Lausanne, la vieille cité vaudoise si pittoresquement assise au penchant
des derniers contreforts du mont Jorat, conviait la semaine dernière à
une réunion toute internationale les plus célèbres représentants du haut
enseignement en Europe, et la brillante jeunesse des étudiants suisses
et étrangers. Il s'agissait de fêter dignement la transformation de son
Académie en Université, et si le soleil, premier invité aux
réjouissances, a mis peu d'empressement à répondre aux pressantes
sollicitations qui lui ont été faites, il n'en a pas été de même des
professeurs et étudiants étrangers qui se sont rendus en très grand
nombre à ces solennités: l'accueil si cordial qui leur a partout été
fait leur laissera pour longtemps un charmant souvenir de l'hospitalité
suisse.
Le lundi tous les professeurs et étudiants, arrivés de la veille,
assistaient à un service religieux d'inauguration dans la vieille
cathédrale, et se formaient ensuite en cortège pour se rendre au théâtre
où devaient être prononcés les discours officiels. Peu après les invités
prenaient place à un grand banquet organisé à la Grenette, halle aux
blés qui, pour la circonstance, avait été agrandie d'une tente pavoisée
aux couleurs fédérales et cantonales.
Rien aussi n'était plus pittoresque que l'aspect de la place Montbenon
le lendemain, au moment où 2,000 enfants des différents pensionnats et
écoles de Lausanne, groupés sur les degrés et sur une estrade devant le
beau monument du tribunal fédéral, unissaient leurs voix fraîches et
argentines pour chanter la cantate Pestalozzi. Enfin, un des clous de
cette fête a été la promenade sur le Haut-Lac à l'aide de trois grands
bateaux qui transportèrent à Montreux tous les invités.
La fête vénitienne du soir sur le lac et le déjeuner champêtre du
lendemain ont été gravement compromis par le mauvais temps, mais la
belle humeur des étudiants n'a pas une minute abdiqué devant le
désespérant entêtement du ciel et l'on peut, dire que les fêtes
universitaires de Lausanne resteront pour ceux qui les ont vues un des
meilleurs parmi les bons souvenirs qu'on classe soigneusement dans sa
mémoire; personne n'oubliera chez nous les marques de profonde sympathie
et de franc enthousiasme qui ont accueilli partout le nom français dans
ce petit pays de la liberté.