L'ACCIDENT DE VENETTE

Vendredi dernier, vers 10 h. 1/2 du matin, une petite embarcation à

vapeur, de plaisance, le _Ryssel_, sous la conduite d'un pilote et d'un

mécanicien, descendait l'Oise, un peu au dessous de Compiègne. Il y

avait à bord sept personnes, dont quatre dames; tout le monde ignorait

qu'à Venelle, à 1,500 mètres environ en aval de Compiègne, se trouve un

barrage contigu à l'écluse. Ce barrage, très visible de l'aval de la

rivière dans laquelle il produit une chute de 2 m., est au contraire

invisible de l'amont, ou, du moins, ne peut se voir que lorsqu'on en est

très rapproché. Aucun ouvrage extérieur, aucun signal n'en indique

d'ailleurs la présence.

Aussi le _Ryssel_ arrivait-il, confiant, sur le barrage de toute la

vitesse de sa machine, accrue encore par la rapidité du courant. Les

riverains, voyant le danger, poussaient de grands cris qui ne furent pas

compris, et ce n'est qu'à une dizaine de mètres du barrage que le pilote

aperçut l'obstacle.

A ce moment, la catastrophe était inévitable; peut-être pouvait-elle

être atténuée par une manoeuvre hardie, c'est-à-dire en conservant toute

sa vitesse et attaquant le barrage tout, droit; le _Ryssel_ pouvait

réussir, grâce à son faible tirant d'eau, à escalader la crête du

barrage sur les 10 ou 50 centimètres d'eau qui la couvrent; au

contraire, le mécanicien renversa la marche et le pilote poussa toute la

barre d'un bord; le bateau se mit en travers, le courant le dressa sur

le barrage, le renversa par dessus, en semant sa cargaison humaine, neuf

personnes en tout, qui, précipitées dans le rapide, roulées,

contusionnées, furent entraînées au loin, et pour la plupart noyées

avant qu'on put leur porter secours. Trois personnes seulement, Mme A.

Crépy et R. Bommart, et M. G. Toussin, furent sauvées.

L'Illustration, No. 2518, 30 Mai 1891 · 第 27 / 35 题