IX

Nous sortîmes. Comme il arrive toujours en pareil cas, chacun des

deux avait fait réfléchir l'autre, et aucun des deux n'avait persuadé

l'autre; mais ces réflexions furent courtes: devant une belle matinée

d'août, tous les raisonnements tombent. Les vieux murs, les pierres

rongées par la pluie souriaient au soleil levant. Une lumière jeune se

posait sur les dentelures des murailles, sur les festons des arcades,

sur le feuillage éclatant des lierres. Les roses grimpantes, les

chèvrefeuilles montaient le long des meneaux, et leurs corolles

tremblaient et luisaient au souffle léger de l'air. Les jets d'eau

murmuraient dans les grandes cours silencieuses. La charmante ville

sortait de la brume matinale aussi parée et aussi tranquille qu'un

palais de fées, et sa robe de molle vapeur rose, semblable à une jupe

ouvragée de la Renaissance, était bosselée par une broderie de

clochers, de cloîtres et de palais, chacun encadré dans sa verdure et

dans ses fleurs. Les architectures de tous les âges mêlaient leurs

ogives et leurs trèfles, leurs statues et leurs colonnes; le temps

avait fondu leurs teintes; le soleil les unissait dans sa lumière, et

la vieille cité semblait un écrin où tous les siècles et tous les

génies avaient pris soin tour à tour d'apporter et de ciseler leur

joyau. Au dehors, la rivière coulait à pleins bords en larges nappes

d'argent reluisantes. Les prairies regorgeaient de hautes herbes; les

faucheurs y entraient jusqu'au dessus du genou. Les boutons d'or, les

reines-des-prés par myriades, les graminées penchées sous le poids de

leur tête grisâtre, les plantes abreuvées par la rosée de la nuit,

avaient pullulé dans la riche terre plantureuse. Il n'y a point de

mot pour exprimer cette fraîcheur de teintes et cette abondance de

séve. À mesure que la grande ligne d'ombre reculait, les fleurs

apparaissaient au jour brillantes et vivantes. À les voir virginales

et timides dans ce voile doré, on pensait aux joues empourprées, aux

beaux yeux modestes d'une jeune fille qui pour la première fois met

son collier de pierreries. Autour d'elles comme pour les garder, des

arbres énormes, vieux de quatre siècles, allongeaient leur files

régulières; et j'y trouvais une nouvelle trace de ce bon sens pratique

qui a accompli des révolutions sans commettre de ravages, qui, en

améliorant tout, n'a rien renversé, qui a conservé ses arbres comme sa

constitution, qui a élagué les vieilles branches sans abattre le

tronc; qui seul aujourd'hui, entre tous les peuples, jouit

non-seulement du présent, mais du passé.

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5) · 第 93 / 109 题