arrivée à leur régiment,
un jury, composé du colonel, de deux capitaines et de deux chirurgiens
du régiment, les examinera et fera une enquête pour constater la cause
de leurs blessures. Ces hommes feront toutes les corvées et seront comme
les domestiques du régiment. Ils seront guéris par les soins des
chirurgiens des corps, et, après la correction convenable, ils
rentreront dans le régiment.
«Vous sentirez, monsieur le maréchal, l'importance de tenir l'ordre du
jour et les présentes dispositions secrètes; mais vous devez réunir les
colonels des régiments et leur parler fermement pour qu'ils exaltent
l'indignation des soldats contre les lâches qui se mutilent eux-mêmes.
«Enfin l'intention de l'Empereur est que toutes blessures à la main
provenant d'un coup de fusil ou de pistolet ou d'un coup de sabre ne
soient jamais un motif de réforme.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»